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Le mois de septembre - du 22 au 30

Dimanche, le 29 septembre

Comment retenir le temps enfui?... Il y a tellement de temps que je n'étais venue faire une entrée dans mon journal. C'est un cas de vie réelle qui a envahi tout l'espace et qui ne m'a laissé que bien peu de temps et bien peu de goût pour l'écriture. Bon, alors, prenons les choses une à une.

Il est 7h00 dimanche matin et le temps est superbe. Des rayons de soleil filtrés par les branches de grands arbres viennent éclairer l'aquarelle que j'aime tant sur le mur à ma gauche. J'ai déjà écouté un disque d'airs variés interprétés par Kathleen Ferrier, cette merveilleuse contralto britannique décédée en 1953, que j'avais offert à ma mère, il y a plusieurs années. Elle était sa cantatrice préférée. Là, c'est Frauenliebe und Lieben, op.42 (La vie et les amours d'une femme) de Schumann, avec Anne Sofie Von Otter, que ma mère aimait tant. Cette oeuvre très émouvante, Schumann l'avait composée dans la semaine précédant son mariage avec Clara Wieck. Ce n'est qu'hier que nous avons procédé au partage des disques de notre mère et j'en suis à leur première audition chez moi. Tout se passe très bien. Phénomène curieux à mon avis, dans les dernières années de sa vie, maman s'était progressivement détachée de la musique, ce que je n'arrive pas à comprendre. Peut-être était-ce dû à sa maladie. Il me semble au contraire que, pour ma part, j'en aurai de plus en plus besoin, notamment parce que la musique est une nourriture pour l'âme et qu'elle m'est essentielle.

J'ai passé une très belle semaine, bizarrement entrecoupée par des éclairs de tristesse. Ainsi, à un moment donné, j'ai brusquement éclaté en sanglots alors que j'étais seule chez moi. Cela n'a duré que quelques minutes mais durant lesquelles j'avais beaucoup de peine. Je ne puis cependant pas comparer ma peine avec celle que j'éprouvais lors du décès de mon père, puisque la mort de mon père était une perte qui venait s'additionner à plusieurs autres vécues en l'espace de quelques mois, dont mon divorce et la mort de ma grand-mère et marraine. Alors, bien évidemment, mon chagrin s'était augmenté, mais il me serait bien difficile de dire la part de chaque perte dans mon désarroi d'alors.

Bon, si je faisais une petite revue de quelques événements de la semaine qui vient de passer... mardi, repas du midi avec une amie dans un restaurant pour manger des huîtres apprêtés de différentes façons et après-midi à flâner au marché en plein air. Je suis revenue chez moi les bras chargés : légumes, fruits frais, miel, herbes salés, etc. mis en marché et offerts par leurs producteurs. Puis, le soir, repas avec trois autres amies avec qui, depuis de nombreuses années, je partage un repas mensuel. Quel plaisir nous avons de nous retrouver ainsi. Tous les sujets de conversation possibles y ont passé au cours de ces années, des plus triste aux plus comiques. Cette fois-ci, durant une bonne partie du repas, nous avons parlé de la mort, puisqu'une autre d'entre nous a aussi perdu sa mère il y a quelques semaines. En ce qui nous concerne, je sais que nous vieillirons ensemble et je sais que nous en reparlerons. Cette pensée me convient très bien et je n'ai jamais compris pourquoi ma mère était tellement réfractaire à en discuter, alors qu'il s'agit pourtant de notre destin commun à tous. D'aussi loin que je me souvienne, ma mère était terrorisée par la mort. Une de mes tantes, soeur de ma mère dont elle était très proche, m'a confirmé, il y a quelques jours, n'avoir jamais pu discuter de cette question avec elle et elle le regrettait.

Mercredi matin, petit déjeuner à 8h00 avec un groupe d'intérêt politique, lunch avec le grand copain dans un restaurant, et ensuite visite médicale annuelle. Moment d'émotion un peu compréhensible, puisque mon médecin, qui est un bon ami, était aussi le médecin de ma mère et que je le revoyais pour la première fois. Puis un peu de bouquinerie pour me changer les idées, ce qui réussit presque à tout coup, surtout quand je trouve... :-) Toujours mercredi, longue conversation téléphonique, le soir, avec un filleul qui demeure dans la même ville que ma fille, et aussi avec sa conjointe qui est d'origine étrangère. Je les aime beaucoup tous les deux et je suis toujours contente d'entendre leurs projets d'affaires et de voyages. Et là, ils commencent à parler bébé... :-) Leur bonheur me fait plaisir.

