Au bonheur du jour




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Le mois de juin - du 1 au 7

Samedi, le 1er juin

Bonheur du jour : incroyable comme deux appels téléphoniques, aucunement reliés entre eux, peuvent venir modifier une journée qui s'annonçait plus que difficile. Effets bénéfiques immédiats, peut-être temporaires mais réels, dans deux domaines qui me tiennent particulièrement à coeur en ce moment. L'un concerne ma mère. Merci la vie!

Bizarre, en ce moment j'écoute les Partitas de Bach, et on dirait que les notes de piano m'effleurent, m'agressent même, ne pénètrent pas dans mon âme, pourtant ce que Bach fait habituellement pour moi. Non, non, j'ai besoin de quelque chose de plus chaleureux, de plus enveloppant. J'ai besoin de me réfugier dans moins cérébral, peut-être pour compenser le grand vent et le temps gris? Peut-être...

Voilà, tout est réparé et c'est Albinoni qui me ravit en ce moment. Non, non pas son sempiternel Adagio tellement souvent joué et un peu insipide à mon goût, mais plutôt ses merveilleux Concertos pour Hautbois et Violon moins connus. Et mon frère, décédé il y a deux ans, adorait ces concertos. Durant les derniers mois de sa vie, ils lui apportaient une sérénité qui lui était tellement difficile.

Heureusement que la fée informatique m'a donné le truc pour l'italique parce que, là, je sens le besoin de faire un aparté. Je réalise que la façon de donner des informations sur les concertos d'Albinoni et les explications que j'ajoute au sujet de mon frère trahissent mon intention que quelques personnes, à tout le moins, aient un jour accès à ce journal. Bon, j'explique. Je ne reviendrai jamais sur ce texte, je ne le retoucherai jamais. Et comme ma décision finale n'est pas prise en ce qui concerne le lectorat éventuel de mon journal alors je m'ajuste. Et c'est aussi pourquoi j'ai eu comme réflexe d'écrire "Merci la vie" et non pas "Merci mon Dieu" comme je l'avais pourtant fait à l'intérieur de moi. Bon, les lecteurs, si vous êtes vraiment là, c'est moi ça, et il va falloir vous habituer sinon, vous aurez le goût de passer droit votre chemin... :-) Et moi aussi je vais devoir m'ajuster et m'habituer au fait que c'est mon intérieur que je dévoile... Ou bien j'écris réellement ce journal sur le net, ou bien j'en ouvre un sur papier. Je dois y mettre les vrais sujets, les vraies questions. Et de la vraie façon aussi.

Là, c'est la vie qui me rattrappe, et avec un petit bonheur en plus! :-) Je dois laisser ce journal pour le moment. Albinoni a terminé, il m'a fait le plus grand bien. Et le soleil a percé les nuages et le vent s'est fait bon. Une odeur de lilas et de gazon frais coupé entrent par les fenêtres. Et puis j'ai reçu un autre appel téléphonique, d'un de mes frères celui-là. Je me sens soutenue dans toute cette aventure, je sens les liens qui se resserrent, la belle complicité qui est là. Chaque jour, même difficile, contient son bonheur. Oui, je suis heureuse.

Dimanche, le 2 juin

Bon, me revoici... Deux jours de suite? Mais je me gâte!!! :-) Avant de passer à aujourd'hui, petit bonheur du jour additionnel hier : fantastique repas dans un resto italien, pas trop grand, intime, musique agréable. Surtout ce vin magnifique : Farnito Carpineto, Toscana 1998. Savouré avec la lenteur et l'attention voulues. Fabuleux potage aux fruits de mer, pâtes primavera particulièrement bien relevées, double expresso. Le tout avec un grand copain. Conversation agréable, longueur d'ondes partagée.

