Rien ne m’appartient, si ce
n’est Déborah Wilson, Jordan Knight, Bryan Wilson,
Georges Wilson
Les personnages
Déborah Wilson : DW
Lieutenant Myron Goldman :
LG
Alberto Ruiz : AR
Sergent Zec Anderson : SA
Marcus Taylor : MT
Dany Purcell : DP
Marvin Jhonson : MJ
Lieutenant John Mc Kay : LM
Scott Baker : SC
Roger Horn : H
Capitaine Wallace : CW
Doc Randy Matsuda : DR
Doc Heukenberry doc hoc : DH
Colonel Carl Bruster : CB
Alex Devlyn : AD
Chapitre 1er: L’arrivée
Le pays est en guerre, nous
sommes en 1967 et j’arrive enfin au Vietnam.
De Saigon où j’ai atterri
en avion, je n’ai pas vu grand chose, nous avons directement été transférés en
bus à Firebase Ladybird.
Nous étions loin de tout,
c’était un camp boueux dont les seules « constructions » étaient des
tentes.
Nous étions entouré de
jungle, il n’y avait strictement rien autour et la seule chose qui nous reliait
à la civilisation était cette piste par laquelle nous étions arrivés.
Une fois descendue du bus,
le sergent Zeke Anderson, un homme entre 30 et 40 ans, est venu faire l’appel
pour faire la répartition des hommes dans les différentes sections de la
compagnie Bravo à laquelle j’appartenais.
Il semblait connaître son
métier, sûr de lui, ce n’était certainement pas son 1er tour.
Il nous conduisit ensuite
jusqu’à une tente, où nous allions apparemment dormir. C’était plutôt
spartiate, un lit et une cantine en fer pour mettre nos affaires dedans.
J’étais avec d’autres types
qui venaient d’arriver tout comme moi : Alberto Ruiz un portoricain de New
York, Dany Purcell un paysan du Montana, Scott Baker un surfer de Californie,
Roger Horn un pacifiste et Randy Matsuda le docteur.
Il y avait déjà 2 anciens
comme on dit : Marvin Jhonson il venait du Mississipi et Marcus Taylor de
Détroit.
Nous avions à peine mis les
pieds sous la tente qu’il y avait déjà des tensions.
L’arrivée n’était pas
facile à gérer, nous devions prendre nos marques, et si nous étions là, c’est
que des types (leurs potes) étaient morts.
DP « Je vais me mettre là.
SJ
_ C’était la place de Mickey là.
SC _ Moi je vais me mettre ici.
MT
_ Celui qui était là avant toi, on a même pas retrouvé assez de morceaux pour
remplir un sac.
SC _ Ben si c’est comme ça, je vais dormir par
terre.
AR _ Qu’est ce que t’as ? T’as jamais vu un
Portoricain ? ! »
La
forte tension, qui était palpable la veille, n’existait presque plus le
lendemain matin. Nous avions finalement sympathisés le soir autour d’une bière
prise dans le coin bar de la base. Et même si nous étions tous très différents
les uns des autres ça allait marchait.
Quand
les mecs se réveillèrent j’étais déjà debout. Il fallait que je me prépare pour
pas que l’on me découvre, je me bandais la poitrine pour l’aplatir, j’avais un
centimètre de cheveux sur le crâne, je ne ressemblais plus trop à une femme
mais pas vraiment à un mec non plus. Déborah Wilson n’existait plus, Joe Brody
quant à lui était un androgyne.
En
fait, je m’étais bien débrouillé jusqu’à présent, mais c’était toujours très
serré. J’avais envoyé un type que j’avais payé pour passer toutes mes visites
médicales, et j’avais pu passer entre les mailles du filet.
AR
« Arrête de tourner en rond, tu peux pas dormir ? ! »
C’est
à ce moment que je sergent Anderson est entré dans la tente.
SA « Debout ! Dans ¾ d’heure au bas de
l’hélico !
DP _ Brody, t’es toujours aussi matinal ?
DW_ Non, mais j’ai pas bien dormie. »
J’étais
nerveuse, je commençais à avoir peur et il fallait que je fasse attention si je
ne voulais pas qu’on me découvre. A l’heure dite, nous étions tous au bas de
l’hélico et je n’avais rien réussi à avaler au petit déjeuné.
Le
lieutenant était un homme d’une 30taine d’années à tout casser, il faisait
stricte, et plutôt sûr de lui. Il paraissait être un jeune officier fraîchement
débarqué au Vietnam.
