Chapitre 35 : Et après ?

 

 

Lorsque nous nous sommes retrouvés dans la rue, je me suis sentie complètement perdue, je ne connaissais pas Los Angeles, je ne savais pas quoi faire. Ce fut un moment très déroutant et je suis contente de ne pas avoir été seule à ce moment là ; je ne sais pas ce que j’aurais fait si Ruiz et Dany n’avaient pas été là.

Nous avons pris une chambre dans un hôtel et nous nous sommes un peu reposé. Et puis j’ai téléphoné à Johnny au Japon. Il avait l’air d’aller, du moins c’est ce qu’il voulait que je pense et j’avais envie de le croire.

Ce soir là nous sommes sortis, nous avons mangé en ville ; c’était comme se réhabituer à la vie civile et c’était plus facile de le faire à 3. Ca nous a permis de nous changer les idées, de voir du monde.

Nous n’étions content d’être de retour mais toutes nos conversations tournaient autour du Vietnam. Nous n’en étions pas encore rentrés.

Nous nous sommes couchés tard ; nous avions finalement fini la nuit à l’hôtel en buvant quelques bières et en parlant de nos projets.

 

Le lendemain nous nous sommes séparés à la gare routière ; Dany est parti de son côté ; Ruiz et moi sommes partis du notre. Le trajet en bus a duré quelques jours, ce fut long mais ça ne me dérangeait pas, je n’étais pas pressée ; j’avais peur de rentrer.

Se séparer de Ruiz a été une autre étape. Il était mon meilleur ami.

Arrivée devant l’immeuble où logeaient mes parents à New York, je l’ai regardé un certain temps, j’ai respiré profondément et je suis entrée. C’est ma mère qui a ouvert la porte d’entrée, elle a criée, ne s’attendant pas à me voir avant de me serrer dans ses bras.

J’étais contente d’être là, en vie mais je ne ressentais pas toute cette joie, c’était une situation difficile. Elle parlait beaucoup, posant des questions et ça m’abrutissait ; je suis finalement allée m’allonger prétextant la fatigue et elle l’a compris.

Quand mon frère est arrivé, il s’est précipité vers moi et m’a pris dans ses bras, me soulevant de terre. Il avait presque 18 ans, une carrure de footballeur et quasiment 2 tête de plus que moi.

 

DW « C’est ding ce que t’a changé. Regarde toi, j’ai quitté un petit garçon et je retrouve un homme.

BW _ T’exagère toujours.

DW_ Tu m’as manqué.

 

Je lui écrivais très régulièrement, je l’appelait très souvent mais l’avoir avec moi c’était tellement mieux… Et puis  il y a eu papa. Sa fille était enfin à la maison.

Nous avons passé la soirée ensemble avant que Bryan et ne réapparaisse qu’au levé du jour. Ca n’a pas été du goût de mes parents.

J’ai enfin pu appeler Johnny, je n’avais pas pu l’appeler durant quasiment une semaine et j’avais besoin d’entendre sa voix et des nouvelles fraîches. J’ai cru que je n’arriverai pas à avoir la communication mais finalement…

 

LM  « Allô ?

DW _ Johnny ? C’est moi. Comment ça va ?

LM  _ Dèb, tu m’as manqué…Y a mieux, j’ai mal, je me sens seul sans toi. Tu me manques.

DW _ Tu me manques aussi, mais je sais que dans deux semaines on sera ensemble.

LM  _ Ouai. Je pensais pas qu’une semaine sans entendre ta voix serait si long. On n’a jamais vraiment été séparé.

DW _   Je sais.

LM _ Je suppose que tu es de retour chez tes parents. Ca s’est bien passé ?

DW _ Oui mais... C’est mitigé. Je suis complètement en décalage.

LM  _ Si j’étais avec toi je pourrais te remonter le moral.

DW _ Ah oui, et comment ? Raconte moi…

LM  _ D’abord je te ferais rigoler avec mes blagues et puis je m’occuperais personnellement de ton cas. Si jamais ça ne te suffit pas, je te regarderais avec mon regard qui te fait fondre et…Merde, l’infirmière ; je dois te laisser. Je t’aime.

DW _ Je t’aime aussi. »

 

En raccrochant, je souriais. Ca faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie un peu plus légère, bien.

 

Le lendemain, je me suis réveillée tôt, j’avais fait un cauchemar ; nous y étions tous restés, tous morts dans la dernière mission, on s’était fait abattre un par un ; je les avais tous vu se faire tirer dessus et l’hélico avait été descendu au moment de repartir. J’étais en sueur et il n’était que 6 heures du matin. Je décidais de rester encore au lit mais je n’ai pas réussi à me rendormir. J’ai entendu mon frère rentrer.

Il était environ 7 heures et il s’était déjà fait engueuler par papa. Je l’ai attrapé quand il passait devant ma chambre.

 

DW « Bryan, ça va ?

BW _ D’après toi ?

DW _ Tu entres ? Tu m’aideras à défaire mon sac ? Allez, s’il te plait… »

 

Il est entré dans ma chambre et j’ai fermé la porte derrière lui.

 

BW « Fais voir ton sac.

DW _ Tu sais bien que je ne t’ai pas demandé de venir pour mon sac.

BW _ T’es la dernière personne que j’aurais cru capable de faire un sermon après tout ce que t’a fait.

DW _ Oui mais moi je ne me faisais jamais prendre et puis tu sais, j’ai changé. J’ai pris du plomb dans la cervelle comme on dit.

BW _ T’a pas tant changé que ça, je suis sûr que t’es toujours la même.

DW _ Là n’est pas la question ; où étais tu ? Les parents se sont inquiétés, qu’est ce qui se passe ?

