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| LES INVASIONS BARBARES |
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| Cast: Rémy Girard, Stéphane Rousseau, Marie-Josée Croze, Yves Jacques, Pierre Curzi, Louise Portal, Dominique Michelle, Dorothée Berryman, Roy Dupuis, Marina Hands
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| Année:
2003 |
| Studio: Crystal |
| Longueur: 112 minutes |
| Classé 13 ans+ |
Le tout premier plan des Invasions Barbares, la suite de Denys Arcand à son classique du cinéma canadien Le Déclin de l'Empire Américain, évoque deux choses. Alors que la caméra suit une infirmière qui traverse des corridors d'hôpitaux engorgés par l'omniprésence de malades, on constate premièrement que le film entre en force et avec plus de justesse et de style que bien des films québécois (avec ce travelling, le film en possède déjà un de plus que 15 Février 1839 en entier). Puis, on peut anticiper qu'Arcand a une bonne dose de messages à envoyer et que, même en tombant parfois dans les excès, il saura y parvenir. Et, sur les deux points, nos impressions s'avèrent vraies.
Ceux familiers avec le Déclin se retrouveront rapidement en territoire connu; les mêmes personnages leur étant chers 17 ans auparavant reviennent, maintenant accompagnés de nouveaux. Rémy (Rémy Girard) est maintenant condamné à demeurer cloué à son lit d'hôpital pendant que sa vie achève de seconde en seconde. Son fils Sébastien (Stéphane Rousseau) l'a quitté pour mener une vie d'affaires à Londres avec sa copine (Marina Hands). La bande d'amis de Rémy, composée principalement de Dominique (Dominique Michelle), Diane (Louise Portal) et Pierre (Pierre Curzi), décide de se réunir pour aller l'accompagner jusqu'au bout. Sébastien aussi revient éventuellement au pays, convaincu par sa mère, et doit apprendre à renouer les liens avec ses proches.
La plus grande qualité de Denys Arcand sert également de principal défaut: il a tant à dire que parfois il s'enflamme dans des discours si développés qu'il semble oublier qu'il dirige un film, et non un monologue politique. Arcand sait écrire très bien; certains échanges de dialogues dans Les Invasions Barbares se font mémorables par leur beauté (comme lorsque, par exemple, Rémy affirme que l'"on commence seulement à s'attacher à la vie lorsqu'elle achève"). Arcand soumet de belles réflexions sur la vie, non seulement du point de vue important d'un homme près de la mort, mais également d'une perspective extérieure critique. Mais il tient tellement à faire passer une tonne de messages et de commentaires à travers ces mêmes dialogues qu'il doit sacrifier certains autres éléments autant sinon plus importants de son oeuvre. Le plus important est sans doute le sens de concret qui manque par moments. Tout ce que l'on a devant les yeux sont des gauchistes tenant un discours socialiste théorique à sens unique. Il se fait un peu dur à croire que les dernières heures du héro seraient vraiment consacrées à des discussions commençant par "À Athènes, avant Jésus-Christ..."
Arcand, à l'image de l'ensemble de la communauté artistique au Québec, ferait des pieds et des mains pour empêcher la droite de se frayer un chemin. Mais à voir parfois radicalement dans un seul sens, on manque le ridicule de l'extrêmisme que ça peut engendrer. Un échange, vers la fin du film, illustre cela parfaitement, alors que les personnages citent tour à tour les auteurs et les mouvements les ayant marqués: souveraineté, socialisme, marxisme, léninisme. L'auteur-réalisateur a droit à ses croyances, et il fait bien de les exprimer; seulement, jouer dans la subtilité et le réalisme peut souvent avoir plus de crédibilité et d'impact au cinéma.
La chose la plus surprenante concernant Les Invasions Barbares réside probablement dans la vaste diversité entre la qualité des comédiens. Les deux acteurs principaux, Girard et Rousseau, transportent le film sur leurs épaules et méritent une mention pour jouer avec beaucoup d'émotion et de courage. Roy Dupuis, en trois courtes scènes, démontre un charisme certain. De l'autre côté, Pierre Curzi et Sophie Lorain méritent sans contredis les titres de pires acteur et actrice de soutien, respectivement. C'est tout juste si l'on a pas envie de lancer un projectile à l'écran à chaque fois qu'ils s'ouvrent la bouche; ils sont lamentablement faux. Certains s'avèrent bons, d'autres mauvais, mais une perle ressort du lot: Marie-Josée Croze. Croze, qui a récolté les éloges du public et de la critique en 2000 pour sa solide performance dans Maelström, vole la vedette ici pour son interprétation authentique et aggripante d'une junkie. Le film connaît un regain d'énergie à chaque fois qu'elle apparaît, et on ne peut que regretter que son rôle n'aie pas reçu plus de place dans l'histoire.
Les Invasions Barbares, à défaut de ne pas constituer le chef-d'oeuvre que quelques partisans l'ont proclamé être, impresionne par sa vision et son assurance. Il fait beaucoup de bien de voir un film québécois avec autant d'idées, de propos, de contenu et d'intelligence. --RJ
Cote: B
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