C’est
lui qui nous a donné les instructions pour le vol.
LG
« Bonjour, je suis le lieutenant Goldman. Nous allons prendre l’hélico.
Arrivés à destination, vous vous éloignez le plus possible de
l’appareil. »
Nous
avons tous grimpé dans l’hélico, et lorsqu’il a pris de l’altitude, j’avais les
jambes qui pendaient dans le vide ; c’était une sensation très agréable.
J’adorais être dans un hélico.
Le
voyage s’est passé sans encombre.
Nous
marchions depuis une demi-heure quand nous avons reçu un message radio. Nous
devions nous poster en embuscade ; la pression est montée d’un cran à ce
moment là. Nous nous sommes couchés à plat ventre et
nous avons attendus de les voir arriver, prêt à tirer.
SA
« Vous tirez seulement quand vous les voyez.
LG
_ Sergent, mettez votre casque ! Mettez votre casque ! Feu !!
SA
_ Arrêtez !! Cessez le feu !!
GI _ Qui a la 60 ? ! Qui a la
mitrailleuse ? !!
AR
_ Merde ! Qu’est ce que j’ai fait ! C’était un accident !!
C’était un accident !!
SA
_ Du calme, il n’y a pas eu de casse. »
Lorsque
j’ai tiré mon premier coup de feu, je me suis fait pipi dessus, je me sentais
ridicule, mais je crois que je ne fus pas la seule. J’avais très peur, il
fallait que je tue quelqu’un, je pensais y avoir réfléchi, et la preuve que
non. Pendant un moment j’ai eu une hésitation, les autres tiraient, et moi non,
et puis j’ai pressé la détente, très fort. Je me suis forcée, ce fut comme un
déclic. J’avais passé un pallier, et je savais qu’il faudrait en passer un
autre lorsque je devrais tuer une personne que je verrais, en face de moi et
non pas quelqu’un que je ne vois pas, quelqu’un qui doit être quelque part dans
un fouret.
En
fait, après en avoir parlé avec Horn, je me suis aperçue que je n’étais pas la
seule. Horn le pacifiste n’a en fait tiré aucun coup de feu ce jour là.
Les
lieux avaient complètement changé en une fraction de seconde. Tout était devenu
flou, il n’y avait plus rien de net. Les sons me parvenaient comme assourdis,
et tout semblait se dérouler au ralenti. Comme si j’entrais dans un autre
monde, je me suis aperçu par la suite que cette sensation allait être quelque
chose de récurrent.
Nous
n’avions jamais rencontré les Viets sur lesquels nous devions tirer. Nous
avions tiré sur les nôtres.
Nous
avons appelé la base et des hélicos sont venus chercher les blessés du deuxième
peloton.
Le
lieutenant Goldman interrogeait l’un d’entre eux.
LG « Vous dites qu’ils vous ont suivis,
canardés et qu’ils ont disparus ?
CW_
Alors ils vous ont eu comme des bleus.
SA _ Ouais ! Et ils ont zigouillé tout le
deuxième peloton.
LG _ On n’a rien vu, rien entendu et personne ne
nous a signalé votre venue.
GI1
_ Ils allaient vers l’ouest, ils auraient tous dû vous tomber dessus. Si vous
les voyez, faites leur en baver un maximum.
SA
_ Compte sur nous mon gars.
CW_
C’est incroyable, on dirait qu’ils connaissent à l’avance nos positions, ils
chargent et brusquement plus personne.
SA _ Je suis comme vous, je n’y comprends rien.
GI1
_ Il y a un village près d’ici, je parie qu’ils sont là bas.
SA _ On peut toujours y aller.
GI2
_ On prend la 60, et on va montrer à ces putains de Viets de quoi on est
capable.
CW_
Bon, allez-y. »
Ca
m’a fait quelque chose de voir tous ces hommes à terre, c’était la première
fois que je voyais réellement des blessés, les nôtres. Je ne parlais pas
beaucoup pour pas que l’on comprenne au son de ma voie que je suis une femme,
mais là, je suis devenue muette.
Nous
sommes partis pour le village, ceux du deuxième peloton qui n’étaient pas
blessés étaient avec nous, ils en voulaient, ils étaient enragés. Je ne me
sentais pas très bien, pas vraiment à l’aise devant une telle haine, j’avais
une petite boule (pas si petite que ça en fait) qui s’était
installée au creux de mon estomac.
