Chapter 2 : Nop Tan
Quelques
jours plus tard, personne ne parlait plus de ma démobilisation. J’avais utilisé
toute l’influence de mon père et de ses amis hauts placés pour cela. Il avait
accepté de me soutenir, même si ce n’est pas quelque chose qu’il voulait
vraiment mais il avait confiance dans mon jugement. J’avais réussi à
l’embobiner comme on dit, je savais très bien qu’il ne pouvait rien me refuser.
Depuis que j’étais gamine il m’avait toujours soutenue dans tous mes projets et
ça continuait.
Il
avait été décidé que je n’allais pas être mise à part, ça impliquait trop de
choses à mettre en place.
J’avais
cependant droit à une pancarte (man/woman) pour les
toilettes et les douches ainsi qu’une séparation faite avec une couverture
suspendue, (ce fut rapidement viré car ce n’était pas pratique), elle me gênait
plus qu’autre chose. Lorsque je voulais me changer, je le faisais dans les
toilettes. Je ne voulais pas de faveur, juste rester ici, avec eux, je ne
désirais rien de plus.
Les
mecs, bien que plutôt réfractaires au début, finirent par m’accepter. En fin de
compte, nous nous entendions plutôt bien, et nous ne serions toujours que des
amis, pas d’ambiguïté. C’était une certitude.
Le
lieutenant n’était pas très emballé par ma présence. Il était plutôt froid avec
moi, bien plus qu’avec les autres (il avait une certaine vision des choses),
cette situation m’embêtait mais je ne voulais rien dire, je ne voulais pas de
problème.
La
veille, nous étions allés observer un village, Bîn
Duc.
Nous
observions les environs quand nous avons été attaqués par quelques Viets. Nous
avons réussi à les repousser avec l’aide des paysans de ce village.
Le
lendemain à la base, le lieutenant et le sergent étaient au briefing.
CW
« Voilà, vous savez tout, les documents disaient que les Viets comptaient
prendre ce hameau et en faire une base retranchée, un centre de renseignement
pour toute la vallée.
LG _ Si ce n’est déjà fait.
CW_
Sûrement pas, le dénommé Dep, qui a tué les Nord-vietnamiens est bien trop
content. C’est un emmerdeur.
SA _ Et un sacré tireur, un vrai champion avec
sa pétoire.
CW_
Quand ils verront que les 5 hommes qu’ils ont envoyés ne reviennent pas, ils en
enverront 500 à leur recherche.
LG _ Pourquoi on ne protègerait pas le
hameau ?
CW_
C’est ce qu’ont essayés de faire les bérets verts en 46, mais les Viets ont
investi le village et ont pendu quelques indigènes en exemple.
LG _ Au fait, c’est qui ce Dep ?
CW_
Et bien, les nord-vietnamiens ont emmené son fils. Ils en ont fait un soldat
qui s’est fait tuer à Bauhhson au mois de décembre
dernier.
LG
_ Ce pauvre Dep doit nous adorer.
CW_
Mais il déteste encore plus les Viets, il paraît qu’il déteste tout le monde,
Viêt-Cong, forces gouvernementales y compris. Il a failli tuer des hommes à
nous qui étaient en train de lui piquer des poulets.
Ce
qu’il veut, c’est qu’on lui foute la paix.
SA
_ C’est un comportement hautement répréhensible mon commandant, on devrait le
pendre au levé du jour.
Sup _ Si
vous parliez au lieutenant Goldman de sa mission ?
CW_
À partir de demain, le village de Bîn Duc cessera
d’exister. Tout le village doit avancer de 30 Km et c’est à votre section de
s’en charger. Nop Tan est sûr et ses habitants sont
d’accord pour accueillir ceux de Bîn Duc.
SA _ Pourquoi ne les déplace t on pas en hélico
mon commandant ?
CW_
L’aviation a une autre mission, une super opération. Vous devriez être content
de ne pas en faire parti.
SA
_ Ah oui, c’est un grand privilège de
servir de cible aux Viets !