En ce moment, sur le forum de la CEV, tout ce qui commence à ressembler à une chasse aux sorcières. Je déteste cela. Que d'énergies gaspillées et perdues si oui. L'émotivité me semble à son comble et la panique s'empare de l'assemblée. La nature humaine dans ce qu'elle a de pas bien beau. Désolant. Ça me rappelle tout ce drame concernant Mongolo, d'ailleurs injustement traité à mon sens. Bon, c'est vrai que je suis plus âgée que tous probablement, mais cela me semble tellement futile. Excellente intervention d'Idéaliste. Très reposant de le savoir là. (Tiens, je vais mettre l'heure comme je le fais quand je poste mes messages pour ce même forum. Dans le cas du forum, j'aime vérifier combien de temps cela prend à le faire autoriser, et c'est surtout pour que les potentiels lecteurs sachent à quel moment il a été posté, au cas où, entretemps, il soit devenu désuet. Et dans le cas présent, c'est aussi pour me rappeler l'heure à laquelle j'ai écrit ce qui précède. La situation évolue bien vite dans cette affaire, et je ne sais pas vraiment comment elle finira, ni qui parviendra à éteindre tout ce feu. Il est 12h44.) Peut-être irai-je ajouter un autre message pour demander de calmer la tempête et d'essayer de trouver une solution. Je verrai.

Sinon, je fais toujours dans Albinoni. Moi, quand je pars sur une lancée... :-) Bon, il y a Diana Krall qui attend bien sagement son tour. Ce sera dans quelques minutes avec son cd The Look of Love petit bijou que je n'ai acquis que la semaine dernière. Très belles et vieilles chansons américaines qu'elle reprend avec sa voix de velour et son admirable talent de pianiste de jazz. Bon, et si j'allais tranquillement manger? Il est plus que temps.

Lundi, le 3 juin

Si le 3 fait le mois... Aujourd'hui, journée ensoleillée, froide et de grand vent. Tout petit problème de santé dont je dois cependant tenir compte et qui s'accommode fort bien de cette température qui m'empêcherait, de toute façon, d'entreprendre agréablement les travaux extérieurs que je prévoyais... :-) Je continue avec bonheur ce projet à long terme de lecture, entrepris il y a un petit moment déjà, soit les écrits autobiographiques de Julien Green, en particulier son journal qui s'étend sur plusieurs décennies. J'en suis encore à la période précédent son journal, lequel débute en 1926. J'ai bien hâte d'en arriver au journal, mais il m'apparait important de connaitre, à travers son regard, les circonstances assez particulières de son enfance qui m'aideront à comprendre l'homme qu'il deviendra ensuite.

Et pour accompagner cette lecture, une musique appropriée il me semble : Rachmaninov et Grieg, réuni sur un même cd par le pianiste François-René Duchable. Deux de mes concertos préférés. Le deuxième de Rachmaninov, dont je possède 4 interprétations différentes (naturel, puisque c'est un de mes préférés) et celui de Grieg qui est probablement un de mes tous premiers souvenirs musicaux.

Quand je l'entends, il me semble même sentir de nouveau une confortable odeur de tabac à pipe, saveur de rhum je pense... et je retourne à un moment très heureux de mon enfance. Mon père, qui en raison de sa profession donnait aussi des cours à temps partiel à l'université, s'installait le soir dans le bureau, pour corriger les examens et les travaux de ses élèves, souvent revêtu d'une veste d'intérieur bourgogne lisérée de biais contrastant, très à la mode dans le temps et que ma mère lui avait confectionnée. Et je me souviens qu'il aimait beaucoup écouter le concerto pour piano de Grieg. Moi, je devais avoir environ 3 ou 4 ans, et, allez savoir pourquoi, j'allais me réfugier sous l'immense pupitre de chêne, tout près de ses pieds et je restais là, longtemps, très longtemps à écouter de la musique avec lui. Je me sentais comme dans un cocon, protégée de tout. Même en ce temps-là, le bonheur du jour avait son importance pour moi. Et c'est là que la musique est entrée dans mon coeur et dans mon âme pour n'en plus jamais ressortir. J'ai un autre souvenir musical très précis de cette époque et dans les mêmes circonstances, soit les Oiseaux d'Ottorino Respighi, qu'il prenait plaisir à m'expliquer et à m'indiquer, selon les parties, le type d'oiseau représenté par la musique. Bien évidemment, j'ai aussi ce cd et j'ai toujours chaud au coeur quand je l'entends.