Quand
nous avons débarqués dans le village, il n’y avait plus personne, c’était vide.
Il y avait seulement les animaux en liberté. Le village si on peut appeler cela
un village était en fait une quinzaine de cahutes construites autour d’une voie
centrale.
LG « Allez fouiller les premières cahutes,
regardez s’il n’y a pas de trappe.
SA _ Faites gaffe aux francs-tireurs.
HO
_ On dirait qu’il n’y a pas de chat.
DP
_ Moi ce n’est pas les chats qui m’inquiètent. »
Un
cochon s’est mis à suivre Baker.
SC « Allez, lâche-moi sale bête !
AR _ On dirait que t’as fait une touche
Baker !
SC _ Allez, casse-toi, tire-toi ! »
Chacun
fouillait le village de son côté, nous étions tous dispersés et c’est là que
nous avons tout à coup entendu des tirs provenant de la deuxième cahute. Ca
nous a tous fait sursauter. Le lieutenant et le sergent ont courus dans la
direction d’où provenaient les tirs.
LG « Qu’est ce qui se passe ?
MT
_ Die die Mao! Chouoye!!
LG _ Qu’est ce qui vous prend? ! Vous êtes
ding ! ?
MT
_ Moi j’ai pas envie de risquer ma vie connement !
LG
_ Vous trouvez ça malin de ficher la trouille à tout le peloton ? ! Avant
de faire feu, on prévient les autres !
MT
_ Et vous, vous avez prévenu quelqu’un avant de tirer sur le deuxième
peloton ? !
LG _ Vous avez une grande gueule Taylor !
Vous feriez mieux de la fermer !
MT
_ Je préfère avoir une grande gueule que…
SA
_ Taylor ! Taylor ! Tu dégages !! Lieutenant, laissez glisser.
LG
_ Non, j’interdis que mes hommes me parlent comme ça !
SA
_ Mon lieutenant, porter des galons, c’est une chose, se faire respecter en est
une autre.
LG
_ Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous !
GI2_
Ca fait pas longtemps qu’ils sont partis, j’en suis sûr !
LG
_ Passez-moi la radio…Il n’y a pas âme qui vive mon capitaine.
Rad_
D’accord mais restez quand même.
LG
_ Vous l’avez entendu comme moi Horn ! »
Il
commençait à s’énerver. En attendant les ordres, certains d’entre nous se sont
installés plus loin pour manger un bout.
AR« Ca
va pas de donner ça à bouffer à un porc ? !
SC_
J’ n’aime pas ça, et lui non plus.
AR_
C’est normal qu’il n’aime pas le jambon, à moins qu’il soit cannibale, les
porcs ne mangent pas de cochon ! Pourquoi tu ne manges pas de
viande ? !
SC_
Je suis végétarien, je ne mange que des légumes, sauf
parfois un petit supplément, c’est de la poudre, pleine de vitamines, de
protéines, de levure, de jaune d’œuf et de bêta- quarantaine. »
Il
sortit un sachet de son sac pour lui montrer.
AR
« Fais voir que je goûte ça…Ah ! C’est dégueulasse !
SC
_ Ne crache pas, ça développe les fibres musculaires, le tonus et l’endurance.
J’ai acheté 20 kilos de cette poudre à la base.
AR
_ Alors c’est comme de l’engrais pour l’homme.
SC
_Ouais ! Si tu veux, c’est pas parce qu’on est dans ce bled pommé qu’il
faut négliger son corps. Faites comme moi, un bon régime et de l’exercice tous
les matins.
SJ _Moi j’en fais quand je cours entre les
balles.
AR_
Et ! Regardez le porc ! Il a l’air d’aimer ça !
SC_
Sale bête ! Rend-moi ce sac !! »
Le
porc se baladait entre nos jambes et il avait mis le groin dans le sac posé par
terre, il semblait coincé, il n’arrêtait pas de secouer la tête et il partit en
courrant. Il y eut une course poursuite dans tout le village pendant quelques
minutes. Baker courrait derrière le porc qui avait toujours son groin dans le
sac. Il réussit quand même au bout d’un moment à l’attraper. Tout le monde
rigolait, la scène était drôle, un grand balaise blond en train de courir après
un petit cochon noir.
DW
« T’as enfin réussi !
SC _ Arrêtez de déconner, ça coûte la peau des
fesses ce machin !
MT
_ Et ! Regardez le porc ! …On dirait qu’il est blessé…c’est une
balle ! A couvert !! »
Pendant
5 minutes, nous avons tiré, cachés derrière les cahutes, sans savoir où était
précisément l’ennemi.
