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Le mois de septembre - du 15 au 21

Dimanche, le 15 septembre

En fait, j'écris dans la nuit de samedi à dimanche. Je reviens d'un repas et d'une longue soirée avec mes amis. Repas fabuleux. L'hôte s'est surpassé. J'avais besoin de cette soirée. Tout avait été parfait jusqu'à ce que...

Il faut que je revienne sur les dernières journées. Jeudi, rencontre avec le notaire, visite au cimetière, puis petite tournée très fructueuse de deux bouquineries, qui m'a permis l'acquisition de quelques ouvrages de et sur Julien Green, histoire de mettre un peu de baume sur les choses pénibles qu'il me restait à faire et que je craignais tant en rapport avec la fermeture, vendredi, de l'appartement de ma mère. Je pleure en pensant à ces dernières heures passées dans ce qui a constitué son dernier univers de ce côté-ci de la vie. En fait, j'ai peu pleuré depuis sa mort, mais samedi en marquait le premier mois. Pourquoi j'ai peu pleuré? J'ai peur d'ouvrir les digues. Dans un sens, j'ai l'impression que cela fait des années tant le temps m'a paru long. Je suis tellement vulnérable encore à cette douleur et je ne peux pas la nier. Je n'ose en parler beaucoup de peur de lasser mon entourage avec cette peine immense que j'ai de la difficulté à exprimer dans des mots. C'est une question de longs sentiments, de boule dans la gorge, de larmes au bord des yeux.

Mes frères et moi avons bien vécu ces moments, le plus en douceur possible et aussi le plus tendrement. J'ai dit à chacun de mes frères combien je les aimais et combien je me sentais privilégiée de les avoir dans ma vie. Ce furent des moments très émouvants.

Ce soir, pour la première fois, je portais un des bijoux qui appartenaient à ma mère. Un très beau bracelet, très simple, qui lui venait d'une de ses tantes. Toute la soirée, je me suis surprise à le caresser. Je sais que je ne puis passer par dessus le temps et que ma peine devra justement faire son temps.

Ma maison connaît de nouveaux changements, importants ceux-là, en raison du partage de son mobilier. Tout n'est pas encore rangé. Je suis heureuse d'avoir de ses choses chez moi et je sens que je vais les chérir. Un jour, ce sera ma fille qui en héritera. C'est bizarre combien je n'ai pas le sentiment d'être envahie, bien au contraire, je trouve très doux d'assurer le passage du patrimoine familial.

Je constate que la mère que je manque ce soir, ce n'est pas la pauvre femme malade, terrorisée que j'ai vu dépérir au long de ces mois sans pouvoir rien y changer, mais cette mère d'il y a plusieurs années à qui j'aurais pu dire "J'ai mal, maman, j'ai mal". Pensée bien égoïste que celle-là, qui me met face à ma vulnérabilité. Il m'est pénible de prendre conscience de cela.

Parmi mes petits bonheur de ce jour, parce qu'il y en eu tout de même, cette amusante partie de pétanque qui m'a tant fait rire avant le repas. Puis, un des disques préférés de ma mère, Le petit livre d'Anna Magdalena Bach, qui joue en ce moment.

Comme il m'est difficile d'aller dormir cette nuit.

Mardi, le 17 septembre

Il flotte une odeur de cire et de teinture dans ma maison. Hier fut une belle journée. Le matin, j'ai rafraîchi certains meubles de ma mère qui ont abouti chez moi et je les trouve beaux. Une manière concrète de mieux m'approprier ce patrimoine. Cette activité très physique et matérielle m'a fait le plus grand bien. Je ne puis pas dire, cependant, que mon chat soit particulièrement heureux de la situation. Il n'aime ni voir son décor chambardé, ni ses habitudes bousculées.

Le midi, j'ai mangé avec plaisir avec un de mes amis, que je ne vois malheureusement pas très souvent. Je dirais qu'il est une des personnes les plus humbles et simples que je connaisse. La nature n'a pas été très généreuse envers lui, mais il dégage une telle chaleur humaine et une telle bonté qu'on oublie ce détail. Même s'il occupe un poste assez élevé, il n'est pas très préoccupé par l'ambition. Le domaine dans lequel il travaille est éminemment social. C'est un homme heureux, amoureux de sa femme, qui aime aussi beaucoup son fils. Ses loisirs sont en grande partie consacrés à une oeuvre qui lui tient à coeur. Un être humain de qualité. Ce fut un repas calme, intime, mais nous avons bien ri tout de même.

