Chapitre 5: Les frères Baker
Ce
jour là, nous n’avions pas de mission, c’était relâche.
Tout
devait être comme les autres jours de relâche sauf que Baker était surexcité.
Il insista pour que l’on vienne tous jusqu’à la piste d’envol, il fallait qu’on
le suive et il nous y a tous traîné.
Il
tenait à ce que nous soyons là et il ne voulait pas dire pourquoi, il avait
seulement un sourire au coin des lèvres.
Il
était très excité, ne tenait pas en place et n’arrêtait pas de nous répéter
qu’il avait une super nouvelle.
Nous
avons fini par le suivre, pour lui faire plaisir, pour qu’il arrête de parler
et également parce qu’il commençait à nous intriguer avec ses mystères.
SC « Dépêchez vous, tout le monde en place
pour l’arrivée de l’hélico !
DW
_ C’est quoi cette surprise ?
MT _ J’espère que ça en vaut la peine. Qu’est ce
qu’il a de spécial cet hélico ?
SC _ Vite ! Mettez vous en place !
SA _ Alors Baker, qu’est ce qui se passe ?
SC _ On attend un type exceptionnel.
SA _ Qui est ce ?
SC _ C’est une surprise sergent. Venez, venez.
Alignez vous bien droit, je veux que vous soyez parfait, ok ?... Non mais
regardez moi cette dégaine ! Vous n’avez pas honte ? Vous êtes tous
crades et débraillés. Ah, elle est belle l’armée américaine !
AR _ Non mais t’entends ce que j’entends ?
MT
_ J’espère que c’est au moins un général à 2 étoiles.
SC _ Sergent, vous avez toujours votre
harmonica ?
SA _ Oui.
SC _ Vous connaissez l’hymne au président ?
Voyons ce que ça donne. Essayez de jouer…La la la…Bon, laissez tomber.
SA _ Excuse moi Baker !
SC _ Désolé sergent mais je voudrai tant que
tout soit parfait. Sergent, réessayez, pour moi, pour voir. La la la…Il faudra
s’en contenter.
DW
_ Tu crois qu’il connaît le président ?
DP _ Non ; Baker connaît juste la crème des
surfeurs, et encore…
SC _ Oh merde, c’est con, j’aurais dû penser au
tapis rouge ! »
Nous
avons entendu un hélico arriver, Baker nous regarda puis l’hélico et il revint
jusqu’à nous. Il a atterri.
SC « Commencez sergent. »
Baker
a couru vers l’appareil et de là en est sorti un grand type.
ClB
« Kawakounga ! Content de te revoir frangin !
SC _ Donne moi un coup de boule.
ClB
_ Tient champion, je t’ai emmené quelque chose.
SC _ C’est vrai ? T’aurai pas dû, je t’ai
rien acheté. »
Nous
assistions à la scène de loin, l’hélico faisait voler de la terre et de la
poussière et ça nous brouillait la vue mais quand on a vu qui est sorti de
cet appareil, nous n’en sommes pas revenus.
SA « J’ai pourtant rien bu et je vois double.
DW
_ Un Baker de plus.
AR _ C’est 2 Baker de trop.
DP _ Des jumeaux ! »
Les
frangins étaient toujours à côté de l’appareil. Scott défit son paquet et
découvrit son cadeau.
SC « Super ! Une planche à roulette !
Merci vieux. Et les gars ! Regardez c’est pour notre anniversaire ! ! »
Nous
étions surpris, sans voix. Ils sont ensuite tous les 2 revenus vers nous,
nous n’avions toujours pas bougé, nous avons ensuite été présenté à son frère
à tour de rôle. Même le lieutenant était finalement arrivé, il voulait savoir
ce qui se passait. Baker était très fier de nous présenter.
Nous
avons ensuite fait quelques essais en skate-board. Nous avons tous eu droit à
une bonne gamelle, en fait nous étions ridicule, excepté les frères Baker bien
entendu, on peut dire que c’étaient eux les champions.
Devant
toute cette agitation, le lieutenant Goldman montrait une grande perplexité.
Il était un peu en retrait.
SA « C’est ça la Californie mon lieutenant.