MT
« Randy ! Viens voir ! Je suis touché !
DR
_ 2 secondes Marcus, je suis occupé, j’arrive !
LG
_ Vous les voyez, vous ?
SA
_ Non, ils nous ont encore baisés.
LG
_Cessez le feu !!
SA
_ Soit on les a eus, soit ils ont filé ; c’est pas la peine de gaspiller
les munitions.
HO_
Lieutenant, sergent, par ici, venez voir, vite !
SA
_ Qu’est ce qu’il y a ?
RD
_ Ils ont eu Taylor, il m’a appelé et quand je suis arrivé, il n’était plus là.
SA
_ T’as regardé dans la cahute ?
RD
_ Oui, il n’y était pas. »
Nous
avions fouillé tout le village, Taylor n’était nul part et Marvin en avait gros
sur la patate.
Il
tournait en rond, seul, nous pensions que dans un moment pareil il préférait
être seul. Le sergent a été le seul à aller le voir.
SA « Ca va Jhonson ?
MT_
Tous mes copains, tous disparus, Zorro, Mickey et maintenant mon meilleur pote,
Taylor.
SA_
Ne t’inquiète pas, on va le retrouver. »
Plus
loin dans le village, Ruiz fanfaronnait …
AR
« J’ai eu une idée géniale, je vais me faire le porc au barbecue. Je n’en
donnerai pas un gramme à Baker, ce mangeur de betterave, tu crois que c’est un
mec ? Dis donc, je crois que c’est moi qui l’ai eu le Viet ; et une
encoche sur ma 60 ! …Aï !! »
Il
s’était assis sur le rebord en bois d’un puit et…
HO
« Ruiz, qu’est ce que t’as ? Arrête de bouger ! T’as vu la
longueur du clou que t’avais planté dans le cul !!
AR _Pourquoi moi ? ! Infirmier !
! Infirmier ! ! Il est où ce con ? ! »
En
ce levant, Ruiz déplaça une planche qui tomba par terre. Ce n’était pas un
puit.
HO
« Callaghan, regarde, il y a un trou dans le sol !
Gic _ Appelle
le lieutenant. »
Une
minute plus tard, tout le monde était réuni autour du trou.
SON
« Sacré bon sang d’bon soir ! Voilà où ils sont
passés nos fantômes ! Chouoye le daye ! Chouoye la daye !
LG
_ Qu’est ce que vous baragouinez ?
SA
_ Je leur baragouine, sortez les mains en l’air ou je vous plombe. Reculez.
Grenade !!
AR
_Sergent, on va les ramener à la petite cuillère.
SA
_ Non, c’est juste un avertissement. Bon, maintenant il nous faut beaucoup de
patience, des lampes et des volontaires.
SJ _ Vous n’allez pas nous envoyer dans ce trou
sergent ? !
SA _ Si Jhonson, c’est le seul moyen de se
débarrasser des Viets une fois pour toute.
Gic _ Moi je suis volontaire, ces fumiers ont eu
mes potes, je vais leur faire payer ça !
SA
_ T’as déjà eu l’occasion de descendre là dedans ? C’est un labyrinthe,
les Viets le connaissent, ils ont l’avantage.
GIc _Je
connais les égouts de mon quartier par cœur.
SA
_ Ruiz, tu vas avec lui, 5 mètres derrière à cause des grenades ; Brody, 1
mètre derrière Ruiz. »
Lorsque
j’ai été désignée, j’ai regardé Ruiz et Callaghan, ils étaient dos à moi et je
les ai imité. Nous nous débarrassions du superflu, de
tout ce qui aurait pu entraver nos mouvements, nous avons seulement gardé notre
45. J’agissais de façon mécanique, ça représentait l’inconnu ; nous ne
savions pas ce qui allait se passer.
Nous
nous sommes glissées dans le trou à tour de rôle.
Nous
avions à peine fait 20 mètres quand nous avons vu une trappe, elle menait vers
un étage inférieur. Callaghan s’y est glissé le premier et c’est là qu’il s’est
mis à hurler. Son visage était déformé par la douleur, il pleurait de douleur.
GIc
« Ahahah !!!!
AR
_ Qu’est ce qui se passe ? Brody, essaye de voir ! »
Je
me suis glissée la tête la première par l’ouverture et…
AR
« Brody ! Attrape lui les jambes !