Après, je me suis occupée de quelques démarches administratives en rapport avec ma mère, puis je me suis offert un beau cadeau: Album Green, iconographie choisie et commentée par Jean-Éric Green et légendée par Julien Green qui contient 315 illustrations. Des photos de Green à tous les âges, des lieux de sa vie, des personnes importantes pour lui, de ses dessins, etc. Voilà qui va donner une autre dimension à la lecture de son journal. J'ai été suprise du coût modeste de cet ouvrage. Un beau petit clin d'oeil de la vie... :-)

En fin d'après-midi, j'ai eu une bonne conversation téléphonique avec une amie au loin. Il y a quelque chose qui me préoccupe en ce moment et la situation n'est pas claire. Elle a su écouter, puis trouver les mots. Eh oui, elle a aussi d'autres talents que l'informatique.

Je n'ai pas mis cette entrée en ligne hier soir comme je le pensais. J'ai préféré attendre, mon esprit flottant dans le vague. Je ne savais pas trop comment conclure... Résultats? Je n'ai pas avancé dans ma réflexion. Bon, je viens de faire de petites retouches sur les meubles, finalement, ils seront magnifiques. Mais comment dire... mon manque de méthode et d'organisation fait que j'ai de la difficulté à inscrire des séquences logiques dans les gestes à poser pour redonner, rapidement, à mon cocon son aspect confortable et douillet : le tout fait encore chantier... Peu importe, il fait beau, les rideaux ondulent au vent, la musique est belle puisque Pascal Rogé joue Fauré et, un peu plus tard, j'irai faire cette belle promenade dans le soleil doré de septembre. Et puis, pourquoi pas, un double expresso au café tout près... :-)

Vendredi, le 20 septembre

Il est passé 1h30 dans la nuit de vendredi à samedi. J'ai le goût d'écrire ce soir... du moins quelques lignes, quitte à poursuivre mon texte demain matin. De toutes façons, je sais que je viendrai devant mon ordinateur peu après mon réveil. J'aime beaucoup passer ainsi un bon moment le samedi matin, en savourant lentement un café et en écoutant de la musique. J'aime vivre au ralenti le samedi, une vieille habitude qui me donne toujours une impression de luxe. Bon, pour le moment, jetons (j'allais dire sur papier...) quelques bribes un peu décousues de ce que furent mes dernières journées.

Je me sens de mieux en mieux, je recommence à aimer ma vie. Je n'avais pas cesser d'aimer la vie, mais ma vie était triste. Et tranquillement, la joie reprend le dessus. J'écoute de plus en plus de musique. Je cohabite avec bonheur avec les meubles et autres objets dont j'ai hérité, qui me rappellent ma mère, me plaisent et que peu à peu je réussis à intégrer à mon décor. Oui, je me surprends moi-même avec ce qui me semble être un début d'organisation et de méthode... :-) J'ai beaucoup travaillé et je suis satisfaite. Il y a cependant plusieurs objets et meubles dans le sous-sol, qui sont destinés à ma fille et j'ai bien hâte qu'elle vienne les récupérer. Je sens qu'il faudra que j'insiste un peu... :-) C'est déjà phénoménal tout ce qui lui appartient et qu'elle laisse encore chez moi... :-) C'est phénoménal aussi tout ce que j'ai conservé d'elle et pour elle : les petits dessins d'enfant, les cartes de souhaits fabriquées par elle, les petits mots griffonnés, ses cahiers d'écolière, ses poupées et les vêtements que j'avais cousus pour elles, ses livres, etc. Mais là, c'est clair et net, je refuse d'ajouter à la collection... :-)

Jeudi, j'ai fait une amusante sortie avec une belle-soeur et nous avons été à la chasse aux antiquités. J'ai bien aimé ce moment avec elle. Son enthousiasme et sa façon de marchander m'ont bien amusée. Je n'ai pas déniché de trésors cependant. Mais il faut dire que je n'en cherchais pas non plus. J'ai déjà assez de misère à disposer tous ces nouveaux objets dans ma maison.

