Chapitre 8: Le groupe des spectacles aux armées
L’armée
avait organisé un concert pour la détente de ses troupes, il s’était déroulé
dans une large prairie capable d’accueillir de nombreux soldats.
Mais
nous, nous avons loupé le concert, car nous étions en mission depuis 3 jours.
Juste
après la représentation, le groupe est rapidement parti un hélico, ils avaient
d’autres obligations, en fait ils sont repartis si rapidement qu’ils n’ont même
pas pris le temps de se changer.
Par
la suite, l’appareil s’est fait descendre.
Nous avions passé notre 3ème
nuit dans la jungle, et le lendemain matin, nous étions sur le départ.
MT « Fait chier, ras
le bol de se casser le cul !! Putain, je vais me transformer en
champignon, tu vas voir. Partout, sur les genoux, les bras, le sexe, je vais
devenir tout vert.
SJ _ Tu devrais être content Marcus, il n’y a
pas de racisme contre les hommes verts.
MT _ J’ai une perme de 45
jours, je ne vais pas rentrer puant comme si j’étais clapsé depuis 2 jours.
SJ _ Ils ne te reconnaîtraient pas de toute
façon.
SA _ Ecoute, je suis gelé,
je suis trempé, j’ai faim, je suis fatigué, sale et je pue, mais un bon soldat
aime ça, n’est ce pas ?
MT _ Il pue le chef !
SA _ Toi aussi, n’est ce pas Jhonson ? !
Bon, maintenant vous êtes prêts à vous bouger le cul !!
MT _ Ca fait 3 jours qu’on
est ici, et on n’a pas vu un seul Viet ! Je parie qu’ils sont en grève.
SA _ Puisque ce matin tu es plein d’humour, tu
ouvres la marche. »
Marcus était assis en tailleur
et ne semblait pas vraiment prêt à repartir. J’ai tapé sur son épaule pour
l’encourager et aussi pour qu’il sente que ses arguments n’étaient définitivement
pas les bons. C’est là qu’un nuage de poussière s’est formé autour de lui.
DW « Mais dis donc,
t’as quel âge ?
MT _ 22 ans, pourquoi ?
DW _ T’es poussiéreux comme
un mec d’un demi millénaire ! »
Nous sommes enfin partis et
au bout d’un kilomètre, nous nous sommes arrêtés. Marcus menait la marche
quand il s’est tout à coup assis par terre. Il ne semblait plus vouloir bouger.
MT « Oh mon dieu !
SA _ Qu’est ce qu’il y a Taylor ?
MT _ C’est la chaleur sergent, je vous jure.
SA _ Bon, bon, qu’est ce que t’as vu ?
MT _ Une nana.
LG _ Une nana ? ! Vous avez encore fumé
cette saleté Taylor ? !
MT _ Je déconne pas, une blonde
avec un short et des bottes en cuire. Sergent, ne me faites pas ouvrir la
marche, c’est la chaleur. »
Taylor nous regardait tous
pour avoir un peu de soutien.
Marvin pensait que Marcus
était taré, nous aussi d’ailleurs ; nous pensions qu’il avait disjoncté
car une blonde dans la jungle, c’était techniquement impossible.
Nous avons décidé d’inspecter
les environs, au cas ou, et un peu aussi pour rassurer Marcus. C’est là qu’un
peu plus loin nous avons aperçu des traces de chaussure.
DW « Dis donc, c’est
pas des sandales Ho Chi Minh.
LG _ On va suivre les traces, je vais réunir les
hommes.
SA _ J’ouvre la marche.
MT _ Alors, j’ai bien vu ce
que j’ai vu sergent ?
SA _ Ah Taylor ! Tout ce que tu vois a toujours
été une énigme pour moi. »
Nous nous sommes réunis
avant de repartir, nous avons ensuite pris la direction qu’indiquaient les
traces.
Pendant ce temps, la mystérieuse
femme blonde, effrayée, courrait en direction d’un groupe.
CiJ « Sabine !
CiS _ Oh John! J’ai cru que
je m’étais perdue.
CiJ _ Qu’est ce qui s’est passé ?
CiS _ Je me suis évanouie,
j’étais perdue et j’ai entendu des voix.
CiJ _ Des Viets ?
CiS _ Je n’en sais rien, je
suis vite partie.
CiJ _ Bon, tirons-nous. »
Il l’a pris par la main et
ils sont partis en courant en direction du reste de leur groupe.