LG _ Alors je m’en vais parce qu’il paraît que
c’est contagieux. Surveillez ces 2 clowns.
DP _ Alors vous êtes jumeaux, vous êtes
complètement identiques.
ClB
_ En fait, on est complètement différents.
SC _ C’est vrai, je surveille tout ce que je
mange et lui au contraire bouffe n’importe quoi.
ClB
_ Il touche pas à l’alcool et moi je compte plus mes cuites et j’adore faire
la fête avec des gonzesses.
SC _ Oui mais je pesais 60 grammes de plus.
ClB
_ Oui Scott, quand tu es né, mais regarde toi maintenant…
SC _ Non, non
ClB
_ Ca se voit que tu as perdu la forme depuis que tu es ici.
SC _ Tu te trompes, je m’entraîne tous les jours,
même dans la jungle, je fais tous mes isométriques. Tu ne me crois pas ?
Tu vas voir. »
On
n’a pas compris tout de suite ce qui se passait.
Ils
se sont dirigés vers une jeep. Ils devaient la soulever chacun à leur tour,
et ce, le plus haut et le plus longtemps possible.
AR « Purcell, Taylor, Dèb, venez voir !
MT
_ Un pari, on va rigoler »
Il
nous a été impossible de les départager, l’un a soulevé la voiture plus haut
et l’autre plus longtemps.
SC « Tu vois bien que je suis le plus fort.
ClB
_ Celui qui a la plus forte odeur. Y a qu’un moyen d’être fixé.
SC _ La table là-bas.
ClB
_ Ok.
MT _ On va s’amuser un peu. Je pari 5 $ sur
celui de droite.
DP _ Je pari 5 $ sur celui de gauche. Comment tu
t’appelles déjà ?
ClB
_ Carl. »
Ils
se sont installés à une table, et ont commencé le bras de fer. On sentait
que ce n’était pas la première fois qu’ils faisaient ça. Ca devait être une
sorte de rituel entre eux et aucun n’avait semble t il le dessus sur l’autre.
SC « Purcell, tu vas perdre ton fric ;
je l’ai toujours battu à ce jeu là.
DP _ Vas-y Carl !
MT
_ Vas-y Baker !
ClB
_ Il y a un truc vachement dégoûtant qui rampe près de toi.
SC _ Ne te fatigue pas, tu m’as déjà fait ce
coup là !
ClB
_ Non, non, j’te jure. Il y a un gros lézard, il est vraiment très gros, à ta
droite, un lézard venimeux.
SC _ Un gros lézard ?
ClB
_ J’te jure, il est très gros ! »
Baker
a tourné la tête pour voir où était exactement le gros lézard, nous savions
qu’il avait peur des animaux rampants. Ca a été le truc qui lui a fait perdre
sa concentration, son bras s’est abattu sur la table, il avait perdu. C’était
bien évidemment une feinte de Carl.
SC « Espèce d’enfoiré ! Salopard ! »
C’était
de la triche, en même temps, tous les coups sont permis. Scott était furieux.
Ils ont commencé à se battre et ils ont mis un bordel monstre. Ils ont réussi
à mettre le camp sans dessus dessous, ils se battaient sous une tente qui
a fini par écrouler.
SC « Je vais te démolir !
ClB
_ Ben vas-y ! Essaye !
DW
_ Ils sont monstrueux !
MT _ 5 $ qu’ils s’entretuent.
AR _ Ouai ben en tout cas, ça commence bien. »
Le
sergent est arrivé en courant, suivi de près par le lieutenant.
SA « Oh ! Arrêtez ! Arrêtez ! !
LG _ Qu’est ce qui se passe ?
SA _ C’est les petits frères Baker mon lieutenant,
c’est leur façon de se montrer leur affection. »
Ils
se sont arrêtés, ils ont bien été obligés. Ca s’était calmé, pour le moment.
Ils
ont du remonter la tente et arranger tout ce qu’ils avaient saccagé.
Plus
tard dans la journée, nous cherchions Baker pour lui faire une petite surprise.
Nous savions que ce jour là c’était son anniversaire, il avait 22 ans.
DP « Et Baker ! Où est ton frangin ?
SC _ Je ne sais pas, en balade. Qu’est ce que tu
caches ?