CW_
La piste est sans danger. Des reconnaissances sont faites matin et soir et vous
pourrez demander de l’aide à l’artillerie en cas de besoin. Vous aurez un
maximum de protection ; mais nous sommes en guerre !
SA
_ Je crois que je suis au courant mon commandant.
CW_
Alors vous devriez changer de ton, sergent ! Les décisions sont prises au
plus haut niveau et ils ne se sentent pas l’obligation de l’expliquer à tout le
monde !
SA _ Je vais prévenir mes hommes mon lieutenant. »
Tôt
le lendemain dans la matinée, nous étions sur place. Nous aidions les paysans
à se préparer avant le départ, en fait, on peut dire que les mecs draguaient
plus qu’autre chose.
MT « Alors les filles, ça va ? Ne vous
inquiétez pas, on vous protège contre les Viets. Et, Ruiz, je crois que je
suis en train de tomber amoureux. Mon imper’ est assez grand, alors si ce
soir tu te sens seule…
DW _ Taylor, laisse les tranquille.
LG _ Taylor, faites ce que dit Wilson. Je veux
que vous ayez le plus grand respect pour ces filles, ne les touchez pas !
AR _ Mais on veut seulement que le voyage se passe
le mieux possible pour tout le monde. »
Le
lieutenant commença à observer une très jolie fille un peu plus loin, il ne
la quittait pas des yeux et tout le monde s’en aperçut.
MT « Et, lieutenant, on dirait que vous avez
le plus grand respect pour cette fille là bas… »
A
la sortie du village, il y avait quelques problèmes entre nous et le fameux
Dep.
CW
"Ecoute Dep, il faut que tu fiches le camp !
VD _ Non !!
CW
_ Si ! Ton gouvernement a dit que tu devais partir, tu n’as pas le
choix !
VD _ Moi mon gouvernement, moi décider rester.
CW
_ Si tu restes, tu vas te faire descendre ainsi que tous ces gens, et ce sera
ta faute.
VD _ Toi rien comprendre !
LG _ Bon, qu’en pensez-vous ?
SA _ Comme il dit : lui rien comprendre.
SJ
_ Sergent, on n’a pas le droit de le faire partir de son bled s’il ne veut pas.
SA
_ Jhonson, des conseils comme ça, tu peux les garder ! S’il ne quitte pas
son village il mourra.
CW_
J’en ai marre de discuter avec toi ! Si tu ne veux pas, je demande à 2
soldats de t’attacher à un bambou et de te porter. C’est un comble ! Il
faut les protéger malgré eux ! Vous, vous et vous, sortez ses affaires.
MT
_ Nous mon commandant ?
CW_
C’est un ordre !!
VD
_ Et ! Non ! »
Dep
a repoussé Taylor en lui tapant dans l’épaule ; il voulait l’empêcher
de toucher à ses affaires.
MT « Toi, si tu me retouches encore, j’te fou une balle entre les 2 yeux ! De toute façon,
je n’ai pas envie de lui sortir ses affaires.
VD _ Toi salopard ! Chercher mes
affaires !
MT _ Dis-moi, c’est quoi lui son problème ?
DR _ Il n’apprécie pas de se faire virer de chez
lui par des ricains.
MT _ Une baraque de boue, ça peut se faire
partout.
HO
_ Dit pas ça, c’est chez lui, c’est sa maison. Les gens ici ont une autre façon
de voir les choses. Ils appartiennent à leur terre. C’est presque physique,
comme perdre un bras.
SJ _ Je crois que je comprends.
MT
_ Ouais ! Ben moi pas. »
Nous
allions d’une cahute à une autre pour les inspecter. Ruiz entra à l’intérieur
de l’une d’elle dans laquelle il y avait une vieille femme. Elle était assise
sur une paillasse à même le sol. Elle était vieille, toute ridée, mais ce
genre de rides qui donnent de la beauté aux gens, celle dans lesquelles ont
peut voir l’expérience de toute une vie. Un certain calme se dégageait d’elle.
