Chapitre 6: Nicky
La base de Ladybird n’était plus aussi sûre qu’avant et nous le
savions, nous subissions des attaques régulières depuis quelques temps et notre
éloignement de toute civilisation n’arrangeait pas les choses, bien au
contraire.
Nous avions effectué une
mission durant la journée, cela nous avait permit d’obtenir des informations
sur une éventuelle offensive de la part des Viets pour cette nuit là :
toute la base avait été placée en alerte.
Personne ne dormait, tout
le monde était dispersé dans des abris et observait les alentours du camp.
Nous avions quelques
nouveaux dans la section, dont un prénommé Hazzard. Ce type était spécial, il
voulait tout le temps se faire remarquer et passait donc une grande partie de
son temps à emmerder les gens.
Depuis quelques temps,
c’était le tour de Dany. Tout était prétexte à le harceler et c’était lourd à
gérer, notamment pour lui.
Cette nuit là, nous
montions donc la garde, nous étions à l’intérieur d’un abri fait en sac de
sable (Ruiz, Dany, Hazzard et moi) Il y en avait plusieurs répartis à la limite
du camp (nous les avions construits nous même), ils nous permettaient
d’observer les environs à couvert.
Nous observions donc les
alentours ; il faisait très sombre, c’était une nuit sans lune et on ne
voyait pas à 20 mètres devant nous ce qui ne nous facilitait pas les choses. La
nuit était silencieuse, mis à part les rares murmures, provenant d’autres
abris. C’était une ambiance bizarre, il commençait à y avoir un peu de brume et
ça donnait au camp un côté irréel, presque fantomatique, rien de très rassurant
en tout cas.
C’était long, il ne fallait
pas s’endormir et il fallait rester réactifs. Chacun faisait ce qu’il pouvait
pour faire passer le temps plus vite.
Ce jour là nous avions reçu
le courrier, c’était l’événement de la journée pour nous, ça nous ramenait à la
vie normale, réelle en quelque sorte.
Dany avait reçu une lettre
de rupture de sa copine, il n’avait pas l’air de réaliser et n’arrêtait pas
de la lire.
GiH « T’apprends la lettre par cœur ou t’as pas compris ?
DP _ C’est ma nana, enfin c’était ma nana.
GiH _ Qu’est ce que tu paries qu’elle est en train de se
faire chevaucher par un autre mec ?
DW _ Tu vas la fermer ! »
La finesse légendaire d’Hazzard !
Dany avait tiqué mais n’avait rien répondu.
AR « Tu ne vois pas qu’il n’est pas dans son
assiette !
GiH _ On dirait que tu es assez chatouilleux, question
nana !
AR _ Moi j’ai une nana, et je compte bien
l’épouser en rentrant au pays, et on aura pleins d’enfants.
GiH _ C’est ça, plein de petits portoricains ! Et tu
comptes les nourrir comment ? En tirant des caisses, peut être ? !
AR _ Non, j’ai un cousin impresario, je pourrai
travailler avec lui, la pop ça marche. Dèb, tu me remplaces ? »
Chacun montait la garde
à tour de rôle. Nous observions les environs du camp avec les jumelles au
travers des fameuses ouvertures faites entre les sacs. Cette fois ci c’était
mon tour de monter la surveillance.
GiK « Cool.
DW _ Oui.
DP _ C’est la fille la plus gentille que j’ai
rencontré. Quand on s’est vu la première fois, elle était attirée par les
uniformes ; on dirait que maintenant ça lui fait horreur. Elle croit qu’on
est des tueurs de bébés.
AR _ Arrête Dany.
DW _ Faudrait avoir des
infrarouges, des rayons X à la place des yeux pour voir quelque chose…Et !!
Ils ont franchi les barbelés ! Je les vois courir !
GiH _ Fait péter
les mines anti-personnelles ! »
J’ai appuyé sur les détonateurs,
les mines installées dans le camp ont commencé à exploser. J’ai vu 2 Viets
mourir, un 3ème eut le temps de lancer une grenade avant de s’effondrer.
Knox était à l’entrée de
notre abri et ça explosa juste devant lui, à ses pieds. Il est mort sur le
coup.
DP «…Infirmier !! Infirmier !!
