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Teinture végétale

Cet art ancien qui consiste à extraire des teintures de plantes peut tenter les adeptes du tricot, du crochet, du tissage ou simplement les amoureux des couleurs. Il y a longtemps que la couleur est un aspect essentiel du travail des fibres; l'emploi de colorants naturels remonte à au moins 50 siècles, peut-être plus. Mais la découverte accidentelle en 1856 d'une teinture synthétique a amorcé la fin de l'art traditionnel des teintures. Vers la fin de la première guerre mondiale, on obtenait par synthèse des teintures de toutes les couleurs, et les anciens procédés ne subsistaient plus que dans les régions éloignées des grands centres urbains. La transition vers les teintures synthétiques a été rapide, car les nouveaux colorants étaient sûrs, commodes et généralement moins coûteux au niveau industriel.
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Le nouvel enthousiasme pour les teintures naturelles -- bien qu'elles exigent un processus parfois difficile et toujours long -- a jailli de la raison même de leur abandon il y a un siècle et demi: la difficulté d'uniformiser les résultats. Car les matières premières végétales ont tendance à fournir des teintes originales qui sont uniques en leur genre. Jamais deux bains de teinture ne sont exactement les mêmes, en raison du nombre de facteurs entrant en jeu: époque de l'année où les plantes ont été récoltées, leur fraîcheur et leur pureté, la nature du sol où elles ont poussées, la proportion des recettes, ainsi que la température et la durée de macération.

Sources des plantes tinctoriales

Où que vous habitiez, vous avez près de chez vous une véritable mine de matières colorantes naturelles: tomates rampantes, peaux d'oignons, pissenlits, oeillets d'Inde, grains de café, verges d'or, feuilles de thé, et quantité d'autres plantes moins connues mais aussi abondantes. En fait, très peu de plantes ne fournissent pas de colorant. Notez quand même que la feuille, la fleur, la racine ou toute autre partie d'une plante ne donnera pas nécessairement la même couleur. Si vous cueillez des plantes que vous ne connaissez pas, mettez des gants. Par exemple, les roses de toutes les couleurs donnent des colorants dans la gamme des fauve - vert - noir; l'armoise gris-argent des bruns, des jaunes et des verts; et à partir de tomates rampantes vertes on obtient des brun-rouge et des fauves; tandis que les oeillets d'Inde donnent une vraie teinture or.

Matériaux et équipement

Les techniques d'utilisation des teintures naturelles acquises, vous pourrez teindre des fibres brutes, du fil, du tissu, des objets en tissu, des ouvrages au macramé ou au crochet, même du cuir, du bois et des matières plus inattendues (la plupart des teintures naturelles donnent leur meilleur résultat à la laine).

L'équipement est simple et peu coûteux: un grand faitout d'émail ou d'acier inoxydable, une bassine en plastique, une cuiller-mesure et une spatule en verre ou en bois. Vous pouvez travailler sur un foyer extérieur ou bien sur un réchaud au gaz ou à l'électricité dans une cuisine bien ventilée.

La quantité de matières que vous pouvez teindre à la fois n'est limitée que par la taille de votre faitout et à la quantité de colorants dont vous disposez. Cependant, la plupart des teinturiers amateurs estiment commode de limiter leurs bains à 500 g de fibres.

Durabilité des teintes

Même si la plupart des teintures naturelles sont plus ou moins bon teint, les teinturiers effectuent souvent une ou parfois deux opérations de plus pour assurer la permanence de la couleur. Il s'agit de faire frémir les fibres ou le tissu à teindre dans une solution qui provoque une liaison chimique entre colorant et fibre. Cette solution est appelée mordant car elle est censée mordre la structure de la fibre et l'opération est le mordançage.

Les mordants existent sous de nombreuses formes: certaines mousses, le vinaigre, l'ammoniaque, le tanin et d'autres substances ont longtemps été employées mais les mordants les plus utilisés de nos jours avec les teintures naturelles sont l'alun et la crème de tartre, ainsi que certains sels de chrome, de cuivre, de fer et d'étain.

Tout en faisant tenir les teintures, le mordançage change souvent les couleurs que donnent les matières colorantes ainsi que la texture de la fibre elle-même, cela au bénéfice ou au détriment du teinturier. Mais les mordants ne sont pas interchangeables; pour une substance tinctoriale donnée chaque mordant a un résultat différent. Par exemple, des fleurs de dahlia utilisées avec un mordant au chrome donnent une teinture orange et avec de l'alun du jaune clair.

