Chapitre 4 : Le projet d’irrigation
Nous sommes repartis une
semaine plus tard pour une mission spéciale, la protection d’un village dans
lequel le gouvernement américain avait mis un projet d’irrigation sur pied.
Le lieutenant était censé
nous avoir trouvé un coin pénard. Nous sommes donc partis en mission, nous
étions plutôt confiants, presque impatients.
Le camion venait de nous
déposer. Nous attendions les ordres, nos sacs étaient à nos pieds.
SA « Alors, à partir
de maintenant, c’est vous qui allez prendre le commandement lieutenant Goldman.
LG _ Et oui…Je suis le
lieutenant Goldman, je viens prendre le commandement du lieutenant Philips.
GI _ Ouais ! Il est là-bas. »
Le lieutenant était plutôt
content, c’était une sorte de promotion il allait avoir tout un camp sous
ses ordres.
Il s’est dirigé vers un
groupe pour se présenter. Ces derniers étaient en cercle autour de quelque
chose parterre.
LG « Je suis le lieutenant Goldman, je cherche
le lieutenant Philips.
GiL _ Il est à vos pieds.
LG _ Comment ça s’est passé ?
GiL _ Il en avait marre
d’envoyer ses hommes à l’abattoir, il y est allé tout seul. »
Je m’étais approchée pour
savoir où on en était, ce qui se passait, et j’avais tout entendu.
DW « Alors c’est ça
notre coin tranquille ?
GiL _ Vous voyez ce mec là-bas ? C’est Thran, notre éclaireur, le Kit Carson, il vous sera utile. »
On peut dire que ça se compliquait,
on ne s’attendait pas à ça ; en même temps pouvait on réellement espérer
avoir une mission cool au Vietnam ?
Le lieutenant et le sergent
sont allés le voir.
SA « Voici le lieutenant Goldman, sergent
Anderson. Chào ông.
VT _ Yonganowé. »
A ce moment là il y eut
trois tirs provenant de la forêt, à 10 heure pile. Le lieutenant et le sergent
se sont aplatis, comme tout le monde. Thran, lui, n’a pas bougé. Il les regardait
en se marrant. Il semblait que se soit juste un avertissement. Les Viets voulaient
bien nous faire comprendre qu’ils étaient là, qu’ils ne comptaient pas bouger
et encore moins nous laisser tranquille.
VT « Ce n’était qu’un avertissement. »
Le lendemain nous effectuions
notre première mission dans les environs du camp.
SA « Alors voilà,
il est 15 heure, et si je ne me trompe pas, on est à 2 kilomètres de la rivière
Ben Toy. Horn, amène-moi la radio.
AR _ Doc, tu n’aurais pas
du désherbant ? Dans le Bronx il n’y a pas un brin d’herbe, alors ici ça
me rend nerveux.
DW_ Ecrase !
SA _ Horn, informe le camp,
et dis leur que la rivière a monté à cause des crues. »
Nous avons continué notre
progression, c’était long, nous faisions une reconnaissance des environs et
nous n’avancions pas très vite.
Il semblait que nous soyons
dans un monde à part, il y avait tellement de verdure, nous étions envahis,
c’est la première fois que nous étions réellement confrontés à une jungle au
sens où les gens l’entendent.
Il existait des sentiers,
mais en dehors de ça, il fallait se frayer un chemin à la machette. Les lianes
étaient partout, ça glissait sur nos vêtements, ça démangeait, et il faisait
moite. Tout semblait humide, nos chemises étaient tout le temps collées à notre
peau, c’était poisseux, très désagréable.
C’est dans ce silence
opaque, seulement entrecoupé par des cris d’oiseaux, qu’il m’a semblé entendre
du bruit, ça m’a fait sursauter et je me suis aplatie au sol.
J’aurais pu passer pour
une cinglée si la rafale qui aurait dû m’atteindre n’avait pas tué Smith.
SA « Couchez-vous !! Couchez-vous !!
