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| THE HUMAN STAIN |
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| Cast: Anthony Hopkins, Nicole Kidman, Ed Harris, Gary Sinise, Wentworth Miller
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| Année:
2003 |
| Studio: Miramax |
| Longueur: 106 minutes |
| Classé Général |
Dépendant de la perspective, on pourrait avancer que l'un des maux de notre société actuelle est l'obsession d'être politiquement correct. Peu importe ce que sont nos valeurs, nos croyances internes, il prédomine de ne rien laisser à la surface qui pourrait choquer les "gardes moraux" vaillant à nous garder dans le droit chemin. The Human Stain (La Tache en v.f.), le best-seller de Philip Roth adapté à l'écran par le scénariste Nicholas Meyer (Fatal Attraction) et le réalisateur Robert Benton (Kramer vs Kramer), traite directement de ce sujet en racontant à la base une histoire d'amour pour le moins inusitée.
Coleman Silk (Anthony Hopkins) est un vétéran professeur hautement respecté à un petit collège de la Nouvelle-Angleterre dont la vie est profondément bousculée lorsqu'il perd son emploi pour avoir utilisé ce que certains membres de la direction qualifient de "propos racistes". L'expression était accidentelle et non-intentionnelle, mais malgré des années de loyaux services, il est renvoyé. Les choses se compliquent davantage lorsque, après que sa femme soit soudainement décédée, il s'éprend d'une jeune femme troublée, Faunia Farley (Nicole Kidman), qui travaille à l'entretien du collège. Même si elle affiche les signes d'une femme blessée, Coleman ignore en s'embarquant dans cette affaire ce que cache Faunia...tout comme elle ignore tout des secrets de son amant de 30 ans son aîné.
Une chose est sûre: la relation est mal vue, et les deux commencent à s'attirer davantage de regards de l'extérieur. En présentant l'histoire pendant l'été de 1998, où le président Bill Clinton a failli subir l'"impeachment" pour avoir nié avoir eu des relations sexuelles avec la stagiaire Monica Lewinsky, le propos de The Human Stain se fait clair. Hopkins l'a lui-même répété à maintes occasions lors d'entrevues: il n'en peut plus de ce vent étouffant de "political correctness". Quelle que ce soit notre vision politique des choses, en faisant preuve d'un minimum de bon sens, il faut lui donner raison. Peut-être les choses ont-elles toujours été comme cela; il n'en demeure pas moins qu'elles semblent devenir de plus en plus lourdes. Où l'homosexualité était vue comme une maladie au milieu du siècle, on juge maintenant n'importe quel couple, comme celui de Coleman et Faunia, comme impropre. Alors que l'on gardait autrefois les Noirs à l'arrière des autobus, on force de nos jours quelqu'un comme Faunia qui, voulant relaxer avec une cigarette dans un restaurant, à sortir au froid dehors. "Il est trop vieux pour elle"; "la fumée secondaire tue", diront les irréductibles puristes. The Human Stain pointent ces gens et avant tout cette mentalité comme le cancer de notre monde actuel. Et pour cause.
Le film reflète l'éthique et le travail de gens intelligents qui ont vécu à travers plusieurs époques. Philip Roth est un auteur dont la réputation n'est plus à faire depuis longtemps; le réalisateur Robert Benton est récipiendaire de trois Oscars, et il n'a pas perdu sa touche pour raconter une histoire aussi douce qu'importante. The Human Stain n'utilise pas un thème musical fanfarique ou un montage frénétique pour nous faire ressentir quoique ce soit. Les cinéastes sont davantage intéressant à bâtir un drame solide à la façon traditionnelle. Et ils réussissent admirablement bien.
Plusieurs ont questionné le casting d'Anthony Hopkins pour le rôle principal(spécialement lorsque l'on apprend la réelle "identité" de Coleman), mais je crois qu'il fonctionne parfaitement. Comme il l'a si bien joué dans le passé (par exemple dans Remains of the Day), l'acteur britannique incarne avec attention et compassion un homme épuisé de tant de choses, de plus en plus conscient de sa mortalité, mais également de ce qui devrait le rendre heureux. Kidman le suit du début à la fin, montrant aisément pourquoi elle constitue l'actrice la plus en demande à l'heure actuelle. Tant d'autres ont joué la carricature de ce que l'on appelle "white trash". Kidman va beaucoup plus loin que cela ici; elle crée le portrait intense et mémorable d'une femme que la vie n'a cessé d'écorcher jusqu'à ce qu'elle abandonne à peu près tout sentiment positif. La beauté de sa performance réside dans le fait qu'elle comporte un certain élément profondément sexy à Faunia; on comprend qu'un homme si droit et éduqué comme Coleman puisse tomber pour elle. Dans une brève mais importante prestation de soutien, Ed Harris joue l'ex-mari violent de Faunia (son personnage a été considérablement réduit par rapport au livre), alors que Gary Sinise, qui joue l'ami de Coleman, effectue la narration occasionnelle de l'histoire.
Certains drames, pour tirer des exemples récents comme Mystic River ou 21 Grams, trempent davantage dans le côté "spectaculaire". The Human Stain choisit un trajet différent. Les trois films sont absolument remarquables, mais c'est le dernier qui risque de recevoir le moins de publicité, précisément à cause de sa nature, si ce n'est pas à cause justement du fait que son propos choquera nos éternels "gardiens moraux". Peut-être que The Human Stain ne nous en débarassera pas; il pourrait au moins nous ouvrir les yeux pour que nous le fassions nous-mêmes. --RJ
Cote: A-
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