MONSTER
Cast: Charlize Theron, Christina Ricci
Année: 2003
Studio: Lions Gate
Longueur: 111 minutes
Classé 13 ans+

La mode, pour gagner l'Oscar de la Meilleure Actrice, semble être devenue, depuis quelques années, de s'enlaidir. Une actrice réputée par sa beauté naturelle et son sex-appeal se transforme en femme physiquement modeste, et... cling! Hilary Swank dans Boys Don't Cry; Halle Berry dans Monster's Ball; Nicole Kidman dans The Hours. Vous pouvez tout de suite ajouter à cette liste le nom de Charlize Theron pour Monster (Le Monstre en v.f.). La performance de Theron, que le grand Roger Ebert a qualifié de "l'une des meilleures de l'histoire du cinéma", est déjà assurée de lui valoir la précieuse statuette. Ayant engraissé de 30 livres, portant des vêtements miteux et affichant un maquillage peu avantageux pour camper Aileen Wuornos, la première tueuse en série aux États-Unis, Theron est, en un mot, méconnaissable.

Comme c'était le cas l'an dernier avec Kidman et son faux nez, beaucoup d'attention a été dirigée vers le fait que l'apparence Theron est si différente. Mais si elle s'expose physiquement ici sous un jour différent, elle s'expose émotivement probablement encore davantage. Comme c'était le cas avec Halle Berry dans Monster's Ball, on a l'impression d'avoir devant les yeux une femme complètement nue, dont on voit l'intérieur car elle ne possède pas les capacités de le cacher même si elle le voulait. Il est évident que Theron a choisi ce projet parce qu'il représentait une occasion unique de prouver qu'elle était aussi talentueuse que belle, et que cela représentait du même coup la parfaite opportunité pour s'attirer la sympathie des critiques et divers prix d'interprétation. Tout cela est entièrement padrdonnable pour la simple et bonne raison que Theron démontre, hors de tout doute dans Monster qu'elle possède un talent énorme. Elle avait déjà très bonne dans le passé, notamment dans Devil's Advocate et Men of Honor, mais aucun de ses rôles n'exigeait d'elle ce que celui d'Aileen Wuornos demande.

Battue et violée à répétition dans sa jeunesse, elle a commencé à se prostituer à un très jeune âge, et a continué jusqu'à ce qu'un soir, après qu'un client aie tenté de la tuer, elle l'abat. Si cet acte constitue en soi un acte d'auto-défense, eller commet un autre meurtre avec un autre client, puis un autre, puis un autre... jusqu'à ce qu'elle soit connue, à Miami, sous le nom "la tueuse de l'autoroute". N'ayant jamais vraiment connu le bonheur, Aileen se lie d'amitié, puis d'amour, à Shelby (Christina Ricci), une lesbienne désorientée avec qui elle essaye de mener une existence semi-normale. Cette tentative est si pathétique qu'elle nous paraît vouée à l'échec dès le départ. On a devant les yeux un être à qui la vie semble n'avoir jamais souri, et qui lui en veut ardemment pour cela. Theron fait de cette rage une tension visiblement constante à l'intérieur de cette femme, qui souhaiterait pouvoir connaître d'autres émotions que celle de l'incessante frustration. Si cette frustration se manifeste par de la colère, elle se traduit aussi par un grave malaise général: celui de quelqu'un qui n'a jamais appris à vivre. Theron capture si parfaitement cela que son langage corporel, à bien des moments, retient nettement plus d'attention que son apparence physique. Dans une scène, par exemple, où Aileen tente de jouer à la romantique avec Shelby dans un restaurant, on ne sait trop si on devrait rire ou avoir pitié de cette femme qui essaye de son mieux d'être normale, si seulement elle savait comment s'y prendre. Le mot "incarnation" représente judicieusement le travail de l'actrice: elle va au-delà de la simple performance; elle habite ce personnage.

Pour se livrer à un tel exercice, Theron a dû placer une dose extraordinaire de confiance entre les mains de sa réalisatrice Patty Jenkis. Bon choix. Jenkis, qui effectue ici ses débuts derrière la caméra, et ce avec très peu de ressources, possède une passion apparente pour la vie de Wurnos. Tellement qu'elle en vient à pratiquement prendre parti pour son "héroïne", en essayant un peu trop fort de la présenter comme une victime. Elle en est une, certes, mais elle a aussi commis des actes absolument inexcusables pour quiconque. Tant que Jenkis se contente de présenter la triste existence de Wuornos, le film se fait intensément dramatique; il perd quelques rares points en voulant ardemment nous émouvoir devant les conséquences auxquelles doit faire face une personne qui vient de poser des actions tragiquement irréparables.

Cela importe toutefois bien peu dans la balance en bout de ligne, car le long-métrage nous offre amplement de matériel dramatique pour satisfaire et faire réfléchir. Malgré cela, pratiquement tous parleront surtout de la transformation historique de la star, en oubliant pratiquement que pour qu'elle se fasse, il fallait qu'il y existe d'abord un monstre méritant que l'on raconte son histoire. --RJ

 

Cote: A-

Retour

 

Hosted by www.Geocities.ws

1