Attention ! Je le vois ! 1, 2, on dégoupille !
LG _ Ne tirez plus !
DW_ C’est bon, on les a
eus. »
On pensait vraiment que
ça allait être facile et puis en fait, là où nous aurions dû trouver des corps,
nous n’avons trouvé que du riz et du poisson séché, mais pas de trace de sang,
rien. Et nous nous avions un mort.
DP « Alors, pour le
nouveau ?
DR _ Il n’y avait plus rien
à faire, il n’avait aucune chance. »
Nous avons continué à découvrir
les environs du camp. Nous commencions à discuter à propos de cette attaque.
MT « Comment expliquez-vous
qu’on se soit fait cueillir aussi vite ? Quelque chose me dit qu’ils
n’étaient pas là par hasard. Je me demande comment ils savaient qu’on s’amenait
ici, quelqu’un les a prévenus.
SA _ C’est peut être une coïncidence.
AR _ Moi en tout cas, cet
endroit me fait un drôle d’effet. Je crois qu’on a tiré le mauvais numéro.
C’est comme si on attendait pour mourir.
SA _ Ruiz, ça suffit ! »
Nous sommes retournés au
camp peu de temps après. Nous nous sommes posé sur des sacs pour discuter,
jusqu’à ce qu’une procession religieuse passe devant nous. Ils étaient tous
les uns derrière les autres, une coupelle entre les mains en position d’offrande
et les villageois remplissaient leurs gamelles.
Leurs tenues ocres
semblaient flamboyantes dans cet environnement verdoyant, on ne voyait qu’eux.
Ils étaient souriants, je
trouvais qu’une certaine sérénité se dégageait de leur être, et nous regardaient
avec bonté.
AR « C’est qui ces mecs ?
HO _ Ce sont des moines
bouddhistes qui viennent du temple d’à côté.
AR _ Quelle bande de
raquetteurs ces mecs là ! Ils demandent de la bouffe.
HO _ Non, c’est une façon
de gagner l’immortalité.
AR _ Tu parles ! Ce
n’est que des conneries, remplis ma gamelle et je te garde une place au ciel.
HO _ Pour atteindre l’hima,
il faut pouvoir renoncer aux plaisirs et aux biens matériels.
SJ _ Dis donc, t’es drôlement calé dans ce domaine.
HO _ Disons que ça
m’intéresse.
DW_ D’accord, mais de quel
côté sont-ils ?
HO _ Ils sont neutres. »
Le lendemain nous avons
repris nos missions de surveillance aux alentours du camp.
Au bout de quelques kilomètres
sur le sentier, Jhonson s’arrêta. Il fut rejoint par le sergent.
VT « Faites attention,
ce sont des flèches empoisonnées.
SA _ On est à combien de la grand route ?
VT _ Deux ou trois cents mètres.
SA _ Ouais ! Et ils
ont dû truffer le sentier de pièges jusqu’à la route. Si on prenait à droite
pour après rejoindre la route plus au sud ?
VT _ Il y a beaucoup de marais là-bas. On en
aurait pour la matinée à traverser ça.
SA _ D’accord, on prend
le sentier. On va continuer jusqu’à la route. Regardez bien où vous mettez
les pieds. Taylor, tu t’occupes de la machette. Coupe toutes les fléchettes,
toutes. »
Taylor s’est attelé à la
tache, il a coupé tous les pics imbibés de poison. C’était long et fastidieux,
il ne fallait pas se louper.
Nous avons ensuite continué
et nous nous sommes fait attaquer, comme la première fois. Cette fois-là, ça se
finit très vite, grâce au lance-roquettes.
Nous nous sommes rendus
sur les lieux pour voir les résultats de notre contre attaque.
MT « Ils nous attendaient
les fumiers ! Ca fait la deuxième fois !
SA _ Attention, on ne tire
plus ! Qu’est ce que tu vois Johnson ? !
SJ _ Ils se sont tirés ! Y a plus rien !