AR « Salut mamassan,
t’en fais pas, je vais pas t’embêter. Toi Viêt-Cong ?
Mss
_ Non, pas Viêt-Cong, Viêt-Cong méchant.
AR _ Américains gentils ?
Mss
_ Oui, Américains gentils. »
Dehors
nous avions regroupé tout le village et nous étions sur le point de partir.
CW
« Et pensez à brûler le village et à faire sauter le puits. Ca devrait
vous prendre 2 jours. On va se revoir.
LG _ Espérons qu’il sait ce qu’il fait.
SA
_ Lieutenant, nous apprécions toute la grande expérience du commandement et son
comportement parfait avec les indigènes. Laissez rien aux Viets ! Taylor,
Ruiz, faites sauter le puits ! Wilson et les autres, faites brûler le
village !
SC _ Ne pleurez pas, on vous emmène dans un autre
village. »
Nous
utilisions nos zippos pour mettre le feu aux toits
(de paille) des maisons, nous avons fait sauter le puit et détruit tout ce
qui était debout. C’était une ambiance plutôt triste, la fumée commençait
à tout noyer.
Baker
voulu aider une femme à porter son sac mais Dep l’a rembarré.
SA « Dis donc, vous êtes tous aussi gentils
en Californie ?
SC _ Non, juste en Californie du Sud.
SJ _ On doit laisser que des ruines ! »
Notre
convoi s’est ébranlé. J’ai remarqué (et je ne fus pas la seule) que le lieutenant
n’était jamais très loin de la jeune Viet.
Le
moment de la première pause est arrivé, ils étaient assis côte à côte et il
essaya d’engager la conversation.
LG « Alors, tu n’as pas de papassan ou de mamassan ? …Ce
n’est pas drôle, hein ! ? …Un mari, tu as un mari ?
Vlg _ Cham dom layn din say…il est parti se battre.
LG _ L’armée du Nord n’est ce pas ? Et bien,
tu dois vraiment lui manquer parce que t’es vachement belle. »
Nous
sommes repartis peu après. Plus tard dans la journée, le commandant est venu
nous ravitailler.
CW
« Pas de problème lieutenant ? Vous n’avez rien trouvé ?
LG _ Non.
CW_
Je vous l’avais dit sergent, cette vallée est sans danger, et elle le restera.
SA _ Si on a de la chance mon commandant.
CW_
On n’a pas besoin de chance, avec notre esprit d’entreprise et du travail, on
peut tout faire dans ce pays. On reliera ces hameaux avec un bon réseau
routier. On fournira des médicaments, et un peu de technologie, et ils ne
voudront plus qu’on parte.
SA _ Les Nord-vietnamiens ont peut être leur mot
à dire mon commandant.
CW_
Il suffira de ne pas les écouter. Croyez-moi, c’est nous qui savons ce qui est
bon pour eux. On pourrait quadrupler leurs récoltes, le Vietnam pourrait à
nouveau exporter.
SA _ Si le Viêt-Cong ne pique pas tout.
CW
_ Vous verrez, même votre cynisme va en prendre un coup.
SA _ Ce n’est pas du cynisme mais un bon nombre
de gars comptent sur moi pour que je sois réaliste. »
Le
commandant est reparti et nous n’avons pas bougé. Nous avons fortifié notre
position et la nuit est tombée sur notre campement. Le sergent et moi étions
de garde quand nous avons tout à coup entendu une explosion qui venait des
arbres un peu plus loin. Ca réveilla tout le monde. Tous les mecs se sont
regroupés autour de nous.
MT « Qu’est ce qui s’est passé ?
SA _ Quelqu’un a fait sauter un piège, je vais
faire sauter une autre mine.
LG _ Vous voyez quelque chose avec les
infrarouges ?
SA
_ Je vois rien de vraiment…Viet à une heure ! Viet à une heure ! Ca
bouge à deux heures ! Qu’est ce que vous voyez ?
LG _ Je vois, je vois absolument que dalle !
