Ce jour là, nous étions
en mission. Nous avancions lentement lorsque notre éclaireur stoppa net. C’était
la première fois que Johns était à se poste et le fait de se retrouver devant
une mare de sang avec un corps désarticulé, le fit bloquer ce qui est normal.
Nous sommes repartis après avoir examiné les environs, il n’y avait rien.
Johns n’avait pas l’air d’avoir la forme ; il avait tenu à rester à son
poste, le sergent n’a rien dit. 5 minutes à peine après notre macabre découverte,
il se fit avoir par un piège à con, un « booby trap ». Il n’a rien
eu le temps de faire, aucune réaction, en une demie fraction de seconde il
était mort.
Taylor était le deuxième
éclaireur, c’était donc à lui de passer le premier, il devait nous ouvrir
la marche, et il était à 2 jours de la quille alors nous avons tous refusé
qu’il remplace Johns.
Nous étions prêts à prendre
sa place pour éviter qu’il lui arrive quelque chose, c’est vrai, c’était un
poste d’autant plus dangereux qu’il était en première ligne. Ca aurait été
trop con de se faire buter si prêt du but, si prêt de rentrer. Mais il est
têtu cet enfoiré, il nous a tenu tête, il n’a pas voulu céder et il a gagné.
Nous ne pouvions pas l’attacher alors…nous avons prié.
Nous sommes donc repartis,
d’autant plus attentifs à notre environnement.
C’est là que nous avons
repéré un boumker, eux aussi nous avaient vu, nous avaient ils également entendus ?
On ne savait pas, en tout cas, ça s’est mis à tirer dans tous les sens, ça
dura un moment. Les choses n’avançaient pas, les forces étaient égales, le
front était bloqué et ça commençait à durer. Ce genre de situation n’était
pas pour nous rassurer, bien au contraire. Il pouvait s’en passer des choses,
ils pouvaient appeler des renforts ou autre… C’est alors que Marcus est parti.
Il a prit une initiative, sans rien dire. Il a enlevé son paquetage et a pris
le lance-roquette avec lui, il s’est faufilé, les a pris à revers, a contourné
par la gauche et a tiré. Il n’a eu besoin que d’un coup pour les dégommer,
il a bien visé et ça n’a pas traîné. On a ensuite regardé les environs pour
voir s’il n’y avait plus de risque, il n’y avait plus un bruit, plus un mouvement.
C’était bon.
Marcus a ensuite couru et
a traversé la zone qui le séparait du boumker, a grimpé sur le toit, ou du
moins ce qui en restait, ça fumait encore et il a alors commencé à hurler.
Il gueulait qu’il était le meilleur, qu’il rentrait au pays, qu’il avait survécu
à ce putain de pays et que c’était génial.
Il paraissait vraiment heureux,
et nous étions content pour lui. Nous le regardions en souriant.
Nous avons ensuite appelé
l’hélico ; sur la piste de retour, l’ambiance était nettement plus détendue
ce qui ne nous empêchait pas de faire attention.
Dans l’hélico du retour,
c’était la fête, Marcus rentrait au pays, en un seul morceau. Horn s’est mis à
jouer de l’harmonica et nous avons tous chantés. Ca faisait du bien de
décompresser, d’autant plus que nous n’avions eu aucune perte. Nous apprécions ces
quelques rares moments.
A peine avait-on posé le
pied à la base que le sergent recruteur Carlton était déjà sur le pied de
guerre, il voulait Taylor. C’était un homme d’une 40taine d’années, quelque peu
bedonnant, pas méchant, on voyait bien que le terrain, il ne connaissait plus.
Son job le rendait antipathique pour beaucoup de monde.
Il alla tâter le terrain
auprès du sergent Anderson, histoire de savoir où il allait avec Marcus.
SR « Dis Anderson, tu crois que Taylor voudrait
rempiler ?
SA _ Je ne crois pas non. »
Il s’est ensuite approché
de Marcus, il y allait toujours, même s’il avait peu de chance, il pouvait
toujours avoir une bonne surprise. Anderson observa la scène de loin et il
en rigolait d’avance.
SR « Dis-moi Taylor, il paraît que t’es un
très bon soldat.