Juste du riz et du poisson à moitié bouffé ! »
Les lieux montraient qu’ils
étaient là depuis un moment à nous attendre, ils savaient donc qu’on allait
venir.
Nous avons pris le chemin
du retour, nous étions remontés, cette situation nous énervait au plus haut
point. Quand nous sommes rentrés, le sergent est directement allé voir le
lieutenant.
SA « En tout cas,
ils savaient qu’on passait sur ce chemin.
LG _ Et est ce que vous
n’avez pas été suivis ?
SA _ Non, on a fait des
cercles exprès, c’est bien ça qui me turlupine.
LG_ On va tous les virer. Il y aura que les Américains et les membres de l’équipe de développement rural. Tout le reste, dehors. Exécution. »
Nous avons mis tout le monde
dehors, hors du périmètre des barbelés.
AR « Et ! Reviens petit merdeux !!
DW _ Ruiz, qu’est ce qu’il
y a ?
AR _ Il y a que, ce petit salaud m’a piqué ma
montre.
MT _ Ta montre ? Alors là, tu
charries !
AR _ C’est mes vieux qui me l’ont offert pour
mon diplôme.
MT _ Première
nouvelle ! Tu as un diplôme !
AR _ Si jamais je retrouve
ce môme ! Je lui mets la plus belle baffe de toute sa vie !
LG _ En tout cas, ça vous
servira de leçon.
SC _ Pourquoi mon
lieutenant ?
LG _ Vous avez vu comment
ce gamin est sorti ? Et ça serait la même chose en sens inverse. Dès
qu’on aura viré tout le monde, il faudra boucler tout le périmètre. »
Plus loin, Jhonson faisait
sortir tout le monde quand un bébé arriva vers lui à quatre pattes, suivi
par sa mère, une très belle jeune femme qui paraissait timide, un peu perdue.
SJ « Allez les copains, tout le monde dehors.
Et ! Toi aussi. Il faut que tu passes de l’autre côté de la clôture…
Il est à toi ce bébé ?
Il a du sang noir, n’est ce pas ? J’ai un petit cousin qui lui ressemble
vachement. Il s’appelle Rodney. C’est quoi son nom à lui ?
Vf _ N’Guyen.
SJ _ Et bien, N’Guyen, il va falloir aller de
l’autre côté de la clôture.
Vf _ Non, c’est dangereux, bébé noir pas aimé.
SJ _ Et ! Mon lieutenant ? ! On ne
peut pas faire une exception ?
LG _ Non, tout le monde
dehors.
SJ _ Mais c’est un cas particulier.
LG _ Non, non et non ! »
Il est allé rejoindre le
sergent. Ils étaient à la limite du camp et tous les deux regardaient la population
s’éloigner vers le village. Il n’y avait plus de civil au sein de la base.
SA « Y a pas de souci
à se faire pour eux mon lieutenant, ça ira.
LG _ C’est une mesure de
précaution.
SA _ Moi je serais vraiment
rassuré quand on aura délogé l’autre là-bas.
LG _ Je sais, s’il continue,
c’est tout le projet d’irrigation qui tombe à l’eau. »
Nous avons entendu un tir
qui nous fit tous nous aplatir. Encore.
LG « Purcell !!
Tire à une heure ! … Et bien voilà, un problème de moins. »
Nous avons à nouveau entendu
un tir.
DW « Oui, si on veut.
LG _ Ras le bol ! Il est immortel
celui-là !!
MT _ Où est ce qu’ils sont
tous passés ?
DW_ Ils sont tous partis
pour une cérémonie au temple d’à côté. »
Horn était également au
temple, il observait la cérémonie qui s’y déroulait quand il s’aperçut qu’un
moine venait vers lui, il tenta de s’éclipser mais il fut retenu.
Vm « Attendez, ne partez pas.
HO _ Excusez-moi, je ne voulais pas interrompre
la cérémonie.
Vm _ Vous n’avez rien fait. Peut être
voulez-vous que je vous explique ce que nous faisons ?
