New York ne se révèle qu’à une
certaine hauteur, à une certaine distance, à une certaine vitesse : ce ne
sont ni la hauteur, ni la distance, ni la vitesse du piéton. Cette ville
ressemble étonnamment aux grandes plaines andalouses : monotone quand on
la parcourt à pied, superbe et changeante quand on la traverse en voiture. J’ai appris à aimer son ciel.
Dans les villes d’Europe, où les toits sont bas, le ciel rampe au ras du sol et
semble apprivoisé. Le ciel de New York est beau parce que les gratte-ciel le
repoussent très loin au-dessus de nos têtes. Solitaire et pur comme une bête
sauvage, il monte la garde et veille sur la cité. Et ce n’est pas seulement une
protection locale : on sent qu’il s’étale au loin sur toute
l’Amérique ; c’est le ciel du
monde entier. J’ai appris à aimer les avenues de Manhattan. Ce ne sont
pas de graves petites promenades encloses dans les maisons : ce sont des
routes nationales. dès que vous mettez le pied sur l’une d’elles, vous
comprenez qu’il faut qu’elle file jusqu’à Boston ou Chicago. Elle s’évanouit
hors de la ville et l’oeil peut presque la suivre dans la campagne. Un ciel
sauvage au-dessus de grands rails parallèles : voilà ce qu’est New York,
avant tout. Au coeur de la cité, vous êtes au coeur de la nature. Jean-Paul Sartre, Situations,
tome III, Gallimard, 1949.
Date de la dernière mise à jour : mai 2005
Exercices et cours de Français.
Groupement poétique sur la ville.
Jean-Paul Sartre : New York. Etude du texte.
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