Chapitre 11: Jordan
Lorsque nous sommes rentrés,
nous avons appris qu’un nouveau allait arriver dans la section. Nous n’y avons
pas tellement prêté attention. Nous formions un groupe compact, solidaire.
Ce jour là, j’allais boire un coup avec Ruiz, et quelqu’un m’appela. Je me
suis retournée, je n’ai pas compris. Une personne m’a soulevé pour me faire
tourner.
JK « Déborah !
DW_ Jordan ! Mais…
JK _ Qu’est ce que tu fais ici ? Je te
croyais en Europe ? !
DW_ …J’ai changé mes projets. »
J’étais complètement abasourdie
et Ruiz me regardait avec des yeux ronds
Je ne sais pas comment il
m’a reconnu, j’avais changé de coupe de cheveux, j’étais de dos, et
techniquement je n’aurais pas du être là. Je n’ai jamais compris comment il
avait fait ça, déjà je ne comprenais pas à l’époque ; il me connaissait
peut être trop bien. Il aurait pu me retrouver dans une salle pleine et sombre
en un rien de temps. Lui au contraire n’avait pas tant changé que ça, il était
toujours aussi mignon, et même avec une coupe réglementaire. Ca faisait
d’autant plus ressortir sa mâchoire carnassière. Il avait une petite lueur dans
le regard, son beau regard marron, dont la profondeur était renforcée par ses
longs cils. J’avais presque oublié ses beaux yeux.
Il m’a alors embrassé ça
m’a surpris et c’est à ce moment là que je me suis aperçu qu’il y avait quelque
chose. J’avais mes mains posées sur ses biceps et il me semblait plus musclé
que dans mon souvenir, mais également moins balaise, ses muscles étaient plus
secs. Il avait le visage amaigri en fait il avait maigri.
DW « Jordan, je te
présente Ruiz ; Ruiz, voici Jordan. »
J’ai passé le reste de la
journée seule avec lui à discuter. Nous avions tellement de temps à rattraper.
JK « Je ne savais pas que tu t’étais lancé
dans la médecine.
DW_ Qu’est ce que tu
racontes ?
JK _ Sinon qu’est ce que tu ferais ici ?
…Le journalisme ? …Non, ne me le dis pas.
DW_ Je me suis engagée.
JK _ Elle l’a dit. Tu m’en avais parlé, mais je
croyais pas que…
DW_ T’es quand même pas
devenu macho et sexiste ? !
JK _ Non, mais je ne
voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose, c’est dangereux.
DW_ Merci, je sais.
JK _ Non, mais c’est que
maintenant que je t’ai retrouvé, je ne voudrais pas te perdre. Tu sais je t’ai
écrit, mais tu ne m’as pas répondu.
DW_ Je n’ai écrit qu’à mes
parents, j’ai eu tes lettres mais je n’ai pas eu le courage de te répondre. Je
suis désolée, en fait j’ai coupé les ponts avec beaucoup de monde, excepté avec
Diane, tu te souviens d’elle ?
JK _ Oui. »
Nous avons passé quelques
jours comme dans le passé, heureux, insouciants comme des enfants que nous
n’étions plus. Nous avions même pris une chambre en ville que nous ne quittions
presque pas de la journée, mais c’était différent même si nous avions retrouvé
quelques vieilles habitudes. Jordan était différent, bizarre même, je ne comprenais
plus toutes ses réactions. Peut être que ça venait de moi, ça venait peut
être aussi du fait que nous avions chacun évolués de notre côté. Nous passions
tout notre temps ensemble et ça me permit de voir quelque chose que je n’aurais
jamais voulu découvrir. Je ne pouvais pas le trahir, mais ça me faisait peur
et j’avais peur que ça ne lui soit fatal, je savais quelles conséquences ça
pouvait avoir.
Nous avons fini par partir
en mission et mon anxiété a alors grandie.
Tout avait l’air de bien se
passer, mais je le suivais de près, je ne le lâchais pas, je ne voulais pas
qu’il lui arrive quelque chose.
Et il était surexcité, je
ne voyais que ça, tout allait éclater.
Nous nous sommes fait
attaquer, tout sembla aller si vite, et Jordan qui n’était plus là à côté de
moi…
Le doc. était occupé, il
y avait un blessé grave. Je n’y ais pas prêté attention, je cherchais Jordan,
et puis, je me suis approché, j’avais un mauvais pressentiment. Quand je l’ai
vu si livide…Je suis tombée à genoux près de lui. Ils étaient tous autour
de moi. J’ai essayée de contenir mes larmes mais je n’ai pas pu tenir longtemps,
je me suis mise à pleurer et ça me brouillait la vue.