HO _ Oui, je voudrais bien mais je ne suis pas
du tout bouddhiste, je pense que ça se voit.
Vm _ Mais vous vous intéressez à la spiritualité,
c’est l’essentiel. »
Après lui avoir donné toutes
les explications sur cette cérémonie…
HO « Dîtes, est ce que je peux revenir demain ?
Vm _ Et bien, …bon, venez à 11 heures. »
Pendant ce temps, au camp,
nous déchargions des sacs.
Taylor et Ruiz avaient le
nez collé sur des cartes de femmes nues et ils ne voulaient pas les montrer
à Fergusson ; tout ça parce qu’il était marié et avait un gosse. En fait,
c’était plus pour l’embêter. Nous essayions de rigoler, mais la tension était
toujours là.
DW « Râle pas.
MT _ Je râle pas, je dis simplement que c’est
quand même pas à nous de faire tout ça.
GiF _ T’as raison.
Vf _ Jhonson!! Jhonson!! »
La mère de N’Guyen arrivait
en courant avec son bébé dans les bras, sous les jets de pierres des gens
du village. Nous l’avons protégé, les gars ont riposté de la même manière.
MT « Cassez-vous p’tits cons !!! Cassez-vous !!
SJ _Viens là, ça va, t’inquiètes pas.
DW
_ Donne-moi le bébé.
Vf _ Ils veulent tuer N’Guyen !
SJ _ Ne t’en fais pas, je m’en occupe.
Vf _ Ils veulent tuer N’Guyen !
SJ _ Le lieutenant n’aura qu’à faire une exception,
ce gosse est pratiquement un citoyen américain après tout. »
Elle est restée avec nous,
nous nous sommes occupés de son bébé.
Nous avons fait une sortie
dans la journée, Jhonson menait la marche quand il vit une cabane dans un
arbre. Il nous fit arrêter.
DP « Taylor, regarde.
MT_ Je ne grimpe pas,
courageux mais pas téméraire !
VT _ C’est une cabane abandonnée
par les chasseurs à cause des bombardements. »
Nous avons continué, Keller
ne faisait pas attention, il dévia du sentier et il y eut un accident. Une
grenade posée dans une boîte de conserve tomba à ses pieds.
SA « Keller !!
Casse-toi !! C’est un piège à con ! »
La grenade explosa et des tirs commencèrent.
SA "Feu à volonté !!
LG _ Toubib, ce n’est pas
la peine d’insister, l’air ressort par sa poitrine.
DW_ Il était là depuis 2
semaines, il n’arrêtait pas de nous parler de son gosse et de sa femme.
MT _ À chaque fois qu’on
sort, on se fait allumer ! Ca fait trois fois et à chaque fois on a eu des
pertes ! Moi je sors plus !
AR _ Moi c’est pareil ! J’ne compte pas
crever pour ce village de merde !
SC _ Y en a marre, vous avez raison.
SA _ Je crois qu’il y a de la mutinerie dans l’air. »
Rentrés au camp, nous avons
eu réunion sous la tente prévue pour le briefing. Nous étions tous assis sur
les bancs, face au lieutenant. Toute la section était en ébullition.
AR « Ecoute Taylor, j’te dis…
DP _ …Tu sais ce qu’on fait dans ce cas
là ? ! On la ferme !
LG _ Ecoutez !! On a
viré tout le monde, la seule explication c’est qu’ils nous aient suivis depuis
la sortie du camp jusqu’à notre retour.
MT _ Dites pas de conneries !! C’est
impossible !
LG _ Vous croyez que ça m’amuse de rapatrier
Keller en sac poubelle ? !
MT _ On s’en tape de savoir c’que vous pensez.
AR _ On ne veut pas crever,
vous n’avez qu’à arrêter !
LG _ Il y a des techniques qui…
MT _ On se fou des
tactiques ! Nous, on veut pas crever ! C’est une question de vie ou
de mort ! Je sors plus !