Peut être qu’ils sont morts… »
Il
y eut une autre explosion non loin de la première.
SA « Et peut être pas…
LG _ Bon, ça ira, come
zéda, come zéda.
SC _ Vous croyez que c’est quoi ?
SA _ Ca peut être n’importe quoi, 1 mec, 10 mecs,
100 mecs. En tout cas, ça ne nous veut pas du bien. »
Le
lieutenant est ensuite allé rejoindre Lang. Tout le camp s’est de nouveau
assoupi.
Le
lendemain matin. Nous étions en train de marcher quand il y eut un incident,
mamassan eut un malaise et elle s’effondra sur le sol.
AR « C’est rien mamassan.
SA _ Arrêtez-vous une minute.
Jf _ Elle veut retourner.
SA
_ Plus Bîn Duc, Nop Tan
très bon.
AR_
Debout, allons mamassan, il faut marcher. Eh !
Pas étonnant qu’elle soit tombée, c’est trop lourd pour elle. Mamassan, moi porter.
SA _ Ils
ont l’habitude Ruiz, tu vas y arriver ?
AR
_ Vous m’avez bien regardé ?
Mss_
Ding guidao GI.
AR
_ Qu’est ce qu’elle dit ?
SA
_ Elle dit que t’es fou.
AR
_ Elle a raison. Il faut être fou pour faire cette guerre. En route.
SA
_ Faites gaffe, il ne faut pas tirer sur n’importe quoi, on doit rencontrer
une patrouille. »
Ruiz
s’est chargé de l’énorme sac en plus de son paquetage. Nous sommes arrivés
peu après dans un village qui avait l’air d’être vide, apparemment. La voie
centrale avait l’air complètement déserte et nous nous y sommes engagés.
SA « Jackson, prend à gauche, Taylor à droite,
Ruiz fait une colonne au milieu et protège-nous.
HO
_ Ca a l’air vachement tranquille pour une fois.
LG _ S’il arrive quoi que ce soit, que les civils
se replient dans la forêt. »
Les
tirs nous ont surpris, il fallait se concerter et il a été décidé qu’il serait
préférable de se séparer en deux groupes. Nous aurions de meilleures chances.
DW « Saloperie de Viets! Ce bled en est rempli !
SA _ Je vais rester ici avec Ruiz et Purcell.
VD
_ Moi rester. »
Ils
ont déplié une carte.
SA
_ « Alors voilà, c’est le plus proche patelin, on a presque que des amis.
LG
_ 17 bornes !
SA_
C’est le plus près, vous devriez arriver vers 19h. Si vous n’y êtes pas, j’appelle
la cavalerie. »
3
heures plus tard, nous marchions toujours, et l’autre groupe ne nous avait
toujours pas rejoint. Le lieutenant a décidé de faire une pause et c’est là
que nous nous sommes fait attaquer. Nous avons essayé de demander de l’aide
mais ce fut en pure perte.
LG « Ils ne peuvent pas nous aider. Il va
falloir se débrouiller tout seul.
SJ _ On a l’habitude.
LG
_ Taylor et Horn, en sentinelle. Distribuez les provisions et tout le monde
se tait. Faites passer. »
Il
est allé rejoindre Lang.
LG « Lang, de l’eau ? Vas-y bois, je
reviens. »
De
son côté, l’autre groupe avançait pour nous rejoindre.
SA « Vous inquiétez pas, on arrive bientôt.
AR _ Je vois déjà la statue de la liberté.
SA _ Sans blague ! »
D’où
nous étions…
MT « Mon lieutenant…y a du monde.
LG _ Qui va là ?
SA _ La cavalerie.
LG _ Je suis content de vous voir.
SA _ Je suis content d’être là. Je crois qu’on a
de la compagnie.
LG _ Est ce que vous les avez entendus ?
SA _ Non, parce que nous allions trop vite.
LG _ Qu’est ce que vous dites de notre
position ?
SA _ Elle doit pas être facile à prendre.