AR
_ Petite surprise. Et ! Taylor ! Tu n’aurais pas vu le jumeau ?
MT
_ Si, je l’ai croisé… je croyais l’avoir vu au parce des véhicules.
SC _ Non, non, c’est Baker. C’est mon frère que
t’as vu au parc.
MT
_ T’en es sûr ?
SC _ Dis donc, je sais encore qui je suis je
pense !
MT
_ Je me pose parfois la question.
SC _ Je me reconnais, je suis le plus beau des
2. Qu’est ce qu’il faisait au parc des véhicules ?
MT
_ Il a dit que le capitaine l’envoyait à Qui Aï pour faire une course pour lui.
Je crois que le sergent l’a pris pour toi car il lui a donné ta solde de la
semaine.
SC _ Pourquoi Carl lui a rien dit ?
DW
_ Le voilà, t’a qu’à lui demander. »
Carl
arrivait au volant d’un bahut de l’armée. Il se gara juste à côté de nous,
il ne semblait pas s’inquiéter outre mesure du fait que le camion n’avait
pas le droit d’être là et que tous les véhicules devaient être regroupés au
parc. Quand il en est descendu, Scott lui est tombé dessus.
SC « Non mais t’es malade ? !
ClB
_ Et, du calme petit frère, faut pas s’énerver.
SC _ Non mais t’es con ou quoi !
ClB
_ Cool j’te dis, du calme, je vais t’expliquer. Tu as des tas de potes sympas
ici, n’est ce pas ?
SC _ Oui et alors ? !
ClB
_ Et alors, c’est notre anniversaire aujourd’hui Scott ; et tous ces potes
qui t’adorent vont sûrement vouloir fêter ça avec une jolie bougie sur un pot
de yaourt en guise de gâteau.
DP _ Ben justement, on en a une…
ClB
_ Ca s’est vraiment sympa, surtout pour mon frère car il bouffe toujours des
yaourts ; non mais vous voyez, ce n’est pas comme ça qu’on fête les
anniversaires chez les Baker.
DW
_ Et comment on les fête chez les Baker ?
ClB
_ Venez voir, je vais vous montrer. Vous allez voir, vous allez être content
de la surprise. Venues tout droit de chez mamassan, du village de Qui Aï et
offert par Baker junior à la 3ème section… ! »
Nous
l’avons suivi à l’arrière du véhicule et il a soulevé la bâche. Là, nous avons
tous été soufflés, il y avait une dizaine de filles assises à l’arrière.
Vtf
« Salut GIs !
Tts
_ Salut GIs ! !
SC _ T’es complètement taré ! Tu vas nous
faire attraper avec tes conneries !
MT
_ Je ne crois pas ce que je vois !
AR _ Quel est ce mot que vous dîtes
toujours ?
ClB
_ Kawakounga.
AR _ C’est ça, Kawakounga ! T’es une
lumière Baker ! Ton frangin c’est une lumière ! On pourrait pas le
garder et te renvoyer à la place ?
SC _ Carl, c’est contraire au règlement !
ClB
_ Oui mais c’est sûrement une première ! Des filles en première ligne
tu ne trouves pas ça génial ? ! »
Les
mecs étaient tout excités, ils n’en revenaient pas. Je dois dire que j’étais
également soufflée par son audace. Il allait nous foutre dans une merde pas
possible ! Tant pis, c’était fait.
Ce
soir là, il y eut une petite fête sous notre marabout. Nous avons fait tout ce
qui était strictement interdit, alcool, fête, filles.
Quand
Carl a tenté de faire des siennes avec moi, je l’ai remis en place. Il aurait
sauté sur toute nana dans un périmètre de 1km et moi j’en étais une ; ça l’avait
d’ailleurs surpris quand il avait appris.
A
ce moment là, il m’avait pris par le cou et a commença à s’approcher un peu
trop.
DW
« Tu continue et je te casse les 2 bras.
ClB _ Oh ! Je rigole.
AR _ Dèb, on ne la touche pas. »
Il
a regardé tout le monde et il s’est aperçu que tous les mecs nous regardaient
et acquiesçaient du regard. Notre arrangement ne permettait aucun dérapage ;
je n’y ai d’ailleurs jamais pensé.