BW _ Rien, j’ai juste envie de m’amuser, de sortir.

 

Je n’allais pas lui faire un sermon, j’étais passée par là et puis c’était pas ma place.

 

BW _ T’as pas bonne mine

DW_ Je suis fatiguée c’est tout.

BW _ Tu devrais dormir alors.

DW_ Je sais mais…

BW _ …Tu fais dors mal ? Des cauchemars ?

DW_ …Quelque fois

BW _ …J’ai une question, mais…

DW _ Ben vas-y, qu’est ce que tu attends ? Tu ne vas pas te gêner avec moi maintenant. Je t’écoute.

BW _ Le Vietnam, c’est comment ? »

 

Je ne lui avais jamais parlé de ce qui se passait réellement, de ce qu’était réellement ma vie…Je me suis assise sur mon lit, j’ai soupiré et…

 

DW « Le Vietnam…c’est indéfinissable. Je ne sais pas, c’est différent, comment dire…il n’y a pas le même rythme, pas les mêmes valeurs, la même vie. Un pays tout en contraste. C’est laid à cause de cette guerre, j’ai vu tant de copains crever. Je regrette seulement de ne pas avoir vu toutes ses beauté, voir ce que ça a été avant la guerre. Les gens crèvent de faim, on ne peut pas le décrire, il faut y être allé, l’avoir vu. »

 

J’avais une boule dans la gorge, j’avais envie de pleurer. J’étais heureuse qu’il n’y ait pas été. On a commencé à défaire mon sac ; c’est là que Bryan est tombé sur la photo de Myron et moi.

 

BW « Alors c’est lui le fameux Johnny.

DW _ Non, lui c’est Myron, mon lieutenant. Tiens, voilà une photo de Johnny.

BW _ Et, lequel est…l’officiel ?

DW _ C’est Johnny, John Mc Key.

BW _ Ta dernière lettre nous annonçait ton retour, et eux deux?

DW _ Myron est encore là-bas, Johnny quant à lui est à Tokyo ; il a été blessé lors de la dernière mission.

BW _ C’est grave ?

DW _ …Non mais…je ne sais pas. Il a été blessé à la jambe et…

BW _ …Ne t’inquiète pas. »

 

Mes peurs, mes angoisses sont sortis d’un coup et j’ai éclaté en sanglot. Il s’était assis à côté de moi et m’avait pris par les épaules.

 

BW  « Ca ira, vous vivrez heureux, vous aurez beaucoup d’enfants…Pourquoi tu fais cette tête ?

DW _ Des enfants…un bébé…je ne sais plus…Telle que tu me vois, je devrais faire 10 Kg de plus et accoucher dans 2 mois.

BW _ Quoi ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit ?

DW _ Tu voulais que je te l’écrive ? Et ben moi pas.

BW _ Je suis désolée, ce n’est pas ce que je voulais dire. Ca n’a pas du être facile.

DW _ C’était notre bébé à Myron et à moi. Johnny l’a très mal pris, je l’ai énormément blessé mais il a su me pardonner. »

 

Nous sommes restés silencieux.

 

DW « Je n’avais pas le choix, je n’étais pas prête, je ne suis pas prête, ce n’était pas le bon moment.

BW _ Tu n’as pas à te justifier. »

 

Il m’a prit dans ses bras. C’était la 1ère fois que j’en parlais ; bien sûr, Ruiz et les autres devaient s’en douter mais ils n’y avaient jamais fait mention.

Lorsque Bryan m’a laissé seule, je me suis recouchée et j’ai réfléchi en regardant le plafond.

Nous avons pris le repas de midi tous les 4, en famille. Ca faisait longtemps que nous ne nous étions pas tous retrouvés ensemble pour prendre un repas et c’était agréable ; ça nous ramena au bon vieux temps.

 

Après le repas, je désirais sortir, voir du monde, me balader dans New York et c’est là que je me suis aperçu que je n’avais personne à appeler. Un des filles les plus populaires du lycée qui n’avait personne à appeler, ça en aurait fait rire plus d’un.

Je me suis dirigée vers le musé Guggenheim, c’était mon préféré et ce depuis une visite scolaire. Le vieux gardien Victor m’a reconnu ; nous avons un peu discuté. 3 heures plus tard, j’en sortais.

 

Je n’avais qu’une envie, voir Ruiz, lui parler. J’ai alors pris la direction du Bronx. Lorsque j’ai frappé chez lui, une femme d’âge mûr m’a ouvert ; ça devait être sa mère.

 

MR «! Quien es?

DW _ Hola, busco Ruiz, Alberto. Me llamo Deborah Wilson.

MR _ Esta el café de enfrente.

DW _ Muchas Gracias. Asta luego. »

 

J’ai traversé la rue et je suis entrée dans le bar ; tout le monde s’est retourné, je n’étais pas une habituée ni du bar, encore moins du quartier.

Ruiz était en grande conversation avec un type, il me tournait le dos. Je l’observais, je ne savais pas si je devais y aller et je me sentais très bête. Lorsqu’il s’est enfin retourné et qu’il m’a vu, il a planté son copain.

 

AR « Qu’est ce que tu fais là ?

DW _ Je ne sais pas.

AR  _ Toi ça ne va pas. Ok, attends moi. »

 

Les nanas du bar me regardaient bizarrement ; l’air de dire, qu’est ce qu’elle veut à nos mecs ?

Nous sommes partis et nous nous sommes installés dans un parc ; nous étions tranquilles (comme dans la réserve d’arme)

 

AR  « Allez, maintenant dis moi ce qui ne va pas.

DW _ Rien, enfin j’ai l’impression que rien ne va.

AR  _ Raconte moi.

