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Bob :
De quoi est-ce que je suis accusé, exactement ? On m'a jamais rien
dit de vraiment précis. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a deux
semaines environ, je m'étais assoupi dans le fauteuil devant ma télé
alors que je regardais paisiblement pour la douzième fois de la
soirée la même info-pub d’un produit capillaire à base de pisse de
mouton quand y a une meute de chiens-policiers qui a défoncé la
porte de mon appartement, mangée tout le steak haché qui avait dans
mon frigidaire, avant de me sauter dessus pis de me traîner à
l'extérieur de mon bloc, où une douzaines de policiers, accompagnés
d'un tank de l'armée, m'attendaient pour me conduire dans cette
maudite prison, comme si j'étais le diable en personne. On m'a
jamais dit ce dont j'étais accusé, on m'a jamais lu mes droits, on
m'a jamais donné la chance d'appeler un avocat et le pire, c'est
qu'on m'a jamais donné l'opportunité d'aller chercher quelques trucs
personnels à la maison pour emmener avec moi comme ma crème
anti-boutons rectaux dont j'ai absolument besoin. Je vais vous faire
grâce de l'état de mon anus en ce moment sans cette damnée crème.
[L'avocate tira de toutes ses forces sur un lourd tiroir à deux
bouts par lequel il était possible de passer des trucs à travers la
vitre de pellicule. Elle fouilla dans son vieux sac à main en cuir
avec des franges et jeta dans le tiroir un tube bleu qu'elle en
avait tiré. Elle poussa sur le tiroir.]
Myriam : Voici un tube de ma réserve personnelle de crème
anti-boutons dans le cul. Cela soulagera vos démangeaisons.
Bob :
Je vous remercie infiniment, maître Dupuis.
[Bob
s'empara du tube et se prouteprouta une grosse motte visqueuse de
crème nauséabonde dans sa main droite - main qui disparut
immédiatement dans la noirceur inquiétante de son arrière-train. Bob
parut soulagé au point de l'extase.]
Myriam : Pour en revenir à votre cas. Je comprends que vous vous
interrogiez sur le pourquoi de votre incarcération. Après tout, la
plupart des grands psychopathes de l’histoire n'ont jamais vraiment
eu conscience de ce qu'ils faisaient. Ils ne croyaient pas avoir
quoi que ce soit à se reprocher. C'est un classique.
Bob :
Mais moi je ne suis pas un psychopathe. Non ! Non ! Je suis doux…
doux comme un agneau.
Myriam : Silence avec ces agneaux. Ne prononcez pas leur nom.
Surtout dans la situation dans laquelle vous êtes. Cela pourrait
vous porter malheur.
Bob :
Désolé.
[À ce
moment, le directeur de la prison se ramena, accompagné d'un
régiment de gardiens.]
Lapierre : Cet entretien est terminé. Le détenu Brochu doit se
préparer à aller au lit, maintenant.
Myriam : Mais nous n'avons pas terminé nos affaires lui et moi.
C'est un scandale !
Lapierre : Vous êtes chez moi, mademoiselle, et c'est moi qui décide
de qui doit parler avec qui et pendant combien de temps. Cet
entretien est terminé. Messieurs, veuillez reconduire cette femme à
la sortie, ensuite, vous borderez Brochu pour la nuit. Et
assurez-vous d'employer toute la force nécessaire afin de lui faire
entendre raison. Nous ne voulons plus que des incidents regrettables
comme le meurtre crapuleux du détenu Hugo Hugo ne se reproduisent.
Myriam : Je vais revenir, Robert. Je vous le promets.
Bob :
Je vous aime, Myriam. Ne me quittez pas.
[Les
gardiens empoignèrent l'avocate et l'emmenèrent en direction de la
sortie. Alors qu'elle passait devant le directeur Lapierre (qui la
toisait d'un air supérieur), elle lui éternua (par accident) une
grosse motte verte en pleine figure. Bob en rigola d’ailleurs un bon
coup.
Après
avoir violemment souhaité bonne nuit à Brochu, les gardes et le
directeur quittèrent les lieux.
