tout tremble
la terre s'envole
elle sent bon
quelque chose descend du ciel
et la croise
la rencontre était prévue
elle est pourtant à chaque fois belle
d'une autre façon
des signes s'échangent
le long d'une colonne de lumière
temple instantané
qui disparaîtra
dans une seconde
ou deux
si tu es là aussi
je te demande ce que tu en penses
tu hausses les épaules
tout est simplement lourd
une sorte de butoir de la vie
chaque nuque semble prête à embrasser
penchée à cause du poids des gouttes
tout tremble
j'aime
l'imminence du tonnerre
et la belle colère de tes cheveux
quand les éclairs montent
15-07-2003
*
1.
Dans la main
cette sensation pleine
de graines qui portent des entailles
comme une écriture lue seulement par la paume
graphe des graines et des fils qui les relient
longues fenêtres que les mains jettent
dispersent
mais d'une autre façon rassemblent tout autour
un vol de colliers
qui retombent avec une précision extrème
autour du cou des femmes
qui sont sorties dans le jardin
sans savoir qu'elles avaient envie d'un cadeau
2.
Plaisir qui cesse
au moment où on se dit qu'il ne faut pas
verser comme ça
les choses dans d'autres choses
que ça ne changera rien au poids du monde
alors pour chasser cette pensée
on court le plus vite qu'on peut
avec les graines et les fils dans la main
si longs
qu'on nous voit de très loin
et plus on court
plus tout va bien ensemble
on aurait presque le devoir d'être heureux de tout
même d'avoir trop chaud
même d'être épuisé
le front contre la surface dure qu'est devenue notre ombre
même de sentir son corps incertain
comme glissant
et libre
3.
On grimpe dans le cerisier
celui qui nous attire depuis tout petits
celui qu'on avait réservé
pour le jour où on réussirait
à faire sortir la soie de nos mains pour relier les graines
à la manière des araignées
comme ça
rien qu'en le voulant très fort
et ce jour est arrivé
alors on aborde l'arbre
comme une récompense
puis on décrit sur le tronc
le trajet inverse de la sueur
le long de notre corps
et on apprend qu'il existe des arbres
qui nous imbibent
4.
Reste à réinventer
cette lumière dans la bouche
ce halètement exact
qui contient des mots
personne au monde n'a encore prononcés
et on décide de rester ici pour les entendre
sortir de nous
avec les fils de soie que l'on aura secrétés
avec la toile de graines qui volent
autour de nous comme des ailes vivantes
et avec les cous des femmes
dont les corps ont pris une teinte différente
depuis qu'elles sont entourées
rouges translucides
pareilles à des mains ouvertes
qui se brûlent mais qui restent devant la lampe
et deviennent très belles
comme des signaux dont il faut deviner le sens
ensemble
5.
L'air tremblant monte de la terre
vibre jusqu'aux cheveux
loin au dessus des deux jambes repliées
peintes en secret de motifs rouges
représentant des graines reliées par des fils
l'air vibre le long du corps qui se balance
pour se rassurer
puis resdescend par une main
qui va refaire des fils
dès qu'on aura fermé les yeux assez fort
pour s'allier aux sésames
et tout voir à nouveau
depuis l'intérieur
05-03-2003
*
Je sais une seule chose : le chevalet, c'est moi.
Je me reconnais à la disposition des échardes et à la douceur
des ronds
tracéx dans le sable par mes pieds.
je ne vois
que le bord des gens
Paysage décalé , sans cesse en dehors du regard, toujours au
coin, qui
se résorbe quand on tourne la tête vers lui.
Toujours à chercher le centre, à écarter les bras pour en tenir
les
bords
et le faire pivoter pour le regarder enfin en face.
il existe quelque part
posé entre le sable et l'eau
un livre
avec des yeux
à l'intérieur de chaque mot
Grands espaces à arroser de soi, de cette partie sèche de soi
qui n'a
jamais vu la mer ou qui ne veut plus la voir.
Morte depuis longtemps, la tête ne peut plus rien empêcher.
Seuls les pieds savent convoquer le sel et l'eau, les faire
remonter
par capillarité dans tout le corps, jusqu'au moment où l'océan ressort
par la main.
je déduis de tout cela
le centre qui manquait
et je pleure
le contraire des larmes
Peindre au couteau un ciel épais, où les nuages ont des
visages,
pour
faire éclater au-dessus de soi l'humour et la pudeur du sel sur la
langue et les joues rouges de la mer bleue, qui s'excuserait presque
d'être si grande et de causer tant de tourments.
je cherche un geste
de préférence inutile
comme celui de se coiffer
pour descendre la dune en courant
Maintenant, la mer est partout. Sur une chaise de bistrot,
pliée
dans
la poche, dans les yeux du livre.
Partout sauf là où elle devrait être, entre la ligne d'eau et
l'autre
ligne d'en-face.
je cours si vite
que les vagues font la moitié du chemin
et viennent à ma rencontre
Il reste à tracer, sans sel et sans eau, un portrait en bord de
mer où
on verra tout, même le milieu des gens, même la base des vagues, même
les visages dans les ronds de sable où je m'appuie.
09-02-2004
*
22. Ferry de temps à temps.
disposés le long du port
on jouait à deviner le nom des bateaux
on riait
les yeux derrière des journaux troués
toujours datés du même jour
le seul de notre existence
où on était venu nous demander notre avis
loin les uns des autres
mais joints par la pluie
on regardait par dessus les trottoirs
pour essayer de connaître
les habitudes de la lumière
à quelle heure elle sortait
comment elle était habillée
si elle avait de quoi naître
on admirait sur l'embarcadère
sa silhouette
plus haute que les autres
et on se demandait
quelle époque elle avait choisie
pour s'être voulue si grande
sur quelle île nous allions construire
cette maison de secondes et d'années
à éprouver la sensation
de dévisser et revisser une ampoule
à l'intérieur
du ferry de temps à temps
29-12-2003
*
quelques uns sont morts
d'avoir parlé des ombrelles
quelques uns sont morts
l'air heureux
en s'éteignant à peine
sans avoir pu prouver
que ce continent existe
pourtant
le long de ses côtes
vit bel et bien
un banc d'ombrelles
peuple au corps ouvert
qui scintille du désir
d'être raconté
10-10-2003
Auteur suivant (Isabelle Servant)