DW _ Je ne sais pas, le retour est moyen ; ils sont si contents et moi j’ai l’impression d’être vide. Je n’ai plus de marques

AR  _ T’a changé, on ne peut pas ressortir indemne d’une guerre.

DW _ Je sais mais, je croyais…Je ne sais pas ce que je croyais ; et puis je n’ai plus l’habitude d’être seul, de…, Johnny me manque.

AR  _ Je sais, et t’es venu, t’a bien fait. Allez viens, je vais te faire visiter le coin. »

 

Nous avons passé la journée ensemble et puis le moment de se quitter est arrivé.

 

DW _ Je vais y aller. Je dois préparer mon déménagement.

AR  _ Los Angeles, tu vas être loin.

DW _ Oui mais ne t’inquiètes pas, on ne se perdra pas.

AR  _ Je le sais. »

 

Ce soir là, j’ai discuté avec ma mère. Je leur ai annoncé que je déménageais pour Los Angeles. Bizarrement ils n’ont rien dit. Ma mère m’a simplement dis que ça faisait déjà plus de 4 ans que je n’habitais plus à la maison.

J’ai passé le reste de la semaine à organiser mon déménagement ; je n’avais qu’une certitude à ce moment, c’est que je voulais être avec Johnny.

Bryan est venu avec moi pour Los Angeles. Nous avons loué un camion de déménagement et nous avons pris la route. Je ne voulais pas faire le trajet toute seule et mes parents avaient tenu à se que je l’emmène histoire qu’il s’éloigne un peu.

Le trajet se passa très bien, se fut long mais nous avons pu discuter ; renouer. J’appelais Johnny tous les jours et j’avais l’impression qu’il allait mieux, même si je savais qu’il commençait à prendre conscience que tout ne serait plus comme avant. Pourrait il piloter après ? On n’en savait encore rien.

C’est moi qui suis allée le chercher à l’aéroport de Los Angeles 2 jours après notre arrivée, je devais attendre dans le hall. J’étais tendue, je me demandais comment il allait être. C’est là que je l’ai vu arriver, il était debout, bien sûr il avait une canne mais il était debout ; pas de fauteuil roulant. Quand je l’ai vu, je me suis tout à coup sentie revivre. Ca allait aller, je le savais. Je me suis jetée dans ses bras, je le dévorais ; il m’avait tant manqué, c’était la première fois que nous étions séparés depuis que nous nous connaissions et ça avait été dur. J’avais eu envie de le rejoindre au Japon mais je m’étais raisonnée. Quand il m’a pris dans ses bras, je me suis blottie tout contre lui ; j’ai apprécié ce moment, je retrouvais enfin son odeur.

Je l’ai vite ramené au motel, Bryan nous attendait et j’étais un peu anxieuse. Ajouté à cela le fait que nous devions trouver un appartement…

 

A la 1ère poignée de main, le courant passa tout de suite entre Bryan et Johnny, il n’y avait aucune gêne entre eux ; je crois que ce qui les a rapproché c’est qu’ils pouvaient être aussi gamin l’un que l’autre en fin de compte.

C’était la 1ère visite de Bryan sur la côte Ouest et nous avons donc passé du temps à visiter la ville « Hollywood Boulevard, Malibu… » après que nous ayons trouvé notre appartement. Une chambre, un salon, une cuisine, une salle de bain. Nous n’avions pas besoin de beaucoup plus.

Après avoir trouvé notre appartement nous en avons bien profité, c’était génial, nous avons fait plein de photos, c’était comme si nous étions en vacance, nous profitions du temps présent, carpe diem.

 

Trois jours après avoir enfin emménagé, nous repartions, il fallait ramener le camion et donc retour à New York.

Nous avons pris la route 66 et hop ! C’est une période que j’apprécie particulièrement, ça me faisait penser au livre de Kerouac. C’est là que je me suis aperçu que plus nous approchions de New York et plus Johnny était nerveux, il me posait beaucoup de question sur mes parents, pour mieux les connaître et éviter de faire des impairs. Je ne comprenais pas pourquoi il était si nerveux.

J’avais beaucoup parlé de Johnny à ma mère au téléphone ou dans mes lettres et elle était très impatiente. D’entré de jeu, elle me glissa à l’oreille qu’elle le trouvait charmant ; en fait il lui avait tapé dans l’œil. Pour mon père, je m’attendais à ce qu’il ait plus de réserve, mais non. Ce qui mit Johnny mal à l’aise c’est qu’en fin de compte, papa se souvenait parfaitement de lui. C’est là que je me suis aperçu qu’ils n’étaient pas si différents l’un de l’autre. Nous sommes restés une petite semaine avant de repartir en train.

Durant ce court séjour, je l’ai traîné jusqu’à « mon musée », ça faisait bizarre de dire ça. Mon musée. Je l’appelais ainsi depuis que j’y étais allée en 6ème. J’en ai également profité pour aller voir Ruiz ; c’était le moment où jamais. Bizarrement, ils avaient un peu gardé les mêmes rapports qu’au Vietnam.

 

Lorsque nous sommes finalement rentés à Los Angeles ; j’ai eu une surprise. Johnny avait pensé à mon anniversaire et il nous organisa une soirée en amoureux. Il m’avait envoyé acheter un truc et quand je suis revenue ; il avait transformé l’appartement. Il avait mis des bougies partout, une musique de fond notre chanson « Sittin of the dock of the bay » et il avait cuisiné. Ca me rappela le « repas surprise » qu’il m’avait cuisiné à Saigon. Je ne comprenais pas comment il pouvait être si romantique et paraître pour le reste du monde si différent. 22 ans, j’avais 22 ans en 1969. Il y a 2 ans, je partais pour le Vietnam. Je n’aurais jamais cru que ça changerait autant ma vie.