DW _ Attendez ! J’suis
comme vous, j’ai la haine à cause de Keller mais si on sort plus, on se
retrouve à leur merci.
LG _ Exactement !
Prochaine mission demain 6 heures. Ceux qui n’iront pas se verront appliquer
l’article 55 du code militaire, c’est à dire 5 ans d’emprisonnement et la cour
martiale avec dégradation à la sortie. Alors réfléchissez bien !
DW _ Et merde !
AR _ Et bien c’est tout réfléchi ! »
Le lieutenant est sorti
avec le sergent sur ses talons.
LG « Et merde !
SA _ Quoi merde ?
LG _ Faites pas attention, je pensais à mon
père, je me demande ce qu’il aurait fait.
SA _ Ah ! Oui, le général Goldman.
LG _ Il était lieutenant colonel et c’était une
vraie peau de vache ! »
Horn était parti pour son
rendez-vous avec le moine juste après notre briefing.
Mn « Cette cérémonie
célèbre les 4 nobles vérités. Enlevez vos chaussures. Le message que Bouddha
nous a laissé est un message d’amour et de paix. L’enseignement de Bouddha
nous interdit de porter la main sur un être vivant.
HO _ Ca doit être dur de
suivre cet enseignement en temps de guerre.
Mn _ Vous savez, les
Vietnamiens sont un très vieux peuple qui a toujours été plus ou moins en
guerre ; ainsi nous les moines tenons à rester très simple. Voici pour
vous, vous trouverez dans ce livre les principes de Bouddha.
HO _ Je vous remercie. »
Jhonson restait souvent
avec la femme et son bébé, il s’était pris d’affection pour N’Guyen, il voulait
le protéger car il lui rappelait son petit neveu.
Ce jour là, le lieutenant
se baladait dans le camp quand il tomba sur eux. Le petit se dirigeait vers
lui.
Vf « Pardon, N’Guyen pas fait exprès.
LG _ Il est rapide à quatre
pattes.
SJ _ Elle vous est reconnaissante.
LG _ Oui mais c’est juste
pour une semaine.
SJ _ Oui, elle sait. »
N’Guyen attendrissait toute
la section, c’est vrai qu’il était mignon, il traînait en couche ; ses
origines négroïdes et vietnamienne faisait de lui un des plus beaux bébé que
j’ai jamais vu. Il avait 2 adorables fossettes, on aurait eu envie de le croquer.
En plus, sa maman faisait craquer la moitié des mecs de la section.
Au même moment, de l’autre
côté du camp…
MT « Et merde ! Je ne vais pas crever
pour que des paysans triplent leurs récoltes !
DW _ Et tu veux aller en
cour martiale ?
MT _ De quel côté tu es ?
DW _ Du votre bien sur,
comment tu peux me demander ça mais je ne veux pas vous voir en taule.
DP _ Et ! Regardez Thran.
AR _ Il ne devrait pas être là.
DW _ Et, planquez-vous. Il
ne faut pas qu’il nous voie.
MT _ Je parie qu’il va piquer des munitions.
AR _ On prévient le lieutenant ?
DW _ Non, il faut le prendre
sur le fait. »
Nous avons suivi Thran de
loin, ouvert la même caisse que lui juste avant, à l’intérieur nous y avons
découvert des documents qui n’auraient pas dû y être.
MT « Et qu’est ce que je vous disais ?
Ce mec n’est pas net.
AR _ Ces cartes, je les ai déjà vus en sa possession.
Tirons-nous. »
Nous sommes passés devant
Horn, il lisait les principes de Bouddha assis sur des sacs. Il dévorait littéralement
son livre depuis qu’il l’avait.
HO « Dis-moi, je délire
ou cette cloche a sonné toute la journée ?
SC _ Je n’ai pas fait gaffe. »
Le lieutenant nous a écouté
sous sa tente. Nous lui avons déballé toute l’histoire, la filature de Thran,
la découverte des documents, c’est alors que le sergent arriva.