Bob
se retrouva à nouveau seul avec pour unique compagnon une toilette
puante qui ne flushait pas. La forte odeur fécale qui s'en échappait
lui rappelait d’ailleurs les terribles problèmes intestinaux dont il
était affligé, mais du même coup l'incroyable soulagement qu'il
aurait à remplir cette horrible bole, jour après jour. Bientôt, les
lumières du couloir adjacent furent éteintes.
Bob
se mit à lécher ses plaies tendrement dans la pénombre jusqu'à ce
qu'un sifflotement nonchalant n'éveille sa curiosité. Cela venait de
l'extérieur de sa cellule. Il se leva pour aller voir à travers le
mur de pellicule moulante qui pouvait bien être l'interprète de
cette mauvaise version de "Frère Jacques" en sol mineur. Ce qu'il
vit le figea sur place (comme la fois où il avait tenté de
s'arracher les poils du nez qui dépassaient et qu'il en avait prit
une trop grosse poignée.)]
Bob:
Hugo ? Est-ce bien toi ???
[À
travers la noirceur du couloir, Bob vit un homme de très grande
stature s'arrêter net. Il semblait fixer l'aquarium.]
Bob:
Est-ce vraiment toi Hugo ??? Tu... tu n'es pas mort ???
Homme: Je suis le conciewge. Je nettwoie les cowwidows. Je connais
pas de Hugo Hugo, c'est juwé !
Bob:
Mais... tu... Approches par ici ! Il faut que je sache !
[L'homme hésita un long moment mais finit par venir coller ses
grosses babines dans la vitre.]
Homme
: Qu'est-ce que wous woulez ? J'ai du trawail à faire.
[Dans
le noir, cet homme de couleur était pratiquement invisible si bien
que pour Bob, il ne semblait y avoir qu'un gros dentier qui flottait
de l'autre côté de sa cellule en claquant des dents au rythme de ses
paroles.]
Bob :
J'ai jamais dit Hugo Hugo. J'ai juste dit Hugo. Alors c'est sûrement
toi.
Homme
: Meeerwde de meeerwde ! Moi et ma gwande gueule.
Bob :
Je te croyais mort.
Homme
: Je ne swuis pas Hugo Hugo. Je swuis son fwère jumeau. Mon nom est
Yogi Yogi.
Bob :
Donc Hugo Hugo est bien mort ? N'est-ce pas ?
Yogi
Yogi : Woui. Il est mowrt.
Bob :
Mort et enterré ?
Yogi
Yogi : Pas entewré, monsieur.
Bob :
Ils ont pas enterré son cadavre. Qu'est-ce qu'ils ont fait avec
d'abord ?
Yogi
Yogi : Euh... Je fewrais mieux de pas le dire, je pense.
Bob :
Come on man ! Tu peux me faire confiance. Je suis muet comme une
carpe.
Yogi
Yogi : J'ai déjà été mowrdu par wune carpe quand j'étais petit.
Bob :
Ouch ! Ça sûrement du faire mal.
Yogi
Yogi : Woui. Tewrriblement.
Bob :
J'irai jamais raconter à personne que t'as été mordu par une carpe,
Yogi. C'est juré.
Yogi
Yogi : Vous êtes gentil, monsieur.
Bob :
Pis pour le corps de Hugo Hugo ? Qu'est-ce qu'ils ont fait avec ?
Yogi
Yogi : Ok. Je vais wous le dire. Ils l'ont découpé en mworceaux et
ils en ont fait du steak haché. Mais faut pas le dire à pwersonne,
monsieur.
Bob :
Putain ! Ils sont vraiment dégueulasses dans cette prison. Merci de
me l'avoir dit, Yogi. Je vais m'en tenir aux biscuits soda la
prochaine fois qu’il va y avoir du steak haché au menu.
Yogi
Yogi : Il faut que je wetourne au twravail, monsieur.
Bob :
C'est toi le concierge ici, Yogi. C'est bien ça ?
Yogi
Yogi : C’est ça monsieur.
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