LG
_ Horn, amène-moi la radio, je vais leur demander d’arroser les Viets qui les
suivent. Sergent, allez manger un peu.
SA
_ Ce n’est pas d’refus. »
Ruiz
alla s’installer près de mamassan.
Mss
« Ding guidao.
AR _ Ding guidao
toujours là mamassan. Tu veux chop chop ?
Mss
_ Toi chop chop, toi besoin manger. »
De
son côté, le sergent s’était posé à côté de Baker.
SA « Je vais te dire Baker, je suis vanné,
et toi ? Comment ça va ?
SC _ C’est la super forme.
SA _ C’est bien. »
C’est là que nous avons commencé à nous faire arroser. Nous nous sommes tous retrouvé autour de la radio pour aller aux nouvelles.
LG
« Allo ? On se fait arroser à coup de mortier, on demande l’appuie
aérien aux coordonnées Bravo Roméo 1790.
Rad
_ Ici Bravo, pas d’appuie disponible.
LG _ On ne peut pas se déplacer avec tout le
monde, il va faire nuit, on a des gosses, et pas mal de gens âgées avec nous.
Rad _ Bien compris 2-6, je vais voir ce que je
peux faire.
LG _ Qu’est ce que je peux faire en attendant
votre aide, à vous.
Rad _ Laissez-les sur place, à vous. »
Il
y eut un court silence. Dep s’est éloigné, furieux et résigné à la fois, comme
s’il s’y attendait. Il avait tellement dû en voir tout au long de sa vie,
qu’il n’espérait plus rien de nous. Il s’était mis à espérer et puis là il
pensa que nous allions les laisser tomber, et il s’en voulait de s’être laissé
avoir en nous faisant confiance. Nous repartirions en les abandonnant comme
tous les autres avant.
LG « Répétez, à vous.
Rad
_ Je vous ai dit de les laisser sur place. Vous n’avez pas le choix. Vous ne
devez rien à ces gens.
LG _ Et notre mission ?
Rad _ Votre mission est interrompue, vous devez
sauver la vie de vos compatriotes.
SA _ Dites-lui d’aller se faire voir, on ne
peut pas les laisser.
LG _ Il n’a peut être pas tort, c’est pas de
notre faute.
SA _ Vous avez vu ces gens, ils ont tout
abandonné. Ce n’est pas de notre faute, mais c’est de notre responsabilité.
DW _ On ne peut pas leur faire ça.
LG _ On doit sauver nos vies.
SA _ Je déteste le boulot mal fait. Je n’aime
pas l’idée de se tirer en plein milieu d’une mission histoire que ça chauffe.
Vous pouvez partir moi je reste.
HO _ Moi aussi.
MT _ Moi aussi.
AR _ Je reste aussi. »
Le
lieutenant était partagé, il avait toujours bien obéi aux ordres et ne les
avait jamais remis en cause. Il avait été élevé dans cette droite ligne, obéir
aux ordres et ne pas les remettre en question. Il nous regarda tous puis il
prit finalement la radio et la débrancha.
LG « Voilà, comme ça on n’a pas reçu d’ordre.
Quelqu’un a une idée ?
SA
_ On est à l’abri, ça serait stupide de tenter une sortie, ils auraient de la
chance de nous avoir. Si vous dormiez un peu ?
LG
_ J’y vais. »
Le
sergent avait décidé de prendre le relais, il savait que la décision prise
par le lieutenant avait été un grand pas pour lui et qu’il avait besoin de
se reposer sur quelqu’un.
Nous
avons passé la nuit au même endroit. Le lieutenant tenait Lang dans ses bras,
elle dormait appuyée sur son épaule, tous les deux protégés dans son
imperméable. Je trouvais qu’elle avait de la chance, j’aurais aimé que
quelqu’un me tienne dans ses bras, dormir dans l’imper’ de quelqu’un…
Au
petit matin, Jhonson est allé réveiller le lieutenant.
SJ « Mon lieutenant, réveillez-vous.