Je reçus des lettres dont une de Myron ; il ne m’avait pas oublié et ça me fit plaisir.

 

Madame Mc Key nous téléphonait également très souvent ; elle voulait nous voir, me voir. On accepta finalement après qu’on eu enfin trouvé une voiture à acheter. Là encore, le trajet ne fut pas de tout repos. Cette fois-ci c’était à moi d’être sur des charbons ardents, et si je ne leur plaisais pas ? Mais toutes mes craintes furent balayées par la surprise de Johnny. Nous étions dans la petite ville de Topeka dans le Kansas, nous prenions un repas quand il est tout à coup parti. Il m’a laissé en plan. Je n’ai pas compris, je me disais qu’il allait aux toilettes mais non, il est sorti. Il a traversé la rue pour rentrer dans un magasin. Je regardais par la fenêtre ce qu’il faisait. Il est ensuite revenu avec un air triomphant et quelque chose dans une main.

Je ne savais pas ce qu’il trafiquait jusqu’à ce qu’il s’agenouille devant moi. La salle entière s’était tue ; je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas où me mettre je crois que j’étais cramoisie. Il m’a alors pris la main. Je buvais ses paroles, j’attendais la question, je m’entends encore lui répondre OUI. Simplement. C’est là qu’il m’a passé une bague au doigt ; une en toc avec une pierre magique, une pour les petites filles. On m’a toujours dit que ça ne marchait pas, n’empêche que ce jour là, elle était bleue. Il m’a ensuite dit qu’il m’en achèterait une vrai mais moi je m’en foutais, je l’avais lui, je ne voulais qu’une chose, c’est qu’il m’embrasse.

Nous avons ensuite repris la route pour l’Indiana.

Les quelques jours que nous avons passés chez sa mère furent très agréables. Je leur fis bonne impression comme on dit. J’ai rencontré son frère Eddy et sa belle sœur Sara ; ainsi que leurs enfants Bobby et Mary. Ce furent les 1ères personnes à qui l’ont annonça que nous allions nous marier. Madame Mc Key en eut les larmes aux yeux ; c’était une femme adorable. Avant de partir, elle me prit à part, et elle me dit que j’étais faites pour son Johnny, ça m’émut beaucoup. Je lui dis que dès que nous serions un peu plus organisés, elle serait la bienvenue chez nous.

Elle avait été fantastique, elle me donnait des conseils, elle était très gentille, une vraie mère poule. J’étais jeune et elle voulait me transmettre son expérience.

Après ça, tout a changé.

 

Il était temps de prendre notre vie en main, on ne pouvait pas vivre dans un rêve toute notre vie. Il fallait se mettre en quête de notre avenir.

J’avais des envies très différentes, la police m’attirait, l’enseignement également. Dans le 2ème cas, il faudrait que je reprenne mes études et l’année était déjà bien entamée donc le destin se chargeait de choisir pour moi. Il n’y avait pas de logique derrière tout ça.

Plusieurs cessions par an étaient organisées pour rentrer dans la police et ma licence en droit me permettait de m’y inscrire en tant qu’officier. C’est ce que je fis. J’avais recommencé à m’entraîner, je courais tous les matins.

Je dus passer des tests, physiques, psychologiques et de connaissance ainsi qu’une visite médicale. Tout se passa bien. Il y avait peu de femme et comme nous étions divisés en petits groupes, je me suis retrouvée la seule du mien. Je crois que le plus drôle fut le moment où nous avons commencé le maniement des armes. Tous en avaient une, moi pas. Ils se marraient jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que je tirais mieux qu’eux. Ca leur a fermé leur clapé et moi ça m’a fait plaisir, on peut dire que je souriais intérieurement.

 

Après la formation de 4 mois, nous avons été affecté dans une brigade. Je me souviens lorsque j’ai revêtu mon uniforme pour la 1ère fois. Johnny m’a pris en photo. Il était fier de moi ; il m’avait soutenu tout le long et c’était très important pour moi. On m’a affecté un équipier : Francis, il avait une 15aine d’années de plus que moi et de l’expérience ; ce qui n’empêcha pas notre entente d’être quasiment immédiate.

Johnny de son côté cherchait un job en tant que pilote. Il avait postulé dans divers endroits mais peu de monde avait confiance dans un pilote revenant du Vietnam. Un type lui expliqua qu’une fois son entreprise avait engagé un type comme Johnny et que lors d’une simple sortie ce gars avait cru revenir sous les bombes. Il avait perdu pied et avait failli se crasher.

Il trouva quand même une place, dans une station de radio ; il pilotait et faisait le point sur la situation autoroutière. Rapidement il n’en puis plus. Je voyais bien qu’il n’y prenait aucun plaisir.

 

Rad « Alors John ? La situation ?

LM _ Et bien, sur l’A19 il y a un bouchon d’1 Km dû à un accident. Excepté ça, pas de problème, la situation est fluide.

Rad _ Merci John. Et maintenant de la musique rien que pour vous, les 4 Tops avec « Reach out I’ll be there »

 

Cette chanson ramena Johnny en arrière. Il se revoyait avant la dernière mission, volant en raz motte au dessus d’un briefing, la musique à fond pour ensuite se faire engueuler par Brewster.

 

LM « Willy, ça ne va pas, je ne peux plus continuer.

Rad _ Qu’est ce qu’il y a ? Y a un problème ?

LM _ Je ne peux pas piloter comme ça. C’est comme demander à un pilote d’essai de conduire un camion…Il me faut piloter à fond, à ras les pâquerettes. J’ai besoin d’adrénaline.