DW « Jordan, laisse
pas tomber, il va s’en sortir, n’est ce pas doc? »
Il n’a pas répondu, des
bulles de sang sortaient par sa bouche, il ne pouvait pas parler. J’ai vu
la réponse dans ses yeux, il savait qu’il allait mourir.
DW « Jordan, reste
avec moi, je t’en prie Jordan, reste avec moi Jordan ! Bats-toi Jordan !
Non… »
Il me regardait avec des
yeux de plus en plus vides, je l’avais pris dans mes bras et je le berçais.
Je l’ai senti partir, puis ça a été fini. Il est mort dans mes bras. Un voile
opaque a tout a coup recouvert mes sens. Nous sommes rentrés, je n’agissais
pas de manière naturelle et ils l’ont remarqué. J’avais son sang sur les mains,
sur mes vêtements. Tout a basculé, je ne me sentais pas bien en arrivant à
la base. Je ne m’apercevais même pas qu’ils étaient inquiets pour moi.
AR « Dèb, tu veux que je t’accompagne ?
DW_ …Quoi ? Non merci. »
Je n’entendais rien, je
voyais leurs lèvres bouger, mais aucun son ne me parvenait. Je me concentrais
mais mes oreilles bourdonnaient et je me suis senti faible tout à coup, il
m’a semblé que Ruiz avait l’air inquiet, je devais certainement être livide.
Le sol se mit à bouger, il s’inclina, ça se mit à tourner, un trou noir et
puis plus rien.
Je me suis réveillée dans
mon lit, en sueur, le sergent était là, assis sur mon lit. Ils étaient tous
là.
SA « Ca va ?
DW_ …Oui, dîtes moi que
c’était un rêve.
SA _ Je suis désolée, c’est
la triste réalité. Ecoute, tu vas prendre des vacances. Je t’ai trouvé un
travail comme magasinière. Pour l’instant, tu te reposes. »
Cette nuit là, j’ai eu du
mal à dormir. Je les ai vu partir au petit matin, je m’en voulais de les laisser
partir alors que moi je restais là.
L’hélico les a déposés en
pleine cambrousse. Ils progressaient depuis une heure quand ils se sont fait
attaquer. Ils se sont retrouvés devant un front compact qui ne voulait rien
lâcher. Ils ne pouvaient plus bouger, la situation s’était bloquée.
Un hélico à l’intérieur
duquel il y avait un général, les survolait, supervisait leur progression.
LG « On a besoin de
l’artillerie !
Rad_ Continuez,
n’abandonnez pas !
SJ _ Je voudrais bien les voir à notre
place !
SA _ On ne sait pas du tout
où on va. »
Les Viets ont intensifié
leurs tirs.
LG « Maintenant on sait.
Rad_ Continuez !!!
LG _ Nous sommes en train
de nous faire tailler en pièce !!
Rad_ Progressez !
C’est un ordre ! …2-6, on a essuyé une rafale, on rentre ! Terminé.
LG _ On se replie.
SA _ On va essayer. »
Ils sont rentrés et ont
embarqué sous les tirs.
A son retour, le lieutenant
est directement allé dans le bureau du général.
GG « Quelle belle démonstration !
LG _ Oh ! Ecoute, j’ai eu ma dose !!
GG _ Lieutenant, quand je
vous parle, vous êtes priés d’écouter ! Je te signale que tu as échappé à
la cour martiale grâce à moi !!
LG _ Il y a belle lurette
que ma vie ne dépend plus de vous ! Alors on fait notre travail chacun
de notre côté et on essaye de ne pas se rencontrer, ok ? ! »
Après avoir été réprimandé
par ses supérieurs pour avoir désobéi, le lieutenant avait vu son père, le
général Goldman. Il était à la retraite et avait une mission d’inspection,
il en avait profité pour voir comment se débrouillait son fils.
Le lieutenant nous a ensuite
rassemblés pour une réunion, il était d’une humeur massacrante.
MT « Lieutenant, c’est qui cet emmerdeur ?
Ce général ?
LG _ Mon père ! »
En fait, le lieutenant ressemblait
beaucoup à son père, mais il s’était quelque peu écarté des règles fixées
et inamovibles de l’armée pour s’adapter à la situation.
Il est sorti furieux, avec
le sergent sur ses talons.
SA « Lieutenant, il y a quelque chose qui
m’inquiète à propos de Knight.