CiJ « Vite, il faut se tirer, il y a des
mecs qui arrivent.
CiM_ Ils sont de quel
bord ?
CiJ _ Je n’en sais rien.
CiM_ Mais alors, qu’est ce
qu’on va faire ?
CiJ _ Si c’est des Viets,
on va se planquer, si c’est des Américains ils nous aideront mais il faut
faire taire Christie. »
Ils étaient paniqués,
autour d’une femme couchée sur le sol, elle faisait parti du groupe et était
très gravement blessé. Elle respirait difficilement et un râle sourd sortait de
sa gorge à chaque mouvement de sa cage thoracique.
Ils se sont concertés et ce
type est revenu sur ses pas, dans notre direction.
De notre côté, nous continuions
notre progression quand nous avons vu de loin quelqu’un qui essayait de se
planquer derrière un arbre. Nous avons continué d’avancer, Marvin était arrivé
de l’autre côté de l’arbre derrière lequel le type se cachait ; il avait
un bâton entre les mains et allait frapper Marvin quand le sergent l’attrapa.
Il devait avoir environ 25 ans, plutôt pas mal, un sourire charmeur, châtain,
avait des vêtements de hippy. Il semblait être le genre de mec plutôt cool
auprès des fans.
SA « Oh ! Je sais qu’on trouve de
tout dans ce pays mais présente-toi.
CiJ _ Je suis content de
vous voir sergent, je suis Long John, le chanteur du groupe aux armées. Notre
hélico s’est fait descendre hier, on a besoin de vous.
SA _ Où est votre groupe ?
CiJ _ La bas, je vais vous montrer. »
Il nous conduisit jusqu’à
son groupe. Ils étaient tous assis par terre, le 2ème gars s’est
relevé quand nous sommes arrivés.
SA « …Alors, pas de
survivant ?
CiJ « Non, Tex,
Shorty, Sam, Max, l’équipage, tous morts. Je me demande comment on s’en est
sortis. En tout cas, ça a l’air mal barré pour Christie.
LG _ Oui, elle est mal en
point.
SA _ Est ce que le pilote a
eu le temps de donner votre position ?
CiJ _ Non, il a été touché
le premier et l’appareil a piqué du nez tout de suite après.
LG _ Et vous avez vu des
Viets ?
CiJ _ Non, quand j’ai
entendu des Viets, on a couru dans la direction inverse dans laquelle venaient
les balles.
SA _ T’es pas bête toi.
CiJ _ J’ai été scout.
CiM _ Alors qu’est ce qu’on
va faire maintenant que l’armée est là ?
LG _ Et bien on va essayer
de sauver votre amie, et on va vous ramener à la civilisation enfin si c’est
bien de là que vous venez.
AR _ Qu’est
ce qu’elles sont mignonnes toutes les 3. »
2 filles étaient accroupies
autour d’une 3ème allongée
par terre.
Elles étaient toutes très
mignonnes, habillées d’un petit short et d’un dos nu, toutes de cuir vêtues,
argenté de la tête au pied. La blonde qu’avait vu Marcus, Sabine, tenait la
main de Christie. Une impression de grande douceur transperçait à travers ses
yeux bleus, elle avait la peau très claire d’un teint de rouquine.
Elle était vraiment très
grande avec ses talons
Christie était allongée sur
le sol, elle transpirait beaucoup et avait du mal à garder ses grands yeux
marron ouverts. On sentait bien qu’elle était mal barrée.
La 3ème, Colby
regardait sa copine les larmes aux yeux. Elle était vraiment très belle, avec
les cheveux auburn et son regard bleu intense ; ses pommettes saillantes
donnaient à son visage énormément de grâce et d’assurance. Elle, au contraire,
avait un teint dorée, rappelant les vahinés hawaïennes.
DR « Elle a sûrement les poumons perforés,
je peux seulement lui donner un calmant.
CiC _ Mais vous n’allez pas
la laisser mourir !
DR _ Je ne peux rien faire ici.
LG _ On ne peut pas la transporter ?
DR _ Pas question.
CiS _ J’en ai marre, je
craque, d’abord les copains, puis l’équipage, il faut que vous la sauviez.
DR _ Elle est morte.
CiM _ Mais pourquoi vous
n’appelez pas un hélico ?
LG _ On a un problème de radio. Les batteries ne
sont pas assez puissantes et on a perdu celles de secours dans la rivière. On
ne nous recevrait pas.
