Chapitre 12: La quille

 

 

Ce jour là, nous étions en mission. Nous avancions lentement lorsque notre éclaireur stoppa net. C’était la première fois que Johns était à se poste et le fait de se retrouver devant une mare de sang avec un corps désarticulé, le fit bloquer ce qui est normal. Nous sommes repartis après avoir examiné les environs, il n’y avait rien. Johns n’avait pas l’air d’avoir la forme ; il avait tenu à rester à son poste, le sergent n’a rien dit. 5 minutes à peine après notre macabre découverte, il se fit avoir par un piège à con, un « booby trap ». Il n’a rien eu le temps de faire, aucune réaction, en une demie fraction de seconde il était mort.

 

Taylor était le deuxième éclaireur, c’était donc à lui de passer le premier, il devait nous ouvrir la marche, et il était à 2 jours de la quille alors nous avons tous refusé qu’il remplace Johns.

Nous étions prêts à prendre sa place pour éviter qu’il lui arrive quelque chose, c’est vrai, c’était un poste d’autant plus dangereux qu’il était en première ligne. Ca aurait été trop con de se faire buter si prêt du but, si prêt de rentrer. Mais il est têtu cet enfoiré, il nous a tenu tête, il n’a pas voulu céder et il a gagné. Nous ne pouvions pas l’attacher alors…nous avons prié.

 

Nous sommes donc repartis, d’autant plus attentifs à notre environnement.

C’est là que nous avons repéré un boumker, eux aussi nous avaient vu, nous avaient ils également entendus ? On ne savait pas, en tout cas, ça s’est mis à tirer dans tous les sens, ça dura un moment. Les choses n’avançaient pas, les forces étaient égales, le front était bloqué et ça commençait à durer. Ce genre de situation n’était pas pour nous rassurer, bien au contraire. Il pouvait s’en passer des choses, ils pouvaient appeler des renforts ou autre… C’est alors que Marcus est parti. Il a prit une initiative, sans rien dire. Il a enlevé son paquetage et a pris le lance-roquette avec lui, il s’est faufilé, les a pris à revers, a contourné par la gauche et a tiré. Il n’a eu besoin que d’un coup pour les dégommer, il a bien visé et ça n’a pas traîné. On a ensuite regardé les environs pour voir s’il n’y avait plus de risque, il n’y avait plus un bruit, plus un mouvement. C’était bon.

 

Marcus a ensuite couru et a traversé la zone qui le séparait du boumker, a grimpé sur le toit, ou du moins ce qui en restait, ça fumait encore et il a alors commencé à hurler. Il gueulait qu’il était le meilleur, qu’il rentrait au pays, qu’il avait survécu à ce putain de pays et que c’était génial.

Il paraissait vraiment heureux, et nous étions content pour lui. Nous le regardions en souriant.

 

Nous avons ensuite appelé l’hélico ; sur la piste de retour, l’ambiance était nettement plus détendue ce qui ne nous empêchait pas de faire attention.

Dans l’hélico du retour, c’était la fête, Marcus rentrait au pays, en un seul morceau. Horn s’est mis à jouer de l’harmonica et nous avons tous chantés. Ca faisait du bien de décompresser, d’autant plus que nous n’avions eu aucune perte. Nous apprécions ces quelques rares moments.

A peine avait-on posé le pied à la base que le sergent recruteur Carlton était déjà sur le pied de guerre, il voulait Taylor. C’était un homme d’une 40taine d’années, quelque peu bedonnant, pas méchant, on voyait bien que le terrain, il ne connaissait plus. Son job le rendait antipathique pour beaucoup de monde.

Il alla tâter le terrain auprès du sergent Anderson, histoire de savoir où il allait avec Marcus.

 

SR  « Dis Anderson, tu crois que Taylor voudrait rempiler ?

SA  _ Je ne crois pas non. »

 

Il s’est ensuite approché de Marcus, il y allait toujours, même s’il avait peu de chance, il pouvait toujours avoir une bonne surprise. Anderson observa la scène de loin et il en rigolait d’avance.

 

SR  « Dis-moi Taylor, il paraît que t’es un très bon soldat.

