IDENTITY
Cast: John Cusack, Ray Liotta, Amanda Peet, John Hawkes, Clea Duvall, John C. McGingley, William Lee Scott, Alfred Molina, Rebecca DeMornay, Pruitt Taylor Vince
Année: 2003
Studio: Columbia
Longueur: 110 minutes
Classé 13 ans+ - Violence

J'avais 13 ans lorsque j'ai lu 10 Petits Nègres d'Agatha Christie, et jamais n'aie-je regardé un livre de la même façon depuis. Le genre criminel donne lieu à temps de situations intéressantes possibles que l'exploiter de façon vraiment efficace ne peut que nous accrocher exceptionnellement. Ce classique de littérature le fait si bien car il possède un sens de palpitation que j'ai rarement vu dans toute autre oeuvre, quelle soit écrite, musicale ou visuelle. C'est ce don extraordinaire de faire travailler le cérébral et le coeur à intensité maximum simultanément qui fait de 10 Petits Nègres un livre si puissant. On ne vit que pour connaître le contenu de la prochaine page, du prochain paragraphe, de la prochaine ligne et, au même moment, on s'arrêter pour réfléchir à toutes les informations reçues pour comprendre le passé et anticiper le futur de l'histoire.

Le film Identity (Identité en v.f.) part du même principe que le roman d'Agatha Christie - dix étrangers se retrouvent mystérieusement réunis à un endroit isolé, avant que l'un après l'autre meure - et nous fait vivre les mêmes émotions, les mêmes impressions. Dans le cas présent, cette dizaine de gens inconnus sont tous attirés vers un motel retiré en une soirée sombre et pluvieuse pour des motifs différents. Parmi eux se trouve un chauffeur de limousine (John Cusack), l'actrice qu'il conduit (Rebecca DeMornay), un policier (Ray Liotta), une ex-call girl (Amanda Peet) et deux différents couples (John C. McGingley et Lila Kenzle, William Lee Scott et Clea DuVall). On suit également en parallèle les dernières heures d'un tueur en série (Pruitt Taylor Vince) avant qu'il ne soit exécuté.

Le lien entre les deux histoires s'avère aussi mystérieux que l'identité du meurtrier, et c'est entre autres ce double sens de tension intellectuelle qui rend le film si absorbant. On doit comprendre deux choses à la fois, alors qu'aucune n'a quoique ce soit de simple. Mais on veut savoir, et c'est la marque de la qualité du film. Une histoire a beau s'avérer être des plus complexes et des plus techniquement intelligentes, elle n'a pas que peu de mérite si en bout de ligne elle n'engage pas l'audience. Identity nous fait réfléchir, sursauter, nous avancer sur le bord de notre siège. Et pas pour le dernier droit; pour le film entier, du tout début à la toute fin.

La grosse partie du crédit revient à deux hommes: le réalisateur James Mangold et, spécialement, le scénariste Michael Cooney. Ce dernier a concocté à lui-seul un véritable bijou narratif. Sans cacher la racine évidente venant d'Agatha Christie, Cooney prend un concept de base pour le joindre à plusieurs autres et en faire un carnaval complexe et congruent de réflexions, d'intrigues et de dénouements tous caractérisés par une intelligence remarquable. En fait, je n'ai pas vu un seul scénario original de ce calibre depuis celui de Memento. Ce n'est pas peu dire. Mangold, quant à lui, à qui l'on doit des films pour le moins diversifiés (Kate & Leopold, Girl, Interrupted, Cop Land), prend le brillant script et le transpose à l'éran avec toute la justesse qu'il mérite. Mangold infuse un suspense naturel au film et rend chaque nouveau développement plus captivant. L'image d'un petit môtel sinistre entouré de pluie et de noirceur a tout du cliché, et pourtant la réalisation de Mangold s'avère si efficace qu'elle transcende ce stéréotype, et l'utilise à son avantage.

La dizaine d'acteurs principaux a la tâche de ne rien laisser transparaître de trop évident pour le public, et les comédiens y parviennent tous. C'est John Cusack qui possède le plus gros rôle, et il livre sa performance la plus solide depuis des années. Cusack est souvent le plus efficace quand il joue de façon sobre, retenue et sérieuse; son apparence de "gars ordinaire" joue la plupart du temps pour lui, et c'est indéniablement le cas ici. Ray Liotta interprète un homme de loi pour la Xème fois de sa carrière, et pourant on ne s'en tanne pas. Amanda Peet, dont l'étoile ne cesse de monter en flèche depuis les dernières années, offre un soutient fort solide.

Mais à la fin, la vedette demeure l'histoire. Quand, au bout d'environ une heure et quart, un gros revirement est révélé, la déception s'empare de nous. "Ça ne peut pas être si bête, si facile. Le film mérite mieux". Et pour quelques instants, on se sent à la fois profondément frustrés et volés. Mais ça fait partie du génie du film: on ne peut s'attendre au fait qu'il y a anguille sous roche, qu'il y a bien plus. Et que ce qui reste se trouve sur le point de nous frapper de plein fouet... --RJ

 

Cote: A

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