Le mordant recommandé est l'alun car c'est celui qui présente le moins de risques et qui est le plus facile d'emploi. Beaucoup d'autres moins courants sont de vrais poisons et doivent s'utiliser avec la plus grande prudence. En utilisant tout produit chimique, et même des teintures végétales, soyez prudents. Les vapeurs peuvent être très caustiques; procédez donc au mordançage comme à la teinture dans un endroit bien ventilé, de préférence à l'extérieur. Portez toujours des gants de caoutchouc et un tablier, utilisez des moufles de cuisine pour manipuler les ustensiles chauds.

Ajoutez toujours le produit chimique à l'eau et non le contraire et rangez tous les produits chimiques à l'abri et hors de portée des enfants. De même, tous les ustensiles et contenants ayant servis au mordançage ou à la teinture devront ne servir qu'à cet usage. Ils ne peuvent plus être employés pour les préparations culinaires.

Avec l'alun, on a coutume d'appliquer le mordant par un bain préliminaire, puis de teindre la fibre mordancée encore humide dans un deuxième bain. Le mordant peut parfois être ajouté au bain de teinture quand vous êtes certain qu'il n'en résultera aucun effet contraire. Dans le doute, mordancez d'abord puis teignez dans un bain séparé. On procède parfois à un mordançage supplémentaire après le bain de teinture afin d'aviver ou de modifier la couleur obtenue.

Mordants

L'alun (sulfate de potassium et d'aluminium hydraté) est un excellent mordant pour la teinture domestique car il est inoffensif sauf si on l'ingère en grandes quantités. Il se présente sous forme de cristaux ou de poudre, incolores ou blancs. On en utilise 80 à 100 g par livre de laine. Il donne les meilleurs résultat comme prémordant et convient à toutes les fibres. Il a généralement peu d'effet sur la couleur. Si on en utilise trop, il peut rendre les fils poisseux ainsi l'emploie-t-on souvent avec de la crème de tartre.

Le fer (sulfate ferreux, également appelé couperose verte ou vitriol vert) est un autre mordant non toxique; il se présente sous forme de cristaux ou de poudre vert pâle. On en met de 15 à 60 g par livre de laine. Le bain de mordant au fer se combine en général au bain de teinture. Le fer n'est pas recommandé pour la soie ou la grosse toile car il fonce les couleurs et ajoute un reflet noirâtre violacé. Trop de fer attaque et endommage les fibres et donne un reflet bronze ou noir. On peut préparer le bain de teinture dans un faitout en fer au lieu d'utiliser ce produit chimique. Du fer employé avec de l'ammoniaque donne un bleu verdâtre. Les fibres ainsi mordancées doivent être rincées avec le plus grand soin.

Le tanin (acide tannique) peut se trouver ;à l'état naturel dans de nombreuses substances végétales, comme le thé et la noix de galle et dans ce cas supprime souvent la nécessité d'un autre mordant. Il n'est pas toxique et peut s'acheter sous forme de poudre brun clair. Quand on l'utilise ainsi, on en prend 30 à 60 g par livre de laine. Il s'emploie généralement comme prémordant ou avec le bain de teinture. Le tanin étant sensible à la lumière, les fibres qu'il a servi à mordancer tendent à foncer avec le temps. Rangez le tanin dans un récipient opaque.

Les mordants qui ne doivent être employés que par les teinturiers professionnels comprennent: le chrome (bichromate de potassium), poison corrosif et caustique, aux vapeurs extrêmement toxiques; le cuivre (sulfate de cuivre, appelé aussi vitriol bleu), très toxique sous toutes ses formes; et l'étain (chlorure stanneux), très toxique, avec des vapeurs qui peuvent irriter les yeux et les muqueuses.

Autres produits chimiques

On utilise aussi le vinaigre blanc, la crème de tartre, le bicarbonate de soude et l'ammoniaque. Le vinaigre blanc n'est pas toxique et s'achète dans les épiceries. Ajouté à une teinture violette, il la fait virer au rouge. La crème de tartre n'est pas toxique et peut s'acheter au Canada en épicerie, et en Europe dans les drogueries et chez les fabriquants de produits chimiques. Elle sert à conserver la douceur des fibres en cas d'emploi d'un mordant à l'alun ou à l'étain. Le couvercle de son récipient doit toujours être hermétiquement fermé. Sous-produit de la vinification, elle se présente sous forme d'une poudre cristalline blanchâtre ou rougeâtre. Le bicarbonate de soude est un produit non toxique d'épicerie ou de droguerie. Ajouté aux teintures violettes, il les fait virer au bleu. L'ammoniaque, un article courant mais toxique, ne s'emploie que pure, non détersive. Elle accentue les jaunes et les verts des herbes et des lichens.

