ALL THE PRETTY HORSES
Cast: Matt Damon, Henry Thomas, Penelope Cruz, Lucas Black, Ruben Blades
Année: 2000
Studio: Columbia
Longueur: 116 minutes
Classé Général

L'un des plus gros problèmes frappant le cinéma américain de nos jours réside dans le fait regrettable que les studios produisant les films veulent à peu près tout contrôler. Que ce soit au niveau du scénario, de la réalisation, du budget, du marketing ou du montage. Et rarement as-t-on vu un exemple plus éloquent - et plus dévastateur - que celui de All the Pretty Horses (De Si Jolis Chevaux en v.f.).

Ce projet de Billy Bob Thornton (autant habile devant que derrière la caméra), avait à la base l'air d'un candidat de choix pour les prix de fin d'année plus tôt en 2000. Mais, le studio co-finançant la production avec Columbia, Miramax, a obligé Thornton à couper son film à moins de deux heures, sous menace de ne pas le sortir. Voilà une exigence souvent commune des maisons de production, servant évidemment à vendre le plus de billets possibles à un public de plus en plus impatient. Cette exigence peut parfois aider un film, d'autre fois ne pas l'affecter véritablement. Mais lorsque All the Pretty Horses possède une durée approximative, au "first cut", de quatre heures...ça ne peut qu'écraser le film et son récit dorénavant criblé de trous inévitablement.

Ce récit, il est inspiré du best-seller du même titre écrit par Cormack McCarthy, et a été adapté par Ted Tally, le lauréat du meilleur scénario adaptaté en 1991 pour The Silence of the Lambs. Il raconte l'histoire de deux cowboys américains, John Grady Cole (Matt Damon) et Lacey Rawlins (Henry Thomas), qui, à la recherche d'aventure à la fin des années '40, décident de quitter le Texas pour le Mexique. Une aventure, Cole en trouve rapidement une, celle le liant "clandestinement" amoureusement avec la jolie fille (Penelope Cruz) du propriétaire du ranch où il travaille désormais. Je ne veux en dire plus, de peur de révéler des tournures du récit qu'il vaut mieux laisser deviner par vous-même.

Mes seuls reproches pour la déception que constitue All the Pretty Horses majeurs vont à Miramax, qui a détruit le potentiel extraordinaire qu'il y avait à l'origine, et même au fur et à mesure du développement. Évidemment que quatre heures auraient paru interminables et que ça en était trop; mais de là à couper le film de sa moitié est d'une navrante absurdité. C'est l'équivalent cinématographique de se tirer dans le pied. Le scénario de Tally s'avère difficile à évaluer, et tant donné que l'on peut difficilement ce qui a été coupé de son contenu. De ce qu'on voit, le dialogue est solide et l'histoire toujours intéressante, mais les failles, comme je le mentionnais auparavant, ne peuvent passer inaperçues. On ne voit définitevement pas assez de romance entre Damon et Cruz, à un point tel que la crédibilité de leur amour si intense est parfois mise en doute ou du moins dur à toujours comprendre. Puis, plus on approche de la fin du film, plus on sent que l'atmosphère a été complètement bouleversée par une "force extérieure" du cinéaste et du scénariste ayant pour la première moitié du récit gardant un style constant et aggripant.

Tout cela, je le regrette amèrement, car j'ai fortement apprécié tout le reste de All the Pretty Horses. Autant la réalisation précise et authentique de Thornton que les magnifiques payasages qu'il nous offre avec l'aide de son talentueux directeur de photographie Barry Markowitz, autant l'enchantante musique que la vision spéciale de toute l'équipe technique donnant au film un vrai sens de "western" traditionnel. Les acteurs, de leur côté, livrent également un travail remarquable. Dans des rôles de soutien, Henry Thomas, Peneloppe Cruz et Lucas Black s'avèrent tous efficaces, malgé leur manque de scènes.

Matt Damon, après avoir été littéralement volé d'une nomination aux Oscars en '99 pour The Talented Mr. Ripley, donne une autre performance étincellante, se faisant à ma grande surprise extrêmement crédible en cowboy du milieu du 20ème siècle. Sa posture et son accent font simplement vrais. Damon constitue le rare genre d'acteur méritant son salaire à Hollywood - en plus d'être brillant et de participer à de bons projets la quasi-totalité du temps, il se sacrifie pour le bien du film dans lequel il joue. Pour Ripley, l'acteur avait pris plusieurs mois afin d'apprendre le piano et s'était complètement surpassé, apparraissant dans absolument toutes les scènes. Pour The Legend of Bagger Vance, il avait pratiqué au golf à un tel point qu'il en avait saigné des mains. Et afin de donner une fois de plus le meilleur de lui-même à l'écran, cette fois dans All the Pretty Horses, il a mis des semaines à apprendre à monter les chevaux comme le faisaient les cowboys. Pour tout le mépris que j'éprouve à l'égard de Miramax depuis quelques temps (les cinq nominations qu'ils sont allé "acheté" pour s'ajoutant à cela), j'en ai autant en admiration et en respect pour Matt Damon.

Si seulement Hollywood était peuplée uniquement d'artistes comme Damon, on ne verrait probablement de prometteurs projets détruits pour des rêves éternels d'argent au détriment de la qualité. --RJ

 

Cote: B

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