DW_
J’essaye…, je n’y arrive pas ! Ahaha !!! »
Ruiz
tenait Callaghan, il essayait de le remonter, mais ça tirait de l’autre côté.
Ils l’ont emporté avec eux.
Ruiz
m’a dégagé. J’avais reçu des coups dans la poitrine et la tête ; ça m’avait
assommé. Ils étaient tous au bord du trou à nous attendre tous les 3, mais
Callaghan avait disparu.
AR
« Je vous jure que j’ai essayé, je vous le jure !!
SA
_ Où est Callaghan ?
AR
_ Ils l’ont embarqué, Brody est dans les vapes, mais je vous jure…
SA
_ Calme-toi Ruiz, t’as fait ce que tu pouvais. »
Il
était dans tous ses états, il se sentait responsable. Moi j’étais toujours
inconsciente, j’entendais tout ce qui se passait autour, mais j’étais incapable
d’ouvrir les yeux. J’ai senti qu’on me soulevait pour me sortir du trou,
jusqu’à ce qu’on me pose sur quelque chose, par terre je crois.
DR
« Ruiz, aide-moi à porter Joe dans la cahute. Enlève-lui son casque, il
faut que je regarde s’il n’a rien de grave. Déboutonne sa chemise pour voir
s’il a rien de cassé.
AR _ Qu’est ce que c’est que ce truc sous son
débardeur ? …Des bandages !
DR
_ Ce n’est pas un mec.
LG _ Comment vont Ruiz et Brody ? Enfin,
heu ! Mademoiselle… »
C’est
à ce moment que j’ai pu ouvrir les yeux. Mieux vaut tard que jamais comme on dit.
Ma tête était lourde, on aurait dit qu’elle avait été pressée dans un étau, ça
résonnait comme dans un tambour. Je n’avais pas récupéré tous mes esprits, mais
je savais que j’étais dans une situation délicate. J’ai réajusté mon débardeur
et refermé ma chemise puis j’ai tenté de m’expliquer.
DW« Vous
devez vous demander ce que je fais ici…C’est simple, je me suis engagée et je
veux me battre, pas être cantonnée dans un bureau…Je sais que ça vous met dans
une situation difficile mais, je vous en prie, lieutenant Goldman.
LG _Comment vous appelez-vous ?
DW_
Joe, pardon, Déborah Wilson.
LG
_ Mlle Wilson, pour le moment je ne sais pas trop quoi faire de vous, vous
restez ici, et vous ne bougez pas ! »
Quand
il est sorti, il était très ennuyé, c’est là qu’il a rencontré le sergent.
LG
« Sergent, j’ai un problème, avec Brody, enfin Wilson.
SA
_ C’est qui Wilson ?
LG
_ Brody, c’est en fait Wilson, et c’est pas il, mais elle.
SA
_ Une femme, une gamine !
LG
_ Oui, et en plus elle veut rester, je ne sais pas quoi faire.
SA
_ Et bien pour une nouvelle, je suis content de pas être à votre place.
LG
_ C’est gentil. »
Ils
sont retournés à l’entrée du tunnel, il n’y avait plus de volontaire. Le corps
de Callaghan avait été remonté, on l’avait trouvé abandonné pas loin de
l’entrée, il était mort. Ils étaient tous autour à regarder Callaghan, sans
rien dire. Les Viets voulaient qu’on le trouve, ils lui avaient broyé
l’entrejambe avec un bâton. Quand nous avons essayé de descendre par la trappe,
ils lui frappaient l’entrejambe. Le sergent et le lieutenant sont retournés
autour du trou, il fallait redescendre.
GI « C’est dégueulasse ! On va les
leur broyer aussi.
LG _ Un volontaire ? …Un peu de cran !
Ils ont sûrement emmené Taylor là dedans.
SA _ J’y vais moi.
LG _ Vous ne pouvez pas y aller tout seul.
CW_
Lieutenant, je pense avoir la solution, on va les enfumer comme des rats.
SA
_ Moi je n’y compterais pas trop. »
Le
capitaine Wallace était venu faire une visite.
Au
même moment sous terre, Taylor se faisait questionner sans ménagement par un
lieutenant de l’armée nord-vietnamienne. Il était dans l’infirmerie
souterraine, allongé sur un lit d’hôpital.
Lvt « Combien de soldats ?
MT
_ Je n’en sais rien, je ne suis qu’un
simple soldat de… deuxième classe.
Lvt _ Combien ? !