LG _ Je vous suis…Hooke, comment se fait-il que
les corps soient encore là ?
GI _ Il n’y avait plus de place dans l’hélico. »
Les corps étaient alignés
sous une bâche en attendant d’être rapatriés. Quand le sergent trouva le corps
de Jordan, il souleva une manche et…
LG « Des traces de piqûres.
SA _ Je vois pas comment
j’ai pu me tromper à ce point ! C’était gros comme une maison, il était
toujours excité.
LG _ On ne peut pas faire de la psychologie et
la guerre en même temps. »
Au même moment, le général
Goldman était sous notre tente. Il voulait voir comment nous nous comportions,
comment était la section que commandait son fils.
GG « Garde à vous !
SJ _ Ce n’est pas grand
chose, mais c’est chez nous.
GG _ Qui est ce personnage sur ce poster ?
DW _ Jimmy Hendrix.
MT _ Il a été un grand militaire.
GG _ Sûrement pas dans cette tenue ! »
Le lieutenant entrait sous
notre tente au moment où le général Goldman sortait.
GG « Je voudrais vous voir lieutenant. Dehors.
LG _ Oui…Qu’est ce qui s’est passé ?
SJ _ C’est la fin de sa génération, il a du mal
à s’y faire. »
Quand le lieutenant est
sorti, les reproches ont recommencé.
GG « Je vois que cette compagnie est à l’image
de son chef, en pleine déconfiture.
LG _ Tu vois, ce n’est pas
comme à ton époque, le moindre pouce de terrain qu’on gagne un jour, on doit
le rendre le lendemain. Tu imagines ce que ça peut nous faire ? ! »
Le lieutenant est parti
en le laissant en plan.
Peu après, Ruiz m’avertit
que le lieutenant désirait me voir, je devais le rejoindre sous sa tente. Ca
m’a surpris mais j’y suis allée En fait, il voulait prendre de mes nouvelles,
savoir comment je me sentais.
Nous avons discutés un
petit moment, je ne me sentais pas très à l’aise, je n’arrêtais pas de me
mordre la lèvre inférieure et il le vit. Il sut me mettre en confiance et il
fut très compréhensif, gentil, humain. Ce fut, comment dire, pendant ce court
moment, il n’existait plus cette barrière officier/simple soldat, plus de
hiérarchie, seulement un homme et une femme qui se regardaient dans les yeux et
qui n’éprouvaient aucune gêne dans cet échange de regard. Ce fut bizarre,
spécial, un moment qui n’aurait jamais du exister et qui changea quelque chose.
Lorsque je l’ai quitté, j’ai hésité 2 secondes, j’allais dire quelque chose et
puis je suis sortie.
Je suis ensuite allée en
ville pour m’isoler dans un bar.
J’étais là depuis à peine
10 minutes, quand le sergent Anderson est entré. Je n’aurais pas du aller
dans notre bar habituel. Il s’est posé à côté de moi au comptoir
SA « Je peux m’asseoir ?
DW_ Oui.
SA _ Deux bières…T’est au courant ?
DW_… De quoi
parlez-vous ?
SA _ Il se droguait. »
Je n’ai pas répondu, je
ne savais pas quoi dire, je me sentais coupable. Un court silence a suivi.
SA « Tu ne sais pas où on peut se fournir ?
DW_ Non, je sais qu’il y a
de l’herbe, mais de la poudre…Vous savez, je viens d’un milieu aisé, et je n’y
ai jamais vraiment été mêlée. En fait, à 15 ans j’ai fait des pieds et des
mains pour qu’on me change de lycée, et j’ai réussi.
J’ai atterrie dans un lycée
public, je me suis fait des nouveaux amis, pas toujours très fréquentables aux
yeux de mes parents. J’ai eu une copine, Alice, Alice Queens. Je l’ai
découverte dans les toilettes du bahut avec une aiguille plantée dans le bras.
Elle était morte d’une overdose et je n’avais rien vu. Depuis ce jour, je me
suis promis de ne jamais y toucher…Sergent…
SA _Oui ?
DW_ …J’ai essayé de lui en
parler, il était bizarre, et j’avais vu les traces de piqûres ; mais il
n’a pas voulu m’écouter.
SA _ Tu n’es pas responsable.
Tu vas venir avec moi. Je vais te présenter ton nouveau patron. »
Je l’ai suivi, nous sommes
rentrés à la base, il m’a conduit du côté des fournitures ; j’étais au
ravitaillement, sous les ordres du sergent Bexlet.
