HOUSE OF SAND AND FOG
Cast: Jennifer Connelly, Ben Kingsley, Ron Eldard, Shoreh Aghdashloo, Frances Fisher
Année: 2003
Studio: Dreamworks
Longueur: 126 minutes
Classé 13 ans+

On pourrait énoncer que le personnage principal de House of Sand and Fog (Maison de Sable et de Brume en v.f.) est la maison titulaire. Elle se trouve au coeur du récit et constitue la source de conflit de l'histoire et est ainsi responsable, dans un sens, des conséquences de ce drame. Et pourtant, aucun des protagonistes n'y semblent vraiment personnellement attachés outre-mesure. Kathy Nicolo (Jennifer Connelly) vient d'être expulsée de sa propriété de San Fransisco pour non-paiement de taxes d'affaires, des frais qu'elle n'avait jamais à payer en premier lieu. À cause de cette erreur, Behrani (Ben Kingsley), un immigrant iranien, ancien colonel dans la force de l'air du Shah, a acheté la demeure à une enchère, et ce dans l'unique but de la revendre plus cher à un acheteur potentiel. L'argument de propriété peut être valide des deux côtés, mais il devient rapidement apparent que la maison en tant que tel a très peu à voir avec la source du drame qui s'ensuit. Kathy, une ex-alcoolique à la vie plutôt vide, l'utilise davantage comme une simple façon de survivre, alors que Behrani la voit comme une vulgaire façon de faire de l'argent vite et efficacement, à l'américaine.

Ce qui nous devient aussi apparent, ce peu à peu, et qui constitue le brillant intérêt dans House of Sand and Fog, c'est comment notre allégeance change de côté comme le vent, sans que l'on ne s'en aperçoive vraiment. Lorsque Kathy reçoie l'aide d'un jeune policier inexpérimenté et passionné (Ron Eldard), on les appuie coûte que coûte dans leur quête de redonner la maison à son véritable propriétaire, et on en vient à détester le colonel Behrani, dur et entêté. Eldard (qui jouait le pilote d'hélicoptère fait prisonnier dans Black Hawk Down) crée un personnage fort intéressant ici, une recrue que l'on pourrait accuser d'être une "tête chaude", mais avec qui l'on ne peut nier le partage d'une certaine...attitude, face à l'immigrant irannien. Puis, notre perspective change peu à peu alors que l'histoire progresse et évolue, et on vient à comprendre, pour ensuite être d'accord avec la position de Behrani. Le récit culmine en arrivant à une balance dramatique idéale, alors que l'on est déchiré entre les deux clans en fin de parcours.

Le duel dans l'histoire entre les deux protagonistes principaux se traduit par la confrontation de deux grands acteurs que l'on risque de voir unis si rarement. Jennifer Connelly et Ben Kingsley ont en surface si peu en commun, mais ils partagent à la base un talent et une profondeur émotive d'une rareté remarquable (en plus d'un Oscar, lui pour Gandhi, elle pour A Beautiful Mind). Ils livrent ici chacun une performance intense et commandante, qui figure aisément parmi leurs meilleures en carrière - pour la jeune Connelly, ceci représente sa première grande prestation principale. Le casting semble inévitable dès le premier regard; ils sont ces deux personnages, comme s'ils avaient été nés pour les interpréter.

S'ils ont été si judicieusement choisis, c'est que l'équipe derrière cette production savait exactement ce qu'elle faisait. Le réalisateur russe Vadim Perlman, dont House of Sand and Fog est seulement le premier film, fait preuve d'une grâce derrière la caméra et d'une confiance surprenante. Ayant aussi co-scénarisé, à partir du best-seller d'Andre Dubus (qui avait aussi écrit le livre In the Bedroom, Perelman rend clair le fait qu'il comprend merveilleusement la source originale sur laquelle il base son oeuvre. Pour avoir lu le livre, je peux affirmer que l'adaptation aurait difficilement pu être meilleure. Le film retient l'essentiel du récit et ses plus beaux moments, en plus de lui donner une structure solide, fort différente de celle du roman.

Peut-être par un abus de confiance, Perelman trébuche pour la seule et unique fois en fin de parcours, alors qu'il surdramatise à peu près tout ce qui se passe. Bien que le développement des événements tourne à la tragédie, le film tombe pratiquement dans le mélodrame en employant sans le moindre arrêt la musique "émotive" de James Horner. Bien que sa composition soit fort belle, elle attire beaucoup trop l'attention à elle-même à des endroits ou le réalisateur devrait laisser le drame, à la base puissant et émouvant, jouer - et nous affecter - de lui-même. House of Sand and Fog s'avère généralement trop intelligent, nuancé et engageant pour que l'on s'accroche vraiment sur cette embûche, et mérite l'attention et le temps de tous ceux désirant voir un film solide, sérieux et trempant dans l'excellence. --RJ

 

Cote: A-

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