MT _ Ouais ! Il
paraît.
SR _ Tu sais, la carrière militaire offre des
avantages.
MT_ Pas question, j’ai une
copine qui m’attend. Je préfère encore rouler un patin à Ho Chi Minh. »
Marcus avait un sourire
jusqu’aux oreilles, il planta le sergent recruteur en se marrant.
Nous nous sommes tous rués
au réfectoire, il était l’heure de manger, et nous avions vraiment faim. Nous
n’avons même pas pris la peine de ranger nos sacs, nous les avons jetés à
l’entrée du réfectoire.
Du fait que nous venions de
rentrer de mission, nous avons eu le droit de passer en premier, devant tout le
monde, et nous ne nous sommes pas privés. Nous avons bousculé tous ceux qui
étaient là, nous étions sans gêne.
Les autres nous regardaient
un peu agacés. Nous nous sommes installés tous ensemble, à la même table.
La bouffe était moyenne,
purée, petit pois, viande en sauce, rien de transcendant. Là dessus, Scott
a commencé à philosopher sur ce thème, et à énumérer les différentes sortes
de pois qui existaient, petit pois, pois chiche, pois mange tout, pois de
senteur…et bien d’autres. Il était très sérieux. Nous l’écoutions en nous
demandant s’il se foutait de nous ou pas, il avait très souvent des sujets
de conversation plutôt bizarre.
Personnellement, je ne
savais pas qu’il y en avait autant, et puisque Scott les aimait tant, Ruiz lui
a envoyé sa ration dans la tête. Nous avions besoin de décompresser et c’est ce
que nous avons fait. Baker a riposté, et c’est Horn qui a tout reçu. J’ai
explosé de rire et je ne fus pas la seule.
Pour se venger Horn m’écrasa
de la purée sur le visage, là je ne rigolais plus du tout, la surprise m’a
laissé sans voie, la bouche grande ouverte, aucun son n’en sortait. Il allait
me le payer.
Ca a ensuite vite viré en
bataille rangée, la nourriture s’est mise à voler dans tous les sens, les
mecs des autres tables en ont reçu et ils nous ont tous pris pour cible. Ils
étaient tous contre nous. Ca a continué jusqu’à ce que nous n’ayons plus rien
à lancer, et que nous cassions la table. Nous avons tous fini par terre, c’était
dégueulasse, il y en avait partout, jusque dans nos vêtements. Une douche
s’imposait sérieusement.
Nous rigolions comme des
fous et nous avons carrément hurlé de rire lorsque nous avons vu la tête des autres
types qui attendaient d’être servis. Les pauvres, ils attendaient leur tour,
affamés, et voilà ce que nous faisions de notre nourriture. En fait, tout le
monde nous regardait avec un air…
Quelque part, nous étions
dans le même cas qu’eux car nous n’avions pas beaucoup mangé, tout se trouvait
sur nous, sur les murs, par terre. Qu’est ce qu’on a pu rigoler ! Après
nous avons dû tout nettoyer, et ce fut long et surtout nettement moins drôle.
Mais en fait, on s’en foutait, nous avons également pris ça à la rigolade.
Nous faisions les cons, on était jeune.
Ce soir là, nous avons fait
une petite fête pour le départ de Marcus, un truc entre nous dans un coin
du baraquement prévu pour la détente. Nous lui avons remis son bâton pour
sa quille. C’était son cadeau d’adieu, une tradition pour tous les partants.
Il devait le garder jusqu’à son départ et serait ensuite donné au prochain
type qui serait proche de la quille.
En fin de soirée, il est
sorti du baraquement, imbibé, son bâton dans la main droite, une bière dans
la main gauche. Nous avons comprit qu’il avait besoin de s’isoler, de rester
un peu seul, nous ne l’avons donc pas accompagné. C’est là qu’une bombe explosa
tout près, dans le camp. Heureusement il n’y eut aucun blessé.
C’était la deuxième fois
depuis peu de temps que des bombes explosaient dans le camp, et ça commençait
à poser de sérieux problèmes. Ca démontrait la faiblesse de notre système
de sécurité.
