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| GANGS OF NEW YORK |
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| Cast: Leonardo DiCaprio, Daniel Day-Lewis, Cameron Diaz, Jim Broadbent, John C. Reilly, Henry Thomas, Brendan Gleeson, Liam Neeson |
| Année:
2002 |
| Studio: Miramax |
| Longueur: 168 minutes |
| Classé 13 ans+ - Violence |
Bien des gens possèdent au moins un projet personnel leur tenant particulièrement à coeur dans leur vie. Peu peuvent cependant prétendre qu'il leur a pris 30 ans pour le mettre à terme. Pour Martin Scorcese, réalisateur génial des classiques Taxi Driver, Raging Bull et Goodfellas, ce projet s'intitule Gangs of New York (Les Gangs de New York en v.f.), et vaut chacune des 30 années qu'il a demandé pour être finalement produit.
Pour nous, élevés dans le luxe et la relative tranquillité nord-américaine de la fin du XXème siècle, il nous ne vient pas à l'esprit tout le sang qui a dû couler à l'origine pour nous donner le monde dont on bénéficie aujourd'hui. Tel a été le cas pour la cité de New York qui, comme le film le relate, s'est vue divisée en deux bandes rivales des années 1840 à 1860. Les Américains "natifs", menés par Bill "The Butcher" Cutting (Daniel Day-Lewis), se sont opposés pendant tout ce temps aux Irlandais mettant le pied en Amérique. Ces derniers étaient à l'origine menés par le Prêtre Vallon (Liam Neeson), mais lorsqu'il est tué au combat, ils s'écrasent. Il faut attendre le retour de son fils, Amsterdam (Leonardo Dicaprio), pour qu'ils s'unifient à nouveau pour prendre le contrôle de la ville des mains du tyran Bill.
Il ne faut pas même une minute à Scorcese pour nous montrer tout l'investissement, l'énergie et le travail qu'il a consacré ici. L'ouverture de Gangs of New York est digne des plus grands films épiques. Vallon et ses hommes avancent sous un rythme musical saisissant vers une bataille horrible dans son réalisme. Et une fois que cette dernière est achevée, on se retrouve déjà au commencement d'une épopée mémorable. Scorcese, en pleine forme après sept ans sans un bon film à son crédit (le dernier étant Casino en '95), s'avère en contrôle de la première à la toute dernière minute. Il ponctue l'histoire (scénarisée par l'excellent trio de Jay Cocks, Steven Zaillian et Kenneth Lonergan) de son style viscéral habituel. Ainsi, même lorsque le récit semble s'égarer quelque peu (le film devait à l'origine durer plus de trois heures, et ça en est évident à quelques endroits), le réalisateur garde tout en contrôle, comme un maître aux échecs, gardant son sang-froid pour la durée entière de 168 minutes.
Un des exploits de Scorcese est sans contredit d'avoir reconstitué aussi bien New York en au milieu du XIXème siècle. Il ne faut pas perdre de vue que le tournage a été entièrement effectué en Italie en 2001. Donc, autant au niveau des décors que des figurants, le simple fait que l'on ne remarque rien qui cloche constitue déjà un accomplissement digne de mention. Mais la reconstitution historique de Scorcese et de son directeur artistique Dante Ferretti est plus que simplement "adéquoite"; elle en est renversante. À chaque fois que la caméra nous emmène au milieu des rues de la ville en devenir, on se croit présent à cette époque, dans ces lieux. Le travail de Ferretti représente la raison pour laquelle on remet un Oscar pour les décors à chaque année.
Le directeur photo Michael Baullhaus et la monteuse Thelma Schoonmaker, deux collaborateurs réguliers de Scorcese depuis plus de 20 ans, effectuent un travail tout aussi remarquable dans leurs domaines respectifs, permettant de donner encore plus de vie et de couleur à l'action. Schoonmaker (celle responsable du style explosif des combats dans Raging Bull) mérite une mention particulière pour avoir assemblé la panoplie d'images tournées et en avoir fait une toile constamment cohérente et élégante.
Mais comme c'est le cas pour Raging Bull et Taxi Driver, Gangs of New York restera gravé dans la mémoire de bien des gens en raison d'un comédien extraordinaire devant la caméra. Si c'était Robert DeNiro jadis, c'est maintenant Daniel Day-Lewis. DiCaprio est loin d'être mauvais - il est parfaitement solide dans son rôle - mais Day-Lewis éclipse tout le monde en créant un "méchant" digne des plus grands. Absent du grand écran depuis cinq ans, sa présence suggère pratiquement qu'il a passé tout ce temps à accumuler colère, rage et charisme, pour en concocter un violent mélange qu'il nous sert enfin. Bill The Butcher constitue sans le moindre doute le meilleur anti-héros depuis Denzel Washington l'an dernier dans Training Day. Il nous est à la fois terrifiant, à la fois admirable. Cela étant dit, je crois important de donner crédit à DiCaprio; comme je viens de le mentionner, il fait fort bien son boulot, et sans sa présence aussi très forte, le duel entre les deux hommes ne pourrait tout simplement pas fonctionner. La distribution de soutien comprend Cameron Diaz, dans le rôle inévitable de l'intérêt amoureux (qu'elle rend d'ailleurs très bien), Jim Broadbent et John C. Reilly, très actif cette année (aussi vu dans The Good Girl, Chicago et The Hours).
Martin Scorcese pouvait difficilement se tromper avec tous ces brillants collaborateurs. Mais donnons à César ce qu'il lui revient: c'est Scorcese le grand manitou derrière cette oeuvre remarquable depuis ses origines au début des années '70. Qu'il aie fait grandir toutes ses idées à travers les années pour parvenir à les adapter de façon aussi électrisante en 2002 (la fameuse scène des "couteaux" n'aurait pu être rendue plus haletante par quiconque d'autre) dépasse la simple notion de "talent". Ça s'appelle ainsi: Oscar du Meilleur Réalisateur. --RJ
Cote: A
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