LG
_ Où est le sergent ?
SJ _ Il a emmené Purcell et Taylor, ils ne devraient
pas tarder. »
Ils
sont très vite revenus, nous nous préparions à lever le camp. Le lieutenant
voulait un compte-rendu sur la ronde du matin.
SA « On a trouvé l’équipe du mortier, une
balle dans la tête, calibre 30.
LG _ Quoi ? ! Vous voulez dire que le
Viêt-Cong a tué 2 Nord-vietnamiens ?
SA _ Exact.
LG
_ Pourquoi on les laisse pas s’entretuer ? On devrait rentrer chez nous.
Bon, sergent, on y va avant qu’ils nous trouvent. »
Nous
avons continué jusqu’à ce que nous arrivions au pied d’une colline.
LG « Il suffirait qu’on monte cette crête
et on serait tiré d’affaire.
SA _ Mieux vaut s’arrêter alors, sinon il y en
a qui vont caler. »
Nous
nous sommes donc arrêtés, nous avons distribué le
peu de ration qu’il nous restait. C’était surtout des biscuits et Horn donna
les siens à trois jeunes filles. Le sergent s’approcha de Dany, il était en
train de boire à sa gourde.
SA « Encore en train de picoler Purcell ?
DP _ Oubliez-moi sergent.
SA _ J’pourrais jamais t’oublier, t’es trop
génial. Comment ça va ?
DP _ Ca va très bien.
SA _ Sûr ?
DP _ Certain. »
Nous
sommes repartis et avons continué jusqu’à ce qu’il y ait un incident.
AR « Holà, holà mamassan.
Qu’est ce qu’elle a ?
DR _ Elle est vieille et fatiguée.
LG _ Il faut continuer.
AR _ Moi je ne l’abandonnerai pas, vous l’abandonneriez
vous la petite Viet que vous draguiez ? »
Nous
étions tous fatigués par la mission, très irritables.
LG « J’ai jamais dit qu’il fallait l’abandonner.
Vous pouvez la porter ?
AR _ Oui. »
Nous
avons tous pris ses affaires et nous nous les sommes répartis pour qu’il n’ait
à porter que mamassan.
AR « C’est sympa les mecs.
LG _ Bon, on y va. »
Le
sergent avançait à côté de Baker, et il entama la conversation.
SA « Baker, tu sais cette mamassan, elle me fait penser à mon arrière-grand-mère. Elle
était très âgée, 92 ans. Mon arrière-grand-père était mort et on l’avait mise
dans une maison de repos. Et bien la vieille, elle s’est barrée ! Tu
te rends compte ? ! A 92 ballets. Elle s’est tapée 13 bornes pour aller
mourir chez elle sous son arbre préféré. J’espère être comme elle plus tard.
SC _ J’espère que vous n’allez pas mourir tout
de suite.
SA
_ J’ai une nouvelle pour toi Baker, je compte mourir de cause naturelle et
pas avant 100 ans. »
Nous
avons continué tranquillement jusqu’à ce qu’un paysan tombe sur le sol. Il
s’était pris une balle. On nous attaquait, ils étaient nombreux tout près
de nous. Mamassan sauva la vie de Ruiz en s’interposant,
et c’est elle qui se fit poignarder à sa place.
AR « Mamassan !
Mamassan ! Infirmier ! ! »
Le
lieutenant rechargeait son arme quand Lang vit 2 Viets qui étaient sur le
point de lui tirer dessus. Elle partit avec eux pour éviter qu’il ne se prenne
une balle.
Vlg « Chom ba! Chom bat!
LG _ Lang! Reviens!
DW_
Lieutenant! N’y allez pas seul! »
Je
suis partie en courant juste derrière lui, à une vingtaine de mètres. Lorsque
j’ai enfin réussi à le rejoindre, il se battait contre deux Viets. J’ai tenté
de l’aider mais... Le franc-tireur qui nous suivait depuis le début tua les
deux Viets. Il nous tenait aussi en joue, il hésita quelques secondes, nous
ne bougions plus, nous avions les mains en l’air, c’était l’instant de vérité.