Ce midi, j'ai mangé avec un ami, ex-collègue de travail que j'appréciais déjà beaucoup. Je me sens plus proche de lui depuis quelque temps, je m'ouvre plus facilement, je parle plus volontiers de sujets intimes et personnels avec lui. Il semble en être de même pour lui. Auparavant, nous pouvions effleurer ces sujets, mais maintenant c'est comme si une barrière était tombée entre nous. Je pense que nous avons développé une plus grande confiance réciproque. Le fait de ne plus nous côtoyer quotidiennement en milieu de travail a modifié nos rapports, parce que nos relations sont maintenant strictement du domaine privé. Nous avons entre autres parlé de mort, de religion, de valeurs fondamentales, de sens de la vie. Bien sûr que nous avons aussi abordé quelques dossiers qui me sont restés familiers et pour lesquels j'ai conservé un intérêt, mais le ton était différent. Son regard soutenu et ouvert m'a surprise. J'avais l'impression de voir le fond de ses yeux pour la première fois. Qu'est-ce que j'en conclus? Bon, d'abord, ce qui n'est pas une découverte, que dans les milieux de travail les gens, même avec la meilleure volonté du monde, portent une armure, même avec ceux qu'ils croient être leurs collaborateurs les plus proches. Puis, que c'est bien dommage qu'il en soit ainsi, puisque cela rend difficile de saisir la valeur réelle des gens. De plus, qu'il vaut la peine de s'arrêter aux individus que la vie met sur notre route et d'essayer de vraiment communiquer quel que soit le sujet discuté, d'établir un vrai lien avec l'autre être humain. J'ai beaucoup aimé ce repas partagé avec lui et je me sens enrichie de notre conversation et du moment passé ensemble. En le quittant, j'ai pris la direction de deux bouquineries visitées il y a quelques semaines déjà et j'ai déniché deux autres livres de Green. Non, bien évidemment, je n'ai pas encore la collection complète, (hors La Pléiade bien entendu) mais je suis sur la bonne voie. Et jusqu'ici, seul l'Album est un livre neuf.

En allant rejoindre cet ami ce midi, j'avais circulé sur un boulevard avec une très belle vue. Je crains que cette année les jolies couleurs de notre automne ne nous fassent défaut. J'ai constaté avec regret que beaucoup d'arbres, parmi les plus colorés habituellement, avaient leurs feuilles soit déjà séchées, soit déjà tombées à cause du manque d'eau. Oh, il a bien plu quelques gouttes aujourd'hui, mais à peine. Cette nuit, il fait encore +25, une vraie température du mois de juillet. Ailleurs aussi le climat est déréglé. Conséquences directes des problèmes environnementaux, fin de cycle ou simplement caprices de la nature?

Ce soir, j'ai passé un bon moment avec le grand copain. Il y avait quelques jours que nous ne nous étions pas parlé, puisqu'il était en voyage d'affaire. Nous avons discuté politique et aussi d'un dossier qui l'occupe beaucoup en ce moment. Il m'a aussi parlé d'une oeuvre dans laquelle il est très engagé. Je le trouve très intelligent et suis, comme souvent, émerveillée par sa logique. Depuis que je le connais, il ne s'est jamais démenti. Il est tellement comique en plus. Je suis super contente de l'avoir dans ma vie.

Aïe, le temps a passé vite... Il faut que j'aille dormir, malgré les effets du café expresso... Ce que j'écoutais? Les Trios pour piano, violon et violoncelle de Beethoven, en particulier le magnifique Adagio du No 4 que l'on entend à la toute fin du film La crise de Colline Serrault et le Quintette à cordes de Schubert, en particulier son sublime Adagio que l'on reconnaît souvent dans des films, comme dans Cet amour-là que j'ai vu il y a quelques semaines. À mon avis, ces deux adagios ont beaucoup en commun et ils font appel chez moi aux mêmes sentiments. Difficile de dire lequel je préfère. Peut-être le Beethoven finalement, à cause du piano.

Bon, je viens de relire ce texte. D'abord, il est très, sinon trop long. Je devrais faire des entrées plus fréquentes et plus courtes. Ensuite, je n'écrirai rien dans mon journal samedi matin ... :-) J'ai à peu près tout écrit ce que je voulais dire et puis, "samedi matin", je vais faire dodo, parce qu'il est horriblement tard maintenant. Je réalise que je n'écris pas rapidement et je n'en finis plus de finir, surtout au son de ce Beethoven... Et j'aime tellement la nuit. Bon, ça suffit et hop, on ferme boutique! :-)

 

 

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