Chapitre 7: Vicky
Ce matin là, nous étions en
train d’essayer un nouveau lance-flammes à la base, c’était une
« arme » difficile à manier qui, en cas de mauvaise manipulation,
pouvait être très dangereuse aussi bien pour l’ennemi que pour son utilisateur.
C’est donc ce matin là, que
nous avons donc appris qu’une journaliste, Vicky Adams allait nous accompagner
dans notre prochaine mission.
Nous considérions que les
journalistes en mission avec nous, c’était l’horreur, le sergent n’appréciait
pas ça, et il nous le fit bien comprendre.
Le lieutenant et le sergent
étaient très près du lance-flamme et…
LG « Avec ce lance-flammes,
je n’aurais plus besoin de me couper les poils de la moustache pendant au
moins une semaine.
CW_ Un reporter va nous
accompagner en mission.
SA _ Quoi ? ! Un
reporter !
CW_ Elle ne devrait pas
tarder à arriver, venez, on va l’accueillir. »
Un hélicoptère a atterri.
A peine était elle
descendue de l’hélico qu’elle commençait déjà à s’agiter, elle était déjà sur
le pied de guerre.
C’était une belle femme, la
trentaine, rouquine, élancée, sportive, elle paraissait sûre d’elle et très
enthousiaste.
Les caméras s’installèrent
rapidement.
Le capitaine avait préparé
quelques trucs, une carte, une table, pour avoir l’air organisé. Mademoiselle
Adams commença l’interview.
CiV « Capitaine, dans cette mission où allons-nous ?
CW_ Nous allons dans cette
vallée faire une patrouille de reconnaissance ; nous comptons bien faire
quelques prisonniers.
CiV_ Y aura t il de la bagarre ?
SA _ Si vous voulez de la
bagarre, il fallait aller chez les Marines.
CiV_ Bon coupez ! …Je ne cherche pas à faire du
sensationnel, je veux la vérité.
SA _ Bon alors vous n’allez
pas regretter le voyage. Question vérité, nous avons tout ce qu’il faut ici.
CiV_ Je m’en réjouis.
SA _ Je ne sais pas si vous
allez vous réjouir très longtemps…Je peux aller faire l’inspection des
hommes ?
LG _ Permission accordée.
CiV_ Quel personnage !
LG _ Oui, c’est le meilleur
sergent qu’on ait eu.
CiV_ Il ne mâche pas ses mots.
LG _ Il a son franc parlé,
il faudra vous y habituer. »
Le sergent s’est éclipsé,
il voulait échapper à cette séance qu’il trouvait insupportable.
Plus loin, il rencontra
Jhonson et il commença à plaisanter.
SA « Johnson, nettoie
ton arme, je ne veux pas qu’elle s’enraye, et dit à Baker de changer de chaussettes,
je trouve que ce petit se néglige. »
Jhonson partit en éclatant
de rire.
Mademoiselle Adams arriva
à ce moment pour parler avec le sergent. Elle l’avait cherché dans presque
tout le camp.
CiV« Sergent, je crois que nous allons vivre une expérience
intéressante, je…appelez-moi Vicky.
SA _ Et moi sergent. »
Il la planta là, elle n’insista
pas.
Le capitaine était sous sa
tente, il lisait son courrier, reçu le jour même.
Sa femme lui annonçait dans
sa dernière lettre qu’elle désirait divorcer. Elle lui envoyait également les
papiers à signer. Il lut cette lettre des dizaines de fois avant de la brûler,
il n’arrivait pas à réaliser.
Pendant ce temps, le
lieutenant faisait visiter la base à Vicky.
Les mecs allèrent à sa rencontre,
ils pensaient qu’en se mettant en valeur, en se montrant sous leur meilleur
jour, ils auraient peut être des chances de conclure.
MT « Lieutenant ?
Vous n’avez besoin de rien ?
AR _ Une visite
guidée ?
DP _ Une démonstration de
tir à la mitrailleuse ?
MT _ …Ou autre chose ?
LG _ Demain, vous montrerez tout ça dans la
mission les gars.
MT _ Vous ne pouvez pas lui
demander de dire quelque chose ?
CiV_ Quoi soldat ?
MT _ Non, non, Marcus.
AR _ Ruiz.
DP _ Dany.
MT _ J’adore votre voie.
CiV_ Elle est comme les autres.
MT _ Non, c’est une voie
américaine, ça fait 9 mois que je n’ai pas entendu une américaine.
CiV_ Et vous, comment vous appelez-vous ?
