LA GRANDE SÉDUCTION
Cast: Raymond Bouchard, Benoît Brière, David Boutin, Ken Scott, Rita Lafontaine
Année: 2003
Studio: Alliance Atlantis
Longueur: 108 minutes
Classé Général

Après une hausse considérable dans les derniers films que le Québec a eu à nous offrir (Maelstrom, La Turbulence des Fluides, Québec-Montréal), La Grande Séduction représente un pas en arrière. Après le désir de pousser plus loin de ces oeuvres, le film de Jean-François Pouliot, bien que sûr de charmer les masses assoiffées de cinéma commercial simple, se noie dans une mer de prévisibilité et de facilité.

Avec une bande-annonce qui envahit les salles de projection de la province depuis le début de l'hiver, le synopsis est familier pour plusieurs: les habitants du petit village de Ste-Marie-la-Mauderne doivent convaincre le jeune docteur Christopher Lewis (David Boutin) de venir s'installer chez eux pour qu'une usine décide de s'établir là. La municipalité est menée par Germain Lesage (Raymond Bouchard) et devra tentera de manipuler le toubibe en lui faisant accroire que ce modeste endroit constitue en fait le paradis sur Terre. Tâche qui s'avère loin d'être aisée. Cette idée est relativement originale, et donne lieu à quelques moments amusants. Mais La Grande Séduction, écrit par Ken Scott, essaye tellement de donner un caractère particulier à ses villageois pour justement souligner leur différence et leur fait d'être à part du reste du monde, que l'on n'y croit que très peu, qu'en surface.

La production n'aspire à rien de très profond, et c'est parfait comme cela; toutefois, cela ne lui empêche pas d'au moins faire un effort pour créer un ensemble de personnages plus crédibles. Heureusement, le personnage principal de Germain, interprété avec applomb par Raymond Bouchard, ne cède pas dans la carricature, et semble au contraire vraiment avoir trois dimensions. On ne peut cependant pas en dire autant du reste presque entier de la distribution. À commencer par Benoit Brière qui, dans le rôle du directeur de banque local, s'avère rien de moins qu'horrible. Un acteur peut demeurer captivant même s'il interprète le personnage le plus fatiguant au monde; ici, Brière tombe dans un jeu de manières excessif, agaçant et complètement inutile qui rend ses (trop) nombreux moments à l'écran réellement pénibles. Un acteur d'un plus grand registre ne se sentira pas obliger d'avoir recours à jeu aussi exagéré pour faire fonctionner son personnage. Ici, Brière mine un rôle qui aurait pu, dans les mains d'un nouveau comédien, s'avérer beaucoup mieux réussi.

À ce niveau, la plupart des reproches concernant les acteurs et les personnages qu'ils interprètent vont en sens inverse: les comédiens, même lorsque adéquats, ont des rôles ridicules à jouer. Tel est le cas de Bruno Blanchet, toujours capable d'aller soutirer un rôle avec un minimum d'expression faciale, à qui on donne très peu de matériel, priant pour que l'acteur fasse toute la différence. La même chose peut être dite de David Boutin qui, en se faisant très bon, fait en partie oublier à quel point son personnage ne sert que de vulgaire accessoire au scénario. Doit-on vraiment croire qu'un homme de cette intelligence se ferait duper de la sorte, au tel point de ne pas moindre soupçonner que quelque chose ne tourne pas rond? L'avoir rendu plus méfiant, et ainsi plus réaliste, n'aurait pas tant constitué un obstacle au film qu'une occasion d'augmenter les enjeux et les situations comiques. Mais, de la façon dont Ken Scott écrit ses personnages et leurs relations ici, le ciel pourrait tomber sur la tête de ce pauvre docteur qu'il ne s'apercevrait probablement même pas de la différence. Cela réduit considérablement le potentiel du concept entier: si quelqu'un n'est pas difficile à convaincre, on n'a donc pas besoin de chercher très loin pour le tromper. On a droit à quelques bons gags sur le criquet (les habitants se font passer pour d'avides connaisseurs de ce sport privilégié par Christopher), mais Scott n'ose pas pousser vraiment plus loin. À l'image de la production entière, il décide tout simplement de ne pas mettre la table pour ce qui aurait pu être un jeu du chat et de la souris beaucou plus enlevant, au lieu d'un sitcom plutôt monotone et sans vision. --RJ

 

Cote: C

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