THE LEGEND OF BAGGER VANCE
Cast: Matt Damon, Will Smith, Charlize Theron, J.Michael Moncrief, Bruce McGill, Joel Grestch
Année: 2000
Studio: Dreamworks
Longueur: 125 minutes
Classé Général

Il y a une scène dans The Legend of Bagger Vance (La Légende de Bagger Vance en v.f.) digne des plus grandes de l'histoire du cinéma. Et je ne crois vraiment pas exagérer. Elle contient Radulph Junnuh (Matt Damon), ancien champion golfeur dans l'époque de la Grande Dépression qui, après avoir vécu l'horreur de la Première Guerre Mondiale, doit aller chercher une balle qu'il a frappé dans les bois, endroit le hântant et lui rammenant rapidement des souvenirs insoutenables le rendant incapable de continuer. Puis arrive son caddy bénévole et mystérieux, Bagger Vance (Will Smith), qui lui dit de sortir de l'ombre, de faire face à la lumière et de continuer le match. Tout cela construit d'une façon rien de moins qu'extraordinaire par le réalisateur Robert Redford, animée par les deux acteurs principaux faisant preuve de leur plus grand talent, et enveloppée d'une musique à en donner des frissons.

Et pourtant, voilà qui constitue la chose la plus frustrante de The Legend of Bagger Vance. Voici un film qui a tout pour réussir, qui le fait en partie, puis s'écroule à certaines importantes reprises sans la moindre raison valable! Le scénario, adapté du roman de Steven Pressfield, possède l'esprit d'une fâble, d'où son titre notamment, alors qu'il raconte ce récit d'un homme qui, à travers le golf, doit désespéremment tenter de retrouver son âme. Le film en a une, âme, une qui s'avère belle et touchante, et pourtant il est grandement affaibli par des moments carrément manqués, le plus souvent inexplicablement, puisque Redford et toute son équipe et sa distribution sont capables de faire de merveilleuses choses, comme je le décrivais au tout début de ma critique.

Prenons par exemple toute la relation amoureuse entre Junnuh et son ex-amie de coeur Adele (Charlize Theron). On donne à Theron un rôle qui nous repousse d'elle très tôt, et pour laquelle il se fait bien difficile de s'attacher. On a plus d'une fois peine à croire aux scènes d'amour, spécialement une terriblement exécutée où Adele, au regard menaçant, se dirige vers son beau ayant l'air de vouloir le réprimender, puis l'embrasse une fois arrivée près de lui. On anticipe ce qui arrive dix secondes à l'avance, et pire que ça, on n'y croit pas un instant!

L'idée du personnage titulaire, celui de Bagger Vance, est en contrepartie fort efficace. Smith n'a pas besoin d'aller puiser vers d'incroyables expressions émotives, mais l'idée de lui donner le rôle et de le rendre un simple homme Noir en apparence qui ne demande que cinq dollars pour aider Junnuh épate. Et Smith en profite grandement, spécialement puisqu'il possède les meilleures répliques du script, plusieurs fois à caractère métaphorique (comme le reste du film d'ailleurs), comme "On ne peut pas gagner au golf, on peut seulement y jouer", faisant évidemment référence à la vie. Et encore là, pourquoi ne pas utiliser Smith davantage, pourquoi le faire citer par un garçon suivant les deux héros (J. Michael Moncrief) à tant de reprises au lieu de laisser à Bagger lui-même l'honneur d'alimenter certaines scènes avec?

La même chose s'applique pour Junnuh: au début il semble complètement détruit par la guerre, et pourtant on ne nous montre qu'un bref segment en flashback de moins d'une minute manquant de conviction. Et en moins d'un jour après avoir été invité à jouer à nouveau au golf, il redevient pratiquement l'homme qu'il était auparavant. Mais Damon nous garde toujours aveuglément intéressé par son héro, peu importe ses actions, tout comme le fait Smith.

Et tout fonctionne ainsi dans The Legend of Bagger Vance: superbe après douteux, ordinaire après bon­. Pour un simple film, ça en est un que je recommende les yeux fermés, car il possède une beauté visuelle et spirituelle nous faisant réfléchir et nous émouvant. Mais pour ce à quoi on aurait été en mesure de s'attendre, et que l'on nous donne seulement la moitié du temps, The Legend of Bagger Vance constitue une opportunité malheureusement ratée de produire rien de moins qu'un chef d'oeuvre cinématographique. --RJ

 

Cote: B

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