Il
a compris, a enlevé son bras et a attaqué avec une des filles présentes.
DP « Et Baker, tu danses ?
SC _ Non, je ne sais pas danser. »
J’avais
entendu ce qu’il venait de dire, il m’avait semblé sentir un peu de regret.
Je l’ai alors attrapé par la main, il a été surpris. J’avais pour idée de
lui apprendre quelques pas de danse, histoire qu’il puisse se débrouiller.
Ce
ne fut pas facile, il était empoté, pas très dégourdi mais il finit par y
arriver. On pouvait voir qu’il n’avait pas vraiment le rythme dans la peau mais
il essayait au moins. J’étais très fière de lui et de moi. On a bien rigolé.
Les autres aussi, ils nous regardaient en souriant.
Carl
et Taylor discutaient dans un coin, assis sur un lit, chacun avait sa nana
dans les bras.
MT « Au fait, tu viens d’où ?
ClB _ Du même endroit que mon frère sauf que j’y
étais avant lui.
MT _ Non je veux dire avant de venir ici.
ClB _ A l’état major de Qî Nam.
MT _ La planque quoi !
ClB _ Ouai, là-bas je me suis fait des tas de
potes au ravitaillement. Je peux vous avoir tout ce que vous voulez, chocolat,
cigarette et nana.
MT _ Et les gars, un grand hourra pour
Baker !
AR _ Pas trop fort.
MT
_ Hip hip hip !
TS _ Houra !
MT
_ Je vais te dire, après cette nuit tu seras un frère pour toujours.
ClB
_ Toi aussi mon frère, tape là.
AR _ Et Carl dis moi un truc, t’es cool comme
mec, explique moi pourquoi ton frère est barjot ?
ClB
_ Une erreur de la nature, mon frère est du genre écolo et moi du genre gigolo.
MT
_ Et Carl, je vais te dire un truc, c’est vraiment dommage qu’on ne se soit
pas connus à Détroit, c’est vraiment dommage. »
Tous
les mecs étaient emballés par Carl, ils le trouvaient génial, inventif mais
moi tant d’assurance, ne m’attirait pas plus que ça. C’était le genre de type
qui nous apporterait que des problèmes.
Baker
sortit finalement tout seul pour fumer, va savoir pourquoi ! C’est vrai,
il ne fumait pas. Il ne s’amusait pas, je l’avais bien vu, il semblait déprimé
et c’est là qu’il vit une des jeunes filles de chez mamassan.
SC « Tu sais, tu ne devrais pas rester là,
c’est dangereux, on pourrait te voir.
Vtf _ Une qui lolo quo way.
SC _ Ca ne va pas ? Ca ne me regarde peut
être pas mais tu peux me raconter. On ne parle pas la même langue mais…Pourquoi
tu pleures ? Tu n’aimes pas les fêtes n’est ce pas ?
Vtf _ Du come dion non zéou.
SC _ Moi non plus je n’aime pas les fêtes.
Vtf _ O oye zébé.
SC _ Par contre, j’ai un frère jumeau Carl, il
est toujours partant, c’est d’ailleurs pour ça que les gars préfèrent
généralement Carl à moi. Disons qu’il est plus…tu t’en fou. Tu sais que je te
trouve vachement belle, tu es la plus jolie vietnamienne que j’ai rencontré. Tu
comprends ? Toi beau p’tit visage.
Vtf _ Dinguidao GI.
SC _ Dinguidoa la guerre à mon avis. »
Je
ne suis pas restée tout le temps, notre marabout ressemblait à un bordel,
ils avaient suspendu des couvertures pour séparer les lits et ainsi avoir
un semblant d’intimité. Ils voulaient tous tirer leur coup et Marcus était
en pleine négociation.
MT « 300 ? Tu rêves ! Tu ne trouves
pas que c’est un peu cher ? Dis donc ma jolie, tu n’es pas Marilyn ;
écoute, j’ai une idée, tu me montres ce que tu sais faire et après on verra.
Ouai, c’est comme ça qu’on fait à Détroit.
ClB _ Tient Taylor, tu vas en avoir besoin, bois
un coup.
