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| KINGDOM OF HEAVEN |
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| Cast: Orlando Bloom, Eva Green, Jeremy Irons, Liam Neeson, Ghassan Massoud |
| Année:
2005 |
| Studio: 20th Century Fox |
| Longueur: 145 minutes |
| Classé 13 ans+ - Violence |
C'est il y a cinq ans, presque jour pour jour, que Ridley Scott a fait renaître à lui seul le genre cinématographique des films à "épées et sandales". Gladiator est instantanément devenu un classique contemporain, et a entraîné plusieurs autres productions ultérieures qui n'auraient autrement fort probablement jamais vu le jour. Troy, King Arthur et Alexander ont tous, à un degré ou un autre, floppé, et nous ont vite rappelé pourquoi le genre était mort et enterré depuis des décennies.
Avec Kingdom of Heaven (Le Royaume des Cieux en v.f.), Scott semble vouloir refermer la boucle qu'il a ouverte. Prenant un sujet - les croisades Chrétiens/Musulmans du XIIème siècle - à la base extrêmement loin de nous, il en fait un document grandement pertinent au monde d'aujourd'hui. En cette période post-11 septembre, où l'Occident et le reste de la planète semblent plus divisés que jamais, un projet si massif et si audacieux ne peut que s'attirer les foudres et la controverse. Ce qu'il y a de plus intéressant autour de cette controverse et cette frustration, c'est qu'elles ne sont pas créées par un parti pris que le film possède, mais bien par son relativisme.
En plaçant Bailan (Orlando Bloom), un forgeron devenu chevalier, au coeur de son récit, le scénariste William Monahan présente la défense de Jérusalem comme une lutte du héros contre les fanatiques - des deux côtés. Kingdom of Heaven ne vante ou n'attaque pas une religion ou une autre, et fait simultanément bien attention de ne pas non plus envoyer le message que les croyances n'ont pas d'importance. Ce que Monahan et Scott font, c'est d'envoyer un message de compréhension et de tolérance à un moment où cela est si contradictoire avec tout ce que l'on voit à la télévision à chaque soir que ça en fait en soit un message-choc.
Ce que Kingdom of Heaven ne possède toutefois pas au niveau de son impact, c'est de l'émotion. En revoyant Gladiator récemment, j'étais surpris de constater une fois de plus la profondeur émotive de l'épique oscarisée de 2000. Les personnages, leurs émotions et leurs actions nous engageaient, nous émouvaient. Kingdom of Heaven, malgré toutes ses virtues, ne s'approche jamais de ce que Gladiator accomplissait à ce niveau si crucial de lien entre ce qui se passe sur la pellicule et dans le coeur de l'audience la regardant.
Il serait facile de blâmer cela, comme plusieurs l'ont déjà fait, sur Orlando Bloom. Bloom, dans son premier rôle principal majeur (si l'on met de côté Pirates of the Carribean, où Johnny Depp était la vraie vedette), s'est attirée un bon lot de comparaisons peu élogieuses face à Russell Crowe, mais je ne crois pas que les comparer à froid comme cela soit bien juste, ou même pertinent. Bailan n'est pas Maximus, et n'est jamais sensé l'être. Bloom n'aurait certainement pas pu incarner Maximus comme Crowe l'a fait, mais il possède ce qu'il faut pour camper Bailan: un regard profond, intelligent et posé, une sincérité authentique, et un sens de justice et d'héroïsme non forcé. J'apprécie également le fait que Scott aie misé sur une nouvelle venue pour épauler Bloom: la française Eva Green, qui affiche les plus beaux yeux vus aux grands écrans depuis des lustres. Attendez-vous de voir sa cote monter en flèche au cours des prochaines années. Des rôles de soutien intéressants, si seulement trop brefs, sont aussi offerts à deux fiables vétérans, Jeremy Irons et Liam Neeson. Tout cela étant dit, le personnage le plus mémorable du film demeure probablement le roi Baldwin, un lépreux entièrement bandé et masqué, qui offre à travers toute sa misère la noblesse et l'honneur dont le monde en "santé" autour de lui manque tant.
Étant réalisé par Ridley Scott, Kingdom of Heaven se fait, il va sans dire, techniquement époustoufflant. Pratiquement chaque image mériterait d'être encadrée pour sa pure beauté. Kingdom of Heaven est le film le mieux photographié depuis Road to Perdition en 2002, et le directeur photo John Mathieson mérite amplement de se faire reconnaître en mars prochain par l'Académie. Le chef-décorateur Arthur Max qui, comme Mathieson, avait accompli tant avec Gladiator, se surpasse ici, recréant Jérusalem (et son mur) il y a 800 ans, jusqu'au moindre détail. Encore une fois, une nomination est de mise. Et, même si on commence à perdre goût à ce genre de séquence, les massives scènes de combat s'avèrent à la hauteur du talent de Scott.
Et pourtant, il manque quelquechose à Kingdom of Heaven. On ne rit pas, on ne pleure pas, on est rarement excité, et trop peu sollicité. Dans sa volonté de présenter un côté "juste" et équitable à tous les partis, le film rend peut-être plus difficile de s'investir vraiment dans quelconque des partis. Kingdom of Heaven possède la beauté de Gladiator, mais pas sa puissance; c'est son petit frère, sa version "légère". --RJ
Cote: B+
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