MT _ Ouais ! Il paraît.

SR  _ Tu sais, la carrière militaire offre des avantages.

MT_ Pas question, j’ai une copine qui m’attend. Je préfère encore rouler un patin à Ho Chi Minh. »

 

Marcus avait un sourire jusqu’aux oreilles, il planta le sergent recruteur en se marrant.

Nous nous sommes tous rués au réfectoire, il était l’heure de manger, et nous avions vraiment faim. Nous n’avons même pas pris la peine de ranger nos sacs, nous les avons jetés à l’entrée du réfectoire.

Du fait que nous venions de rentrer de mission, nous avons eu le droit de passer en premier, devant tout le monde, et nous ne nous sommes pas privés. Nous avons bousculé tous ceux qui étaient là, nous étions sans gêne.

Les autres nous regardaient un peu agacés. Nous nous sommes installés tous ensemble, à la même table.

 

La bouffe était moyenne, purée, petit pois, viande en sauce, rien de transcendant. Là dessus, Scott a commencé à philosopher sur ce thème, et à énumérer les différentes sortes de pois qui existaient, petit pois, pois chiche, pois mange tout, pois de senteur…et bien d’autres. Il était très sérieux. Nous l’écoutions en nous demandant s’il se foutait de nous ou pas, il avait très souvent des sujets de conversation plutôt bizarre.

Personnellement, je ne savais pas qu’il y en avait autant, et puisque Scott les aimait tant, Ruiz lui a envoyé sa ration dans la tête. Nous avions besoin de décompresser et c’est ce que nous avons fait. Baker a riposté, et c’est Horn qui a tout reçu. J’ai explosé de rire et je ne fus pas la seule.

Pour se venger Horn m’écrasa de la purée sur le visage, là je ne rigolais plus du tout, la surprise m’a laissé sans voie, la bouche grande ouverte, aucun son n’en sortait. Il allait me le payer.

 

Ca a ensuite vite viré en bataille rangée, la nourriture s’est mise à voler dans tous les sens, les mecs des autres tables en ont reçu et ils nous ont tous pris pour cible. Ils étaient tous contre nous. Ca a continué jusqu’à ce que nous n’ayons plus rien à lancer, et que nous cassions la table. Nous avons tous fini par terre, c’était dégueulasse, il y en avait partout, jusque dans nos vêtements. Une douche s’imposait sérieusement.

Nous rigolions comme des fous et nous avons carrément hurlé de rire lorsque nous avons vu la tête des autres types qui attendaient d’être servis. Les pauvres, ils attendaient leur tour, affamés, et voilà ce que nous faisions de notre nourriture. En fait, tout le monde nous regardait avec un air…

Quelque part, nous étions dans le même cas qu’eux car nous n’avions pas beaucoup mangé, tout se trouvait sur nous, sur les murs, par terre. Qu’est ce qu’on a pu rigoler ! Après nous avons dû tout nettoyer, et ce fut long et surtout nettement moins drôle. Mais en fait, on s’en foutait, nous avons également pris ça à la rigolade. Nous faisions les cons, on était jeune.

 

Ce soir là, nous avons fait une petite fête pour le départ de Marcus, un truc entre nous dans un coin du baraquement prévu pour la détente. Nous lui avons remis son bâton pour sa quille. C’était son cadeau d’adieu, une tradition pour tous les partants. Il devait le garder jusqu’à son départ et serait ensuite donné au prochain type qui serait proche de la quille.

En fin de soirée, il est sorti du baraquement, imbibé, son bâton dans la main droite, une bière dans la main gauche. Nous avons comprit qu’il avait besoin de s’isoler, de rester un peu seul, nous ne l’avons donc pas accompagné. C’est là qu’une bombe explosa tout près, dans le camp. Heureusement il n’y eut aucun blessé.

 

C’était la deuxième fois depuis peu de temps que des bombes explosaient dans le camp, et ça commençait à poser de sérieux problèmes. Ca démontrait la faiblesse de notre système de sécurité.

