
|
| GOSFORD PARK |
 |
| Cast: Michael Gambon, Kristin Scott-Thomas, Emily Watson, Ryan Philippe, Helen Mirren, Maggie Smith, Stephen Fry, Derek Jacobi, Jeremy Northam, Camilla Rutherford
|
| Année:
2001 |
| Studio: USA |
| Longueur: 138 minutes |
| Classé Général |
Voir un cast de la trempe de celui de Gosford Park (Un Week-End à Gosford Park en v.f.) en est presque drôle. Les voir tous réunis sous le même toit de la même demeure dans la même histoire tire presque d'un rêve, celui d'un match d'étoiles des plus grands acteurs britanniques. Sauf qu'au lieu d'être un match d'étoiles, c'est plutôt de match d'échecs, un avec lequel s'amuse le réalisateur américain Robert Altman comme bon lui semble. Altman, avec plus de 30 ans d'expérience dans le métier, semble avoir reçu un hommage de la Grande-Bretagne entière, alors que les plus grands comédiens de cette dernière se retrouvent pratiquement tous dans la production.
L'ensemble est séparé en deux: la moitié joue de riches aristocrates d'Angleterre en 1932, alors que l'autre incarne leurs domestiques. Ainsi, Lady Sylvia McCordle (Kristin Scott-Thomas), la Comptesse de Trentham (Maggie Smith), Lord et Lady Stockbridge (Charles Dance et Geraldinne Sommerville), pour ne nommer que ceux-là, se voient tous regroupés lorsqu'ils sont invités par Sir William McCordle (Michael Gambon) pour un petit week-end dans un énorme manoir à la campagne. Helen Mirren, Emily Watson et Derek Jacobi font partie du large groupe de serviteurs. Ryan Philippe, dans l'un des plus brillants coups de casting de l'année, se joint également à la distribution dans le rôle du valet américain d'un riche producteur de films à Hollywood (Alan Bates).
La première partie de Gosford Park - et sa moins intéressante - sert à nous introduire à tous ces gens. Et, croyez-moi, il y en a à la pelle. La caméra d'Altman se déplace de conversation à conversation, de pièce en pièce afin de nous faire lentement découvrir cete masse différente, clairement séparée en apparence mais étroitement liée sous la surface. On soupe, on discute, on joue au bridge, puis on va au lit. Le lendemain se déroule également tranquillement, jusqu'au soir, où Sir McCordle est trouvé assassiné dans on bureau, empoisonné puis poignardé. Possiblement donc deux assassins... mais cela parmi une vingtaine de gens pouvant en vouloir à McCordle, détesté de tous. Un inspecteur sans le moindre flair est appelé (Stephen Fry) pour investiguer le meurtre. Les suspects abondent, et les doutes aussi.
Et là réside l'élément le plus reprochable au film: il y a tellement de monde dans Gosford Park que lorsque l'on tente de lancer une intrigue policière, on se réjouit autant que l'on se décourage. Le crime donne un souffle nouveau et essentiel au récit, et on a vite fait d'essayer de repérer le - ou les - coupable. Sauf qu'au bout de quelques instants, ça devient insensé: il y a tellement de gens que l'on perd trace de quelque sens de logique ou d'instinct. On se laisse alors border par le film alors que l'on devrait y participer plus activement. Gosford Park possède à sa base toutes les composantes d'un bon roman d'Agatha Christie: début lent pour introduire les personnages, crime au tiers du récit, enquête pour le résoudre, paranoïa s'installant, puis finale inattendue. Mais le scénario de Jullian Fellowes, bien qu'admirable pour sa complexité et quelques unes de ses superbes répliques, nous jette tellement de personnes devant les yeux que ça en devient presque frustrant. Altman essaye de nous démontrer que l'importance de l'histoire ne se trouve pas dans cette intrigue policière, mais plutôt dans le commentaire critique qu'il passe sur les classes sociales.
Et là-dessus, il réussit à merveille. Les petits détails par rapport à cela se font remarquables à maintes reprises, dont à un moment où une domestique va jusqu'à remercier Lady Sylvia parce que cette dernière lui remet sa prothèse pour ses yeux avant de se coucher. Une autre très belle séquence du genre nous montre tous les "pauvres" tenter d'écouter une pièce de piano que joue un des aristocrates, alors que les "riches" s'exaspèrent et prient pour qu'il arrête de jouer. Cependant, on comprend mal pourquoi Altman choisit de jouer uniquement cet angle si bien et laisser l'intrigue presque en second lieu. S'il avait joué aussi habilement avec les deux, en éliminant plusieurs personnages inutiles et en "condesçant" certains autres trop semblables en un seul, on aurait pu se retrouver avec un vrai classique policier. Gosford Park, aussi divertissant et bien fait qu'il peut être pour sa majeure partie, n'en est pas un du tout.
Ce qui nous empêche de vraiment décrocher est évidemment l'énorme cast, uniformément excellent. Helen Mirren et Maggie Smith ont d'ailleurs récolté des nominations aux Golden Globes et aux Oscars pour leurs performances de soutien. Mais en fait, elles ne se démarquent pas vraiment du groupe car ce dernier s'avère constant d'un bout à l'autre. Malgré leurs visages connus, on croit sans problème à tous les personnages ainsi qu'à leurs actions. Personnellement, j'ai particulièrement adoré Emily Watson, superbe dans le rôle d'une gouvernante avec du caractère, alors que j'ai trouvé extrêmement amusant ce que l'on a fait avec Ryan Philippe. Altman introduit cette jeune starlette américaine à toute cette troupe de britanniques de grande renommée non seulement avec tout le naturel du monde, mais d'une manière ne laissant personne indifférent. Les hommes le prennent vite en grippe, alors que les leurs femmes tombent immédiatement sous son charme. La chimie entre tous ces acteurs remarquables marque probablement la plus grosse force indéniable de la production.
En bout de compte, Gosford Park est handicapée par sa plus grande qualité. Le film ne peut compter ses bons acteurs et leurs prestations tout aussi louables sur les doigts des mains, et en même temps c'est le plus gros problème; trop est comme pas assez. Ça n'en fait pas un mauvais film, seulement un avec trop de confusion pour s'élever au niveau auquel il aurait pu facilement appartenir. --RJ
Cote: B
Retour
|