AR _ Dany, vient là ! »
Dany était dans tous ses
états, ça faisait un coup de plus à encaisser.
Nous n’avons pas eu
d’autres attaques durant le reste de la nuit.
Au petit matin, tout était
calme.
Les démineurs étaient arrivés
en tout début de matinée pour inspecter les environs. Nous les observions
fouiller tout ce qui traînait, tout ce qui était à terre, les Viets pouvaient
avoir miner la base. Ce qui nous surpris le plus c’est qu’ils se sont également
mit à fouiller les corps à terre.
LG « Qu’est ce qu’ils font ?
CW_ Ils regardent s’ils
n’ont pas de bombe.
LG _ Ils en planquent même
sur eux ?
SA _ Ouais ! Ce sont
des sapeurs, en tout lieu, et à tout moment, ce sont de vraies anguilles pour
passer les barbelés.
CW_ Ca aurait pu être plus
grave. Fouillez les cadavres, enterez les, mais comptez les bien avant. »
Dany s’était tue depuis
l’attaque du boumker, même Hazzard avait arrêté de l’embêter depuis. Nous
profitions de ces moments de répit.
Les corps des GIs tués cette
nuit là avaient été alignés près de la zone d’envol, Dany était accroupi près
de celui de Knox. Il le regardait sans rien dire. Le sergent s’approcha de
lui.
SA « Knox était un ami ?
DP _ Ouais ! Il
s’était marié juste avant de venir, et sa femme attend un bébé…j’étais son
témoin.
SA _ Arrête, sinon tu vas devenir complètement
cinglé. »
Un hélico venait d’atterrir
pour emporter nos blessés et nos morts à Saigon.
De là où nous étions, nous
avons vu qu’à l’intérieur il y avait des infirmières pour aider au transport et
soigner plus rapidement les blessés.
Le lieutenant supervisait
l’embarquement pour que ça aille plus vite et c’est à ce moment là qu’il
reconnut quelqu’un. Une jolie blonde, en treillis, un casque sur la tête
l’appela, elle l’avait également reconnu et elle lui sourit.
C’était une infirmière,
le lieutenant Nicky Raine.
InN « Myron !
LG _ Nicky ! Mais qu’est ce que tu fais
là ?
InN _ J’ai été mutée à
l’hôpital d’Evac de Chu Lai.
LG _ J’ai essayé de t’écrire mais…enfin, je vais
venir te voir, bientôt, mais là, je dois y aller. »
Les corps avaient fini d’être
chargés ; l’hélico a décollé, et j’ai vu que le lieutenant le regardait
disparaître à l’horizon. Il avait l’air indécis, perturbé il venait vers nous
et il se retournait, revenait, se retournait en tenant son casque, comme s’il
ne croyait pas ce qui venait de se passer.
Il ne l’a pas quitté des
yeux et puis il est finalement revenu vers nous, avec un sourire jusqu’aux
oreilles.
Je crois que je ne l’avais
jamais vu sourire comme ça auparavant.
Nous avons reçu pour ordre
de reprendre la route. Nous sommes donc partis en camion.
Les convoyages étaient l’occasion
de pouvoir parler, et là, de nouveau, Hazzard commença à semer la zizanie
dans le groupe.
AR « Va savoir combien ils ont déjà eu de
guerres !
DW _ Ils doivent se
demander si on va partir comme tous les autres.
GiH _ Tu parles ! Ils doivent se foutre de
nous !
DP _ Le premier qui se fou de moi, j’le descends !
GiH _ Tu crois que tu vas gagner la guerre tout
seul ?
DW _ Tu ferais mieux de
la fermer, sinon on pourrait bien oublier de quel côté tu es. »
Ca jeta un froid, il m’énervait
et là j’avais réussi à lui clouer le bec pour un moment.
Hazzard savait que je
n’étais pas sérieuse mais quand il croisa mon regard, je vis dans ses yeux que
l’espace d’une seconde il se posa quand même la question.
Les camions s’arrêtèrent et
nous avons reçu l’ordre de descendre, il fallait inspecter le pont avant de
l’emprunter.
Nous nous
sommes postés aux alentours, nous inspections les abords de la route en
attendant que ça se passe.