 

Après la soirée, je suis allée retrouver Myron sous sa tente ; j’étais impatiente à l’idée de la voir mais lorsque je suis arrivée, il n’était pas là. J’étais surprise qu’il ne soit pas là, on n’avait pas explicitement dit qu’on allait se voir mais pour moi c’était une évidence. Je suis restée quelques secondes à regarder l’intérieur de sa tente, il faisait sombre, qu’est ce que j’espérais ; qu’il apparaisse ?

J’ai soudain senti des mains glisser sous mon T-shirt ; je souriais, je savais que c’était lui. Ses mains remontèrent le long de mon ventre glissèrent sur mes seins, j’avais basculé la tête à l’arrière et il m’embrassait dans le cou. Il me fit relever mes bras et mon T-shirt passa par dessus ma tête. Je n’avais pas bougé, il me contourna pour se mettre devant moi. Il m’attrapa sous les aisselles et me posa sur sa table. Là il s’accroupit devant moi et commença à défaire mes chaussures. Je le regardais faire, lorsqu’il relevait la tête, on se souriait, je me mordais la lèvre inférieur tellement j’étais impatiente. Quand il eut fini, il se releva, je lui fis passer son T-shirt par dessus la tête et il s’allongea sur moi. Nous étions sur sa table, ses papiers étaient éparpillés partout par terre et sous nos corps. J’aimais tellement sentir nos peaux l’un contre l’autre.

 

J’aimais également ce moment après l’amour, celui où il était encore en moi, couché sur moi, étalé de tout son poids, mes bras l’enserrant. Lorsque la température est redescendue, il s’est levé, il a attrapé une couverture qui se trouvait sur son lit et il l’a posé sur nous Nous sommes restés comme ça un petit moment, avant que je doive partir. Je n’avais pas envie de partir mais il le fallait. Ca me rendait un peu triste, j’aurais voulu que ça se passe autrement. J’aurais voulu une fois me réveiller dans ses bras mais on ne pouvait pas.

 

Le lendemain, Marcus alla rendre de la paperasse et également téléphoner à sa copine Louise pour lui annoncer son retour prochain. Il ne nous en parlait presque pas, c’est ça les garçons. Les autres mecs ne parlaient pas de leur copine non plus et puis la fidélité à longue distance…c’est dur.

 

Taylor eut une très mauvaise nouvelle, « quand le chat n’est pas là, les souris dansent », Louise s’était mise en ménage avec un type qui avait un boulot régulier, lui. Sous-entendu, contrairement à Marcus. Ils se sont engueulés au téléphone, elle en avait eu marre d’attendre, en même temps, je la comprends, vu l’intérêt qu’il paraissait lui porter... Il ne l’appelait pas souvent, quant aux lettres, il n’en envoyait quasiment pas. Ils se sont fait des tas de reproches au téléphone, et il a raccroché, furieux. C’était fini, comme de nombreuses relations entre des soldats partis au Vietnam et leurs copines restées aux Etats Unis.

Ca entama son moral, même s’il ne voulait pas l’admettre. Il n’en revenait pas, un pans de l’image de son retour qu’il s’était fabriqué au fil du temps venait de s’écrouler.

 

Cet après-midi là, nous avons eu une attaque sérieuse, les Viets s’introduisirent jusque dans l’enceinte de la base, et il s’est avéré que c’est notre section qui s’en est occupé, assez facilement d’ailleurs.

Lorsque tout s’est fini, nous avons eu droit à une salve d’applaudissements de la part de tous ceux qui étaient autour.

Marcus venait de rendre son arme, ça lui avait fait mal au cœur, c’est vrai qu’au bout d’un certain temps, notre arme devient une partie de nous, elle ne nous quitte jamais. Il aurait aimé être encore avec nous, participer à cette action mais ce ne fut pas le cas, il faisait parti des mecs qui nous observaient.

Il était partagé, tenaillé par de nombreuses émotions, envie de rester avec nous, envie de partir parce qu’il détestait ce pays. Mais ça non plus il ne voulait pas l’avouer, il avait tellement dit qu’il ne voulait pas se réengager qu’il aurait eu l’impression de…il ne savait plus. La section continuerait, avec ou sans lui, et ça le rendait malheureux, car nous étions devenus sa famille. Une section c’est une famille, avec des liens profonds qui nous unissent, bien plus solide que la seule période du Vietnam ; c’est une relation pour la vie.

