histoire d'eau

la champlure pleure,
des gouttes d'air bullent ses larmes,
le savon irise la mousse,
ses yeux à facettes arrondies
me renvoient mille fois mon visage

d'un doigté prudent
mes terminaisons nerveuses
contrarient mes peurs :
l'eau ne brûle pas

le motif à fleurs des assiettes
trempe ses tiges dans l'évier,
les traces de reliquats du repas
se détachent et plaquent l'acier inoxydable,
le reste ne résiste pas à une lavette

malédiction !
les assiettes et les soucoupes,
violentes,
aveuglantes,
presque sèches,
brillent de leur présence
dans l'égouttoir

...et je n'ai pas mis mes verres fumées...

d'un doigté hésitant,
la volonté bandée derrière mes yeux clos,
mes terminaisons nerveuses
cherchent la bonne vieille rugosité
d'un chiffon à points j :
là ! un chiffon à points gît

les yeux en larmes,
face aux flashes
de ma vaisselle
comme issue d'une publicité,
avec pour seule arme une guenille,
d'un geste sec
part l'eau

sans trop me chiffonner
je revis cette expérience
en profondeur,
jusqu'au fond de l'évier

j'aurais pu essuyer une défaite

mais mon esprit de décision
d'avoir recours à un chiffon
m'a donné pleine satisfaction
et me permets cette réflexion :
je pense, donc j'essuie

Patrick Packwood
- 20 février 2003 –



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