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| THE ROYAL TENENBAUMS |
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| Cast: Gene Hackman, Angelica Huston, Ben Stiller, Gwyneth Paltrow, Luke Wilson, Danny Glover, Bill Murray, Owen Wilson |
| Année:
2001 |
| Studio: Touchstone |
| Longueur: 109 minutes |
| Classé 13 ans+ |
Rarement a-t-on essayé de faire un portrait d'une famille disfonctionnelle au grand écran avec autant d'humour que dans Royal Tenenbaums (La Famille Tenenbaum en v.f.), le troisième long-métrage de Wes Anderson. Un jeune cinéaste aux grandes ambitions, Anderson s'est vite bâti une réputation, depuis ses deux premiers films indépendants, Bottlerocket et Rushmore, d'un artiste au talent impressionnant aimant s'étendre sur des histoires de prodiges. L'ensemble de personnages qu'il a créé pour The Royal Tenenbaums s'avère également composé de génies éprouvant des difficultés dans leurs vies.
Chas (Ben Stiller) performe dans le milieu boursier depuis l'âge de 8 ans, mais élève ses deux garçons sous un véritable régime paranoïaque depuis la mort de sa femme. Richie (Luke Wilson), jadis champion international de tennis depuis son adolescence, a tout abandonné et semble seulement vivre de sa gloire ancienne. Margot (Gwyneth Paltrow), auteure d'une pièce de théâtre à grand succès à l'âge de 9 ans, se trouve dans un état continuel de déprime et passe dorénavant ses journées dans le bain à fumer et regarder la télévision, regrettant son mariage sans passion avec un homme plus vieux (Bill Murray). Ces trois enfants sont ceux d'Ethel (Angelica Huston) et Royal Tenenbaums (Gene Hackman). Le couple est divorcé depuis des années, et Royal, après avoir fait souffert ses proches par son comportement méprisable, décide de revenir avant sa mort afin de régler les problèmes de sa famille. Bien sûr, tous le détestent, et on comprend aisément pourquoi. Il ment constamment, n'a de respect pour personne, et va même jusqu'à montrer à ses petits fils à traverser la rue sous un feu rouge, parier à des combats de chiens et voler à l'étalage.
On voit déjà là facilement comment Anderson prend un sujet au potentiel sérieux à la base - le remord d'un père par rapport à sa famille - pour en faire une comédie. C'est un choix judicieux, spécialement puisqu'Anderson sait comment habilement jongler avec les éléments comiques dans son récit. Owen Wilson (qui possède un petit rôle dans le film) a co-écrit le scénario digne de mention avec Anderson, et là réside la joie de leur film. Par la qualité de son écriture humoristique, The Royal Tenenbaums se voit déjà élevé par-dessus la moyenne des comédies ordinaires. Plus précisément, c'est par le style d'humour qu'Anderson et Wilson parviennent à créer des répliques et des moments irrésistibles: ils utilisent à merveille la technique "pince sans rire". Les meilleures blagues du film (et il y en a plusieurs vraiment bonnes) sont effectivement celles transmises avec un sérieux si implacable en surface qu'on ne réagit souvent qu'une fraction de seconde plus tard. Margot, maintenant dans la trentaine, fume comme une cheminée depuis sa pré-adolescence, et pourtant elle le cache encore de tous ses proches. Lorsque ces derniers le découvrent finalement, Ethel lui demande: "Depuis combien de temps fumes-tu?". Margot, sans broncher, répond: "22 ans". Ethel, elle aussi sans réagir, répond quelques secondes après: "Tu devrais arrêter". Ailleurs dans le film, lorsque Royal annonce à sa famille qu'il a passé du bon temps avec eux, une voix en narration grave et authoritaire nous annonce que "Royal s'est aperçu, environ 6 secondes après ses paroles, qu'il disait la vérité".
On rit au cours de The Royal Tenenbaums; ce n'est jamais à se rouler par terre, mais ce n'est pas ce qui est visé ici. Anderson tente de peindre un portrait constamment amusant avec des personnages particuliers, et à ce niveau, il succède. Cependant, ces personnages lui servent autant de base pour toutes ses trouvailles qu'ils constituent une sorte de prison pour lui. En créant des gens auxquels on s'intéresse mais auxquels on ne croit jamais vraiment entièrement, l'auteur-réalisateur s'assure de nous divertir mais s'empêche simultanément de pouvoir élever son film à un niveau émotionnel supérieur comme il le voudrait. Alors, lorsque le film n'est que plaisanterie, il fonctionne avec brillot; dans ses moments plus sérieux, par contre, on éprouve de la difficulté à être vraiment touchés. Le talent de l'ensemble des comédiens s'avère assez remarquable pour rendre ces scènes tout de même intéressantes, mais il ne peut rendre tous ces personnages vraiment crédibles. Ça n'aurait jamais posé le moindre problème si Anderson avait opté du côté dont il amorce la première section du film. Mais dès qu'on sent qu'il essaye de rendre la "réforme" de Royal quelquechose de vraiment profond, on est déçu qu'il n'aie pas eu le courage d'en faire un salaud jusqu'au bout. Carricature, peut-être, mais tous ces gens ne sont toute façon que des carricatures au point d'origine!
Au risque de me répéter, toutefois, le cast est brillant. La presque-dizaine de célébrités ayant toutes accepté un rôle de soutient pour travailler ensemble dans un projet comme celui-là qui en vaut le coup brillent toutes à leur façon. Hackman, pour commencer, joue parfaitement son rôle, rammenant sans arrêt tous les défauts de Royal à la surface tout en créant un sens de sympathie pour lui. Angelica Huston, toujours une figure synonyme de froideur et de retenue, est adéquate, tout comme Danny Glover qui interprète le gentilhomme voulant la marier. Le trio des enfants de Stiller, Wilson et Paltrow est uniformément excellent. Stiller n'a pas la place ici pour faire l'idiot comme dans Zoolander (dommage), mais il va chercher un autre type d'humour qu'on le voit très rarement utiliser, qui lui va néanmoins fort bien. Paltrow retient quant à elle le reste de l'attention du film. Elle fait de Margot, une âme perdue aux yeux de râton laveur, un être captivant malgré la mort habitant en elle. Elle continue de prouver rôle après rôle qu'elle fait indéniablement partie du sommet des actrices travaillant aujourd'hui. C'est bien dommage qu'elle n'aie pas obtenu une nomination comme Meilleure Actrice de Soutien ici, car elle en méritait certainement une - définitivement plus que Helen Mirren pour Gosford Park, en tout cas!
Çe ne prend pas un génie pour comprendre le choix de tous ces comédiens doués de s'être joint à Wes Anderson. Même si je n'aime pas toujours son style comme réalisateur (la composition de ses plans de caméra est trop souvent inerte et sans vie), il écrit brillamment, et sait comment diriger une distribution d'acteurs afin de faire ressortir le meilleur de chacun. Il ne lui reste qu'à se désanfler un peu la tête et, une fois les deux pieds sur Terre, là peut-être pourrons-nous assister à la véritable naissance d'un prodige. --RJ
Cote: B+
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