DW_ Wilson. »
Nous avons fini la journée
sans rien faire de plus, les mecs piaillaient, ils émettaient des hypothèses
sur cette Vicky. Il y avait peu d’Américaine au Vietnam, alors la possibilité
que l’un d’entre eux puisse la choper les mettait dans tous leurs états.
Le lendemain matin, c’était
la fête, je rigolais toute seule. Les mecs se préparaient et ça valait le
coup, ils étaient tous devant le miroir pour savoir qui serait le plus beaux,
ils se battaient pour avoir une place devant le miroir.
MT « Laisse tomber
Ruiz, t’as aucune chance !
AR _ T’a vu ta
gueule ?
DP _ Arrêtez de rêver,
c’est moi qui vais l’emballer !
MT_ On y va. »
Nous avions l’air fin comme
ça !
Nous nous
sommes alignés ; ils étaient tous propre comme ils ne l’avaient jamais
été.
Le sergent a commencé à
faire l’inspection sous les yeux de Vicky, le capitaine et le lieutenant.
Cam « Ca tourne !
CiV _ Bonjour, voici les jeunes soldats de la compagnie
Bravo. Capitaine, comment avez vous baptisé la mission ?
CW _ Et bien, que pensez-vous de Vicky ?
CiV _ Non, tout de
même !
CW _ Si si, vous avez
remonté le moral de nos troupes.
CiV _ Dans ce cas,
va pour Vicky !
SA _ Section, garde à vous !
Mais c’est bien toi Purcell ? T’es propre comme un shérif du Mississipi
un jour d’élection ! Et toi Cooks ! T’as vu tes bottes comme elles
brillent ! Va les salir un peu sinon les Viets n’auront pas besoin de
radar. Ruiz ! Tu t’es rasé, mais oui ! Généralement tu fais ça pour
voir les filles de mamassan ! Vous sentez ce
que je sens ? ! Vous sentez ce que je sens ? ! Non mais ça ne va
pas ! Je suis sûr que la journaliste apprécie vos efforts, mais vous
devez puer !! Vous avez 60 secondes pour vous débarbouiller, c’est compris ?
! Exécution !! »
Ils sont partis en courant
pour s’arranger un peu.
Nous avons ensuite pris
l’hélico, juste après avoir été déposés, Vicky commença à poser ses questions.
CiV « J’imagine que quelqu’un qui commande doit avoir
du mal à perdre des hommes.
CW_ On m’a dit, tu t’y habitueras,
mais c’est faux. Je me souviens du visage de chacun d’eux. Personne n’a l’air
de comprendre, et c’est à vous de faire passer le message. »
Nous avons continués sur
5 kilomètres environ, jusqu’à l’incident.
Nous nous
sommes fait attaquer, 2 Viets allaient tirer sur le sergent, mais Jhonson les
prit à revers et tua le premier, le second fut fait prisonnier. Le capitaine
était très content de pouvoir exhiber le prisonnier devant les caméras.
Nous l’avons interrogé tout
de suite après, le capitaine ne voulait pas que ça soit filmé parce que ça
allait être musclé et ça aurait pu être préjudiciable pour l’image que l’armée
tentait désespérément de montrer aux citoyens américains. C’est là que ce
Viet fini par nous dire qu’il y avait un bataillon qui nous encerclait.
CiV « C’est vrai ça ?
SA _ Venez avec nous et
vous le saurez. A mon avis, on devrait rentrer et interroger le prisonnier au QG.
CiV _ Capitaine, c’est vous qui prenez les décisions mais
ça fait pas longtemps qu’on marche, on pourrait peut être continuer. »
Le capitaine entraîna le
lieutenant et le sergent à part.
CW « Je sais que vous
n’êtes pas d’accord mais on continue car c’est le seul moyen d’influencer
l’opinion publique.
LG _ Alors le but de la mission c’est de faire
de la pub ! »
Nous sommes très vite repartis
et Vicky a remonté la colonne pour rejoindre le sergent devant et lui parler.
CiV « Sergent !
SA _ Taisez-vous.
CiV _ Vous n’avez pas l’air d’accord avec le capitaine.
SA _ On devrait ramener le prisonnier, je n’ai
pas envie de perdre des hommes. »
Nous avons fait une pause,
environ 20 minutes.
Cooks et le capitaine sont
partis faire une rapide reconnaissance des environs.
Nous nous
sommes posé, Vicky nous a rejoint. Elle voulait discuter, avoir nos impressions.
AR « Dites, c’est
vrai que ceux qui sont contre la guerre crachent sur les GIs ?
CiV_ Ils ne sont pas contre les GIs mais contre la
guerre.