Le sergent est allé rejoindre
le lieutenant.
SA « Vous avez l’air d’être ailleurs…
LG _ Mêlez-vous de vos affaires ! »
Le lieutenant l’a planté
là. Plus tard…
LG « Hazzard continue toujours d’emmerder
Purcell ?
SA _ Ouais ! Wilson est sur son dos.
LG _ Faut qu’il fasse gaffe, sinon il va devenir
une espèce en voie de disparition. »
Ils commençaient à me connaître
et ils nous regardaient en rigolant.
Les camions s’étaient
arrêtés pour que les démineurs puissent inspecter le pont que nous devions
emprunter.
Il n’y avait apparemment
rien, rien n’avait été trouvé avec les détecteurs de métaux.
Nous vérifions toutes les
routes que nous empruntions afin de limiter au maximum les accidents, en effet
elles étaient très souvent piégées par les Viets. La vérification des voies
d’accès était une activité récurrente qui s’imposait pour notre sécurité.
LG « Envoyez les bahuts ! »
Le premier camion est passé,
il n’y a rien eu, le second bahut s’est engagé à son tour sur le pont. Le
sergent regardait dessous lorsqu’il vit des Viets.
Il fit tout arrêter. Le
deuxième camion était en plein milieu et il sauta. Ca tua le conducteur, le
sergent Foster ainsi que les GIs qui avançaient le long du pont. Foster
connaissait bien le sergent Anderson, il venait tout juste de rempiler.
Rien n’avait été détecté,
nous avons donc supposé que le pont était truffé de mines à déclenchement
manuel et que les Viets avaient attendu que l’on passe.
Ca nous a foutu un coup au
moral, nous avions eu pas mal de morts et nous sommes repartis après les avoir
renvoyés en hélico. J’avais l’impression que nous faisions que ça, se faire
tirer dessus et renvoyer les corps de nos potes en hélico.
Nous avons repris le
camion. Celui-ci nous a déposé à proximité d’un village, nous avions besoin
d’information sur l’attaque de la base, savoir si ça allait se reproduire.
Nous étions tous sous
pression, nous sentions toute la tension et l’électricité qui flottait dans
l’air. C’est une sensation effrayante quand on sait pertinemment qu’il va se
passer quelque chose ; et en étant au Vietnam on ne pouvait que s’attendre
au pire.
C’est à ce moment là qu’il
y eut un accident.
Nous avions regroupé une
partie des villageois dans un coin pour leur parler et avoir également plus
facilement un œil sur eux. Il fallait être prudent.
A ce moment là, quelqu’un
traversa le village en courant. Je ne l’ai pas vraiment vu, ça m’a fait
sursauter, j’ai relevé mon arme, j’allais tirer mais… Il passa près de nous et
Dany tira le premier. Il y eut un tir unique qui fut fatal. C’est là que nous
nous sommes s’aperçus, trop tard que ce n’était pas une menace, seulement un
gosse. Je l’ai vu s’effondrer, on aurait dit un fétu de paille.
Quand nous avons compris,
ça nous a filé un coup, nous étions atterrés.
Nous regardions tous ce
petit corps allongé par terre, il devait avoir environ 8 ans, il était apparemment
sous alimenté et il était mort. Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de ce
gamin, jusqu’à ce que…
GiH « Super !! T’as tiré sur un gamin !
Un gamin !!
DW _ Ta gueule !! »
Je lui donnai un coup dans
les côtes.
DW « Tu te souviens
de ce que je t’ai dit ?
AR _ Arrête Dèb. »
Ca m’énervait cette façon
qu’il avait d’en rajouter et d’enfoncer Dany. Je trouvais ça indécent.
SA « Dany, arrête, on est pas responsable
de tous les coups qui partent.
DP _ Je ne suis pas venu ici pour tuer des…
gosses.
SA _ Purcell !! »
Randy s’était précipité
sur le gamin pour essayer de faire quelque chose, le sauver mais c’était trop
tard.
Les villageois nous
regardaient, on sentait que la pression montait, certains d’entre nous devaient
les retenir, maintenir un périmètre autour du corps de l’enfant.
