SÉRAPHIN: UN HOMME ET SON PÉCHÉ
Cast: Pierre Lebeau, Karine Vanasse, Roy Dupuis, Rémy Girard, Benoît Brière
Année: 2002
Studio: Alliance
Longueur: 118 minutes
Classé Général

L'adaptation de Charles Binamé de Séraphin: Un Homme et son Péché (v.o.fran. seulement) a suscité des réactions extrêmes d'un côté comme de l'autre des centaines de milliers de personnes qui sont déplacés le voir en salles. Le succès commercial de la production, tout le monde en est au courant; sa qualité artistique, elle, a toutefois été remise en question par ses détracteurs. Alors Séraphin est-il un chef-d'oeuvre du cinéma québécois ou un autre flop? Je dirais ni un ni l'autre, mais certainement un autre pas dans la bonne direction pour l'industrie de chez nous.

Après l'agréable surprise de La Turbulence des Fluides et le brillo de Québec-Montréal, il fait bon d'un voir un troisième bon film québécois consécutif. Certains diront que c'est du jamais-vu, ce qui est sans doute vrai. En prenant le récit connus de tous les Québécois et y rendant hommage en y étant majoritairement fidèle, Binamé et son équipe ont en quelque sorte rendu hommage à la culture québécoise. On peut voir, et apprécier, que ce film a été fait avec amour et soin. Binamé, comparativemenant aux pirates cinématographiques que sont Louis Saïa et Pierre Falardeau, a lui au moins l'air de savoir ce qu'est un directeur de photographie - et comment le faire travailler à l'avantage du film. Séraphin comporte de belles images, un décors entièrement crédible du début à la fin, et une trame musicale aussi magnifique que mémorable composée par Michel Cusson. Il s'avère regrettable que Binamé l'emploie bêtement à chacune des occasions - sans exception! - où Donalda (Karine Vanasse) et Alexis (Roy Dupuis) s'embrassent, ce qui trahit quelque peu le manque de subtilité occasionnel du cinéaste, mais l'air nous reste dans la tête et, encore plus important, dans le coeur.

Pour ses qualités, le film a aussi ses fautes qui peuvent difficilement passer sous silence. Par exemple, le scénario nous balance la maladie de Donalda avec moins d'une demi-heure à faire au film. Ceux peu familiers avec la série télévisée seront en droit de se demander: Mais d'où ça sort, ça? Un instant elle semble en parfait état, une minute plus tard elle est mourante au lit; ce n'est pas que la transition est trop rapide, mais bien qu'il n'y en a tout simplement pas. Le scénario fallit également dans la tentative de suivre en parallèle quelques uns des personnages secondaires; chacune de ces tentatives échoue terriblement, ralentissant dramatiquement le film et brisant le rythme qu'il tente de construire.

Cela est spécialement vrai en considérant comment les acteurs de soutien n'arrivent pas à la cheville des trois principaux: Dupuis, Vanasse et Lebeau s'avèrent saisissants. Les agents de casting peuvent se féliciter d'avoir accompli un travail remarquable lorsqu'en voyant un acteur interpréter un personnage, on se dit que personne d'autre n'aurait pu le faire mieux. C'est exactement le cas des deux acteurs masculins ici. Le charisme nonchalant de Dupuis fonctionne à merveille pour Alexis, et après s'être fait ridiculisé plus souvent qu'à son tour, l'acteur démontre une fois de plus qu'il possède une réelle présence à l'écran (on se rappellera qu'il avait retenu l'attention avec un très petit rôle plus tôt cette année dans Les Invasions Barbares). Lebeau, quant à lui, est littéralement fantastique. J'ai rarement vu un acteur québécois livrer une prestation cinématographique si pure et complète: il exprime absolument tout à travers son langage corporel. C'est une performance physique extraordinaire. Bien au-delà de la simple mimique, Lebeau s'asseoit, mange, regarde, marche et parle exactement comme Séraphin le ferait. Il est, en un mot, époustoufflant. On ne peut pas exactement en dire autant de Vanasse qui, surtout au début, a l'air de...eh bien, Karine Vanasse, actrice de 2003 tentant de jouer une paysane de 1860. Quand sa performance s'intensifie, elle embarque en deuxième vitesse, et c'est là que l'émotion du film commence à fonctionner. Une scène, en particulier, où elle crie et pleure dans les bras d'Alexis, va puiser le meilleur de Vanasse et laissera peu de spectateurs avec les yeux secs.

Séraphin: Un Homme et son Péché est à la fois réjouissant car il représent un effort massif, productif et efficace du cinéma québécois, et également frustrant parce qu'il commet quelques gaffes qui auraient facilement pu être évitées (un resserrement du scénario, un casting un peu plus courageux pour les rôles de soutien) et qui l'empêchent d'être ce qui l'aurait très bien pu être: un nouveau classique de chez nous. --RJ

 

Cote: B

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