CiM_ Ah ça s’est
génial ! Qu’est ce qu’on va faire ? On est des civils nous !
LG _ Oh ça, y a pas de doute !
CiM_ Et si on tombe sur un
détachement de l’armée Nord-vietnamien ?
CiJ _ Arrêtes de t’inquiéter, ces mecs savent ce
qu’ils font. Ils sont entraînés pour ce genre de situation.
CiM_ Non, je suis désolée
mais il y a de quoi s’inquiéter merde, leur radio qui ne marche même pas !
SA _ Oh ! Tu baisses d’un ton c’est
compris !
LG _ On repart, dîtes, ce
n’est pas que ça m’enchante mais on doit laisser votre amie ici. On enverra un
hélico pour la chercher quand on aura contacté les nôtres.
CiJ _ Ca marche comme ça. »
Nous sommes repartis, nous
entourions les civils. John s’était approché du sergent pour marcher à ses
côtés, il voulait parler avec lui.
CiJ « Dîtes sergent, je me demandais si vous
n’auriez pas une arme à me confier.
SA _ Je crains que non, et je n’aie pas le temps
de le vérifier.
CiJ _ Ne vous inquiétez pas, j’ai manié presque
toutes les armes, M16, 14, calibre 30, 45.
SA _ Ah bon ! ?
CiJ _ Je vous jure, il y a eu énormément de
militaires dans la famille.
SA _ Et toi, t’as réussi à y échapper ?
CiJ _ Oui, mais ce n’est
pas moi qui l’ai voulu. J’ai eu pleins de problèmes de santé. Ca vous ennuie de
me dire où on va ? A moins que ce soit confidentiel…
SA _ Non, non, on fait une
patrouille de reconnaissance depuis 3 jours. On a rien trouvé à part toi et tes
amis.
CiJ _ Alors après ça, c’est fini ?
SA _ Non, on a encore une patrouille
Sud-vietnamienne à rencontrer, ensuite on rentre.
CiJ _ Alors on a plus grande chose à craindre.
SA _ Pourquoi, t’es déçu ? »
Il se trouve que j’avais hérité
de l’emmerdeur, Charles. Il devait avoir approximativement le même age que
John mais avaient nettement moins de charme, il portait des lunettes rondes
qui ne lui allaient pas du tout et n’arrêtait pas de ronchonner. Il avançait
à côté de moi en posant de nombreuses questions et moi je n’avais pas du tout
envie d’être patiente ou gentille avec lui.
CiM « Pourquoi on
avance si lentement ?
DW _ Chut !
CiM _ Ce n’est pas une
réponse.
DW _ La ferme ! »
Lorsque nous sommes arrivés
au sommet d’une colline, Jhonson s’est arrêté ; une mauvaise surprise
nous attendait. Nous nous sommes tous avancés et…
CiS « Ce sont des
Viêt-Congs ?
SA _ Non, c’est la section qu’on devait
rencontrer.
DW _ Oh la vache !
Aucune trace, tous morts.
AR _ Et merde !
DP _ Personne dans le coin. Ceux qui ont fait
le coup sont partis depuis longtemps, à mon avis.
CiM _ A moins qu’ils soient
dans les buissons en attendant de nous tomber dessus. Sortez-nous de là !
CiJ _ Faites pas attention, c’est un trouillard.
MT _ On a trouvé une seule arme, et c’est parce
que l’homme était couché dessus. »
Ca a commencé à nous faire
réfléchir, nous savions que nous devions faire d’autant plus attention.
LG « Horn, Jhonson,
donnez une de vos chemises à ces demoiselles. Elles sont trop voyantes. Bon,
pour l’instant on n’a pas trop le choix, on va rallier le gros du bataillon, en
longeant ici.
CiJ _ Non, je ne suis pas
d’accord ; si on prend ce chemin et qu’on dévie de 8 à 9 degrés au sud, ça
sera plus long mais on ira plus vite.
SA _ Ce gamin aurait été un super officier.
CiJ _ Au fait, je peux avoir l’arme qu’on a
trouvée ?
LG _ Non.
SA _ Oui, mais fait gaffe. T’es sûr de savoir te
servir d’un M16 ?
CiJ _ Je peux même vous le démonter les yeux
fermés.
SA _ Mon lieutenant, ça fera une arme de plus.
LG _ Bon, restez à côté du
sergent, ne jouez pas au cow-boy et ne le prêtez pas à votre copain.