Mon nouveau job était cool,
et je m’y suis bien adaptée. Le sergent venait souvent, il connaissait Bexlet.
Ce mardi là, il me dit de
vérifier le nombre de caisses, et donc, pendant une de leurs discussions,
c’est ce que je fis. Quand Bexlet est revenu…
SB « Je t’ai dit de compter les caisses, pas
de les vérifier.
DW_ Pardon. »
Le lendemain, je me suis
aperçu que les caisses avaient disparues.
DW « Sergent, où sont
passées les caisses ?
SB _ Elles sont parties
cette nuit, comme prévu. J’ai une tonne de paperasse, alors si tu veux, tu peux
partir.
DW _ Merci. »
J’ai rencontré Ruiz, et
Taylor. Nous sommes allés boire un coup en ville, ils ne voulaient pas me
laisser toute seule. Bien sûr, au bout de 5 minutes, ils avaient chacun une
fille dans les bras mais nous étions ensemble.
Nous discutions, mais
j’étais ailleurs, et j’ai bloqué sur le barman, je ne sais pas pourquoi. C’est
ainsi que j’ai repéré son petit manège, il vendait de la drogue aux GIs. J’ai
suivi ce mec jusque dans les toilettes, il se piquait. Je suis retourné à la
table, Bexlet est alors arrivé, et il s’est mis à discuter avec le barman. Ils
avaient l’air de connivence. J’ai laissé les mecs, en leur disant que j’avais
quelque chose à vérifier. Je voulais suivre Bexlet.
Ils ont trouvé ça bizarre
alors ils m’ont suivi, et ils m’ont vu me faire attraper par des Viets. Ils
sont rentrés tous les 2 à la base, avertir le lieutenant et le sergent. Quand
Anderson est allé prévenir le lieutenant, celui-ci discutait encore avec son
père.
SA « Mon lieutenant ?
LG _ Qu’est ce qu’il y a ?
SA _ C’est Wilson, elle a des problèmes, elle
est en ville.
GG _ Qu’est ce qui se passe ?
LG _ T’es en mission d’information, alors tu vas
être informé. »
Au même moment en ville…
DW « Alors Bexlet,
ça rapporte tant que ça de vendre des grenades aux Viets et de la dope aux
GIs ?
SB _ Tu n’aurait pas dû te mêler de ça Wilson ! »
Les autres venaient d’arriver
en ville. Ils sont entrés dans le bar dans lequel nous étions quelque temps
auparavant.
MT « Ca sent le western.
SA _ J’ai l’impression que toute la ville est à
nos trousses.
GG _ Où est la police
militaire ?
LG _ Il n’y en a pas, cette
ville échappe à tout contrôle la nuit. »
Quand ils sont entrés dans
le bar, un GI sniffait de la coke sur le comptoir.
SA « Soldat, j’te fais pas de dessin, tu lâches
ça tout de suite !
LG _ Je voudrais savoir où est le GI qui était
avec ces 2 hommes. »
Le barman n’a rien dit,
le lieutenant s’énerva et sortit son flingue.
LG « Tu vas l’ouvrir ou c’est moi qui t’ouvre
un trou dans la tête ? !
GG _ Arrête Myron !
LG _ On n’est pas en 44 à Paris ! Allez
accouche !!
Vib _ Papassan, c’est
papassan !!
LG _ C’est papassan le fournisseur ? »
Ils sont entrés en force
chez papassan. Ils ont défoncé la porte, et l’ont trouvé assis par terre ;
il lui ont mis un M16 sur la tempe.
Vip « Ne me faites
pas de mal, je ne suis qu’un vieil homme.
SA _ Et bien vieil homme,
si jamais tu fais du mal à Wilson, tu vas le regretter.
Vip _ Je ne suis qu’un
homme d’affaire, voyez le sergent Bexlet.
SA _ C’est Bexlet qui a enlevé Wilson ?
Vip _ Oui, il est dans l’entrepôt d’à côté. »
Ils ont surpris Bexlet en
train de monter dans sa jeep, il était sur le point de rentrer à la base.
SA « Tu es tombé bien bas mon pauvre Bexlet. !
SB _ Qu’est ce que tu veux dire ?
SA _ Où est Wilson ?
LG _ Ils sont capables de la tuer !!
SB _ Derrière l’entrepôt.