MT
_ Je ne suis qu’un…
Lvt _ Combien ! ! ! »
Il
a frappé tellement fort Taylor qu’il l’a assommé. Quand il est revenu à lui, un
médecin le soignait.
Dvt
« Ne bougez pas, je suis médecin, je vais vous soigner.
MT
_ Mais je suis un ennemi.
Dvt _
Vous êtes avant tout un malade. »
A
la surface, le lieutenant et le sergent discutaient bruyamment. Pendant ce
temps, les tunnels avaient commencés à être enfumés.
LG
« Il y a le capitaine Wallace. Il me remplacera.
SA
_ Ecoutez, ces tunnels sont très dangereux !
LG
_ Sans blague ! Vous voyez, je n’ai pas l’habitude de faire faire à mes
hommes ce que je ne fais pas moi-même.
SA
_ Bon, je passe devant car j’en ai…
LG
_ Ok, ok! Vous passez devant, Ruiz donnez-moi cette arme.
AR
_ Bonne chasse. »
A
peine étaient-ils dans le tunnel que le gaz les prit à la gorge. Notre
brillante idée se retournait contre nous.
Ils
avançaient lentement, courbés car les tunnels n’étaient pas très hauts.
SA
« Regardez où vous mettez les pieds, il doit y avoir des pièges un peu
partout. Et attention, la voix porte loin dans ces galeries.
LG _ Ecoutez, chut.
SA _ Ne bougez pas.
LG _ Quoi !
SA
_ Chut, ne bougez pas !
LG _ Pourquoi ?
SA _ Là haut, à votre gauche.
LG _Ahhh !!
SA _ Il vous a mordu ?
LG _Non.
SA _ Heureusement, parce que c’est un serpent
minute.
LG _ Un serpent quoi ?
SA
_ Un serpent minute, quand il vous mord, il vous reste une minute à vivre.
Attendez, je vais le tuer.
LG _ Non, juste le temps de reprendre mon
souffle. »
Le
lieutenant s’est acharné sur le serpent avec la crosse de son revolver.
LG « Sale bête ! Depuis tout gamin
j’ai une peur bleue de ces bestioles.
SA _ Vous n’êtes pas le seul mon
lieutenant. »
Au
même moment, plus loin dans les galeries, Taylor se faisait soigner par une
fille quand le docteur arriva.
MT
« Et ! Doucement !
Dvt _
Pardonnez-lui ce geste, elle n’a jamais vu un homme à la peau noire. Vous
savez, je connais bien votre peuple grâce à sa littérature. Connaissez-vous cet
homme ?
MT
_ Pas personnellement, mais tout le monde connaît le pasteur King.
Dvt _ Son
livre est captivant. Depuis quelques temps je m’efforce de comprendre votre
peuple. Je suis curieux de savoir pourquoi vous défendez votre système alors
qu’il vous nuit.
MT
_ J’ai été appelé, on ne m’a pas demandé mon avis, c’est de l’esclavage mais
c’est légal. »
Le
lieutenant nord-vietnamien est revenu pour interroger Taylor. Le docteur alla
lui parler sur la demande de Marcus. Le toubib lui dit qu’il n’avait plus rien
à dire, qu’il ne tirerait rien de lui. Quand il est revenu…
MT
« Qu’est ce que vous lui avez dit ?
Dvt _ Je
lui ai dit que vous alliez mourir et qu’il ne pouvait pas vous
interroger. »
Le
toubib semblait plutôt content de lui, ils allaient pouvoir continuer leur
conversation. Plus loin dans les galeries.
LG
« C’est un vrai labyrinthe…
SA
_ Ils sont protégés par les coins et recoins de ces galeries, alors avec nos
petits explosifs, c’est comme si on crachait en l’air…Pas par-là lieutenant,
plutôt par ici. C’est maintenant que ça commence à se gâter. »
Il
y avait un passage vers un étage inférieur. Ils se sont concertés et…
SA
« Avant d’ouvrir, on pourrait envoyer une bonne giclée…À moins que vous
ayez une meilleure idée ?
LG _ Non, allons-y.1, 2.
SA
_ Grenade ! C’est moi le cauchemar dont votre mère vous a tant
parlé ! Die diat die Mao! Die diat die Mao!
LG
_ Qu’est ce que vous leur racontez ?
SA
_ J’en sais rien, je leur parle de leur mère.
LG
_ Attention au piège !!
SA
_ Où ?
LG
_ Le fil là !