MT _ Tu vois, lui c’est un grand soldat, un grand
GI. J’ai une autre idée, si on se mariait ? »
Marcus
tenait sa copine serrée contre lui avec son bras droit et dans sa main gauche,
sa bière.
Dehors,
Baker était toujours en grande discussion avec la fille, et c’est là qu’elle
sortit une photo de son sac.
SC « Un chien ?
Vtf _ I contons quo to bi info coche tobe liquiba. »
Il
ne comprenait toujours pas, elle pleurait avec la photo de son caniche entre
les mains.
SC « Je te suis pas, excuse moi mais je ne
comprends pas un mot de ce que tu me racontes. J’aimerai faire quelque chose
pour toi si je pouvais… »
Pour
essayer de faire comprendre à Scott ce qu’elle avait dit, elle se mit à lui
mimer ce qui s’était passé.
SC « Mamassan a mangé ton chien ? Mamassan
a découpé et mangé ton chien ! Oh merde, c’est terrible !
Tu
sais, je crois que ce n’est pas donné à tout le monde d’aimer les animaux… T’es
belle, t’es vraiment très, très belle. J’aimerais…si seulement tu pouvais
comprendre, tu saurais que j’ai très envie de t’embrasser.
C’est
ding, j’aurais tellement de trucs à te dire, aussi fou que cela puisse
paraître, je cois que je pourrais facilement craquer pour toi. Tu sais ce que
ça veut dire craquer ?
Vtf _ Ivédé ni notchen donat na gnégné. »
Elle
a sorti un magnétophone et a commencé à chanter en play-back sur une chanson
d’amour américaine.
Scott
tenait le magnéto dans ses mains en la buvant des yeux.
SC « Oh merde, tu me rends ding. »
Il
lui souriait lorsque le son a commencé à déconner. Il commença à y taper dessus.
Les piles étaient nazes (elle avait dû faire ce numéro un certain nombre de
fois). Baker est alors parti en courant pour chercher de nouvelles piles,
il était comme fou.
Il
rentrait sous le marabout ; Carl sortait au même moment.
SC « Oh merde, je crois que je suis amoureux !
ClB
_ Et Scott, tu viens faire la fête ?
SC _ Oui.
ClB
_ Profites-en petit frère. »
Carl
est sorti, titubant, complètement bourré mais toujours une bière à la main.
Il a vu la fille de dos, elle était penchée à l’avant, essayant d’enlever
les piles.
ClB
« Regardez moi ce petit cul ! Mais regardez moi ça !
Vtf _ Batterie ?
ClB
_ Ah oui, les batteries sont chargées à bloc ! »
Il
a attrapé la fille par la taille et l’a embrassé avec son haleine chargée
d’alcool. Il l’a emballée en 2 secondes puis il l’a entraînée derrière des
sacs de sable.
A
l’intérieur Scott cherchait désespérément des piles. Il chercha partout, personne
ne pouvait le renseigner, ils étaient tous occupés. Il commença alors à regarder
dans les affaires de Marcus, il savait qu’il en avait ; Marcus était
en pleine action et…
MT
« Baker, qu’est ce que tu fou !
SC _ Je cherche quelque chose…ah, j’ai trouvé.
MT
_ Et, dis, c’est à moi ces piles !
SC _ S’il te plait, j’en ai besoin.
MT
_ Pour quoi faire ?
SC _ J’ai rencontré une fille extra, c’est ding,
je crois que je suis amoureux. »
Baker
avait donné le mot magique, Marcus accepta.
De
mon côté, je m’étais isolée, les entendre et les voir s’envoyer en l’air ne
m’intéressait pas vraiment.
J’avais
installé des couvertures et un coussin dehors, c’était n’importe quoi.
J’entendais la musique, et c’est bien une chance que personne ne soit venu voir
ce qui se passait.
Scott
est ressorti en courant avec les piles serrées dans ses mains. Il souriait
mais une fois dehors, il vit que sa jolie brune avait disparue.
SC
« Où es tu ? Tu es cachée ? Et ! Je suis là ! »
Carl
et la nana, interpellés par le bruit, se relevèrent, la fille n’y comprenait
rien, elle regarda Scott, puis Carl, elle était sur le cul, elle les avait
confondus.