Jeudi, journée plaisante et tranquille chez moi, qui s'est terminée en beauté par une longue et agréable conversation téléphonique avec un ami au loin. Confidences échangées, longueur d'onde partagée. Il est quelqu'un que j'apprécie beaucoup, dont j'admire le jugement et à qui je fais confiance. Vendredi matin, visite obligée chez le garagiste pour une réparation à ma voiture. J'ai rejoint une amie pour le lunch et nous avons ensuite fait quelques courses ensemble. Comme toujours avec elle, discussion animée sur la politique. Heureusement pour nous, la plupart du temps nos points de vue ne diffèrent pas trop, du moins dans les grandes lignes. Si nous sommes toutes les deux passionnées, elle remporte cependant largement la palme dans ce domaine... :-) Je suis revenue chez moi à temps pour préparer un bon repas et accueillir ma fille qui faisait un arrêt en direction de chez son père. Nous avons donc passé une très agréable soirée ensemble toutes les deux et elle a ensuite dormi chez moi. Samedi, après le départ de ma fille, je suis allée chez mon frère pour la fin du partage des dernières choses de notre mère, dont les disques et celui que j'écoute en ce moment. Mon frère est ensuite revenu chez moi pour m'aider à accrocher le lourd miroir doré, partie de mon héritage, que je n'avais pas encore installé. Il va admirablement bien dans le hall d'entrée et je suis heureuse de le voir ainsi bien mis en évidence et en valeur chez moi. Mon frère a fait le tour de la maison pour voir les objets de maman que j'ai intégrés à mon décor. Il semblait ému et m'a dit qu'elle serait heureuse de les y voir. C'est en fait la même impression que j'avais ressentie quand j'ai revu chez lui plusieurs meubles dont le piano familial. C'est un peu comme si cette répartition des meubles et autres objets créait un lien supplémentaire entre mes frères et moi puisque nous retrouvons, au domicile des uns et des autres, des objets qui nous sont très familiers et dont nous avions partagé l'usage durant de nombreuses années.

Ai-je le temps d'ajouter qu'hier soir, j'ai mangé avec le grand copain et un couple d'amis dans un restautant très classique? Ni son décor, ni le style n'en ont changé depuis des décennies. Nous avons beaucoup apprécié ce repas et nous promettons bien d'y retourner d'ici peu. Pourquoi suis-je pressée à ce point? Parce que dans quelques minutes le grand copain vient me chercher. Nous partons passer quelques heures dans un merveilleux coin de pays. Nous allons y retrouver des amis que nous n'avons pas vus depuis quelques mois déjà. Et je ne suis pas prête... Mais je tenais tellement à faire le point avec ce journal. Et ça, je ne pourrais pas lui expliquer pour justifier un retard de ma part... :-) Alors, je me sauve...

Lundi, le 30 septembre

Je viens de relire mon entrée d'hier, que je n'avais d'ailleurs pas eu le temps de mettre en ligne. Elle est trop longue à cause de l'intermède entre les deux dernières entrées. Il ne faudrait pas que cela devienne une habitude, le rythme que je voulais établir en serait coupé.

Hier, la ballade chez les amis a été très agréable et le paysage pour s'y rendre était tellement beau. Cependant, comme je le craignais, les couleurs si vives que nous avons l'habitude de connaître dans nos beaux automnes ne seront probablement pas présentes cette année. Pour le moment du moins, le rouge est presque absent. La sécheresse a déjà prématurément fait tomber beaucoup de feuilles et le temps trop chaud pour la saison nuit au coloris. La nature dispose de quelques semaines encore pour corriger la situation, espérons que j'aurai eu tort.

S'il manquait de couleurs dans le paysage, tel n'était cependant pas le cas pour notre destination. Nous sommes allés, avec nos amis, à une exposition en plein air, alors que des artistes-peintres professionnels exécutaient leurs oeuvres en public. Quel plaisir de voir surgir les images à partir de la magie de coups de pinceaux habiles et de mélanges de couleurs. Temps suspendu, vent léger, plaisir des yeux et du coeur, un moment presque parfait. Le voyage de retour s'est fait alors que le jour tombait et que le gris l'emportait de plus en plus. À l'ouest, à défaut de soleil couchant, quelques nuages d'un rosé hésitant.

Aujourd'hui ma fille arrêtait chez moi pour le lunch, histoire de couper son voyage de retour en deux. Je lui avais préparé du saumon frais et des légumes sautés. Ce fut un régal. Nous avons passé quelques belles heures ensemble et je l'ai écoutée me parler de tout et de rien. Non seulement je l'aime, mais j'aime tellement qui elle est. Je suis chanceuse...

Depuis vendredi, la maison embaume l'odeur de basilic frais. Il est là qui attend, les pieds dans l'eau. La provision nécessaire pour préparer ma quantité annuelle de pesto. Et c'est demain le grand jour. Du moins, si mes plans ne sont pas bousculés...

Ce que j'écoute ce soir en écrivant? Un disque regroupant des Sonates pour trios de deux violons et une guitare de différents auteurs, dont Telemann, Corelli et Rosenmüller. Musique douce, sereine, lumineuse qui donne de la joie au coeur. Voilà, je mets en ligne et je vais lire encore un peu.

 

 

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