"Mot à mot, je me couche sur la page, de tout mon long.
Images pénitentiaires, poème-sarcophage."
- Gilbert Langevin
Mon crayon est pressé.
Le dernier mot n'est pas complètement formé
qu'il veut déjà écrire le prochain.
Ma raison domine.
Alors que je pense à la "meilleure"
façon d'écrire, j'oublie ce que je voulais exprimer au fond.
Je m'évite.
Derrière les traits d'humour et les belles
phrases se cache ce que j'ai vraiment en dedans.
Je me police.
D'ailleurs, est-que je vous ai jamais choqué ?
Les yeux sont des miroirs.
Mais je porte de grosses lunettes.
Je voudrais rendre direct le processus.
Ma plume se transformerait en couteau.
J'ouvrirais mon cerveau.
Vous n'auriez qu'à jeter un coup d'oeil dans ma
tête et vous comprendriez tout.
Droit sur mes émotions, mes sentis.
Vous sauriez ce qui fait battre mon coeur, ce
qui provoque chez moi l'aversion.
Vous apprendriez non seulement le quoi mais
aussi le pourquoi.
Vous devineriez si je mens et assimileriez le
comment.
Vous me débusqueriez à loisir.
Attendez, il y a un aiguisoir.
J'y insère mon crayon et je tourne la manivelle,
énergiquement, en maintenant une bonne pression.
La mine sera ainsi plus pointue.
Je souffle sur le bout.
Quelques débris se répandent sur la feuille
blanche mais ça n'a aucune importance.
Je place la pointe devant mes yeux et la touche
du doigt.
Elle pique et luit comme le bout d'une lame.
Je la lève un peu plus haut et ...
Patrick Packwood
- 9 mars 2003 -
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