MT_ Je montrerai à ces
hippies qu’un soldat sait faire autre chose que la guerre, surtout lorsque l’on
s’appelle Marcus Taylor. Qu’est ce que tu feras après Dèb ?
DW_ Je reprendrai sûrement
mes études, je ne sais pas, j’ai le temps. »
Le capitaine et Cooks sont
revenus, ils n’avaient rien vu ; nous allions repartir.
CW « Je vous avais
dit qu’il racontait n’importe quoi ce prisonnier, il n’y a pas un chat.
LG _ On fait demi-tour ?
CW_ Non, on continue, on va
se faire ces Viets. En route, à nous de les prendre par surprise.
SA _ J’espère que la surprise
ne sera pas pour nous. »
Nous sommes repartis, et
Coy s’est remis à nous filmer, c’était d’autant plus dur que nous étions dégueulasses,
transpirants…
CiV « Allez, un peu de tenue, vous passez à la télévision. »
Et en plus il fallait avoir
l’air frais et pimpants, n’importe quoi !
Il faisait déjà noir lorsque
nous nous sommes installés pour la nuit, prêts d’une rivière.
MT « Dîtes, Vicky,
comment avez vous atterrie dans ce bled paumé ?
CiV_ J’ai fait deux ans de reportage sur le crime, et
j’ai demandé…Aï !! Une sangsue !!
AR _ Votre premier trophée
de guerre.
MT_ Et elle est grosse.
DP _ Tenez, de l’alcool.
AR _ Pff !
CiV_ Quoi ?
AR_ Regardez-vous, à
bouffer des fayots en boite, avec des sangsues sur la peau. Vous cherchez
vraiment les complications !
CiV_ Mon métier a ses inconvénients.
AR _ Oui mais vous êtes
vraiment trop mignonne pour faire ça. »
Elle s’est levée.
DP « Où allez-vous?
CiV_ Derrière un arbre, satisfaire des besoins naturels.
Vous ne voulez quand même pas me tenir la main ?
MT _ Moi je veux bien…
AR _ Pourquoi pas ?
! »
Ca faisait bizarre de ne
plus être la seule femme de la section, même s’ils ne m’avaient jamais chouchouté
à cause de mon état. Ca changeait.
La nuit s’est bien passée,
pas d’incident.
Le lendemain matin, nous
avons surpris Cooks dans un arbre, un palmier. Il pouvait apercevoir la petite
journaliste de là où il était.
DR « Dit donc, tu joues les voyeurs ?
GiC _ Non, je cueille des noix de coco. »
Vicky s’était approchée,
elle était maintenant au pied de l’arbre.
CiV « J’adore le lait de coco.
GiC _ Fallait le dire plus tôt. »
Le caméraman s’est lui aussi
approché.
CiV « Et, Coy, vas-y, je veux que tu mettes ça en boite.
GiC _ J’en ai deux, une pour vous et une pour moi. »
Il les avait mises dans
sa chemise pour pouvoir redescendre en ayant les mains libres. Ca lui faisait
des seins et il l’avait fait exprès, pour se marrer.
Il commençait à redescendre
quand nous avons entendu un tir puis un cri. Nous nous
sommes tous aplatis, nous n’avions pas vus d’où était venu le coup. Lorsque
nous avons relevé la tête, nous avons vu Cooks, à terre, il semblait mort.
Randy a tout de suite accouru.
CW « Alors ?
DR _ Il est mort.
CW _ Vous devez faire
quelque chose.
DR _ Je ne peux rien.
CW _ Taylor!! Taylor!! Le
prisonnier s’échappe !!! »
Le prisonnier avait profité
de l’attention qu’on portait à Cooks pour nous fausser compagnie.
SA « Baker, Taylor, suivez-moi!!
CW _ Non ! Ne tirez
pas ! Il me faut ce prisonnier vivant !
LG _ Oui, on commence à le savoir mon capitaine ! »
Le capitaine était nerveux,
irascible, il tenait à jouer au petit chef, personne ne devait le contrarier,
surtout devant Vicky.
La journaliste avait toute
la scène en boite, et lorsque le sergent revint bredouille, il alla vers le
caméraman pour lui arracher la bande et la détruire.
CiV « Vous n’avez pas le droit !
SA _ Ah ! Parce que
vous, ça ne vous dérange pas que sa famille sache qu’il est mort en cueillant
des noix de coco ? !! On rentre ? !
CW _ Non !! Je veux un
prisonnier !
CiV _ Vous ne vous en tirerez pas comme ça !! Et
vous capitaine, vous avez intérêt à faire quelque chose ! »
Le capitaine a pris le
sergent à part.
CW « Vous devez
travailler avec les journalistes ! C’est compris ? !
