SHALLOW HAL
Cast: Jack Black, Gwyneth Paltrow, Jason Alexander
Année: 2001
Studio: 20th Century Fox
Longueur: 113 minutes
Classé Général

C'est rare qu'on demande à des cinéastes d'aller "trop loin". De pousser les limites de l'acceptable, d'aller jusqu'à offusquer les bonnes gens par le contenu provocateur de leurs productions. Les fans des frères Farrelly, créateurs de Dumb and Dumber, Kingpin, There's Something About Mary et Me, Myself & Irene, se sont attaqués dans leur nouveau film, Shallow Hal (Hal le Superficiel en v.f.) à un sujet dont il se fait fort difficile de rire avec bon goût: l'obésité. Chez les femmes, par surcroît. On pouvait donc s'attendre des gars ayant montré en gros plan les excréments d'un chien, le sperme d'un homme dans les cheveux de sa compagne et une paire de testicules coincées dans une fermeture éclair, de blagues allant choquer au plus haut point dans Shallow Hal.

À la surprise générale, ce n'est pas vraiment le cas. Partant du concept d'un homme superficiel nommé Hal (Jack Black) étant un jour condamné à voir seulement la beauté intérieure des filles qu'il rencontre, les Farrelly se retiennent plus souvent qu'autrement. Évidemment, il ne voit pas ce que le reste du monde voit. Alors, lorsqu'il tombe amoureux de Rosemary, une fille qu'il perçoit comme un clône de Gwyneth Paltrow, les autres ont devant les yeux Gwyneth...300 livres en plus. Et, on s'en doute, le scénario (aussi co-écrit par les frères réalisateurs), prend avantage de cette situation pour se moquer de l'obésité à un niveau extrême. On a en effet droit à des scènes où Rosemary brise des chaises de restaurant en s'asseoyant tellement elle est pesante, ou alors une autre (probablement la plus drôle) où elle vide pratiquement le contenu d'une piscine en sautant dedans (le punch de la séquence, que je ne dévoilerai pas, est carrément hilarant). Mais, à part cela, le film traite de ce sujet avec une délicatesse et un sérieux souvent surprenant.

Personnellement, ça ne me dérange pas que le film traite du sujet avec humour ou non. Je n'ai pas trouvé que les Farrelly étaient vraiment méchants envers les personnes avec des problèmes de poids. Au contraire, ils auraient pu aller infiniment plus loin. Et je n'ai pas non plus été très déçu qu'ils traitent avec autant de retenue leur concept. Pour se faire, les deux acteurs principaux, Jack Black et Gwyneth Paltrow, devaient livrer des performances plus solides que si le film avait opté d'être une simple et vulgaire comédie, et c'est ce qu'ils font. Les deux sont très bons. Le casting de Black, un acteur de petite envergure jusque là (ayant entre autres apparu dans High Fidelity et The Jackal), fonctionne brillamment car, à part le fait d'être un comédien-né, il ne se trouve pas exactement au même niveau de beauté que Tom Cruise ou Brad Pitt. Paltrow est égale à elle-même, ammenant un sens de tristesse, de bon coeur et de vérité à un personnage qui sur la page, aurait pu être très mal joué par une actrice ne sachant pas comment approcher le rôle. Ensemble, Black et Paltrow possèdent une chimie intéressante et surprenante. Ils ne constituent pas tout-à-fait le couple hollywoodien que l'on s'imagine, et c'est précisément pourquoi leur union fonctionne si bien. Autant pour les moments comiques que pour ceux plus sérieux, ils s'avèrent efficaces du début à la fin.

Ce que je reproche aux frères Farelly, par contre, et c'est un gros reproche, est le fait de ne pas avoir le courage de traiter l'histoire avec originalité rendue à un certain point du récit. Les premières 80-90 minutes sont pour la majeure partie fort divertissantes, mais le scénario, jusque là très bon, s'attarde dans la conventionalité du message inévitable que oui, la beauté intérieure est ce qui importe. Je suis d'accord avec le fait que l'on veuille diffuser ce message (aussi envoyé très clairement dans Shrek), je suis seulement très déçu de voir que l'on ne puisse le passer avec plus de créativité que les Farrelly le font dans le dernier tiers de Shallow Hal. On atteint un point où l'on se dit "bon, ça y est, encore le revirement inévitable". Et c'est désolant, car les cinéastes étaient jusque là parvenu à jouer habilement avec leur concept (bien mieux que les frères Weitz utilisant un principe semblable dans une autre comédie de 2001, Down to Earth avec Chris Rock). Shallow Hal est amusant, par fois même beau, mais il démontre que les frères Farrelly semblent incapables de se rapprocher du sommet de leur carrière, lorsqu'ils avaient montré dans le même film du sperme dans les cheveux de Cameron Diaz et les testicules de Ben Stiller coincées dans son pantalon. --RJ

 

Cote: B

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