La mère du garçon est
arrivée en courant, elle criait et pleurait en même temps. Elle portait un bébé
dans les bras, il n’arrêtait pas de pleurer. Il était apparemment très malade,
et pour le gamin nous ne pouvions désormais plus rien faire.
Dany avait les larmes aux
yeux, il s’est accroupi à côté de la mère. Il voulait faire quelque chose,
être pardonné.
DP « Je suis désolée, je ne voulais pas ça,
je ne pensais pas que c’était un enfant…je suis désolé. »
Elle tourna la tête vers
lui, lui lança un regard noir, j’ai vu Dany tressaillir. Elle lui cracha dessus
avec tout le mépris qu’elle pouvait.
Il se releva en silence et
s’éloigna. Il alla s’isoler.
Nous avions tous vu la
scène, nous étions silencieux, nous ne savions pas quoi faire, pas quoi dire
alors nous nous sommes contenté de rester là.
Nous sommes rentrés à la
base juste après ça.
Je n’avais jamais vu Dany
dans un tel état, j’en étais malade pour lui, ça allait mal finir.
Dany tournait en rond,
personne n’osait trop lui parler, il voulait rester seul.
Il réfléchissait beaucoup,
il avait une idée, sauver le bébé pour se « racheter » Parce qu’il
n’était pas un tueur de bébé, malgré ce que pouvait penser son ex copine. Il
pourrait peut être en sauver au moins un.
Ce soir là, il s’est décidé
à aller voir le lieutenant sous sa tente. Ce dernier était en train de regarder
une photo de Nicky et lui le jour de leur engagement, ils étaient très beau,
tous les deux en uniforme. Cette rencontre avait fait remonter plein de vieux
souvenirs et des sentiments bien enfouis.
Il dissimula la photo lorsque…
DP « Lieutenant ?
LG _ Qu’est ce qu’il y a Purcell ?
DP _ Dans ce village, il y avait un bébé très
malade…
LG _ Purcell ! Ce pays est rongé par la
maladie, alors oubliez !!
DP _ Oubliez ? !! Oubliez ? !! Vous ne
croyez pas que j’oublierais si je le pouvais ? !! »
Dany est sorti furieux.
Le lendemain, le lieutenant
alla aux renseignements auprès de Randy. Il avait réfléchi à la situation
durant la nuit.
LG « Comment va ce bébé ?
DR _ Très mal.
LG _ Où est Purcell ?
SJ _ Il lui restait une perm’, il l’a prise.
DW_ Il n’a pas dormi de la
nuit.
LG _ Des cauchemars ?
MT _ Non, c’était
Blanche-neige.
SA _ Je peux vous parler ?
LG _ Oui.
SA _ Je sens qu’on va perdre un très bon soldat
si on ne fait pas gaffe.
LG _ Bon alors, on va le chercher. »
Ils ont pris une jeep et
sont partis à la recherche de Dany.
Après une bonne heure d’investigation
dans les bars et leurs « arrières boutiques » de la ville d’à côté,
ils ont enfin trouvé Dany, il était bourré, au lit avec une prostituée.
SA « Mamassan,
on vient chercher un de nos hommes.
Mss _ Je ne veux pas
d’histoire.
SA _ Vous n’aurez pas d’histoire si on ne nous
cherche pas. T’as compris face de rat ? ! »
Il s’adressait au barman
qui le regardait avec un drôle d’air. Ils ont fouillé toutes les chambres,
et dans l’une d’elles…
LG « …Le voilà…Ca va Purcell ?
DP _ Oui, oui, tout va très bien.
SA _ Bon alors, rhabille-toi.
DP _ Non mon sergent, je vais me marier.
SA _ Lieutenant, prenez ses affaires, on l’embarque. »
Le sergent a sorti Dany
du lit, et l’a pris sur ses épaules en laissant « la future mariée »
sur le lit. C’était très simple de se marier au Vietnam, 5 minutes suffisaient
et vous étiez marié pour la vie.
Les filles là-bas voulaient
toutes se faire épouser par un GI pour partir de leur bled, du Vietnam, aller
aux USA (certains mecs leur faisaient miroiter un mariage et donc un allé
simple aux Etats-Unis contre un peu de compréhension) Elles croyaient trouver
le bonheur ailleurs et s’élever un peu socialement, aller au pays de l’Oncle
Sam et profiter du capitalisme américain, acheter une grosse voiture, des
vêtements, acheter leur bonheur.