SA _ Compris !
CW_ On lève le camp !
DW_ Il devient complètement
mazot ! »
Nous avons continué, le
sergent était d’une humeur massacrante. L’ambiance générale n’était pas très
bonne.
Nous avons fait une pause,
les sentinelles étaient postées, nous devions être tranquilles.
Cette nouvelle pause amena
Vicky au sergent.
CiV « Ce n’est pas très gentil de me faire ça. Vous
ne me rendez pas responsable au moins ? !
SA _ Oui c’est votre faute, mais vous ne pouvez
pas comprendre, car une fois votre reportage fini, vous vous retrouverez dans
votre petite maison rose, mais nous, on sera toujours dans la merde ! »
De leur côté, le lieutenant
et le capitaine discutaient des environs.
LG « Vous voyez quelque chose ?
CW_ Oui, un boumker à 11
heures, sur la colline, camouflé par les lianes. On va se rapprocher,
d’accord ?
SA _ C’est vous le patron.
CW_ Alors je les prends à
revers par les bambous. 3ème section avec moi.
CiV_ Je viens avec vous.
LG _ Purcell, nous allons
nous poster sur ce chemin, et dîtes aussi à Ruiz qu’il doit se poster derrière
les rochers. Dîtes à Horn de venir ici. »
Le silence nous enveloppait,
nous avancions à travers une forêt de bambous qui nous offrait une parfaite
couverture. Soudain nous avons entendu un hurlement, le capitaine avait marché
sur un pic de bambou affûté, il lui traversait le pied. Les tirs ont alors
commencé.
SA « Ca ira ?
CW_ Oui, je vous l’avais
dit qu’on trouverait les Viets !
DW_ Oui, c’est fou la
chance qu’on a !
SA _ Taylor, tu vas prendre le commandement avec
Baker et tu emmènes les journalistes.
CiV _ Non, je veux rester !
SA _ Tirez-vous ! »
Bien entendu, Vicky n’a
pas obéi, le groupe composé de Taylor, Coy, Baker est redescendu et elle est
restée avec nous.
CW « On est plus que
quatre.
SA _ Quatre ! Vicky, tirez-vous !
Allez avec le capitaine et Wilson !
CiV _ D’accord.
SA _ Vous êtes prêt ? Foncez !!! »
Le capitaine fut abattu
en se relevant. Il tomba aux pieds de Vicky et elle se mit à hurler. Il était
mort sous le coup, en une fraction de seconde la balle avait fusé telle une
abeille pour se loger dans sa tête. Ce n’était pas beau à voir, ça avait giclé
sur nous.
Après avoir eu cette vision,
elle semblait pétrifiée et ne voulait plus avancer.
SA « Mon capitaine !
Vicky ! …Vicky, écoutez-moi, ce n’est pas le moment de flancher. Ruiz
est à 200 mètres. Vous passez devant, Wilson et moi vous suivons. Prêt ?
Foncez !!! »
Au bout de 40 mètres, Vicky
s’effondra.
DW « Vous êtes touchée ?
CiV _ Oui.
SA _ Allez, debout, il faut continuer. »
Nous n’étions pas encore
hors de portée des balles, il fallait encore avancer et le sergent portait
presque Vicky. Nous avons continué jusqu’à ce qu’on soit hors d’atteinte des
tirs.
SA « Attendez, je vais voir ça.
CiV _ Non, ça va aller.
SA _ Non, ça ne va pas aller, vous avez un trou
dans la jambe mademoiselle ! »
Nous avons entendu des tirs
provenant de plus bas.
SA « Merde ! Le
lieutenant s’est fait accrocher. Ecoutez, vous allez rester ici avec Wilson,
je reviens. »
Le sergent est descendu
en courant, il a retrouvé le lieutenant en mauvaise posture.
LG « Où est la fille ?
SA _ Elle est blessée,
Wilson est avec elle.
LG _ Et le capitaine ?
SA _ C’est vous qui prenez
le commandement.
LG _ Wallace avait raison,
les Viets sont partout.
SA _ Passez-moi le
lance-flammes.
LG _ Je viens avec vous.
SA _ Non, maintenant c’est
votre commandement.
LG _…Vous avez raison, couvrez
le sergent !! »
Pendant ce temps, je jouais
les nourrices. Je restais à côté de Vicky et je savais très bien qu’elle n’avait
pas besoin de moi contrairement au lieutenant.
DW « Ecoutez Vicky,
il va falloir que je vous laisse seule. Ils ont besoin de moi. Vous êtes à
l’abri. »
Je la camouflais en même
temps sous un tas de feuilles et de branches. Je lui salissais le visage avec
de la terre.