Après la soirée, je suis
allée retrouver Myron sous sa tente ; j’étais impatiente à l’idée de
la voir mais lorsque je suis arrivée, il n’était pas là. J’étais surprise
qu’il ne soit pas là, on n’avait pas explicitement dit qu’on allait se voir
mais pour moi c’était une évidence. Je suis restée quelques secondes à regarder
l’intérieur de sa tente, il faisait sombre, qu’est ce que j’espérais ;
qu’il apparaisse ?
J’ai soudain senti des mains
glisser sous mon T-shirt ; je souriais, je savais que c’était lui. Ses
mains remontèrent le long de mon ventre glissèrent sur mes seins, j’avais
basculé la tête à l’arrière et il m’embrassait dans le cou. Il me fit relever
mes bras et mon T-shirt passa par dessus ma tête. Je n’avais pas bougé, il
me contourna pour se mettre devant moi. Il m’attrapa sous les aisselles et
me posa sur sa table. Là il s’accroupit devant moi et commença à défaire mes
chaussures. Je le regardais faire, lorsqu’il relevait la tête, on se souriait,
je me mordais la lèvre inférieur tellement j’étais impatiente. Quand il eut
fini, il se releva, je lui fis passer son T-shirt par dessus la tête et il
s’allongea sur moi. Nous étions sur sa table, ses papiers étaient éparpillés
partout par terre et sous nos corps. J’aimais tellement sentir nos peaux l’un
contre l’autre.
J’aimais également ce moment
après l’amour, celui où il était encore en moi, couché sur moi, étalé de tout
son poids, mes bras l’enserrant. Lorsque la température est redescendue, il
s’est levé, il a attrapé une couverture qui se trouvait sur son lit et il
l’a posé sur nous Nous sommes restés comme ça un petit moment, avant que je
doive partir. Je n’avais pas envie de partir mais il le fallait. Ca me rendait
un peu triste, j’aurais voulu que ça se passe autrement. J’aurais voulu une
fois me réveiller dans ses bras mais on ne pouvait pas.
Le lendemain, Marcus alla
rendre de la paperasse et également téléphoner à sa copine Louise pour lui
annoncer son retour prochain. Il ne nous en parlait presque pas, c’est ça
les garçons. Les autres mecs ne parlaient pas de leur copine non plus et puis
la fidélité à longue distance…c’est dur.
Taylor eut une très mauvaise
nouvelle, « quand le chat n’est pas là, les souris dansent », Louise
s’était mise en ménage avec un type qui avait un boulot régulier, lui. Sous-entendu,
contrairement à Marcus. Ils se sont engueulés au téléphone, elle en avait
eu marre d’attendre, en même temps, je la comprends, vu l’intérêt qu’il paraissait
lui porter... Il ne l’appelait pas souvent, quant aux lettres, il n’en envoyait
quasiment pas. Ils se sont fait des tas de reproches au téléphone, et il a
raccroché, furieux. C’était fini, comme de nombreuses relations entre des
soldats partis au Vietnam et leurs copines restées aux Etats Unis.
Ca entama son moral, même
s’il ne voulait pas l’admettre. Il n’en revenait pas, un pans de l’image de
son retour qu’il s’était fabriqué au fil du temps venait de s’écrouler.
Cet après-midi là, nous
avons eu une attaque sérieuse, les Viets s’introduisirent jusque dans l’enceinte
de la base, et il s’est avéré que c’est notre section qui s’en est occupé,
assez facilement d’ailleurs.
Lorsque tout s’est fini,
nous avons eu droit à une salve d’applaudissements de la part de tous ceux qui
étaient autour.
Marcus venait de rendre son
arme, ça lui avait fait mal au cœur, c’est vrai qu’au bout d’un certain temps,
notre arme devient une partie de nous, elle ne nous quitte jamais. Il aurait
aimé être encore avec nous, participer à cette action mais ce ne fut pas le
cas, il faisait parti des mecs qui nous observaient.
Il était partagé, tenaillé
par de nombreuses émotions, envie de rester avec nous, envie de partir parce
qu’il détestait ce pays. Mais ça non plus il ne voulait pas l’avouer, il avait
tellement dit qu’il ne voulait pas se réengager qu’il aurait eu l’impression
de…il ne savait plus. La section continuerait, avec ou sans lui, et ça le
rendait malheureux, car nous étions devenus sa famille. Une section c’est une
famille, avec des liens profonds qui nous unissent, bien plus solide que la
seule période du Vietnam ; c’est une relation pour la vie.