Baker
se mit en rogne, il était furieux.
ClB
« Salut Scotty !
Vtf _ Un kidia s ci diva.
SC _ Cette fois je vais te faire la peau ! »
Scott
s’est jeté sur Carl, ils ont commencé à se battre ; ils étaient déchaînés
et ils on fait tellement de raffut que notre marabout s’est effondré, la fête
était finie.
Les
mecs étaient tous en caleçon, les filles quand à elles étaient pour la plupart
à moitié nues. Ils sont tous sortis de dessous la tente, à ce moment là, le
lieutenant et le sergent étaient arrivés en courant.
SA « Oh arrêtez ! Ca suffit ! !
Garde à vous !
LG _ Qu’est ce que c’est que ce foutoir ? !
Qui a fait entrer ces femmes ici ? »
Tout
s’est arrêté là. Les filles ont été raccompagnés juste après.
L’ambiance
entre le lieutenant, le sergent et nous était très tendue. Ils étaient furieux.
Le
lendemain nous avons eu droit à un savon, encore.
LG
« Ici c’est une base militaire, pas un claque ! Faut pas tout confondre !
Et je vous rappelle qu’on est en état de guerre ! Ce n’est pas en baissant
nos frocs qu’on va la gagner cette guerre ! Très bien, pour la peine,
vous allez me remplir 1000 sacs de sable avant midi.
MT
_ Seulement 1000 sacs ? »
Nous
avons commencé à creuser, nous savions que nous en aurions pour un bon moment.
Pendant
ce temps, Baker était de corvée de chiotte ; nous préférions être à nos
places qu’à la sienne.
Le
sergent donnait ses instructions à Baker, il avait un chiffon sur la bouche,
contrairement à Scott qui respirait à plein poumon les émanations des cuves.
Je ne sais pas comment il a réussi à ne pas vomir.
SA
« Enterrez les excréments à 15 mètres minimum des latrines. Ensuite versez
un bidon de 5 litres d’essence et y jeter une allumette puis rajouter 5 litres
de gasoils pour tenir bien au chaud. Saupoudrer de persil, de basilic et servir.
SC
_ A vos ordres.
SA
_ Baker, la prochaine fois que tu feras une partie de jambe en l’air, fais
moi plaisir, envoie moi un carton d’invitation. »
Le
sergent a laissé Scott, il était vexé d’avoir été mis à l’écart, il pensait
être invité. Carl est arrivé.
ClB
« Ne m’en veut pas pour hier soir, j’pouvais pas savoir. Je voulais seulement
m’amuser. Je crois que j’étais un peu bourré… Et Scotty, répond moi quelque
chose…Y a mon taxi qui est arrivé… Je ne veux pas qu’on se quitte comme ça !
Ce n’est pas suffisant ; je t’ai déjà dis que j’étais désolé. Tu veux
me taper dessus ? Si ça peut te soulager, vas-y frappe ! Qu’est
ce que t’attends ? Scott, je suis ton frère !
SC _ Je n’ai plus de frère depuis cette nuit. »
Carl
est parti sans qu’ils aient échangé plus de parole ; c’est la première
fois qu’ils se disputaient aussi violemment. Carl était complètement abattu
et Scott ne se sentait pas bien.
Plus
tard nous avons appris que l’hélico de Carl avait été abattu, il n’y avait
plus de communication possible.
Rad
« Rouge-gorge 9-1, quelle est votre position, à vous. Rouge-gorge 9-1,
ici Bravo 6-1-9, à vous. Ils ont dû se faire descendre.
LG _ Oui, je crois. »
C’est
le lieutenant qui a dû annoncer à Scott que son frère s’était fait descendre.
Baker
était toujours à la corvée de chiotte. Nous étions déjà au courant, nous avions
arrêté de creuser, nous savions que nous allions partir en mission. Je les ai
vu de loin, le lieutenant se tenait devant lui, il lui a parlé et tout d’un
coup j’ai vu Scott se tasser, comme si tout le poids du monde s’abattait sur
ses épaules. Le lieutenant a apparemment essayé de lui remonter le moral, j’ai
vu qu’il lui avait tapé sur l’épaule.