Rad _ Ok ; si t’es sûr de toi, passe prendre ton chèque ce soir. »

 

La suite s’est enchaînée, Johnny a fait une demande pour réintégrer l’armée comme instructeur. Il a beaucoup travaillé sa mobilité et il n’avait plus besoin de canne. Ce fut accepté. Nous avons déménagé pour une base ; encore. Johnny était ravi, il volait sur les mêmes appareils qu’au Vietnam et aimait dire à ses élèves de ne pas faire tout ce que lui même adorait faire. Une bonne partie des hommes qu’il formait, voulaient partir pour le Vietnam et connaître le grand frisson. Ils étaient sûr d’eux, un peu comme Johnny au début. Ils se prenaient pour des tombeurs et les filles aux alentours ne les auraient pas contredits, elles voulaient toutes se taper exclusivement des pilotes.

L’armée est une grande famille et j’ai du m’adapter. Je ne ressemblais pas aux sages épouses de militaires, nous n’étions même pas mariés. Beaucoup de femmes ne travaillaient pas, ne vivaient que pour leur petit mari et leurs enfants alors que moi je travaillais, de plus, je faisais un boulot d’homme. Ce ne fut pas évident, d’autant qu’il m’apprenait à piloter. Nous sortions beaucoup. J’essayais de faire un effort, plus pour lui que pour moi d’ailleurs mais bon. J’assistais à leurs fêtes de fin de formation mais c’était tout.

Ma vie me convenait parfaitement, j’avais l’impression de tenir mon destin entre mes mains, de tout contrôler. J’étais comblée, très occupée, j’avais mon travail, mon p’tit mari, mon mariage à préparer. Nous avions enfin choisi une date : le 1er septembre 1971. Ca nous laissait environ un an pour tout organiser nous pensions que c’était suffisant. Du moins je l’espérais.

 

J’étais bien, aux anges, je souriais tout le temps, même si j’avais l’impression d’être tout le temps débordée. J’entretenais une grande correspondance avec de nombreuses personnes, Ruiz travaillait dans le bâtiment, Marvin prenait des cours à l’université, Taylor était rentré depuis quelques semaines mais je ne savais pas réellement ce qu’il faisait, William enfin : il était rentré un mois après moi. Il avait appris qu’il serait définitivement aveugle. Il n’avait pas prévenu ses parents. A la descente du bus il les avait attendu assis sur un banc. En entendant son nom, il s’est levé a tourné la tête dans la direction d’où venait le bruit. Son père comprit tout de suite et sa mère éclata en sanglot. Il mit du temps à s’adapter et il fit plus d’une chute mais il était chez lui. Il n’avait pas besoin de ses yeux pour connaître le moindre pouce de terrain de la ferme et il a fini par retrouver ses marques. Nous nous téléphonions une fois par mois et c’est lors d’un de ces coups de fil qu’il m’annonça qu’il avait rencontré une fille. Il semblait accro.

Myron était toujours là-bas, il me donnait des nouvelles du sergent, de Doc. Hoc, il en avait encore pour un an.

Dany enfin travaillait dans une mine, je ne sais pas s’il allait vraiment bien.

 

Au mois de janvier je posais une demie journée de congé ; je voulais accueillir Myron à son retour. Il me l’avait annoncé dans sa dernière lettre et il me semblait normal d’aller le chercher. J’étais anxieuse, excité et lorsque j’ai vu ces types descendre de l’avion mon regard s’est mis à scruter tous ces visages un par un. Et puis je l’ai vu. Ce fut un gros soulagement, il était de retour et en un seul morceau. Je me suis jetée dans ses bras, c’est là que les types autour se sont mis à siffler. Ils croyaient que j’étais la tendre et compréhensive petite amie qui avait patiemment attendu son héros à la maison. J’étais ravie de le retrouver mais ça m’a fait bizarre de nous retrouver tous les 3 à la maison. Quand ils se sont retrouvés face à face, je les ai regardé tous les 2, c’était étrange comme sentiment. Il est resté dormir une nuit, j’avais préparé le canapé et nous avons insisté pour qu’il reste. Le lendemain je lui ai fait voir comme je pilotais, j’étais très fier de moi, Johnny également. Je l’ai ensuite amené à la gare ; il a pris la direction du New Jersey, il allait retrouver son père.

Après ça, la vie a continuée, je ne voyais plus trop de monde, nous n’avions plus de temps et ils étaient loin. J’essayais de leur téléphoner régulièrement ; Bryan était revenu dans le droit chemin. Papa et maman demandaient souvent qu’on aille les voir mais il fallait du temps et de l’argent. Maman était très impatiente en ce qui concerne le mariage ; lorsque nous leur avons annoncé, ils ont tout d’abord cru que j’étais enceinte, mais non.

Johnny avait prévu quelque chose pour mon anniversaire ; c’est là que je me suis aperçu qu’une année était déjà passée. Le temps passait vite, trop vite. Je suis tombée de haut, je croyais que nous faisions un petit voyage romantique tous les 2 car il m’avait ramené à Topeka. Là il avait prévu une chambre dans un motel, je me suis changée, mise sur mon trente et un et il m’a traîné jusqu’à une salle des fête. Il m’avait bandé les yeux et lorsqu’il me l’a enlevé, surprise ! Je n’en revenais pas, il y avait tout le monde : mes parents et Bryan, la famille de Johnny, Ruiz et Susanna, Marvin et Eléonore, Marcus, Dany et Sandra, William et Lily, Myron et Cynthia (une infirmière, comme quoi il y a des choses qui ne changent pas), Baker, Horn, Francis, Joany et leurs enfants, ma copine Diane, des collègues de Johnny et des collègues à moi. Ce fut magnifique, le meilleur anniversaire et la plus mémorable cuite.

Le retour fut dur.

