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[Etonnamment, rien de fâcheux, de
cocasse ou encore de dangereux ou de mystérieux ne survint pendant
la durée de leur retour au bureau. Rien de spécial à signaler si ce
n'est qu'ils croisèrent un vieux mendiant à la barbe pleine de morve
qui semblait de toute évidence en train d'assouvir ses instincts les
plus bas aux dépens d'un vieux cabot brun et noir à la langue bien
pendue. En chemin, McGuliver expliqua un truc ou deux à Gilles en
essayant de gagner son amitié par des paroles gentilles.]
- Écoutez-moi bien, Couture, espèce de retardé pathétique de mes
deux fesses. Il y a longtemps que j'ai l'oeil sur vous et
croyez-moi, ce n'est pas une vision qui me plaise particulièrement.
Je sais que c'est vous qui avez pris mon stylo... Vous êtes
tellement con que l'an passé, vous avez signé la carte
d'anniversaire que la grosse bonne femme des relations humaines
avait eut l'audace de faire signer par tous les employés pour mon
soixantième anniversaire de mariage. Je vous cite, Couture : 60 ans
avec la même femme... Wow ! Vous êtes un homme courageux, monsieur
McCalister. Signé Gilles Couture.
- Mais comment vous pouvez dire avec autant de certitude que j'ai
signé ce message avec votre stylo, Albert ?
[Couture disait cela avec un petit air prétentieux qui, il le
savait, faisait le délice des Français qui suivaient les épisodes de
sa vie via la chaîne Big Broseur.]
- Couture, avez-vous déjà vu un stylo à l'encre bourgogne, vous...
si ce n'est le mien. Un cadeau des francs-maçons après que j'eus
enfin passé leur foutu test de niveau I de merde, à la suite de
vingt-trois tentatives infructueuses qui m'ont toutes données droit
à une raflée de coups de pieds au cul.
[Gilles avait toujours trouvé que son patron avait un gros cul
pour un homme aussi svelte. Maintenant, il comprenait tout. Il
devait sûrement arpenter les couloirs huileux et labyrinthiques des
saunas BackDoor. Il ne pouvait y avoir d'autres explications qui se
tenaient.]
- Bon. D'accord. Je l'admets... C'est moi qui a emprunté votre stylo
bourgogne.
- Bien sûr que vous l'admettez, Couture. Maintenant que vous êtes
pris au pied du mur.
[Gilles fait un pas vers l'arrière, honteux, et craintif que son
ex-patron ne lui administre une paire de claques au dessus de
l'arcade sourcilière qui faisait sa fierté. Ce faisant, il se pète
la tête dans un mur.]
- Je vous en ai voulu, Couture. Oh!
Combien je vous en ai voulu, espèce de chien galeux. J'ai même voulu
votre mort.
- Albert, ne vous mettez pas dans des états pareils, vous allez
faire de l'hyper-digestion...
- Bouclez-la... Vous savez.. .Il ne m'aurait suffit que d'un
claquement de doigts pour que vous perdiez la vie, et ce depuis
longtemps...
- Je suis désolé de vous contredire encore mais je ne crois pas que
vous ayez les jointures des doigts assez dures pour m'achever d'un
coup, monsieur McMaçon.
- Mais j'ai eu pitié de vous, Couture. Par chance, j'ai appris
qu'une menace encore plus lourde que mes vingt-deux chiens d'attaque
dressés dans l'unique but de vous déchiqueter pesait sur vos épaules
poilues. Et à partir de ce moment, je me suis mis dans l'intention
de vous sauver... mais, espèce d'imbécile, il a fallu que vous
égratigniez la voiture de Ginou...et il a fallu que vous ramassiez
ce billet de mille.
[Gilles préfère se taire dans le silence de ses pensées.
McGuliver l'entraîne à l'intérieur du bureau où, à leur grande
surprise, Ginou n'était pas à son bureau. Il n'y avait qu'une
bouteille de bière vide et une bouteille d'huile à moteur siphonnée
jusqu'à la dernière goutte. Mais quelque chose attire l'attention de
Gilles... quelque chose qui semblait venir du dessous du bureau de
Ginou. Il s'empressa d'aller voir, après avoir fait un détour par
l'abreuvoir, le babillard et la machine à Jelly Beans.]
- Gmlougm... gmmnmgmmm...
- Couture, nom de Dieu, videz-vous la bouche avant de parler ! Quoi
que ce
soit probablement le discours le plus cohérent et intelligible que
vous ayez eu à ce jour...
- Gmdflougjnmm... Je suis désolé patron... Ces Jelly Beans sont
vraiment caoutchouteuses.... Je ne crois pas qu'elle aient été
changées cette semaine.
- Elles n'ont jamais été changées Couture. Croyez-vous vraiment que
l'entreprise a les finances nécessaires pour entretenir ce
distributeur, pauvre bougre de goinfre ?
[Sans se soucier des insultes de son ex-patron, Couture s'avançe
d'avantage vers le bureau de Ginou. Ginou semblait affairée à
quelques besognes dont elle ne voulait pas laisser transpirer les
détails.]
- Ginou ? Que fais-tu ma belle secrétaire d'amour ?
- Ex-secrétaire, vieux cochon mal léché ! J'occupais ces quelques
messieurs pour les faire patienter avant ton arriver ici.
[Au même moment, un dizaine de membres des francs-maçons, vêtus
de jaune serin, sortirent de dessous le bureau de Ginou. Ils étaient
armés jusqu'aux dents, l'un d'eux avait d'ailleurs un dentier
mitraillette dernier cri.]
- Personne ne bouge ! Merci ma jolie, ce fut un vrai plaisir de vous
côtoyer. Quand à vous, espèce de faux jetons, vous ne nous
échapperez plus.
[Cette fois, nulle évasion n'était envisageable. Ils étaient trop
nombreux pour tenter quoi que ce soit. La dernière chose que Gilles
et son ex-patron virent ce fut deux gros hommes éblouissant de jaune
les assommer.]
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