|
Film américain : De Billy Wilder (1959).
Scénario : De I.A.L. Diamond, B. Wilder,
D'après une histoire de R. Thoeren et M. Logan.
Photographie : De Charles Lang.
Musique : : D'Adolphe Deutsch.
Production : De Billy Wilder.
Film mythique immortalisé par Marilyn Monroe au sommet de son art,
Certains l'aiment chaud (titre original: Some Like It Hot) se regarde
toujours avec délice. C'est d'ailleurs l'une des meilleures comédies que
Hollywood ait jamais produites. Irrésistible parodie des films de
gangsters au rythme effréné, à laquelle s'ajoute une histoire d'amour
jubilatoire, ce film est devenu un classique du cinéma.
L'action se déroule aux temps de la prohibition aux
États-Unis. Deux musiciens au chômage, un saxophoniste et un joueur de
contrebasse, ont été par hasard les témoins d'un massacre perpétré par «Spats»
Colombo (George Raft), un terrible gangster qui veut maintenant éliminer ces témoins
gênants. Les deux compères, travestis en femmes pour fuir les tueurs
lancés à leurs trousses, se font engager dans l'orchestre féminin de Sweet Sue (Joan Shawlee)
et partent pour la Floride, le paradis des milliardaires. Joe (Tony Curtis)
et Jerry (Jack Lemmon), transformés en Daphné et Joséphine, font au cours
de la nuit en train — véritable voyage initiatique dans la frustration
sexuelle — des rencontres amoureuses qui, évidemment, sont rendues très
comiques en raison de leur changement de sexe. Joe succombe au charme de
Sugar (Marilyn Monroe), la chanteuse de la troupe qui, elle, ne désire
qu'une chose: épouser un milliardaire. Prétendant être le propriétaire du
yacht appartenant en fait au richissime et loufoque Osgood Fielding III (Joe
E. Brown), Joe tente de séduire la belle, tandis que, de son côté, le
véritable nabab tombe amoureux fou de Daphné/Jerry. Échappant finalement
au pseudo-Scarface qui les a suivis jusque-là, les quatre héros se
retrouvent tous en mer.
Le scénario regorge de situations burlesques, tandis
que la performance des acteurs est un véritable bonheur. Marilyn Monroe,
jouant du ukulélé et susurrant ses chansons de sa voix inimitable (I wanna be loved by you),
est extrêmement drôle quand elle parodie avec une naïveté désarmante son image
de « sex-symbol » ; elle trouve là l'un de ses meilleurs rôles. Tony Curtis,
en travesti, surprend sans jamais tomber dans la vulgarité. La scène où,
en faux yachtman, il feint l'impuissance pour arracher à Marilyn un baiser
langoureux reste fameuse pour son érotisme torride. Jack Lemmon, en talons
hauts et robe de travers, compose également un personnage très
sympathique, poursuivi par un vieillard lubrique. On doit à ce dernier,
lorsqu'il apprend la véritable identité de sa belle, l'une des plus
célèbres répliques de l'histoire du cinéma: «Nobody's perfect!… (Personne
n'est parfait!)»
Le titre du film peut être compris, soit en référence
au style de jazz des années 1930, soit comme une allusion au caractère
torride de certaines scènes à connotation sexuelle: ainsi, comme tout au
long du film, Billy Wilder se joua du code Hays, qui régissait
impitoyablement la moralité des écrans américains, et qui resta en vigueur
jusqu'en 1966.
Anecdotes :
Un maquillage parfait :
Pour s'assurer de la qualité du maquillage de ces deux comédiens, Billy
Wilder demanda à Jack Lemmon et Tony Curtis d'aller, travestis en femmes,
se repoudrer dans les toilettes du studio. Personne de la gente féminine
ne les remarqua.
Une hilarité inattendue :
L'avant-première ne laissa pas préjuger du succès futur du film. La femme
du réalisateur, Audrey Wilder, confia ainsi à ce sujet : "L'avant-première
fut un désastre. Cela se passait dans un petit cinéma et personne n'a ri,
sauf quelques amis. [...] En fait le public ne savait pas trop comment
réagir, s'il pouvait rire ou pas".
Cette première impression fut toutefois vite dissipée :La projection
suivante a eu lieu à Westwood devant un public plus averti et ils rirent
tellement qu'on n'entendait plus le dialogue. Conséquence inattendue, la
scène où Jack Lemmon annonce qu'il est fiancé fut tournée à nouveau, à
un rythme plus lent, afin de remédier à cette situation !
Réplique culte :
La dernière réplique du film contribua pour une bonne part à sa célébrité.
Osgood Fielding III, tombé amoureux de Daphné (Jerry travesti), l'emmène
sur son yacht. Jerry lui assène alors tous les arguments imaginables pour
le décourager, sans succès. En dernier recours, il lui dévoile la vérité :
"Mais je suis un homme !" ce à quoi le millionnaire flegmatique répond :
"Personne n'est parfait !" ("Nobody's perfect" en version originale)...
Clin d'oeil pour cinéphiles :
Une allusion pour cinéphiles s'est glissé dans Certains l'aiment chaud : à
un moment, George Raft se moque d'un gangster qui joue avec une pièce de
monnaie, prétendant qu'il l'imite. Il s'agit d'une référence au personnage
qu'il incarne dans Scarface (Howard Hawks, 1932).
Une star étourdie :
Si la présence de Marilyn Monroe joue un rôle important dans l'attrait de
Certains l'aiment chaud, elle constitua un véritable casse-tête lors du
tournage : elle n'arrivait en effet que très difficilement à retenir ses
répliques. Dans certains cas, il lui fallut jusqu'à 59 prises ! Billy
Wilder se résigna donc à employer les grands moyens : selon les cas, il
écrivit la réplique sur une ardoise tenue hors du champ de la caméra, où
sur un papier collé à un endroit discret du décor...
A ce sujet, Jack Lemmon aurait même confié : "Je me réveille en nage au
beau milieu de la nuit, après avoir rêvé qu'on en est à la
cinquante-cinquième prise, que Marilyn vient enfin de passer sa réplique
et que j'ai bafouillé"...
Noir et blanc de rigueur :
Marilyn Monroe voulait que le film soit en couleur, mais Billy Wilder
réussit à la convaincre de tourner en noir et blanc, des tests ayant révélé
que le maquillage porté par Tony Curtis et Jack Lemmon rendait leur visage
légèrement verdâtre.
Un titre à double sens :
Tout le film joue la transgression de la censure quant au sexe par des
biais dérivés. Le titre peut, dans cette optique, être compris dans deux
sens : soit faire référence au "hot jazz" (jazz endiablé) ou "hot sex".

Retour haut de page
|