En arrivant sous le marabout,
Dany était furax et saoul. Le sergent le reposaà terre.
DP « Putain de dieu ! Reposez-moi par
terre !!!
SA _ Demain 7 heure au pied de l’hélico. »
Le lendemain nous avons
effectué une mission de reconnaissance simple, le but réel était de retourner
au village et de ramener le bébé pour qu’il soit soigné.
Le lieutenant avait
finalement accepté de faire quelque chose pour le bébé, était ce par humanité
ou par envie de voir l’infirmière de son cœur ? On ne le saurait jamais.
Nous sommes ensuite retournés
au village pour emmener le bébé à l’hôpital. Dany cherchait la mère, il regarda
dans toutes les "maisons", il la trouva finalement assise à même
le sol dans sa cahute. Elle essayait de calmer le petit qui n’arrêtait pas
de pleurer.
Randy était avec Dany, il
examina le bébé, il pensait peut être faire quelque chose sur place mais il
était dans un sale état, il fallait l’emmener à l’hôpital.
Randy remarqua qu’il était
déshydraté, avec des lésions sur le corps.
Avec une infinie patience,
Dany et le doc. Randy lui parlèrent. Ils réussirent à lui faire comprendre que
nous allions les emmener à l’hôpital pour soigner le petit. Elle se laissa
convaincre, et son regard changea, il n’exprimait plus autant de haine pour
Dany.
Nous avons appelé trois
hélicos pour qu’ils viennent nous chercher, deux rentraient à la base, et le
troisième à l’intérieur duquel il y avait Dany, le lieutenant ainsi que la mère
et l’enfant se rendait à l’hôpital de Chu Lai.
Arrivés là-bas, le bébé ne
fut pas tout de suite pris en main, les services étaient apparemment débordés,
il n’y avait pas de place et ils ne savaient pas trop à qui s’adresser. Les
médecins préféraient semble t il s’occuper des GIs blessés plutôt que d’un bébé
Viet.
Le lieutenant Goldman
aperçut le lieutenant Raine et il l’appela. Lorsqu’elle le vit, elle lâcha son
patient, légèrement blessé, et fit du bébé sa priorité quand elle découvrit
l’état critique dans lequel il était.
Dany, la mère et le
lieutenant furent virés par un docteur, ils étaient en plein milieu ne sachant
pas trop quoi faire, ils gênaient plus qu’autre chose. Ils devaient attendre
dehors, et c’est ce qu’ils firent. Ils s’assirent sur les marches de l’entrée
et attendirent en tournant en rond.
Quand le lieutenant Raine
ressortie 1h30 plus tard, elle paraissait satisfaite d’elle-même.
Après un bon traitement, le
bébé n’aurait aucune séquelle, mais ça avait été très juste. Une semaine plus
tard, et il n’aurait eu aucune chance de survivre. Sa mère ne pouvait pas le
voir pour le moment, il était en traitement intensif et elle dut attendre encore un peu.
Les lieutenants Goldman
et Raine s’écartèrent un peu pour pouvoir parler plus tranquillement. Ils
savait tous les 2 que c’était le moment où jamais.
LG « Nicky, on pourrait se voir après ton
service ?
InH _ Je dois encore remplir des papiers et après j’ai
tout fini…Tu sais ce qui me ferait plaisir ?
LG _ Non mais je ferais tout ce que tu voudras.
InN _ Alors tu vas prendre une douche.
LG _ Je n’ai pas de vêtement de rechange.
InN _ Tu prendras un ensemble pour chirurgien.
LG _ A vos ordres chef. »
Le lieutenant s’est regardé,
il n’était pas beau à voir, ni à sentir d’ailleurs. Une fois son service fini
et la fameuse douche prise, ils se sont retrouvés dans sa chambre pour quelques
heures, avant de se séparer pour longtemps peut être.
Le Vietnam nous forçait à
saisir toutes les occasions et profiter du moindre moment, on ne savait jamais
où on serait le lendemain et surtout si on serait encore en vie. C’est ce
qu’ils ont fait.