CiJ _ Ca marche. »
Nous sommes repartis, la route
était longue et silencieuse. Nous sommes passés devant un bosquet en fleurs,
c’est alors que Dany a essayé d’entamer la conversation avec une des filles,
Colby.
DP « Dîtes, vous ne devez pas en avoir
beaucoup des fleurs comme ça chez vous.
CiC_ Des fleurs comme ça, y
en a partout chez moi.
DP _ Et c’est où ?
CiC_ Vous vous fichez de
savoir où je vis.
DP _ Non, pas du tout.
CiC_ Si, écoutez, je veux
pas être grossière, mais je vous serai reconnaissante de garder vos petites
histoires pour vous, ok ?
DP _ Et merde ! »
Dany s’était fait rembarré
et il a alors un peu accéléré la cadence pour ne pas continuer à marcher à côté
d’elle.
Peu de temps après, c’est
là que les difficultés ont commencé pour nos civils. Nous avons dû traverser
une petite rivière rocheuse, peu profonde. Nous avons aidé Sabine à traverser
et Taylor et Jhonson ont proposé de l’aide à Colby qui l’a refusé. Elle a
glissé et s’est retrouvé les fesses dans l’eau. Elle était furax et les mecs
la regardaient avec un petit sourire en coin.
SJ « Je vais vous aider à vous relever.
CiC_ Non, je vais y
arriver, j’ai besoin de personne.
MT _ Faites attention, à
voir sa tête, elle ne doit pas aimer les trouffions.
SJ _ Mademoiselle, on ne mord pas vous savez.
CiC_ Je m’en doute !
SJ _ Allez, soyez sympa.
CiC_ Si vous me foutiez la paix !
DW_ Emmerdez-la pas, sinon elle va se mettre à chialer. "
Elle essaya de se relever
mais avec ses talons, et la mousse sur les pierres, elle ne faisait que glisser.
Elle accepta finalement l’aide qu’ils lui avaient proposé ; Marcus la
releva d’une main.
CiC « Merci.
DP _ Vous voulez une serviette ?
CiC _ Oui, merci. »
Plus loin, le saxophoniste
refit des siennes, il recommença à se plaindre.
CiM« Excusez-moi,
lieutenant, sergent, je ne sais pas pour vous, mais nous n’avons pas l’habitude
de cette allure. Est-ce qu’on pourrait se reposer, manger et se sécher ?
SA _ Vos vêtements sècheront plus vite en
marchant.
CiM_ C’est bien mais on a
aussi très faim.
LG _ Bon, très bien, 5 minutes d’arrêt,
distribution des rations, ils l’ont bien mérité.
SA _ Oui chef. »
Nous nous sommes installés
en petits groupes. Ce type, Charles, il n’arrêtait pas, il était toujours
en train de se plaindre pour tout et tout le temps.
CiM« C’est le genre de
bouffe où on se demande s’il faut manger en tirant la goupille.
CiJ _ Où va le sergent ?
DW_ Il va devant, en
éclaireur avec Taylor.
CiJ _ Je peux les
accompagner ?
DW_ Non, le sergent a bien
assez de problèmes sans vous avoir sur le dos.
CiS _ Vous mangez vraiment
ces saloperies tous les jours ?
SC _ Soit on mange, soit on se serre la
ceinture.
CiS _ Comme si faire la
guerre n’était pas suffisant.
HO _ Comment vous en êtes
venus à faire du rock pour l’armée ?
CiM_ Pour moi c’est
strictement professionnel. C’est Long John qui a voulu, il a refusé plein de
contrats.
HO _ Pourquoi ?
CiJ _ Le pays est en guerre, il faut y mettre du
sien.
HO _ Il est fou à lier ce
mec !
CiM_ Je suis d’accord avec
toi. »
Long John s’est levé, il est
allé voir Ruiz.
CiJ « Tu sais
qu’en enlevant les plaquettes de ton M40, tu tireras bien plus vite ?
AR _ Je trouve qu’il tire bien assez vite comme
ça. »
Il donnait des conseils
pour bien faire, et parce qu’il aimait faire savoir qu’il avait des
connaissances dans le domaine militaire.
Ruiz s’est éloigné, c’est
alors qu’il a vu Colby un peu à l’écart ; elle se tortillait en essayant
de se passer de la citronnelle dans le dos.
AR « Est ce que je
peux vous aider ?