Ce soir là, une bouteille à
la main, il alla au bureau du sergent recruteur. Carlton était ravi, il allait
avoir ce qu’il voulait ; quant à Marcus, il cherchait ce qui allait lui
arriver.
Le lendemain, il vint nous
voir, il était tout affolé.
MT « Sergent, votre copain m’a embobiné !!
J’ai même prêté serment, j’étais bourré !!
DW _ On peut rien faire
sergent ?
MT _ Mais non, ils ont mon nom et ma
signature !
AR _ Il faut faire quelque chose !
SA _ C’est le meilleur sergent recruteur, le meilleur
arnaqueur. »
Le sergent s’est levé pour
aller voir Carlton, il avançait d’un pas décidé et nous étions sur ses talons.
Nous voulions savoir ce qu’il en était et ce qu’il allait faire.
SC « Vous allez vous le faire ce rat ?
!
SA _ Bien vu ! »
Leur rencontre faillit être
explosive. Le sergent recruteur soutenait qu’il n’avait ni forcé, ni arnaqué
Taylor.
Il disait que Taylor était
venu tout seul, de son plein gré mais Anderson n’y croyait pas. La situation
n’avança pas, Marcus en avait repris pour un an, c’était un fait.
Comme nous ne pouvions rien
faire légalement et que Carlton ne voulait rien lâcher, nous avons décidé
de réagir illégalement. Nous ne pouvions pas rester sans rien faire.
Nous avons combiné une
arnaque pour récupérer son dossier. Pour cela, il fallait que nous arrivions à
faire sortir le sergent Carlton de son bureau.
Nous avons trouvé une
solution plutôt facilement. Il fut convenu que Dany et Marvin devraient se
battre juste devant son bureau, dans le but qu’il sorte. Une excuse bidon fut
trouvée, ils se battraient pour une fille ; Marvin la traiterait de tous
les noms bien entendu, il se la serait faite, et Dany quant à lui défendrait
son honneur, amour oblige.
Ca marcha, attiré par le
bruit, Carlton sortit de son baraquement pour savoir ce qui se passait, et
aussi pour regarder la bagarre, un attroupement s’était formé autour d’eux. 2
types qui se tapent dessus, c’est généralement plutôt marrant, donc personne ne
les sépara. Nous comptions là-dessus
A peine Carlton était-il
sorti que Ruiz et moi nous nous sommes introduit dans son bureau. Nous avons
eu un peu de mal à forcer le tiroir des dossiers de réengagement.
DW « Ruiz, dépêche-toi !
AR _ Ma spécialité c’est les bagnoles, pas les
coffres ! »
Nous avons quand même réussi
à avoir ce que nous voulions. Il m’a donné le dossier et je l’ai planqué le
sous mon T-shirt.
Quand nous sommes ressortis,
nous avons essayé de faire des signes aux mecs pour qu’ils stoppent tout mais
ils ne nous voyaient pas ; nous avons arrêté la bagarre, nous avons été
obligés de nous interposer, moi je retenais Johnson et Ruiz tenait Dany. Bien
que le combat était feint, il fallait donner le change et les mecs ont fini
par se donner de vrais coups, et nous avons vraiment du les séparer. Ils auraient
certainement quelques égratignures.
Nous sommes finalement repartis
tous les 4 bras tous ensemble. Ils semblaient s’être subitement réconciliés.
Ca n’a pas dû paraître très
crédible, c’était même un peu louche, mais personne n’a rien dit.
Pendant ce temps, Taylor
était allé récupérer son arme à l’armurerie. En fait, elle lui avait manqué, et
il était très content, mais devant nous, il jouait le type déprimé.
Lorsqu’il est entré dans
notre baraquement, nous étions tous là, nous l’attendions, impatient à l’idée
de voir sa tête. Nous étions tout excité. Il eut une sacrée surprise. D’ailleurs,
en y repensant, je crois que nous n’aurions pas pu dire si son visage exprimait
la joie.