Ca
m’a fait mal au cœur.
Lorsque
je l’ai vu arriver vers nous, on voyait déjà qu’il semblait perdu, il exprimait
un tel désarroi, ils avaient toujours été 2, durant 22 ans, il n’avait jamais
pensé qu’un jour il pourrait se retrouver seul.
Aussitôt
après la nouvelle, nous nous sommes préparés puis nous sommes partis en mission
de reconnaissance.
Baker
était à côté de ses pompes.
Pil
« Je vois de la fumée.
SC
_ Non. »
Nous
avons survolé la zone, l’appareil fumait encore. Nous nous sommes posés et
nous n’avons retrouvé que 3 corps calcinés. Impossible de les identifier.
DP « Pauvre Baker, c’est un sale coup. Vous
vous rendez compte, perdre son frère.
SA _ Oui, je sais. Allez Baker, on y va. On a
transporté toutes les dépouilles. Il faut qu’on embarque.
SC _ J’vous dis que mon frère est vivant !
SA _ Comment tu peux en être sûr ? Les
corps étaient complètement carbonisés !
SC _ Il y avait 4 personnes dans l’hélico, on a
retrouvé que 3 corps ! Je dois rester ici pour le retrouver !
DW
_ Vous savez, ça existe la télépathie chez les jumeaux.
SA _ La ferme ! Baker ! On doit
rentrer, il va faire nuit !
SC _ Vous n’avez pas entendu, je ne peux pas
l’abandonner comme ça !
SA _ Baker, monte dans l’hélico ! Et c’est
un ordre ! En route. »
Baker
s’est exécuté en silence, il s’est installé au bord de l’appareil, avec les
jambes dans le vide.
Nous
commencions à prendre de l’altitude lorsqu’il a sauté. Il était là, et puis
d’un coup, plus rien, comme s’il avait disparu. Ca nous a tous surpris, lui
qui était si peu impulsif.
DW
« Scott !
LG _ Pose toi ! Pose toi !
Pil _ Je dois refaire une approche ! »
Baker
en a profité pour rapidement s’éloigner dans les bois. Il repéra des traces
et les suivit ; il devait se dépêcher car il commençait à pleuvoir et
les traces éventuelles qui pouvaient encore exister allaient s’effacer.
Il
avança au hasard pendant longtemps. Il rencontra des civiles, il tomba sur
un homme et son fils qui ramassaient du bois.
SC
« Dunaïti ! Soldat Viêt-Cong ! Ne vous foutez pas de moi !
Vous avez vu un GI comme moi ? !
Vt _ 3 Viêt-Cong avec GI.
SC
_ Beaucoup Viêt-Cong ?
Vt _ 3 Viêt-Congs avec GI.
SC
_ Ca va merci. »
Il
les a laissé partir et a suivi la direction indiquée.
Pendant
ce temps, nous avions atterri, et nous attendions les ordres. Nous n’avions
pas bougé, il fallait attendre l’autorisation des supérieurs de partir en
mission ; nous aurions déjà dû être à la base. Ca m’énervait, on perdait
du temps.
LG « Je sais qu’il va faire nuit mais donnez
moi encore une heure.
Rad
_ Négatif, rentrez à la base immédiatement.
SA _ Mon lieutenant, aucune trace.
LG _ Affirmatif 2-6…le capitaine veut qu’on
rentre.
SA _ Bien mon lieutenant. »
L’ambiance
était morose dans l’appareil.
Aussitôt
arrivés, le lieutenant et le sergent sont allés voir le capitaine Wallace.
LG « Il n’a pas déserté, il est allé chercher
son frère.
CW
_ Vous le savez, je m’en doute mais plus haut, ils ne le savent pas et ils ne
veulent pas le savoir.
Il
est considéré comme déserteur et en tant que tel, il doit être sanctionné. Je
vous donne 72 heures et après ça, je serai obligé de faire mon rapport.
LG _ Merci.
CW
_ Le pire c’est que son frère est peut être déjà dans un sac poubelle. »
Ce
soir là, nous nous sommes couchés tôt car le lendemain nous devions être debout
à 4 heures. Je n’arrêtais pas de penser à Scott, où pouvait il bien être ?