CiC_ Oui, ces bestioles me
dévorent…Non mais ça va pas ! ! »
Dany est arrivé à sa rescousse.
DP « Qu’est ce qu’il y a ?
AR _ Ma main a dérapé.
CiG _ Oui et bien t’as la
main baladeuse mon vieux !
AR _ Si vous ne voulez pas
qu’on vous touche, arrêtez de tordre du cul et de crier au secours dès qu’on
vous regarde, parce que là…
CiC_ Je n’ai pas d’autres
fringues.
DW_ Qu’est ce que t’as Ruiz ?
CiC_ Il y a que votre
copain a la main baladeuse !
DW_ Laisse-la, viens Ruiz
DP _ Ecoute, laisse couler.
CiC_ Non, il n’a peut être
pas tord. Dès fois je me dis qu’on fait plus de mal que de bien. Et les gars,
vous voyez ces fesses, ça vous fait envie, mais attention, pas touche. On
devrait vous envoyer des putes pour vous soulager au lieu de venir.
DP _ Dis pas ça, beaucoup
de mecs veulent seulement parler à des américaines, on ne pense pas qu’à ça.
CiC_ Depuis combien de
temps tu es là Dany ?
DP _ 3 mois.
CiC_ Et moi ça fait 18
mois, je vais bientôt avoir 25 ans. Tu crois pas que je serais contente de
parler à une Américaine moi aussi, plutôt que de toujours me faire peloter par
une bande de jeunes couillons qui ne se sont pas lavés depuis des mois ?
DP _ Alors pourquoi ne pas
repartir si tu détestes être avec nous ?
CiC_ C’ n’est pas que je
déteste être avec vous mais enfin…je peux rester seule ?
DP _ Oui, je te laisse. »
Elle se retourna et Dany
s’éloigna.
Pendant ce temps, pas très
loin, il y avait du remue-ménage. Un petit groupe s’était réuni, composé de
Long John au chant, Charly à l’harmonica, et Horn tapant sur son arme en guise
de percussion.
C’est à ce moment là que le
sergent est revenu en courant.
SA « Non mais ça va pas ? ! Tirez en
l’air tant que vous y êtes !
HO _ Je croyais que la
rivière nous couvrait.
SA _ Tu n’as aucune excuse,
ce sont des civils, ils ont le droit d’être stupide, mais pas toi. Tu es
soldat. Préparez-vous, on va repartir.
LG _ Qu’est ce que c’est que ce boucan ?
SA _ Ce sont des gosses, va savoir pourquoi on
fait la guerre avec des gosses !
LG _ On a repéré les Viets,
ils avaient des armes pour un ou deux régiments. Ils doivent sûrement rallier
les Nord-Vietnamiens.
SA _ Ce n’est pas de
chance.
LG _ Il faut prévenir le bataillon, ils doivent
faire une mission demain. »
Long John avait entendu que
ça risquait de se gâter, qu’il y aurait de l’action et il était tout excité
rien que d’y penser.
CiJ « C’est ding ce
que ça me plait, je suis né pour faire la guerre. Une fois rentré, j’essayerai
encore une fois de m’engager.
CiS _ Ils t’on déjà réformé
des dizaines de fois, et t’as essayé tous les moyens légaux.
CiJ _ Et bien j’essaierai des moyens illégaux. »
Ca a commencé à tirer. Long
John s’est baissé, a attrapé Sabine par la nuque pour qu’elle s’aplatisse
sur le sol.
CiJ « Sabine, reste là !! »
Il est parti en courant pour
rejoindre le gros du groupe. Nous étions face à l’ennemi et lui voulait se
rapprocher de l’action. Un Viet se glissa discrètement derrière le lieutenant.
Celui-ci ne l’avait pas vu, il rechargeait son arme. Long John voulait être
au plus près de l’action et c’est là qu’il vit ce Viet, il sauva la vie du
lieutenant. Celui-ci le remercia, une fois que tout fut terminé. Long John
était tout excité. Ca se voyait sur lui, il souriait et ne tenait pas en place.
SA « Tu te calmes, c’est compris ?
Taylor, viens ici.
MT _ Oui ?
SA _ Surveille-le-moi. »
Sabine était sur les dents,
elle était complète flippée.
CiS « J’en ai marre,
je suis morte de trouille, et puis c’est quoi ce bruit ? C’est des
Viets ?
SC _ Arrêtez, ne vous en
faites pas.
