WHITE OLEANDER
Cast: Alison Lohman, Michelle Pfeiffer, Renée Zellwegger, Robin Wright-Penn, Patrick Fugit, Amy Aquino, Cole Hauser
Année: 2002
Studio: Warner Bros.
Longueur: 110 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

Bien peu de gars aiment ce qu'on qualifie les "films de filles". Les adolescents de 14 ans ne font pas souvent la file pour aller voir des productions comme Sweet Home Alabama ou Maid in Manhattan. On ne peut les blâmer. Un trésor caché comme White Oleander (Laurier Blanc en v.f.) représente toutefois une opportunité de laisser une chance à ce genre de films car, lorsqu'ils sont réussis - comme c'est le cas avec celui-ci - ils sont perçus comme plus que de simples commérages de fillettes.

Pourtant, malgré leur qualité parfois indéniable, les "chick flicks", comme on aime bien les appeler chez nos voisins du sud, se voient toujours accueillir avec une dose de scepticisme. Tel a été le cas pour White Oleander, adapté du best-seller de Janet Fitch. Même après le visionnement, plusieurs reprochaient à la version cinématographique d'avoir fait ce à quoi ils s'attendaient, c'est à dire "arranger" les choses et rendre une réalité dure beaucoup plus facile à digérer pour une vaste audience moyenne. Si je figure parmi les premiers à attaquer sans gêne les films sonnant faux et adoucissant les faits pour vendre davantage de billets, je ne peux cependant pas reprocher à White Oleander de tenter de tromper le public. C'est un film honnête et vrai.

Le récit est celui d'Astrid (Alison Lohman), une adolescente vivant très près de sa mère Ingrid (Michelle Pfeiffer), une femme froide et égoïste. Lorsque cette dernière se retrouve derrière les barreaux pour le meurtre de son ex-amant, Astrid doit commencer une nouvelle vie difficile, passant d'un foyer d'accueil à un autre, tout en ne sachant trop que faire des liens qu'elle entretient toujours avec sa mère.

La dynamique mère-fille occupe en quelque sorte le centre de l'histoire. Dans une année marquée par les grands drames sérieux entre pères et fils (Road to Perdition, City by the Sea notamment), un film plus modeste mais pas moins important comme White Oleander surprend. Tout commence par la jeune Lohman qui s'avère carrément phénoménale. Elle vieillit, au cours de l'histoire, de 12 à 20 ans, d'enfant sage à fille à problèmes, d'être comblée à âme perdue, sans la moindre fausse note. Et je pèse mes mots: elle ne flanche pas à un seul endroit. La plupart des gens prendront son travail pour acquis justement parce qu'il est fait de façon si authentique qu'il ne paraît jamais joué. On croit à chacune des étapes de l'évolution de cette fille, et on ne cesse de l'aimer un instant. Peu de personnages ont été portés à l'écran avec autant de naturel, d'humanisme et de complexité en 2002 que celui-ci, et peu nous ont autant impliqué émotivement. On veut prendre Astrid dans nos bras et lui dire qu'on l'aime, qu'il y a quelqu'un pour elle. C'est le genre de performance transcendante que l'on ne peut tout simplement ignorer.

Lohman a d'autant plus de mérite qu'elle partage la vedette avec trois stars féminines solidement établies à Hollywood en Michelle Pfeiffer, Robin Wright-Penn et Renée Zellwegger (les deux dernières interprétant différentes mères adoptives d'Astrid). Elles s'avèrent toutes brillamment choisies pour leur rôle, et le tiennent admirablement bien. Pfeiffer, un an après sa prestation horrible dans I Am Sam, effectue un retour en force en n'ayant pas peur de nous montrer une femme au sang pour le moins glacial. Contrairement à ce qu'elle a trop souvent l'habitude de faire, Pfeiffer ne tombe pas dans le mélodrame malgré les occasions évidentes que pourraient lui procurer certaines situations, et livre en conséquence une performance impressionnante. Wright-Penn, une actrice que l'on voit trop peu (ce qui constitue une honte, compte tenu de son talent) et Zellwegger prennent quant à eux des personnages qui auraient pu manquer de dimension, et leur ajoutent une profondeur importante.

Contrairement à ce que certaines critiques prétendent, on n'a nul besoin de montrer un viol ou d'intenses actes de violence pour illustrer que le passage à la vie adulte de la héroïne n'a rien d'évident. White Oleander n'en met pas plus qu'il ne le faut, ne manquant pas de souligner le malheur d'Astrid sans en faire un cas exceptionnel du genre Oprah. Le réalisateur Peter Kominski, qui signe ici son premier long-métrage à Hollywood, opte plutôt pour une approche réaliste, artistique et vivante - il se voit grandement aidé à cet égard par le brillant directeur photo Elliot Davis, qui nous offre une fois de plus une véritable photographie organique. C'est ce refus d'aller dans cette direction si facile du mélodrame à la Jerry Springer/Oprah Winfrey comme on peut s'y attendre, et aller en sens inverse, qui fait du film un accomplissement, peut-être imparfait soit-il, qui n'en demeure pas moins admirable à bien des égards. --RJ

 

Cote: A-

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