 

Quelques temps plus tard je ressentis quelques changements ; j’étais barbouillée, je reconnus les fameux malaises matinaux pour les avoir déjà connus. Ca avait dû arriver au moment de mon anniversaire ; j’avais du oublier ma pilule.

Mon gynéco me confirma mes soupçons par téléphone un mardi matin. J’étais si excitée, et si impatiente qu’il fallait que je le dise à quelqu’un, ce fut Francis. J’étais heureuse ; ce n’était pas prévu mais je savais que Johnny le prendrait bien. Je m’imaginais déjà en train de lui annoncer le soir autour d’un repas mais tout ne devais pas se passer comme ça.

 

Pol « Officier Wilson, un appel pour vous. Ca semble urgent. »

 

J’ai trouvé ça bizarre mais rien n’aurait pu m’enlever ma bonne humeur.

 

DW « Wilson à l’appareil ?

CR  _ Mademoiselle Wilson, commandant Rupert à l’appareil. »

 

Je ne faisais pas le lien, je ne comprenais pas.

 

DW « Oui ? Excusez moi, je ne comprends pas.

CR  _ Je vous appelle car il y a eu un accident à la base impliquant le lieutenant Mc Key. »

 

J’avais comprit mais je ne voulais pas entendre la suite, j’avais peur de demander.

 

DW « Comment ça un accident ?

CR  _ Le lieutenant Mc Key s’est crashé sur…

DW _ Où est il ?

CR  _ A l’hôpital militaire. »

 

J’ai violemment raccroché, je ne pensais qu’à Johnny et je tremblais. Je ne me rendais pas compte que je criais au téléphone. Tous mes collègues s’étaient arrêtés de travailler, ils attendaient en écoutant. Il régnait un silence de mort. Francis s’est approché, j’étais en larme. Il a posé une main sur mon épaule. C’est lui qui m’a accompagné ; je n’étais pas en état de conduire, ni de faire quoi que ce soit. Nous avons traversé toute la ville avec le gyrophare.

Quand nous sommes arrivés, je suis rentrée comme une furie ; j’ai bousculé tous ceux qui étaient sur mon chemin. Le commandant Rupert parlait devant la porte avec un médecin, je ne me suis pas arrêtée, je suis entrée.

Lorsque je l’ai vu, j’ai eu un haut le cœur ; il était brûlé au 3ème degré sur plus de 80% du corps. Il avait les 2 jambes brisées ainsi que quelques côtes de cassées. Il avait du mal à respirer ; on ne reconnaissait que ses yeux bleus.

 

DW « Johnny »

 

Il a tourné la tête.

 

LM « …Dèb »

 

Je n’avais qu’une envie c’était de pleurer mais j’ai pris sur moi.

 

DW « Ne dis rien, t’as encore voulu faire le malin. De toute façon, je te préviens que l’hélico pour toi c’est fini ; je t’interdis de reprendre. »

 

Il a secoué la tête l’air de dire que tout était fini et ça m’a fait paniquer.

 

DW « Je t’interdis d’abandonner ! Tu n’as pas le droit ! »

 

Je commençais à pleurer puis je me suis reprise ; j’ai essuyé mes larmes d’un revers de la manche et je me suis forcée à sourire.

 

DW « De toute façon, tu ne peux pas abandonner parce que d’ici environ 7 mois on sera 3. »

 

Il a souri, il s’est mis à pleurer ; je voyais que ça lui faisait mal, ça devait le brûler, la peau devait tirer et je ne pouvais rien pour lui. J’ai lu de la peine dans ses yeux parce qu’il savait qu’il ne serait pas là pour m’aider à élever notre enfant.

 

LM « Je ne vous laisserai pas… Je t’aime tellement.

DW _ Je t’aime aussi. »

 

Ils l’ont ensuite mis sous respirateur, on ne pouvait plus se parler mais je ne le quittais pas des yeux. Il est mort ½ heures plus tard. Ils ont tenté de le réanimer mais rien n’y a fait. Je voyais son corps animé seulement par les soubresauts lorsqu’ils le choquaient. Les docteurs et infirmières m’ont poussé pendant qu’ils essayaient de le ramener. Je pleurais, je criais pour qu’on me laisse auprès de lui mais Francis me maintenait par la taille.

Une infirmière me donna un léger sédatif ; calmée par cette drogue je me laissais glisser le long du mur où je continuais à pleurer en silence.

Je ne comprenais pas, c’était un excellent pilote ; il s’était fait descendre une fois au Vietnam mais il s’en était sorti. Je ne comprenais pas, ça n’aurait pas dû arriver, il aurait dû s’en sortir, il ne pouvait plus rien nous arriver, nous n’étions plus au Vietnam, la guerre était finie pour nous. Je ne comprenais pas, c’était censé être un des plus beaux jours de notre vie, j’aurai dû lui annoncer la naissance de notre bébé ce soir là.

Je ne comprenais pas, je ne comprenais plus.

Je voyais les gens passer autour de nous et ils avaient l’air de me regarder avec tant de pitié, et moi je n’en voulais pas de leur pitié.

Lorsque je suis sortie de ma léthargie…

 

DW « Il faut que j’appelle Madame Mc Key.

Fra  _ Tu devrais peut être le faire plus tard et te reposer ; si tu veux je le fais à ta place.

DW _ Non, il faut que je le fasse. »

 

Je m’y suis reprise à 3 fois pour composer son numéro ; ça a été très dur. Lorsque je lui ai dit, ma voix tremblait ; nous avons toutes les 2 pleuré au téléphone. Je lui ai dit que je la rappellerais pour les obsèques.

J’ai ensuite appelé chez moi, je voulais parler à maman mais elle n’était pas là. Je ne me voyais pas raccrocher comme ça alors j’ai laissé un message, irréel.