Teinture d'un écheveau de laine

Avec certaines plantes, le brou de noix par exemple, il n'est pas nécessaire d'ajouter de mordant, car elles en contiennent sous leur forme naturelle. Mais à moins d'employer une de ces plantes, ne commencez jamais à teindre avant d'avoir obtenu une quantité suffisante de tissu ou de fibres préalablement mordancée.

Les deux recettes qui suivent sont destinées à la teinture d'une livre de laine en écheveau. Vous pouvez teindre d'autres quantités en modifiant les proportions. Les recettes donneront des coloris acceptables mais différents sur d'autres fibres. Il y a une exception. La teinture à l'oeillet d'Inde n'est pas recommandée pour la toile ou le coton.

Préparation de la laine

Enroulez la laine en un écheveau lâche d'environ 35 cm de diamètre. Vous pouvez l'enrouler autour de votre avant-bras ou bien utiliser un dévidoir pliant.

Pour enrouler la laine sur un dévidoir, attachez-en une extrémité à l'une des intersections en X et faites-le tourner, ce qui enroule la laine. Une fois l'écheveau terminé, en le limitant à un poids d'environ 100 g, nouez bien ensemble le début et la fin du fil, puis attacher sans serrer l'écheveau en 2 ou 3 endroits avec du fil de coton, soigneusement noué. Retirez la cheville de la poignée du dévidoir, libérant l'écheveau.

Lavez les écheveaux de laine à l'eau froide et à la lessive et rincez avec soin. L'eau douce est recommandée pour toutes les opérations de teinture végétale. Les sels minéraux de l'eau dure fonce les couleurs. L'eau de pluie est la meilleure, sinon utilisez un adoucisseur d'eau vendu dans le commerce avec l'eau du robinet.

Mordançage pour une livre de laine

Fournitures

  • De petits sachets d'alun et de crème de tartre
  • de l'eau douce
  • 1 faitout en émail ou en acier inoxydable de 25 litres
  • 1 balance ou un pèse-lettres
  • 1 cuiller-mesure
  • 1 bâton mélangeur de verre ou de bois
  • 1 réchaud au gaz ou électrique ou un foyer extérieur
  • 1 bassine en plastique pour le rinçage
  • Gants de caoutchouc, moufles de cuisine, tablier

Pour préparer le bain de mordant, pesez 120 g d'alun pour les laines grossières ou 90 g pour les fibres délicates et 30 g de crème de tartre. Recouvrez le pèse-lettre d'une feuille de papier ciré pour éviter la contamination. Les mesures doivent être précises. Si vous n'avez pas de pèse-lettres, notez que 2 cuillers à soupe rases correspondent à 30 g de poudre d'alun ou de crème de tartre.

Faites dissoudre alun et crème de tartre dans un litre d'eau froide. Remplissez presque entièrement d'eau froide un faitout de 25 litres. Ajoutez la solution et remuez bien. Mettez le faitout sur le feu et ajoutez l'écheveau humide. Élevez alors très progressivement la température du bain de mordant jusqu'à frémissement, en remuant bien de temps à autre. La température de macération correcte, de 70° C sera atteinte quand de minuscules bulles commenceront à monter à la surface. Maintenez cette température une heure en réglant la chaleur. Ne laissez jamais bouillir.

À mesure que le liquide chauffé s'évapore, ajoutez de l'eau brûlante en quantité suffisante pour maintenir le niveau et la température du bain de mordance. Quant une heure est presque écoulée, baissez doucement le feu. Lorsque vous pourrez sans danger tenir le faitout avec des moufles de cuisine, mettez-le de côté et laissez le bain refroidir de lui-même. Ne changez jamais brusquement la température de la laine. Une fois le bain assez tiède pour pouvoir y tremper la main gantée, au bout d'une demi-heure en général, retirez l'écheveau et tordez-le doucement pour l'essorer. L'écheveau est maintenant prêt à être teint. Vous pouvez commencer aussitôt, ou envelopper l'écheveau humide dans une serviette de toilette, le ranger dans un endroit frais et le teindre le lendemain.