Cette nuit là j’ai mal dormi.
Notre
pilote nous a déposé à 5 heure 15 au même endroit que le veille. Nous avons
cherché toute la matinée, notre espoir s’envolait en même temps que passaient
les heures.
A
11 heures, nous avons fait une pause, nous étions revenus à notre point de
départ. C’était un peu le découragement.
Au
même moment, Baker était toujours à la recherche de son frère. Il avait passé la
nuit sous la pluie n’avait rien mangé et il n’avait toujours aucun indice.
Il
s’était remis en marche très tôt, et durant la matinée, il découvrit un
village. Il était dans les fourrés, et observait le village, tout semblait
normal et c’est là qu’il vit une cabane gardée. Il s’approcha, creusa sous le
mur de bambou et se glissa à l’intérieur.
Carl
était là, accroché à un pilier.
SC « Ne t’inquiète pas, je vais te sortir
de là.
ClB
_ Scotty, je savais que tu ne me laisserais pas tomber mais t’aurais pas dû
venir.
SC _ Qu’est ce que tu racontes ?
ClB
_ Pars Scotty, va chercher de l’aide, dégage ! Tu vas te faire avoir ! »
Scott
obéit finalement et ressortit par où il était entré. Il se fit attraper en
ressortant ; il passait le buste par l’ouverture qu’il avait creusé et
il se retrouva avec une arme sur la tempe. Il fut reconduit à l’intérieur.
Quelle
ne fut pas la surprise du Viet lorsqu’il découvrit Carl, toujours au même
endroit. Il n’avait pas pensé se retrouver face à des jumeaux. C’était quelque
chose de rare que d’attraper des personnes d’une même famille, alors des
jumeaux !
Nous
étions repartis à la recherche de Scott, et c’est ainsi que l’on tomba sur le
même village que Baker quelques heures plus tôt.
Nous
nous sommes mis en embuscade, le village était rempli de Viets.
Il
fut décidé que nous devions attendre ; c’est là que nous avons vu les
frères Baker, ils étaient entravés, sous bonne garde et se dirigeaient vers une
autre cahute. Ils allaient sûrement subir un interrogatoire en règle, et ça se
confirma par la suite.
Ils
ont ensuite été ramenés à leur première cahute.
Vers
les 16 heures, le lieutenant décida qu’il était temps d’intervenir, nous avions
assez attendu, ça ne s’arrangerait pas, il n’y aurait pas de moment plus
propice.
Nous
nous sommes divisés en 2 groupes, le premier composé entre autre du sergent, de
Purcell et de Taylor, allait attaquer.
De
notre côté, nous les couvrions, nous étions installés dans des points
stratégiques autour du village, visant les Viets. Nous étions en contact radio
avec la base ; c’est là que nous avons appris que des F4 seraient là d’ici
à 3 minutes.
Ils
allaient larguer du napalm sur la zone, tout le village allait flamber.
Le
premier groupe était déjà en actions. Ils ont fait une frappe chirurgicale, nous
les avons sortis de là, ça a été vite et bien fait. Nous sommes partis en
courant et c’est là que nous avons vu les fantômes apparaître derrière la
colline ; ils arrivaient extrêmement vite.
Le
premier groupe revenait en courant mais ils étaient encore bien trop lents
à mon goût.
DW
« Dépêchez vous ! Les fantômes arrivent ! ! »
Nous
nous en sommes tous sortis, quelques uns avec des brûlures légères, rien de
grave.
Le
napalm était très dangereux, il attaquait la peau et pouvait brûler jusqu’à
l’os.
Le
village a complètement disparu dans les flammes, dans un grand souffle, je
crois qu’on a rarement eu aussi chaud (c’est le cas de le dire)
Carl
et Scott sont restés côte à côte dans l’hélico, ils ne se lâchaient plus. Ils
s’étaient réconciliés.
Carl
est ensuite reparti pour rejoindre son unité, en effet les membres d’une même
famille ne pouvaient pas appartenir à la même troupe, et ce depuis la seconde
guerre mondiale. C’était un moyen d’éviter que toute une famille ne soit
décimée en une seule attaque.
Je
n’ai jamais revu Carl, et même après la guerre.