SA _ Taylor, tiens-le en joue. »
Dans l’entrepôt, c’était
la panique, ils m’avaient déjà arraché ma chemise, je criais, je hurlais et
personne ne voulait m’entendre. Chaque coup que je leur donnais, m’était rendu
2 fois plus fort j’essayais de garder ma lucidité. Je me débattais mais ils
ont réussi à me coincer par terre, ils étaient 2 pour me tenir, j’allais me
faire violer, je le voyais dans leurs yeux, et j’étais terrorisée.
Mes hurlements n’y feraient
rien.
C’est à ce moment là qu’ils
sont arrivés, il était temps, les viets avaient déjà leur pantalon sur les
chevilles et ils commençaient à me dégrafer le mien.
LG « Les mains en l’air !!! »
Les Viets n’ont pas obtempérés,
ils n’ont pas eu le temps, et ils se sont fait abattre un par un. Je ne sais
même pas si les mecs avaient l’intention de leur laisser une chance en fait.
Heureusement qu’ils n’ont pas pensé à se servir de moi comme bouclier. C’est
allé très vite. Après que ça se soit terminé, le lieutenant s’est doucement
approché de moi, j’ai rapidement agrafé mon pantalon et j’ai refermé ma chemise
pour me couvrir. Je m’étais tue, j’avais réussis à arrêter de pleurer. Il
m’a aidé à me relever, c’est alors que Ruiz s’est porté en avant, il m’a pris
par la taille pour me soutenir, le lieutenant s’est alors trouvé évincé.
SA « On y va. »
Entre temps, la nuit était
tombée. Nous sommes rentrés. Je ne me sentais pas bien, j’avais l’impression
d’être sale, ils avaient posés leurs mains sur moi, et la première chose que
je fis, ce fut de prendre une douche. Je me suis frotté la peau jusqu’au sang,
je me suis presque arrachée les lèvres, ils m’avaient embrassé arggg !
Et puis j’ai laissé l’eau couler le long de mon corps, un moment infini, je
ne pourrais pas dire combien de temps ça a duré.
J’ai arrêté l’eau et c’est
là que j’ai entendu du bruit, juste à l’entrée des douches, je suis restée
sans rien faire. C’était le lieutenant, et je ne sais pourquoi, je le savais
déjà. J’avais la tête appuyée contre le mur et je n’ai pas bougé. J’étais
nue mais je ne me sentais pas gênée face à lui.
LG « Wilson, ça va ? …Déborah ?
DW_ …Non, pas vraiment. »
Je me suis remise à pleurer,
il y avait un trop plein qu’il fallait que j’évacue. Je crois que je n’avais
jamais eu aussi peur de toute ma vie. J’avais eu peur de très nombreuses fois
depuis que j’étais ici, mais là c’était différent, une peur différente, plus
personnelle, intime.
DW « Si vous n’étiez pas arrivé à temps…
LG _ Mais on est arrivé à temps. Arrête de pleurer.
Il a hésité, puis il est
entré dans la douche collective. Il s’est doucement approché de moi, et m’a
enveloppée dans ma serviette. Il a passé sa main dans mes cheveux mouillés
et j’ai tourné la tête vers lui, je ne pleurais plus. Je me suis blottie dans
ses bras, il a resserré son étreinte, m’a serré contre lui, et m’a embrassé
l’épaule. Je suis restée un petit moment comme ça, j’étais bien là, protégée.
Et puis il a senti que je voulais me dégager, rentrer et aller me coucher,
alors il m’a laissé partir. Je l’ai embrassé sur la joue et je l’ai laissé
seul sous la douche, il était tout mouillé.
Durant tout ce temps, nous
n’avions échangé aucune parole.
Ils ont tous fait des
efforts pour que je me sente mieux. Je me suis remise grâce à eux.
J’étais très entourée,
notamment par Myron. Il se faisait très discret, mais c’était le plus présent.
Nous étions de plus en plus proche, nous discutions beaucoup, nous sortions
même quelques fois, alors que nous n’aurions pas dû.
Ce jour là, j’avais passé
la soirée avec Myron, nous étions allés manger en ville et nous avions passé un
très bon moment. Il avait eu la délicatesse de ne pas aller plus loin qu’un baiser
lorsqu’il m’avait raccompagné. Il ne m’avait pas laissé devant la tente bien
entendu mais il m’avait raccompagné quand même. C’est là qu’à eu lieu notre
premier baiser.
Notre premier baiser, je ne
m’y attendais pas. Ses lèvres étaient douces et chaudes, ça me surprit. Puis il
se recula et me regarda. Je n’ai rien fait ni dit un mot, je ne savais pas
trop, je me mordillais la lèvre inférieure. Il n’a rien dit et il m’a laissé
là. Je crois avoir vu de l’inquiétude dans son regard, à cet instant il a du se
demander s’il n’avait pas fait une erreur.
