
|
| SOMETHING'S GOTTA GIVE |
 |
| Cast: Jack Nicholson, Diane Keaton, Keanu Reeves, Amanda Peet, Frances McDormand
|
| Année:
2003 |
| Studio: Columbia |
| Longueur: 117 minutes |
| Classé Général |
Il ne faut à Jack Nicholson que son apparition à l'écran au début de Something's Gotta Give (Quelquechose d'Inattendu en v.f.) pour nous faire sourire. En l'espace de quelques secondes, on sait pertinemment que Jack joue Jack: le vérétan playboy s'amusant encore avec des filles ayant la moitié de son âge - et affichant fièrement la situation. Et le mythe entourant Jack est si gros depuis si longtemps que l'on ne peut y résister.
Le film de Nancy Meyers s'amorce donc non seulement du bon pied, mais continuer de briller pour encore un peu plus d'une heure - jusqu'à ce qu'il tombe apparemment en panne sèche. Le héros de l'histoire, Harry Sanborn, a débarqué en début de récit chez la demeure familiale de sa petite copine Marin (Amanda Peet), dont la mère rigide Erica (Diane Keaton) n'apprécit guère la présence. Qui peut la blâmer? Harry pourrait passer pour le père - sinon le grand-père - de Marin. Mais l'homme ne s'en fait pas pour autant - il nous est vite apparent qu'il en a vu d'autres. Les données changent cependant pour lui lorsqu'il est victime d'une crise cardiaque, et qu'il commence par la suite à voir sa vie d'une autre façon, et à s'éprendre peu à peu d'Erica. Il n'y a rien de mal à la "transformation" de Harry; ça en est fait au contraire un personnage plus humain, plus tri-dimensionnel et ultimement plus intéressant. Mais la façon dont le scénario pousse les choses en fin de parcours ne fait tout simplement pas l'affaire.
Les premières 80 minutes de Something's Gotta Give constituent un pur régal; on y retrouve tout ce qui devrait figurer dans une comédie romantique parfaite. On rit aux éclats à plusieurs reprises, on sourit sans arrêt, et on assiste à de petits moments plus attendrissants superbement réussis. Les gags volent les uns plus hauts que les autres - une scène littéralement tordante à l'hôpital nous donne droit à une "danse" involontaire entre un Harry à moitié à poil, presque inconscient, et une Erica répugnée. Les stars brillent, le dialogue resplendit d'intelligence, et on est en train d'apprécier l'un des meilleurs divertissements de 2003 - jusqu'à ce que le film implose sous nos yeux.
le dernier film de Nancy Meyers était What Women Want dans lequel on pouvait examiner le phénomène exactement identique: une première moitié aux idées créatives, au traitement vivant, au plaisir remarquable, suivie par un virage à 180 degrés dans une tentative complètement forcée et artificielle de donner une "morale" à l'histoire. C'est comme si Meyers possédait un esprit génial pour la comédie et l'interprétation de la condition humaine mais qu'elle sentait l'obligation d'avoir recours au petit guide classique des scénarios sur-commerciaux de Hollywood. Les deux films s'avèrent donc également fort frustrants, car il nous abandonne après nous avoir charmé. Quelqu'un devrait quasiment lui faire réaliser une moitié de long-métrage et confier la deuxième à un cinéaste un peu plus courageux.
Ce n'est pas dire que les acteurs cessent soudainement d'exceller dans Something's Gotta Give. Nicholson s'avère fiable du début à la fin et, après About Schmidt l'an dernier, signe sa deuxième prestation en autant d'années lui demandant de s'examiner en tant qu'homme rendu à un point important dans sa vie. Comme je le mentionnais, le rôle semble tout à fait naturel pour lui, mais ça ne rend pas son travail moins impressionnant pour autant; il est très bon, une fois de plus. Diane Keaton, tout comme sa co-vedette, bénéficie d'un personnage qui évolue au court du récit, et elle accomplit la tâche de ne pas rendre une femme si rigide complètement détestable d'emblée. On vient à la connaître et à l'aimer un peu plus à force que l'histoire progresse et Keaton livre sa meilleure performance depuis des années. Aux côtés des deux vétérans acteurs, Amanda Peet continue de s'affirmer comme une nouvelle étoile (dans les deux dernières années seulement on l'a vu performer dans pas moins de cinq films majeurs, dont le superbe Identity au printemps). À la même date l'an prochain, son nom devrait être connu de bien des gens. En plus de Peet, Something's Gotta Give peut bénéficier de la présence de Keanu Reeves et de Frances McDormand dans des rôles de soutien amusants.
Il se fait rare qu'un film nous divise autant en deux, surtout de façon aussi précisément radicale. Something's Gotta Give nous fait d'abord rire, puis ensuite grincer des dents. Il dépend de vous à savoir si vous êtes prêts à endurer l'un pour pouvoir savourer l'autre. --RJ
Cote: B
Retour
|