Ce soir là, une bouteille à la main, il alla au bureau du sergent recruteur. Carlton était ravi, il allait avoir ce qu’il voulait ; quant à Marcus, il cherchait ce qui allait lui arriver.

Le lendemain, il vint nous voir, il était tout affolé.

 

MT  « Sergent, votre copain m’a embobiné !! J’ai même prêté serment, j’étais bourré !!

DW _ On peut rien faire sergent ?

MT  _ Mais non, ils ont mon nom et ma signature !

AR  _ Il faut faire quelque chose !

SA   _ C’est le meilleur sergent recruteur, le meilleur arnaqueur. »

 

Le sergent s’est levé pour aller voir Carlton, il avançait d’un pas décidé et nous étions sur ses talons. Nous voulions savoir ce qu’il en était et ce qu’il allait faire.

 

SC  « Vous allez vous le faire ce rat ? !

SA  _ Bien vu ! »

 

Leur rencontre faillit être explosive. Le sergent recruteur soutenait qu’il n’avait ni forcé, ni arnaqué Taylor.

Il disait que Taylor était venu tout seul, de son plein gré mais Anderson n’y croyait pas. La situation n’avança pas, Marcus en avait repris pour un an, c’était un fait.

 

Comme nous ne pouvions rien faire légalement et que Carlton ne voulait rien lâcher, nous avons décidé de réagir illégalement. Nous ne pouvions pas rester sans rien faire.

Nous avons combiné une arnaque pour récupérer son dossier. Pour cela, il fallait que nous arrivions à faire sortir le sergent Carlton de son bureau.

Nous avons trouvé une solution plutôt facilement. Il fut convenu que Dany et Marvin devraient se battre juste devant son bureau, dans le but qu’il sorte. Une excuse bidon fut trouvée, ils se battraient pour une fille ; Marvin la traiterait de tous les noms bien entendu, il se la serait faite, et Dany quant à lui défendrait son honneur, amour oblige.

Ca marcha, attiré par le bruit, Carlton sortit de son baraquement pour savoir ce qui se passait, et aussi pour regarder la bagarre, un attroupement s’était formé autour d’eux. 2 types qui se tapent dessus, c’est généralement plutôt marrant, donc personne ne les sépara. Nous comptions là-dessus

A peine Carlton était-il sorti que Ruiz et moi nous nous sommes introduit dans son bureau. Nous avons eu un peu de mal à forcer le tiroir des dossiers de réengagement.

 

DW « Ruiz, dépêche-toi !

AR  _ Ma spécialité c’est les bagnoles, pas les coffres ! »

 

Nous avons quand même réussi à avoir ce que nous voulions. Il m’a donné le dossier et je l’ai planqué le sous mon T-shirt.

Quand nous sommes ressortis, nous avons essayé de faire des signes aux mecs pour qu’ils stoppent tout mais ils ne nous voyaient pas ; nous avons arrêté la bagarre, nous avons été obligés de nous interposer, moi je retenais Johnson et Ruiz tenait Dany. Bien que le combat était feint, il fallait donner le change et les mecs ont fini par se donner de vrais coups, et nous avons vraiment du les séparer. Ils auraient certainement quelques égratignures.

 

Nous sommes finalement repartis tous les 4 bras tous ensemble. Ils semblaient s’être subitement réconciliés.

Ca n’a pas dû paraître très crédible, c’était même un peu louche, mais personne n’a rien dit.

Pendant ce temps, Taylor était allé récupérer son arme à l’armurerie. En fait, elle lui avait manqué, et il était très content, mais devant nous, il jouait le type déprimé.

Lorsqu’il est entré dans notre baraquement, nous étions tous là, nous l’attendions, impatient à l’idée de voir sa tête. Nous étions tout excité. Il eut une sacrée surprise. D’ailleurs, en y repensant, je crois que nous n’aurions pas pu dire si son visage exprimait la joie.

 

DW «  Tiens, voilà un cadeau de tes potes.

MT  _ Qu’est ce que c’est ?