DW « Maman c’est Déborah, je vous appelle parce qu’il y a eu un accident. Johnny est décédé, j’aurais voulu parler à quelqu’un mais… »

 

J’ai raccroché, je crois que j’aurais été incapable d’ajouter quelque chose.

 

Le lundi 20 juin à 11 heures du matin, on l’enterrait au cimetière militaire de Los Angeles et ils étaient tous là. Ma mère était là depuis vendredi et elle s’occupait de tout à la maison pendant que je passais mon temps à traîner en jogging. Madame Mc Key est arrivée la veille, les autres sont tous venus lundi très tôt.

Durant l’office je serrais la main de Madame Mc Key et c’est à elle qu’ils remirent le drapeau, je n’étais rien, juste sa fiancée, je n’eus droit à rien.

C’est Myron qui prononça l’éloge funèbre, Johnny l’avait fait pour lui lors du décès d’Alex et là il le faisait pour moi maintenant. Le pire furent les coups de feu, j’en avais tellement entendu mais ceux là, c’était différent ; chaque tir me fit sursauter.

Après l’enterrement, tout le monde vint à la maison ; ma mère s’activait pour servir les personnes présentes. Je ne sais pas comment Madame Mc Key faisait pour paraître si digne, moi j’avais l’air en décomposition.

En plus de nos amis, je crois que toute la base a dû défiler sous mon toit (certains étaient si hypocrites, ils ne nous aimaient pas, ils désapprouvaient notre mode de vie et ils étaient là, quant aux autres, je savais qu’une enquête était en cours pour savoir ce qui c’était passé) J’ai cru que ça n’en finirait jamais. J’ai été reconnaissante que certains se soient déplacés de loin mais j’attendais qu’une chose, c’est qu’ils partent. Ils sont finalement quasiment tous partis en fin d’après midi.

Madame Mc Key a tenu à partir ce jour là. Je lui ai dis que j’étais enceinte et qu’elle serait bientôt grand-mère et surtout que je tenais à ce qu’elle ait un rôle dans sa vie.

Seuls ma mère et Myron sont restés un peu plus longtemps. Ma mère rangeait la maison tout en discutant avec Myron. Elle s’entendait bien avec lui. Je m’étais éclipsée pour être seule, me passer un peu d’eau sur le visage. Je suis entrée dans la salle de bain, j’ai poussé le verrou et d’un coup le silence m’a envahi. J’étais appuyée contre la porte, « profitant de cet instant » Je me suis approchée du lavabo, je me suis passé de l’eau sur le visage et je me suis séchée. Et c’est là, en me redressant que j’ai aperçu mon reflet dans le miroir. J’y ai vu tout ce que j’avais perdu, tout ce que j’aurais dû avoir. J’y avais droit et ça me mis dans une rage folle. D’un geste, je balayais l’étagère et je jetais contre le mur tout ce qui me tombait sous la main. J’ai fini par casser le miroir avec mon poing. Je ne supportais plus de le voir, de me voir. Myron est entré à ce moment là. Il m’a attrapé le poignet, ça m’a stoppé net. J’avais la main en sang et je ne sentais rien. Je ne l’avais pas entendu taper à la porte, encore moins la défoncer. Il n’a rien dit, m’a passé la main sous l’eau et l’a entouré dans une serviette éponge en guise de pansement.

 

DW « Myron, j’y avais droit, je voulais juste être heureuse »

 

Ma mère était dans l’encadrement de la porte, elle me regardait, impuissante, les larmes aux yeux. Myron m’a alors pris dans ses bras tout en me caressant les cheveux.

 

LG  « Ca va aller.

DW _ J’avais presque réussi, c’était presque parfait. »

 

Myron est parti vers les 20 heures.

 

DW « Je te remercie d’être restée un peu plus.

LG  _ Il n’y a pas de quoi. Tu sais que tu n’as qu’à m’appeler et j’accours.

DW _ Myron, je suis enceinte.

LG  _ …Qu’est ce que tu vas faire ?

DW _ Je vais le garder.

LG  _ Alors félicitation.

DW _ Je lui ai dit avant qu’il ne meure ; si tu avais pu voir sa joie… Pars avant que je te demande de rester.

LG  _ Je t’appelle demain. »

 

Je l’ai regardé partir ; j’ai pensé que je ne voulais pas perdre le bébé de Johnny comme j’avais perdu le sien. Quelque part je m’en voulais « d’avoir perdu l’enfant » de l’homme que j’aimais.

Ma mère a résisté encore quelques jours avant que mon attitude ne la mette dehors ; je savais qu’elle ne m’en voulait pas

Lorsque je lui dis que j’étais enceinte, elle ne comprit pas que je veuille élever un enfant toute seule, du moins elle ne comprit pas tout de suite puis toute sa sensibilité fit le reste. C’était tout ce qui me restait de lui.

Je ne suis pas restée longtemps à rien faire. J’ai dû déménager (je n’avais pas le choix, je ne faisais plus parti de la grande famille qu’est l’armée) J’ai rapidement trouvé un appartement, près de la plage, au 1er étage, géographiquement toujours à Los Angeles mais plus proche de San Francisco et donc de Myron. Il avait déménagé un peu avant le décès de Johnny. J’avais besoin de lui, de son soutien.

Je voyais souvent Myron, c’est lui qui m’aida à déménager avec Francis et Joany. Ce fut une belle journée même s’il fallait que je prenne sur moi pour ne pas pleurer. Une partie des membres de la base sont passé pour me dire au revoir

Lorsque j’ai fait un dernier tour avant de fermer la porte d’entrée, je me suis mise à pleurer ; j’avais tellement de souvenir dans cette maison. Ca avait été notre 1ère et dernière maison.