Fournitures pour la teinture

  • 1 passoire inoxydable
  • 1 bassine en plastique de 25 litres
  • substances colorantes
  • le matériel déjà utilisé pour le mordançage


Teinture aux oeillets d'Inde frais

Toutes les variétés d'oeillets d'Inde peuvent fournir une teinture jaune ou or pour la laine ou la soie. La variété utilisée déterminera la nuance obtenue. On peut mêler différentes variétés voire différentes plantes à fleurs jaunes, comme les chrysanthèmes. Pour obtenir les meilleurs résultats, cueillez les fleurs tout à fait épanouies et utilisez-les immédiatement. Pour teindre une livre de laine en écheveau, il vous faudra trois quart de livre de fleurs (cela est une exception à la règle générale demandant 2 ou 3 fois plus de matières colorantes que de fibres ou textiles à colorer).

Mettez les oeillets d'Inde et 18 litres d'eau dans le faitout et faites frémir une heure environ à 70° C en remuant de temps à autre pour assurer l'immersion de toutes les fleurs. Il est plus rapide mais moins efficace de faire bouillir les fleurs pendant 15 minutes. En général, les colorants peuvent s'extraire des plantes fraîches par l'une ou l'autre de ces méthodes.

Quand la solution s'est refroidie, passez-la pour qu'il ne reste aucun résidu végétal qui pourrait souiller la laine. Rincez le faitout à teinture à l'eau claire, et versez-y à nouveau la solution de teinture. Ajoutez de l'eau froide pour remplir le faitout aux trois quarts. Quand la solution est tiède, ajoutez la laine mordancée. Si la laine a commencé à sécher, humectez-la à l'eau claire avant de la mettre dans le faitout. Revenez à la cuisinière ou préparez le foyer extérieur et amenez progressivement le bain de teinture au point de frémissement. Cela doit prendre environ une demi-heure. Laissez le bain frémir encore une heure ou plus ou jusqu'à l'obtention de la teinte désirée.

Retirez le faitout du feu et laissez refroidir le bain de teinture jusqu'à ce que sa température convienne à une main gantée. Si nécessaire, vous pouvez accélérer le refroidissement en ajoutant un peu d'eau tiède toutes les 2 à 4 minutes. Quand le bain est tiède, retirez-en la laine. Rincez celle-ci dans des bains successifs jusqu'à ce que l'eau reste claire. Pressez sans tordre pour retirer l'excédent d'eau. Accrocher la laine teinte à l'ombre pour qu'elle sèche.

Teinture au brou de noix

Les brous donnent toute une gamme de tons chauds du beige au brun foncé. Pour un coloris sombre, utilisez des brous frais récoltés à la fin de l'été, quand la couche externe verte commence juste à se tacher de brun. Pour des tons fauves à beiges, prenez des brous secs, de couleur noir brunâtre. On utilise souvent ces derniers pour supprimer le brillant de couleurs provenant d'autres plantes, procédé qualifié de ternissement.

Avec le brou de noix le mordançage est inutile, sauf pour modifier la couleur. Cette teinture végétale convient à la laine, la soie, le mohair, le raphia et d'autres fibres.

Pour préparer assez de teinture pour une livre de laine en écheveau, mettez à tremper 2 à 3 livres de brous de noix secs dans 5 litres d'eau durant 24 heures; puis coupez-les en petits morceaux. Versez-les ainsi que l'eau de trempage dans un faitout émaillé de 25 litres que vous remplissez d'eau aux trois quarts. Faites frémir au moins une heure. Si les brous semblent sur le point de s'émietter au risque de souiller la laine, retirez-les avec une cuiller inoxydable. Mais il vaut mieux les laisser dans le bain pour avoir une couleur plus intense. Laissez refroidir le bain; puis ajoutez assez d'eau froide pour remplacer celle qui s'est évaporée. Mouillez la laine et mettez-la dans le bain de teinture tiède; réchauffez lentement jusqu'au point de frémissement. Laissez frémir encore une heure ou jusqu'à ce que vous ayez obtenu une couleur de l'intensité désirée. La laine s'éclaircira légèrement en séchant. Si vous teignez plusieurs écheveaux, vous pourriez obtenir des teintes dégradées en les retirant successivement du faitout à des intervalles donnés. Les opérations de refroidissement, de rinçage et de séchage sont les mêmes que pour la teinture aux oeillets d'Inde.








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