SA
_ Merci…Et, regardez-moi ça ! Des armes américaines ! Ils en ont plus
que nous les salauds! Go !! Attention, se sont des obus de
mortier !! »
Il
y a eu une explosion qui les a ensevelit. Le lieutenant a repris ses esprits le
premier.
LG
« Sergent ça va ? Sergent ? Anderson ? ! Anderson ?
!! »
Le
lieutenant dégagea la tête du sergent et lui fit du
bouche à bouche.
LG
« Respirez, allez ! Allez ! …Vous m’avez foutu une sacrée
trouille. »
A
la surface des démineurs étaient arrivés en camion, c’était des personnes de
petite taille, et Baker commença à faire des remarques d’un goût douteux sur
eux.
SC « Et,
visez-moi ça ! Ils nous ont envoyé des lutins ! »
Après
deux, trois blagues dans le même style, le premier d’entre eux s’énerva et fit
tomber Scott la tête la première dans la boue. Au moment où il se relevait, il
se retrouva avec une arme pointée sur le front.
GIn
« Il me semble que j’ai entendu le mot « lutin », soldat ?
Nous ne sommes pas des lutins, encore moins des nains. Nous sommes spécialement
entraînés pour passer là où de grands dégénérés de ton espèce ne peuvent pas
aller. Maintenant écoute beau blond, ne t’avises plus jamais de te moquer des
personnes de petite taille ! C’est compris ? !
SC
_ D’accord. »
Sous
terre, le lieutenant et le sergent étaient complètement coincés, ils
attendaient les secours en discutant.
LG « C’est votre troisième tour, pourquoi
avez vous rempilé ?
SA
_ La première fois ma femme m’a quitté, la deuxième fois, j’ai eu deux potes
qui se sont fait descendre alors j’ai pensé qu’avec mon expérience, ça pourrait
ne pas se reproduire trop souvent.
LG _ Ouais ! Je comprends, allez, il faut
creuser. Oh !
SA _ Quoi ?
LG _ On y est presque. De l’air !
De l’air !
GIn _ Lieutenant
Goldman? Sergent
Anderson?
LG _ On est là! Tout va bien ! Faites gaffe
aux pièges ! »
Il
y eut une explosion qui tua les trois démineurs. Ils n’avaient apparemment pas
vu un piège.
SA
« Et merde ! »
Plus
loin les Viets faisaient la fête à cause des GIs qui avaient été ensevelis, et
en prévision d’une victoire future. Les galeries retentissaient de cris de
joie, et le docteur raconta à Taylor ce qui se passait.
MT
« Toubib, qu’est ce qui se passe ?
Dvt _ Vos
camarades ont été vaincus et ensevelis.
MT
_ Et vous pensez que je vais vous croire ?
Dvt _ A
votre guise, nous perdons rarement la bataille dans les tunnels.
MT_
Parce que vous trouvez que c’est une bataille ? ! Nous sommes des soldats,
pas des taupes.
Dvt
_L’important c’est de gagner, et c’est grâce à ces tunnels que nous
gagnons ; votre état major n’a pas l’air de bien s’en rendre compte, il ne
comprend pas leur importance. »
Au
même moment, le lieutenant et le sergent se faisaient remonter à la surface.
LG « Capitaine, il faudrait que je vous
parle.
CW
_ Je n’ai pas le temps, je dois y aller, on a une super mission, vous, vous
rentrez.
LG _ C’est compris. Sergent, faites préparer les
hommes.
SJ _ On nous a ordonné de dégager ? Et
Taylor ?
AR
_ On ne peut pas le laisser. »
Je
n’avais pas bougé depuis que le lieutenant était venu, je ne savais pas ce
qu’il comptait faire de moi mais je n’étais pas très optimiste. Je n’osais rien
faire. Apparemment tout le monde était au courant de ma véritable situation et
ça me mettait quelque peu mal à l’aise.
Je
me sentais un peu isolée, seul Horn et Baker ne m’ont pas laissé dans mon coin
à ce moment là.
Les
mecs ont peut être eu le sentiment d’avoir été berné, alors que ce n’est pas ce
que je voulais. Avec le temps et des efforts, tout redeviendrait comme avant,
enfin c’est ce que j’espérais.
Au
même moment dans les tunnels, ça bougeait, il y avait une réelle effervescence.
MT
« Et doc, qu’est ce qu’ils disent ?
Dvt _ Les
Américains partent.
MT
_ Quoi ? ! Merde, ils ne peuvent pas me laisser !