DW_ Ceux ne sont pas des
Viets, ils ne font jamais de bruit.
CiJ _ Je t’en prie Sabine,
ne pleurniche pas !
SC _ C’est rien, allez, on
continue. »
Sabine était quelqu’un de
très gentille, Baker n’était jamais très loin d’elle et ils semblaient très
bien s’entendre tous les 2. John quant à lui ne faisait pas du tout attention à
elle, il était dans son trip « je fais la guerre »
Plus tard nous avons fait
une autre pause.
LG « 5 minutes de pause.
CiM_ Ils ont le feu au cul
ou quoi ! J’ai envie de fumer de l’herbe. Sergent, vous n’auriez pas un
joint ?
SA _ Quoi ? ! Je te préviens,
si je te prends en train de fumer, je te laisse ici, et ce n’est pas une blague.
Tu es sûr de te faire tuer si tu es ramollo ici. »
Nous avons repris la route,
nous avancions dans les hautes herbes, quand nos éclaireurs sont revenus en
courant.
MT « Il y a une
vingtaine de Viets, sûrement des traînards.
LG _On va se planquer, on
les laissera passer ; avec des civils, c’est trop dangereux. Dépêchons. »
Nous nous sommes allongés
par terre, la tête à la lisière des hautes herbes, nous attendions, anxieux.
Nous avons attendu de les voir passer devant nous, un à un, si doucement qu’on
aurait pu croire qu’ils avançaient au ralenti, comme dans un rêve. Soudain,
l’un d’entre eux s’est arrêté devant Ruiz, j’étais à côté de lui, et je lui
serrai la main tellement fort que je crois que j’aurai pu la lui casser. Le
lieutenant était allongé à côté de moi ; à un moment nous avons échangé un
regard, lui comme moi savions que la situation était critique, à ce moment là,
nous étions sur un pied d’égalité, égaux face à la peur. Tout le monde avait
arrêté de respirer. Quand ils ont été hors de vue, nous avons repris la route,
plus effrayés que jamais.
Au bout d’un moment…
LG « Sergent, on fait une pause de 10
minutes.
SA _ 10 minutes de pause.
SC _ Vous voulez de l’eau ?
SA _ Oui, merci. »
Le lieutenant et le sergent
discutaient du chemin à prendre et du temps que nous allions mettre.
LG « On pourra arriver au sommet dans
approximativement une heure.
SA _ Oui, si notre chanteur ne nous déclare pas
la 3ème guerre mondiale.
LG _ Sergent, un petit peu de respect, il vient
de sauver la vie de votre chef de section.
CiM_ Lieutenant, il faut
qu’on retourne là-bas, j’ai oublié mon saxo.
LG _ Non, on ne peut pas y retourner.
CiM_ Mais vous voulez me
voir pleurer ? ! Ben voilà, je pleure. Lieutenant, ce n’est pas des
vannes, c’est un cadeau de mon père, il lui vient de Charly Parker. Il faut
retourner le chercher, maintenant.
LG _ Non, sûrement pas,
parce que premièrement je ne connais pas Charly Parker, et parce que
deuxièmement j’en ai jusque là de vous et de vous entendre pleurnicher. Je sais
que vous n’avez pas reçu d’instruction militaire, mais vous allez vous conduire
en adulte. Moi, mon rôle c’est de vous ramener à la base en vie, et c’est ce
que j’ai l’intention de faire, même si je dois laisser 25 saxos derrière nous.
On va atteindre cette colline derrière vous, avant la nuit. Préparez-vous,
c’est clair ? !
CiM_ Quel enfoiré cet
officier ! On a tourné en rond toute la journée, et maintenant que je lui
demande un petit service, on est pressé.
CiJ _ T’inquiètes pas, t’es
entre de bonnes mains. Alors pas de panic, ton saxo on va le retrouver. »
Long John et Charly se sont
éclipsés discrètement. Colby essaya de parler à Dany mais…
CiG « Dis, Dany, tu…
SA _ Purcell, viens voir !
DP _ Excuse-moi.
SA _ Qu’est ce qu’il y a ?
LG _ Ces deux imbéciles se
sont tirés pour aller chercher le saxo, Long John se croit indestructible. Ils
vont probablement se faire tuer sans tirer un coup de feu.
SA _ Vous voulez que j’y aille ?
LG _ Prenez Purcell avec vous.
SA _ Non, vous avez des
civils à protéger. J’y vais tout seul, vous avez besoin de tous les hommes.