Sur
la demande de Lang il nous laissa finalement la vie sauve. Ils sont partis
en courant tous les deux, main dans la main.
LG « Lang, reviens !
DW
_ Lieutenant, ça va ?
LG _ …Oui, ça va. »
Sur
ce, le sergent arriva.
SA « Où est la fille ?
DW
_ Elle est partie avec le Viêt-Cong.
LG _ Il aurait pu nous tuer…
DW_
C’était sûrement son mari.
SA _ Oui, c’était le franc-tireur.
LG _ Pourquoi est ce qu’il ne nous a pas
tué ?
SA
_ Vous avez pris soin de sa femme. C’est encore un de ces dingues qui croient
que l’amour est plus important que la politique. »
Revenus
sur nos pas, nous avons pu constater que nous avions eu pas mal de pertes.
Les corps étaient alignés dans des ponchos.
Ruiz
était agenouillé devant la tombe de mamassan, ils
avaient décidé de l’enterrer sur place.
AR « Au revoir mamassan.
Alberto Ruiz vous doit quelque chose.
VD _ Elle a eu une belle vie. »
Le
lieutenant rebrancha la radio pour connaître les instructions.
Rad
«…Bravo 2-6, on prend d’abord les corps.
LG
_ ElRouge 2-1, bien compris. Et voilà, c’était le
capitaine Wallace, il viendra nous prendre de l’autre côté de la colline, il
n’était pas content.
SA _ Qu’est ce qui lui prend ! Il trouve
qu’on n’a pas assez eu de perte !
LG _ Ne dîtes pas de bêtises ! Les
officiers n’aiment pas qu’on désobéisse à leurs ordres.
SA _ Certains officiers vous le font oublier. »
Nous
sommes repartis, le cœur gros pour certains.
Arrivés
au rendez-vous, nous nous sommes fait engueuler comme du poisson pourri. Le
capitaine Wallace nous attendait de pied ferme. Toute une infrastructure avait
été mise en place, en effet, il existait un chemin carrossable et les paysans
seraient transférés en camion à partir de là. Avant qu’ils ne montent en camion,
ils sont venus nous remercier à tour de rôle.
CW
« Vous croyez que c’est malin d’avoir coupé la radio ? ! Et bien
ce n’est pas malin !! Et ça s’appelle de l’insubordination ! Et
c’est une chose que je ne peux pas tolérer !! Si le commandement n’est
pas respecté, comment voulez-vous qu’on gagne cette guerre !! On ne risque
pas sa vie pour des choses sans intérêt, tactique ou stratégique, un point
c’est tout !!
AR _ Pour moi les gens c’est stratégique sale
con !
CD _ Qui a dit ça ? !
AR _ Moi.
DW
_ Ne dis pas de connerie, c’est moi.
MT
_ Non, puisque c’est moi.
DP _ Arrête de déconner, c’est moi.
SJ _ C’est moi.
HO
_ Non, c’est moi.
SC _ C’est moi. »
Le
capitaine Wallace n’a rien dit, il nous observa et tourna les talons. Il ne
pouvait rien dire ; quant au lieutenant et au sergent, ils avaient observé
la scène sans broncher.
Ces
gens étaient reconnaissants, nous ne les avions pas abandonné malgré les
ordres.
Dep
lui même étaient venu nous dire merci, on pouvait lire de la reconnaissance
dans ses yeux. Je crois que c’est ce qui nous toucha le plus.
Ce
genre de petits trucs ça pouvait tout changer. Ca donnait un sens à toutes les
missions sans intérêt que nous devions effectuer.
En
1967 1/8ème de la population du Sud Vietnam était composé de
réfugiés.
Nous avions effectué une mission « zippos raid » c’est à dire un déplacement de personnes où nous devions détruire les habitations par le feu. C’est à la suite d’une de ces missions rendues public par les médias que la population allait commencer les premiers mouvements d’opposition à la guerre.