Tiens, réflexion bizarre... Là, c'est la musique qui me rappelle des moments de bonheur et qui me replonge dans mon enfance... Mais dernièrement, ô danger, j'ai eu l'occasion d'écouter certaines de mes musiques préférées dans des circonstances qui m'apparaissaient heureuses à ce moment-là. Et ce moment très particulier est venu donner un nouveau sens à des musiques aimées depuis bien longtemps... Et depuis, je ne puis plus entendre ces musiques sans être ramenée à ce moment très particulier. Dieu fasse que les circonstances ne viennent jamais briser ce moment-là, parce que jamais plus je ne pourrais entendre ces musiques sans en être un peu brisée moi-même, un peu comme si ces musiques aimées depuis si longtemps n'étaient plus tout à fait miennes.

Bizarre aussi la façon avec laquelle ce journal agit sur moi...

Mercredi, le 5 juin

Voilà que mon journal prend vraiment forme. Hier, par la magie du net, les doigts de la fée informatique ont continué à travailler à sa mise en page et elle m'a patiemment transmis les informations pour que j'assume vraiment la suite.

Puis, ce fut l'installation du magnifique pommier bleu, cadeau reçu d'un ami sensible et délicat qui a parfaitement compris le sens de ma démarche et le ton que je veux donner à mon journal. Il a lu et il me l'a offert. C'est lui qui m'avait écrit "j'ai hâte de lire les débuts de ton Journal, de voir aussi comment tu fais ton entrée, le style de tes pages, la forme d'univers que tu vas imprégner à ton texte (...)" (Bien forcée de remettre la citation puisque je ne sais pas encore comment faire un renvoi... Au secours fée informatique! :- ) Je me sens vraiment chez moi maintenant, je puis occuper mon espace.

Mon chez-moi aussi est confortable, même s'il pleut novembre plutôt que de pleuvoir juin... Dès 15h30, le temps était si sombre et le ciel si bas que j'ai voulu allumer les lampes du salon et celles de mon bureau. Pour ne pas céder à la morosité, j'ai préféré baisser les toiles aux fenêtres. Et pour réchauffer l'atmosphère, pour mettre de la douceur et de la sérénité au coeur, quoi de mieux que la très française musique pour piano de Fauré, exquisement interprétée par Pascal Rogé. Impromptus, nocturnes, romances sans paroles, barcarolles se succèdent et coulent comme l'eau vive, plus joyeuses que la pluie. La musique, quelques gorgées de thé Earl Grey, un chat qui ronronne et me voici devant mon écran comme tous les diaristes que j'ai tant lus.

Mon acte d'écriture est presque solennel... :-) Je sais que je me relirai une jour. Et je voudrais que le bonheur présent se ressente encore dans quelques années. À la grande différence que je ne découvrirai pas alors que, ô surprise, "c'était le bonheur dans ce temps-là" puisque je sais dès maintenant que je suis heureuse, et que je le savoure le mieux possible. Quand plus tard je relirai mon journal, je voudrais y trouver les petites pierres laissées ça et là par la vie et qui indiqueront la voie que j'aurai suivie.

À bien y penser, c'est un peu ce qui me manque actuellement. Oh oui, je sais les événements marquants de ma vie, les bons comme les difficiles. Mais j'ai perdu trace de tous ces petits bonheurs quotidiens qui, accumulés l'un sur l'autre au fil des années, ont bâti un solide capital de bonheur, qui génère de bons intérêts dans lesquels je vais puiser aux jours de disette.

Rencontrés aujourd'hui : Une charmante coiffeuse, un gentil garagiste, un boucher accommodant, une conseillère financière pour les affaires de ma mère qui fut très collaboratrice, une vétérinaire souriante, une boulangère tellement talentueuse, une préposée aux malades chaleureuse, et ma mère enfin souriante et coopérante (pourvu que ça dure dans son cas!!! :-). Wow que la vie est belle!