Ca faisait longtemps qu’ils
ne s’étaient pas retrouvés ensemble, ils en ont profité pour évoquer les bons
vieux souvenirs, ceux qu’ils pensaient avoir oubliés.
Elle savait que sa camarade
de chambre ne reviendrait pas avant un moment, sa garde se terminait beaucoup
plus tard. Ils auraient un peu d’intimité.
Cette chambre lui rappelait
celle dans laquelle ils s’étaient retrouvés la dernière fois.
Les chambres d’infirmières
étaient toutes pareilles.
Ils s’étaient rencontrés
durant leurs classes, avant West point, déjà à l’époque il avait eu le plaisir
d’être invité dans sa chambre.
Il avait ressenti la même
chose la dernière fois qu’il s’était retrouvé dans une chambre comme
celle-ci ; il pouvait voir qu’il n’y avait aucune présence masculine, ça
paraissait plutôt confortable même, un vrai lit, un lavabo, des fauteuils, ça
avait également un côté très féminin, avec un petit côté vaporeux crée par les
moustiquaires et les sous-vêtements en tout genre (bas, soutiens gorges)
Les sous-vêtements
estampillés par l’armée, n’étaient pas réellement sexy, blancs sans fioriture,
mais plutôt confortables et c’est ce qui comptait ici. J’avais droit aux mêmes.
Ils ont ensuite pris le
temps de parler, d’évoquer des projets.
Pendant tout ce temps, Dany
était resté à côté de la mère du petit, assis sur les marches d’une des entrées
de l’hôpital. Au bout d’un moment, ils ont entamé un dialogue de sourd et ils
se sont compris. Ils ont attendu de voir le bébé main dans la main. Dany tenait
absolument à voir le petit, savoir qu’il n’avait pas fait tout ça pour rien,
qu’il pouvait sauver un enfant.
Après avoir pu voir le
petit, Dany est allé chercher le lieutenant. Il a tourné un peu dans les
environs puis il l’a retrouvé. Il était assis dehors, devant le bâtiment des
infirmières, sur des sacs, avec Nicky dans ses bras.
Il s’est approché,
suffisamment pour que le lieutenant le voie, mais pas trop prêt pour ne pas
déranger. Il s’est alors assis sur des sacs et a attendu.
Le lieutenant l’a vu, il
savait qu’il fallait y aller.
Ils se sont promis de rester
en contact, ils avaient même fait des projets, ils allaient partir en vacance
ensemble, plus tard.
InN « La prochaine
fois que tu passes me voir, n’arrive pas dans le même état.
LG _ Promis. »
Le lieutenant et Dany sont
rentrés en camion.
Nous étions restés à la
base, nous avons attendus leur retour, en espérant que ça se finisse bien.
Ils avaient laissé la mère
et l’enfant là-bas, ils ne pouvaient désormais plus rien pour eux.
La fois d’après, le
lieutenant Goldman et sa copine sont partis en week-end ensemble.
Durant cette courte période
où il était avec elle, le lieutenant Goldman était plus détendu avec tout le
monde. C’était agréable pour tout le monde, surtout pour nous.
A la suite de leur petite
escapade, elle tomba enceinte.
Le lieutenant aurait voulu
l’épouser, mais elle refusa car cette demande était d’après elle, motivée par
une mauvaise raison, elle pensait qu’il ne désirait pas vraiment l’épouser, ni
avoir un enfant ; elle n’en voulait d’ailleurs pas, pas pour le moment.
Selon elle, sa façon de systématiquement prendre ses responsabilités n’était
pas une bonne chose dans le cas présent.
Une autre raison c’était
qu’elle ne désirait pas se lier avec un mort en sursit, ce que nous étions tous
au Vietnam. Ici elle voulait seulement profiter du moment présent et ne pas
penser à l’avenir.
Elle se fit avorter et ce
fut la rupture. Il prit très mal la chose.
Ils ne sont pas restés en
contact après ça et il ne l’a jamais revu.
Hazzard quant à lui a été
transféré au grand soulagement de tout le monde.
L’âge moyens des soldats
durant la Seconde Guerre Mondiale était de 26 ans alors qu’elle n’était que de
19 ans au Vietnam.