MT « Vous voyez !
Qu’est ce qu’il vous faut de plus ?
SA _ Est ce qu’il est sous sa tente ?
AR _ On l’a vu y entrer.
LG _ Essayons de le capturer vivant.
SA _ On y va, Taylor, keep cool. »
Taylor était remonté, il
pensait que c’était à cause de Thran que Keller était mort.
Nous sommes tous arrivés
devant sa tente. Le sergent nous a dispatché afin de l’entourer pour pas qu’il
s’échappe, puis le lieutenant l’a appelé.
SA « Johnson, passe derrière ; Taylor,
à droite ; Wilson, à gauche.
LG _ Thran! Sortez immédiatement! ...Entrez. »
Lorsque nous sommes entrés,
nous avons découvert Thran, étendu par terre, un couteau planté dans la gorge.
Ca nous a laissé perplexe,
ce n’était apparemment pas lui et là nous ne savions pas du tout qui ça pouvait
être.
En retournant sous sa tente,
le lieutenant fut interpellé par Horn.
HO « Mon lieutenant !!
LG _Oui ?
HO_ Il y a quelque chose de
bizarre. J’ai remarqué différentes tonalités, différents sons. Regardez, les
textes bouddhistes prévoient qu’on fasse sonner la cloche seulement deux fois
dans la journée, le matin et le soir, or elle a sonné toute la journée. Je suis
persuadé que quelqu’un du monastère utilise un code pour signaler aux
Viêt-Congs nos sorties et nos entrées. Ils peuvent passer des messages très
vite…Regardez ce que j’ai relevé, ici et
là.
LG _ Bon, bon, et
alors ?
HO_ C’est la position
exacte de l’un de nos postes de surveillance à l’ouest du périmètre.
LG _ Venez avec moi. »
Ils sont allés discuter
sous sa tente. Ils ont bientôt été rejoints par le sergent.
SA « C’est pas parce
qu’ils connaissent la position de l’un de nos postes de surveillance qu’ils
connaissent nos allées et venues.
LG _ Horn, vous allez nous conduire à ce
monastère.
HO _ Bien. »
Plus tard dans la soirée,
trois paires d’yeux fixaient le temple dans le noir. Le sergent m’avait désigné
en plus de Horn pour être de garde avec eux deux.
HO « Sergent, quelle
heure est-il ?
SA _ 22 heures, on doit attendre encore ¼
d’heure…Horn ?
HO _ Oui ?
SA _ Tu ne pourrais pas
manger en silence ?
HO _ Excusez-moi, je n’ai
pas l’habitude de sauter un repas.
SA _ Essaye d’avaler sans mâcher.
DW_ C’ n’est pas la mère du
petit métis là-bas ?
SA _ J’en ai bien l’impression.
HO _ Mais les femmes n’ont
pas le droit d’être là la nuit.
DW_ C’est sûrement elle.
SA _ Et bien on est pas venu pour rien. »
Nous sommes rentrés. Nous
avions eu ce que nous voulions.
Le lendemain sous la tente
du lieutenant, ça discutait sec à propos de la mission. Lui et le sergent
parlaient du chemin à prendre. Ils avaient fait une fausse carte pour induire
le traître en erreur.
Nous sommes partis en mission.
Son but était de faire tomber les Viets dans une embuscade ; alors nous
sommes partis tôt, nous nous sommes postés en embuscade et nous avons attendus.
SJ « Je suis content que tu nous ais pas
laissé tombé.
MT _ Je veux juste me faire
le type qui a descendu Keller.
DW_ Les v’là.
SA _ A l’heure. Vous
connaissez l’histoire de l’arroseur arrosé ?
LG _ Attendez…Feu !! »
Nous nous sommes ensuite
approchés, pour pouvoir faire le rapport.
HO « C’est à nous
ces armes !
DW_ Et bien, la guerre
n’est pas prête d’être finie.
LG _ Si on pouvait
retrouver cette fille.