Cette situation était
ambiguë, nous ne savions pas vraiment où nous allions ; tout était en
suspend et aucun de nous savait qui ferait le premier pas, et surtout quand et
si ça aurait lieu.
Lui avait fait le 1er
pas en m’embrassant, était ce à moi d’enchaîner ou bien… Je ne savais pas, il
était mon supérieur, nous étions dans la même section…
Je suis entré sous ma
tente, je me suis couchée. J’étais dans mes draps et je n’arrivais pas à
dormir, je regardais en l’air, dans le noir et les ronflements des mecs ne
m’aidaient pas vraiment. Tous étaient endormis et je me suis relevée, je ne
pouvais pas dormir comme ça, rester là. Il fallait que je fasse quelque chose.
Je me suis rapidement rhabillée et je suis sortie.
J’ai traversé une partie du
camp en rasant les murs et je suis entrée sous sa tente, je l’ai regardé dormir
quelques secondes. J’ai encore hésité, puis je me suis déshabillée et je me
suis ensuite glissée dans son lit, tout contre lui.
C’est là que je l’ai
réveillé, il n’avait pas réellement réagi à cette intrusion dans ses draps. Je
l’ai regardé, il était tellement mignon, et j’ai posé mes lèvres sur les
siennes, un baiser tout doux, léger ; il n’a pas compris tout de suite, il
a cligné des yeux et il m’a regardé. Il m’a alors embrassé. D’un coup il a paru
être complètement réveillé. Il avait passé ses bras autour de moi et me tenait
serré contre lui. Il me fit basculer sur lui, ses mains fermement posées sur
mes hanches. Il me regardait dans les yeux et il a vu cette petite lueur qui
lui disait ‘vas-y’ ; il a alors reprit ma bouche de plus belle.
Cette nuit là fut le réel
départ à notre relation.
J’ai du me relever plus
tard dans la nuit pour retourner sous ma tente, avant que quelqu’un ne
s’aperçoive de mon absence. Lorsque je me suis recouchée dans mon lit, j’étais
aux anges. Je souriais comme une débile et je n’ai pas réussi à me rendormir.
Je m’étais remise plus vite
que je croyais, le malaise que je ressentais, c’était de la culpabilité. Je me
sentais coupable, coupable vis à vis de Jordan. Peut être que si j’avais réagi
différemment, il serait encore en vie.
En fait, j’ai compris par
la suite que j’avais cru retrouver quelque chose qui n’existait plus, nous
avions rompu, j’avais rompu pour m’engager et j’avais facilement coupé les
ponts avec lui. Il appartenait à mon passé, et je désirais plus que tout
avancer.
Myron avait su me
convaincre, me rassurer aussi, et ce sentiment s’était envolé.
Je me sentais bien avec
lui, le fait que nous devions rester discrets était quelque chose d’excitant,
ça pimentait les choses même si ce n’était pas toujours facile à gérer.
Personne n’était au courant, même si je crois que le sergent se doutait de
quelque chose.
Le général devait repartir
3 jours après cette fameuse nuit, et c’est Myron qui alla le conduire à son
hélico.
Il trouva son père sous
sa tente, assis sur son lit, en train de regarder une photo. Myron devait
avoir 12 ans, il posait avec ses parents.
LG « Pa’ ! …Je me souviens de cette photo,
maman l’avait aussi. Elle la regardait souvent en se demandant pourquoi. Je
crois qu’elle n’a jamais compris.
GG _ Tu te trompes, elle avait trop bien compris,
c’est pour cela que lorsqu’elle est tombée malade, elle ne m’a rien dit. Quand
je l’ai su, il était trop tard, je ne pouvais plus que pleurer. »
La mère de Myron était morte
5 ans auparavant et ils ne s’étaient pas reparlé depuis. Myron en voulait
à son père d’avoir fait passer sa carrière avant sa famille.
Myron et son père ont
réussi à se parler, se dire des choses importantes qu’ils ne s’étaient jamais
dis, les non-dits qui avaient pourri leur relation. Le général avoua à son fils
qu’il était malade, ça les rapprocha. Ils n’allaient pas passer le temps qui
leur restait à se haïr.
On estime qu’en 1970, 10 à
15 % des troupes américaines servant au Sud Vietnam étaient accro à l’héroïne
ou autre.