DW « Tenez ce revolver,
faites attention, j’ai enlevé le cran de sûreté, n’hésitez pas à l’utiliser,
visez en le tenant avec les deux mains, et ouvrez le yeux. Je reviendrais
vous chercher. Ne bougez pas. »
Je suis redescendue à toute
vitesse en direction de la section, et en effet, j’avais raison, une arme
de plus n’était pas superflue.
Cinq minutes plus tard,
nous avons vu arriver Vicky en boitillant.
CiV « Coy, suis-moi !
Cam_ Ok, et c’est
reparti !
HO _ Vous ne devriez pas y
aller.
CiV _ Ecoutez soldat, j’aurai un scoop, un point c’est tout !
Allons-y ! »
Elle avançait en direction
de l’ennemi partiellement à découvert, alors que nous tirions planqués derrière
des arbres. Vicky voulait rejoindre le sergent et rien n’aurait pu l’arrêter.
Elle voulait de l’action, et dans le cas présent, elle voulait le sergent
en train d’utiliser le lance-flammes sur le boumker.
CiV « A toi de jouer, fais du bon travail, zoom moi
le boumker. Bonne chance ! »
Coy s’est avancé un peu
plus à découvert pour avoir la scène en entier. Le sergent brûlait tout, il
avait la rage à cause de la mort du capitaine Wallace, il ne savait pas qu’il
était filmé.
SA « Voilà, espèce
de salaups ! Allez vous faire foutre !! »
Les reporters ont eu ce
qu’ils voulaient.
Après avoir fait exploser
le boumker, nous sommes rentrés au camp avec quelques pertes, et le moral
n’était vraiment pas au beau fixe, nous avions perdu notre chef de section, le
capitaine Wallace.
Son enterrement aurait lieu
le lendemain, du moins une cérémonie religieuse devait avoir lieux.
Nous avions un lieu dans la
base prévu à cet effet, nous nous y sommes retrouvés à 9h50.
Ce n’était pas un endroit
très agréable, c’était un alignement de croix en bois surmontés du casque de la
personne décédée ; ça nous rappelait cruellement la perte des nôtres. Ca
nous permettait de ne pas oublier ; mais je crois que je n’ai jamais vu
aucun type aller se recueillir sur la tombe d’un copain.
Le lendemain nous n’avions
pas de mission, l’enterrement était prévu pour 10 heures, à l’heure dite, toute
la base était présente.
Un aumônier fit la messe,
elle fut assez courte, quelques poèmes furent lus, on écouta au garde à vous,
le lieutenant fit un petit discours sur le capitaine, l’homme qu’il était
et puis...
LG « Sergent !
SA _ A mon
commandement ! …Rompez !
CiV_ Je suis désolée.
SA _ Ce n’est pas de votre
faute. »
Les reporters avaient tenu
à rester pour les funérailles, ce qui fut apprécié.
Après avoir lu la lettre de
sa femme lui annonçant qu’elle désirait divorcer, le capitaine s’était sûrement
senti abandonné, trahi. Il n’avait plus rien à perdre, la vie pour lui n’avait
plus aucun sens. Sa femme était la seule chose qui l’empêchait de sombrer.
Durant cette période de tension qu’était son service au Vietnam, elle était sa
bouée de sauvetage.
Ce qui est malheureux,
c’est que dans beaucoup de cas, les femmes, les fiancées, les petites amies
n’avaient ni le courage, ni l’envie, ni la patience d’attendre une lettre, un
coup de téléphone pour apprendre une éventuelle mauvaise nouvelle.
L’absence de nouvelle en
fit craquer plus d’une.
Personne n’aime faire la
guerre et celle-ci encore moins, car elle nous semblait sans aucun sens.
Mes rapports avec les gars
de la section avaient quelque peu évolué, nous étions plus soudés, même le
lieutenant était beaucoup moins froid avec moi ; sa façon de me parler
était moins cassante.
En fait, ses rapports avec
tout le monde avaient évolués.
En arrivant au Vietnam, il
était fraîchement moulu de West Point, héritier d’une lignée de militaire, il
était sans réelle expérience du combat et avait forcément une idée des rapports
qu’il devait avoir avec ses hommes.
Il avait apprit à se faire
respecter et l’ambiance avec les hommes de la section s’en ressentait,
notamment avec le sergent.
Il avait également compris qu’Anderson n’était pas une menace à son autorité, il était inutile de s’opposer systématiquement à lui, il était plus utile de l’écouter (expérience oblige) et maintenant on peut dire qu’ils se complétaient plutôt bien tous les deux.