DW « Tiens, voilà
un cadeau de tes potes.
MT _ Qu’est ce que c’est ?
SJ _ Ton acte de réengagement mon frère !
MT _ Quoi ? ! Comment ?
AR _ Tu rentres au pays ! »
Nous l’avons déchiré devant
lui, c’était la fête dans le baraquement.
Son hélico partait cet
après midi là, en fin de journée. Nous l’avons aidé à faire son sac, et nous
l’avons tous accompagné jusqu'à l’appareil pour lui dire au revoir. Ca faisait
plaisir, au moins l’un d’entre nous allait s’en sortir vivant.
Quand il a pris son
« taxi », j’ai eu la larme à l’œil, je pensais ne plus le revoir.
Nous avons vu l’hélico s’envoler dans un nuage de poussière, nous sommes restés
à regarder jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière les arbres et nous sommes
partis.
Nous avions nous aussi fait
nos sacs, nous devions changer de base. Nous allions monter dans notre camion
quand le sergent Carlton est arrivé furieux.
SR « Anderson !
SA _ Qui c’est ? ! Mais c’est le sergent
recruteur ! On dit bonjour au sergent.
TS _ Bonjour sergent ! »
Nous lui avons tous dit
bonjour en cœur, il voyait que nous nous foutions de lui, et ça le mettait
hors de lui.
SR « Anderson, je sais
que c’est toi qui as piqué le dossier de Taylor.
SA _ Là il faudra le prouver
Carlton ! »
Nous avions raconté au sergent
ce que nous avions manigancé, juste avant d’emmener Marcus à son hélico ;
il se marrait en entendant l’histoire. Il était fier de nous.
Les 2 sergents étaient
vraiment très énervés, tellement remontés l’un contre l’autre qu’une bagarre
éclata entre eux deux.
Ca couvait depuis si
longtemps, que ça devait péter un jour ou l’autre et ce fut ce jour là. Ce
n’était pas seulement l’histoire de Taylor, ça remontait à bien avant.
Ca attira une foule
nombreuse, comme d’habitude ; mais personne n’osa les arrêter. Ils étaient
les plus gradés de cet attroupement alors nous avons laissé faire.
Carlton avait le dessus,
indéniablement, et soudain Taylor est apparu, et les a séparés.
SA « Qu’est ce que tu fais là Taylor ?
MT _ J’ai rempilé volontairement, il ne m’a pas
roulé.
SR _ Tu vois que je n’avais pas menti.
AR _ Pourquoi t’a menti ?
MT _ Vous êtes ma seule famille. Personne ne
m’attend là-bas. Qu’est ce que je vais faire ?
DW _ Tu vas revenir c’est
tout. »
Il a fallu refaire les papiers
de réengagement de Marcus puis nous avons pris la route.
Nous sommes partis tous
ensemble, en camion. Marcus avait retrouvé son environnement, ses potes, nous,
sa famille quoi. Il souriait, et ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vu
comme ça. Il avait retrouvé son arme, et il la tenait comme on tient son jouet
préféré. Bizarre cet attachement à nos armes. Ca venait certainement du fait
que c’était notre protection, le dernier rempart.
Le sergent quant à lui,
faisait la tête.
Il était dégoûté, parce
que, premièrement, il s’était trompé par rapport à Carlton, il avait eu tord en
face de ce type, et il avait horreur de ça.
Deuxièmement, sans
l’intervention de Taylor, il se serait pris une raclée. Carlton était plus fort
et là il était bien obligé de l’avouer.
Et troisièmement, il
s’était fait mettre une beigne. Son œil avait viré, il serait bientôt au beurre
noir, et ça foutait mal, surtout pour un sous officier.
Il regardait Taylor, l’air
de dire « toi et tes conneries ! », je crois qu’il s’en voulait
également beaucoup.
Nous, ça nous faisait bien
rigoler, même Myron avait un petit sourire inscrit sur les lèvres. Il ne
voulait pas le montrer, mais ça se voyait quand même. Du moins, moi je le
voyais.
Le trajet s’est déroulé
tout le long dans cette ambiance bon enfant, et ça faisait du bien.
40 % des soldats tués au
Vietnam le furent durant les 3 premiers mois de leur service.