Vendredi, le 7 juin

Un peu passé 7h30, j'ai déjà mangé et j'achève mon café. Il fera beau. Les chants d'oiseaux entrent par la fenêtre. Mais je sais que quand les oiseaux chantent, ce n'est pas toujours signe de bonheur. Il y a quelque temps, je fut éveillée le matin par ce qui m'apparut être un glorieux et persistant chant de joie. Je me sentais sereine et heureuse de tant de beauté. C'est cet air qui a lancé ma journée. Puis, un peu plus tard, en sortant faire des courses, là, tout près de ma fenêtre, j'ai vu un tout petit tas de duvet d'un gris tendre et j'ai compris que c'était la détresse d'une mère pleurant son oisillon que j'avais entendu un peu plus tôt. Je n'avais pas reconnu son drame. J'en eus le coeur serré et les frissons dans le dos.

Et je me suis demandé combien de fois dans ma vie je n'avais pas saisi, ainsi, les appels de détresse lancés tout près de moi. Ou combien de fois j'avais sous-estimé les problèmes vécus par les gens de mon entourage. Quand je regarde en arrière, oui, je puis maintenant identifier certains noms et certaines circonstances, mais il y en eut certainement d'autres aussi qui me sont inconnus... Non, je ne ressens pas de culpabilité, je ne pouvais savoir, mais cependant je ressens des regrets. Cela aussi fait partie des bagages d'une vie.

Bon, je ne sais pas comprendre le langage des oiseaux, mais j'ai de plus en plus appris à comprendre celui des humains, et je continue mon apprentissage. Je m'efforce même de comprendre le plus silencieux des langages des plus silencieux humains de mon entourage... :-) Apprendre à lire entre les lignes aide à cet effet. :-)

Et puis, gros test de solidarité familiale en fin de semaine. Nous devrons, dans les semaines qui viennent, fermer l'appartement de maman, donc il faut faire un partage de ses effets excédentaires : meubles, vaisselle, argenterie, livres, tableaux, etc. qui ne lui seront d'aucune utilité dans son nouveau décor. Elle pourra probablement disposer prochainement d'un tout petit appartement de 2½ pièces dans l'établissement où elle est maintenant, mais elle doit se défaire de beaucoup de choses. Bon, je ne suis pas vraiment inquiète, mais je sais que le moment est délicat et que plusieurs familles ont connu de gros problèmes dans des moments comme ceux-là. Le plus important de ces discussions aura lieu demain. Je croise les doigts. Je suis l'aînée et je tiens à la bonne entente entre nous.

Bon, je vais essayer quelques uns de mes petits trucs... Rien comme un bon repas, de la belle musique, du bon vin, une belle ambiance pour détendre les situations sensibles. Alors, une bonne partie d'aujourd'hui sera consacrée à la bouffe... :-) Et puis j'ai encore le sucre à la crème et ma délicieuse liqueur de framboises (maison).

Et puis grand moment de joie assuré et garanti : ma fille qui vient chez moi pour le weekend. Ce sera son anniversaire de naissance mardi prochain. Ce fut la plus belle journée de ma vie. Il faisait beau comme aujourd'hui. Mais que je ne savais pas dans quoi je m'embarquais!!! :-) Le plus beau et le plus merveilleux piège que la vie ne m'ait jamais tendu. Je suis tombée en amour avec cet être humain alors que je l'avais à l'intérieur de moi et je le demeurerai pour le reste de mes jours. Mon premier regard sur elle m'a éblouie et celui de la femme adulte qu'elle est devenue me réchauffe le coeur comme rien ni personne au monde ne peut le faire. Ouverte, tendre, généreuse, intelligente et tellement comique. J'adore rire avec elle. Le seul fait de savoir qu'elle existe quelque part et qu'elle respire fait mon bonheur.

Sur l'air de Sonates pour Viole de gambe de Jean-Sébastien Bach et celles de son fils Jean-Christophe Friedrich, c'étaient les variations sur le thème de la maternité : celle de l'oiseau, celle de ma mère et la mienne... :-)




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