LG _ Et si vous ne rentrez pas ?
SA _ Ca ne sera pas la première nuit que je
passerai seul.
LG _ On en a plus pour longtemps
avant d’être au sommet de la colline. On va continuer, vous nous rejoindrez. »
Le sergent est parti en courant.
Au même moment plus bas…
CiM « Je préfère
rentrer, c’est pas grave.
CiJ _ Non, t’as le meilleur, on va retrouver ton
saxo…ben voilà.
CiM _ Bon, très bien, maintenant
on se tire. »
Ils étaient arrivés vers le
dernier lieu où on s’était arrêtait, ils ne se sont pas rendus compte qu’ils
étaient entourés. Charly a ramassé son saxo, il se relevait, il le tenait entre
les bras quand il se fit descendre ; il n’eut pas le temps de faire un
mouvement. Il est mort en serrant son saxo entre ses bras.
Long John n’a rien pu
faire, il a regardé la scène et a tiré quelques coups de feu. Le sergent est
arrivé à ce moment, il a tiré dans le tas, et a chopé Long John par le
collet ; ils sont partis en courant, les Viets ne les ont pas suivis.
Au même moment, nous
arrivions au sommet de la colline, il nous restait plus qu’à attendre les
hélicos. Le lieutenant a disposé les sentinelles.
Baker tenait compagnie à Sabine,
il essayait de lui remonter le moral. Je regardais Colby, elle déambulait,
ne sachant pas trop quoi faire, finalement je l’ai vu se diriger vers Dany.
CiC « Je voulais te
parler, c’est bien Dany ?
DP _ Oui, Dany, Daniel, Dan.
CiC _ Je voulais m’excuser
pour tout à l’heure.
DP _ Tu n’as pas à t’excuser.
CiC _ Si, si, j’ai été
odieuse…tout ça parce que je t’aime bien.
DP _ Je ne comprends pas. »
Elle hésita 2 secondes puis…
CiC « Tu vois j’ai été
fiancée officiellement deux fois depuis que je suis au Vietnam, ils étaient
tous les deux soldats et ils sont morts. C’est pour cette raison que je ne
préfère m’attacher à personne, je me protège. »
Le sergent et John nous
rejoignaient quand ils sont tombés sur un petit group de Viets.
Ils étaient trois, assis en
rond, ils étaient en train de manger et ne s’attendaient pas à être dérangés.
Le sergent et Long John n’avaient pas échangé une parole jusqu’à présent ;
le sergent s’est alors mis à crier, il a voulu protéger John mais…
Anderson a eu le réflexe de
leur tirer dessus tout de suite mais l’un d’entre eux, eut le temps de jeter
une grenade à leurs pieds avant de mourir. Long John s’est jeté sur la grenade
et a sauvé la vie du sergent.
Pendant ce temps, en haut
de la colline nous attendions. Nous n’étions pas restés sans rien faire, nous
avions enfin réussi à joindre la base pour qu’ils nous envoient des hélicos.
HO « Mon lieutenant,
ils ont reçu notre position. On aura un hélico dans 15 minutes. »
Le sergent est apparu au sommet
de la colline peu avant que l’hélico n’arrive ; tout le groupe s’est
dirigé vers lui. Il était essoufflé et nous a raconté ce qui s’était passé,
Sabine est arrivée à la fin de son récit.
SA « …Il s’est jeté
sur la grenade.
CiS_ Non !! »
Elle savait que c’était
John, elle le connaissait, il avait toujours voulu être soldat, être un héro
comme tous ceux de sa famille, père, oncles, frères, grands pères…
Les deux miss nous faisaient
leurs adieux quand leur hélico est arrivé.
CiC" Dany, tu vois,
je suis triste de te quitter, mais surtout promet moi de sortir de cette guerre
indemne de corps et d’esprit.
DP _ Je te le promets.
CiS_ Scott, merci pour tout
et au revoir. »
Elles ont pris leur hélico
et on ne les a jamais revues, je sais que Dany a gardé quelques contacts avec
Colby, je l’ai revue quelques années plus tard dans des circonstances tout
aussi dramatiques.
Notre hélico est arrivé peu
après et nous sommes enfin rentrés.
Les filles n’ont pas
continué dans ce milieu.
Bien qu’ils soient souvent
demandés pour des représentations dans des zones de conflits, les groupes de
musiques venaient jouer volontairement dans les zones de combat.