SJ    _ Ton acte de réengagement mon frère !

MT  _ Quoi ? ! Comment ?

AR   _ Tu rentres au pays ! »

 

Nous l’avons déchiré devant lui, c’était la fête dans le baraquement.

Son hélico partait cet après midi là, en fin de journée. Nous l’avons aidé à faire son sac, et nous l’avons tous accompagné jusqu'à l’appareil pour lui dire au revoir. Ca faisait plaisir, au moins l’un d’entre nous allait s’en sortir vivant.

Quand il a pris son « taxi », j’ai eu la larme à l’œil, je pensais ne plus le revoir. Nous avons vu l’hélico s’envoler dans un nuage de poussière, nous sommes restés à regarder jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière les arbres et nous sommes partis.

Nous avions nous aussi fait nos sacs, nous devions changer de base. Nous allions monter dans notre camion quand le sergent Carlton est arrivé furieux.

 

SR  « Anderson !

SA  _ Qui c’est ? ! Mais c’est le sergent recruteur ! On dit bonjour au sergent.

TS  _ Bonjour sergent ! »

 

Nous lui avons tous dit bonjour en cœur, il voyait que nous nous foutions de lui, et ça le mettait hors de lui.

 

SR « Anderson, je sais que c’est toi qui as piqué le dossier de Taylor.

SA _ Là il faudra le prouver Carlton ! »

 

Nous avions raconté au sergent ce que nous avions manigancé, juste avant d’emmener Marcus à son hélico ; il se marrait en entendant l’histoire. Il était fier de nous.

Les 2 sergents étaient vraiment très énervés, tellement remontés l’un contre l’autre qu’une bagarre éclata entre eux deux.

Ca couvait depuis si longtemps, que ça devait péter un jour ou l’autre et ce fut ce jour là. Ce n’était pas seulement l’histoire de Taylor, ça remontait à bien avant.

Ca attira une foule nombreuse, comme d’habitude ; mais personne n’osa les arrêter. Ils étaient les plus gradés de cet attroupement alors nous avons laissé faire.

Carlton avait le dessus, indéniablement, et soudain Taylor est apparu, et les a séparés.

 

SA  « Qu’est ce que tu fais là Taylor ?

MT  _ J’ai rempilé volontairement, il ne m’a pas roulé.

SR   _ Tu vois que je n’avais pas menti.

AR  _ Pourquoi t’a menti ?

MT  _ Vous êtes ma seule famille. Personne ne m’attend là-bas. Qu’est ce que je vais faire ?

DW _ Tu vas revenir c’est tout. »

 

Il a fallu refaire les papiers de réengagement de Marcus puis nous avons pris la route.

Nous sommes partis tous ensemble, en camion. Marcus avait retrouvé son environnement, ses potes, nous, sa famille quoi. Il souriait, et ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vu comme ça. Il avait retrouvé son arme, et il la tenait comme on tient son jouet préféré. Bizarre cet attachement à nos armes. Ca venait certainement du fait que c’était notre protection, le dernier rempart.

Le sergent quant à lui, faisait la tête.

Il était dégoûté, parce que, premièrement, il s’était trompé par rapport à Carlton, il avait eu tord en face de ce type, et il avait horreur de ça.

Deuxièmement, sans l’intervention de Taylor, il se serait pris une raclée. Carlton était plus fort et là il était bien obligé de l’avouer.

Et troisièmement, il s’était fait mettre une beigne. Son œil avait viré, il serait bientôt au beurre noir, et ça foutait mal, surtout pour un sous officier.

Il regardait Taylor, l’air de dire « toi et tes conneries ! », je crois qu’il s’en voulait également beaucoup.

Nous, ça nous faisait bien rigoler, même Myron avait un petit sourire inscrit sur les lèvres. Il ne voulait pas le montrer, mais ça se voyait quand même. Du moins, moi je le voyais.

Le trajet s’est déroulé tout le long dans cette ambiance bon enfant, et ça faisait du bien.

40 % des soldats tués au Vietnam le furent durant les 3 premiers mois de leur service.

 

 

A suivre                                                                                              Retour au sommaire

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