HO_ Ils croiront que c’est
elle qui les a vendu. Elle n’a donc qu’un seul endroit où se cacher, le temple.
SA _ Horn, Jhonson, allons-y. »
Nous sommes rentrés au camp.
Le sergent quant à lui, est
tout de suite reparti en jeep avec Horn et Jhonson.
Il fallait attraper cette
femme et l’interroger, on ne pouvait pas continuer à se faire tailler en pièce
sans réagir.
Ca discutait dans la jeep,
on n’en revenait pas de s’être fait avoir à ce point.
A partir de là, on pouvait
tout imaginer ; avaient ils fait exprès de nous envoyer une belle
femme ? Etait elle tombée enceinte par calcul ? Avait elle perçue
chez Marvin cette humanité qui lui avait permis de nous avoir ?
On ne saurait jamais.
SA « Pour ce qui est
de jouer sur les deux tableaux, les moines ont l’air de bien s’y entendre ! »
Ils ont vu la femme dès
qu’ils sont arrivés, elle était devant l’enceinte du monastère et jardinait…avec
un revolver.
Ils sont arrivés sur les
chapeaux de roue, tous ceux qui étaient présents ont arrêtés de faire ce qu’ils
faisaient.
De nombreux crânes chauves
se sont redressés pour voir ce qui se passait.
SJ « Elle est là ! …Attend, revient !
On ne te fera pas de mal ! »
Marvin avait de la tendresse
pour elle, il voulait que tout se passe bien mais…Lorsqu’elle l’a vu, elle
a tout de suite sortit son arme de son panier pour leur tirer dessus ;
Johnson qui était en première ligne, n’eut d’autre choix que de riposter avec
son M16.
Elle est morte sur le coup.
C’est après avoir entendu les coups de feu que le moine avec qui Horn avait
parlé, est apparu à l’entrée du monastère.
SJ « Pourquoi elle a fait ça ?
HO_ Et c’est vous qui
m’avez dit que vous n’aviez pas le droit de porter la main sur un être
vivant ? ! Foutus hypocrites !!
Mn _ Vous avez une excellente
mémoire M. Horn. »
Horn était en colère, tout
ce en quoi il avait cru était remis en cause, il était pacifiste et croyait
réellement dans cette religion parce qu’elle avait pour fondement la non violence.
Dans un excès de rage, il
tira sur la cloche du monastère jusqu’à ce qu’elle tombe.
HO « Bon carmin mon
pote ! »
Les Viêt-Cong ne pourraient
plus l’utiliser. Et le monastère ne serait plus un élément de la propagande
des Viets.
Jhonson s’approcha de la
femme. Il s’agenouilla à côté d’elle pour la regarder, il n’en revenait pas que
ça se soit terminé comme ça.
Il allait se relever lorsqu’il
vit un petit carnet près de sa main gauche. Il le ramassa, elle avait du le laisser tomber.
Il commença à le feuilleter.
SJ « Regardez, on dirait qu’elle s’amusait
à traduire des poèmes.
HO_ Fait voir… Si tu deviens
fleur, mets-toi face au soleil.
Si tu deviens
roche, sois une pierre précieuse.
Et si c’est un
oiseau qui a ta préférence,
Fais en sorte que ce soit une
colombe.
Mais ton destin
d’être humain,
C’est d’être un
véritable révolutionnaire.
SJ _…On lui doit le respect.
SA _... Oui, bon, on rentre. »
Ils sont rentrés peu après.
Quand nous sommes repartis
du camp par la suite, le petit N’Guyen avait disparu. Quelqu’un l’avait enlevé
et personne n’avait rien vu. Il serait élevé comme un véritable
révolutionnaire.
Les Kit Carson comme Thran,
était souvent des agents doubles dont il fallait se méfier mais en raison de
leur utilité sur le terrain, ils étaient indispensables.
En 1965, le Viêt-Cong
annonçait qu’environ 1 millions de femmes étaient actives dans leur mouvement.