THE AVIATOR
Cast: Leonardo Dicaprio, Cate Blanchett, Kate Beckinsale, Alec Baldwin, John C. Reilly, Alan Alda, Matt Ross, Adam Scott
Année: 2004
Studio: New Line
Longueur: 168 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

L'une des qualités cinématographiques les plus admirables de Martin Scorcese est sa quasi-démente passion. Il adore son art, et chaque projet qu'il entreprend respire l'engagement personnel et émotif de l'auteur au plus haut point. Que ses films nous rejoignent ou non est débatable; que lui se sente intimement motivé et touché par les sujets qu'il nous présente se voit indéniablement à l'écran. The Aviator (L'Aviateur en v.f.) représente une anomalie pour Scorcese: un sujet à la base captivant semble avoir été approché presque avec détachement.

En mettant près de trois heures pour montrer la tranche de 20 ans la plus importante de la vie du milliardaire Howard Hughes (incarné par Leonardo Dicaprio), Scorcese opère avec expertise mais sans passion. Le résultat est un film aussi divertissant que superficiel. Même à 168 minutes, on regarde rarement notre montre en voyant The Aviator. Howard Hughes possède une histoire si incroyable qu'on a parfois peine à croire par moments qu'elle n'est pas dans les faits entièrement fictive. Premier milliardaire (de façon légitime, du moins), vedette d'Hollywood, amant de Katharine Hepburn (jouée dans le film par Cate Blanchett) et d'Ava Gardner (Kate Beckinsale), aviateur ayant construit l'avion le plus rapide au monde avant d'ensuite acheter la chaîne TWA, puis obsessif-compulsif ayant peu à peu sombré dans la folie. La question devant être posée avant de produire un film sur une telle vie n'est pas si elle est assez intéressante, mais bien si un film peut être assez intéressant pour lui rendre justice.

Scorcese a immédiatement pris un bas dans la bonne direction en confiant le rôle à Leonardo Dicaprio, avec qui il avait déjà travaillé il y a deux ans dans Gangs of New York. Après ce succès et celui de Catch Me If You Can, Dicaprio livre une troisième performance remarquable consécutive; elle constitue sans doute sa meilleure en carrière. Si pour les quelques premières scènes, il donne brièvement l'impression de "jouer" le personnage, il disparaît vite sous la peau de l'homme. Son vieillissement se fait crédible du début à la fin, et sa la qualité de sa prestation semble ne cesser de croître au fur et à mesure que le film avance. Une séquence, vers la fin, où il comparait devant un comité du Sénat américain et se défend avec vigueur montre à elle-seule à quel point Dicaprio s'est investit dans son travail. Il parvient également, sans que l'on s'en rende vraiment compte, à rendre fort sympathique un être fondamentalement extrêmement étrange.

Si The Aviator n'est pas parfait au niveau de sa structure, le scénario de John Logan (Gladiator) marque toutefois des points pour couvrir tous les points importants de la vie de Hughes sans jamais se perdre en chemin. En fait, le film comporte très peu de véritables faiblesses. Ce qu'il manque, par contre, c'est le feu, la profondeur que l'on était en droit de s'attendre d'une telle production. The Aviator ne reste pas avec nous comme Million Dollar Baby, par exemple, le fait. Le film, pour la biographie épique d'une vie extraordinaire, ne contient aucun moment émotif vraiment fort ou mémorable. Comme toutes les oeuvres de Scorcese, The Aviator s'avère techniquement impressionnant (une séquence d'écrasement d'avion est particulièrement saisissante). Mais rarement atteint-il la brillance, comme Taxi Driver il y a 28 ans, ou Gangs of New York il y a 2 ans, le font. Plusieurs cinéastes (talentueux, dois-je quand même ajouter) auraient pu nous livrer un film comme The Aviator; Scorcese doit retourner à sa vision unique qui a fait de lui un réalisateur historique. --RJ

 

Cote: B+

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