Dvt _
Nous allons leur tendre une embuscade, nous irons plus vite par les
tunnels. »
Le
lieutenant nord-vietnamien est apparu à l’entrée de l’infirmerie. Il parla au
doc, qui devint tout bizarre.
Dvt
« Taylor, venez avec moi à la surface. »
Arrivés
dehors, le doc sortit un revolver qu’il pointa sur Taylor.
MT
« Et doc, il vous a ordonné de me tuer, mais je suis trop jeune, vous
avez le choix, laissez moi partir, il n’en saura rien. »
Le
docteur a baissé son arme.
Dvt
« Je ne peux pas vous tuer Taylor, je suis docteur, je ne suis pas là
pour ôter des vies. »
Le
lieutenant nord-vietnamien est apparu, il a ordonné au doc de tuer Taylor mais
le toubib a refusé. Le lieutenant a alors sorti son arme et lui a alors tiré
dessus. Taylor s’être battu avec le Viet, lui a prit son arme et l’a abattu.
MT
« Je dois partir toubib, pour prévenir mes potes, mais je reviendrai vous
chercher, promis.
Dvt _
Je…suis... heureux de vous avoir…connu. »
Taylor
est parti en courant, peu de temps après, nous avons entendu quelqu’un hurler.
MT
« A couvert !! A couvert !! Embuscade !!! »
Tout
c’est passé très vite et tous ont vu que je n’étais pas un boulet sur lequel
ils devaient garder un œil, je me défendais toute seule, comme eux, comme je
l’avais fait avant qu’ils ne découvrent ma réelle identité.
Nous
n’avons eu aucune perte, et nous sommes ensuite retournés au village car on
nous en avait donné l’ordre.
Puis,
comme le disait si bien Ruiz, il s’est fait le porc. Nous en avons tué et fait
cuire un à la broche. Les mecs sont venus me parler, ce n’était pas comme avant
mais c’était un début.
Plus
loin…
LG « Capitaine, je voulais vous parler,
nous avons un GI qui est une femme.
CW
_ Quoi ? ! Comment ça se fait ? Elle va bien ?
LG _ Oui,
elle s’est battue comme les autres, elle veut rester.
CW
_ Je ne peux rien décider pour le moment
On règlera ça en rentrant, faites-y attention, vous la protégez.
En
ce qui concerne notre histoire, on a mis 300 kg d’explosifs, ça devrait
suffire.
SA _ Ah ! Vous croyez ? Moi j’en suis
pas sûr, pas sûr du tout mon capitaine.
SJ _ Vous voulez du porc lieutenant ?
LG _ Non, merci. »
Le
sergent a pris le bout de viande des mains de Jhonson.
SA
« Merci mon pote. Où est Taylor ?
SJ _ Là bas, derrière la bute. »
Le
sergent l’a rejoint. A l’endroit indiqué, Taylor enterrait le doc.
SA « C’était un pote à toi ?
MT
_ Oui, un Viet, il était médecin, c’était un type sympa.
SA _ Oui, pour un méchant.
MT
_ Il n’a pas voulu me tuer.
SA
_ Ca serait bien si on pouvait en dire autant pour quelques types de chez nous.
Ca va la nuque ?
MT
_ Ca ne lui ferait pas de mal un peu de repos.
SA _ Ah, ça te plairait quatre petites semaines
à l’arrière !
MT
_ Oh ! Quatre jours suffiraient.
SA _ Combien il te reste ?
MT
_ Quatre mois.
SA
_ N’te biles pas Taylor, tu survivras, tu as ma garantie personnelle. Allez,
tape la mon frère. »
Je
savais que le Vietnam allait être une grande expérience pour moi. Je voulais
effectuer mon Tour of Duty, mes 12 mois de service au
Vietnam.
Je
savais qu’obtenir des autorités qu’elles me laissent rester, allait être
compliqué, mais il semblait que ça allait pouvoir se faire, j’allais pouvoir
rester parmi eux, dans ma section.
Le
Vietnam du Sud était coupé en quatre zones, nous étions dans la seconde zone,
près de Saigon.
Cette
partie du pays était autrefois considérée comme la riviera de l’extrême-orient.
Ca datait des Français, aujourd’hui ça n’en avait plus que le nom.
En raison de sa proximité de Saigon, nous étions postés dans la partie du pays considérée comme la planque si on peut dire. Etrange de dire ça; en effet la concentration de soldat était plus grande dans cette partie du pays.