Emménager dans mon nouveau chez moi a été pire ; Myron m’a aidé à ranger. C’est là que je suis tombée sur une petite boite qui contenait pleins de choses dont des photos. L’une d’entre elles me laissa perplexe. Nous étions Alex, Myron, Johnny et moi assis dans un bar, nous rigolions et je n’avais aucun souvenir de ce moment. Je retrouvais également ma bague magique, la pierre était noire.

Lorsque ça a été fini, que j’ai refermé la porte derrière lui et que je me suis retrouvée seule, j’ai eu le sentiment d’être perdue, ça faisait 20 jours que je l’avais enterré.

 

Je ne me retrouvais pas sans rien, Johnny m’avait tout laissé dans un testament et il avait souscrit une assurance vie de 20 000$. Cela me permit de changer mes vues ; j’allais reprendre mes études à la rentrée prochaine. En attendant je décidais de demander ma mutation au central, je ne voulais plus prendre aucun risque, Francis le comprit très bien. Le bébé passait désormais avant tout.

L’été était là, Myron était toujours présent pour moi et mon cafard. Le 25 août, je quittais mon travail ; j’eus droit à un pot de départ. Tout le monde a été très sympa, ils m’ont même offert des cadeaux à l’intention du bébé.

Le 1er septembre je me retrouvais sur les bancs de la fac pour entamer des études d’Histoire. Ayant déjà 2 licences (une en droit et une en lettre moderne) que j’avais passé simultanément ; je ne voulais pas recommencer en 1ère année ; mais faire un master…Ca ne m’inspirait pas trop. Je décidais donc de faire une licence d’Histoire d’abord.

Qu’est ce que la vie pouvait être ironique, nous aurions dû nous marier ce jour là !

J’avais quelques années de plus que ces jeunes mais j’avais surtout pas la même maturité ; je n’étais pas là pour m’amuser, je n’avais plus le temps pour ça.

Le 1er jour fut horrible, j’étais perdue, déjà bien ronde, j’avais une sale mine, en fait je faisais peur à voir, j’étais déprimée. Je ne ressemblais pas à ces femmes enceintes épanouies et souriantes.

Je n’avais plus de boulot et je devais en trouver un rapidement ; je ne désirais pas vivre sur mes économie. Mes parents m’avaient bien proposé leur aide mais je tenais à nous assumer tous les 2. Je me suis inscrite pour donner des cours de langue (français - ma mère étaient française- ; espagnol et allemand) et le soir je travaillais dans un restaurant ; j’ai fini par n’y travailler que le week-end car je ne tenais pas le rythme. M. Carpelli était très gentil et il fut très compréhensif avec moi.

Je n’en pouvais plus, j’étais très fatiguée, j’avais l’impression que ça empirait ; ma vie était infernale mais je me disais tous les jours que ça ne pouvait que s’arranger.

 

A la fac, ce n’était pas non plus le Pérou. Je ne parlais à personne, c’était du style chacun pour soi.

Un jour pourtant ; je m’aperçus que j’avais oublié une bonne partie du cours ; j’avais eu du mal à me concentrer. J’abordais une fille, Kelly, jolie blonde, un peu tête en l’air, elle traînait toujours avec un type, apparemment son meilleur ami.

 

DW « Excuse moi, je m’appelle Déborah ; j’aimerai savoir si tu pourrais me prêter ton cours, j’en ai loupé une partie.

KG _ Oui, bien sûr. Moi c’est Kelly. Il n’y a pas de problème pour le cours.

Dav_ Kelly, salut, présente moi donc cette demoiselle… »

 

Je me suis retournée et il m’a reconnu moi et mon ventre.

 

Dav « Pardon, je n’aurais pas du.

DW _ Je suis enceinte, ne fais pas cette tête, ce n’est pas contagieux.

KG  _ Excuse le, il est bête quelque fois. Déborah, voici David.

DW _ Je te rends les cours demain.

KG  _ Ok, il n’y a pas de problème. »

 

A partir de là, Kelly et moi avons commencé à devenir copine. Les mecs ne m’approchaient pas ; pour moi c’étaient des bébés et ils croyaient tous que j’étais une femme mariée.

Un jour où nous étions à la cafétéria, David arriva un peu excité.

 

Dav « Salut les filles.

KG  _ Salut, alors tu t’assoies avec nous ?

Dav _ Non, je n’ai pas le temps ; il faut que je trouve quelqu’un pour m’expliquer mon cours de droit.

DW _ Attend. Si tu veux, je peux essayer de te donner un coup de main. J’ai une licence de droit ; d’accord ça remonte à quelques années mais…Je peux toujours essayer. Tu peux venir chez moi vers les 19 heures. On mange et après on bosse.

Dav _ Ton mari ne va rien dire ? »

 

C’est à ce moment là que je me suis aperçu que j’avais toujours ma bague. Je l’ai fait tourné autour de mon doigt en la regardant.

 

DW « Il n’y a pas de mari.

Dav _ Ok. Bon, si ça ne te dérange pas. Donne moi ton adresse… Merci…A tout à l’heure. »

 

Il arriva pile à l’heure ; il n’avait apparemment eu aucun mal à trouver. J’avais préparé une rapide collation. On discuta un peu. Pendant que je faisais la vaisselle, il regarda un peu l’appartement. Il posa quelques questions sur tous ces types en treillis et plus particulièrement sur ce pilote. Je ne me sentais pas à l’aise pour parler de ma vie. On travailla bien ; je n’avais pas tout perdu de mes connaissances et mon expérience dans la police était un atout.

Kelly, David et moi passions beaucoup de temps ensemble ; en plus de Myron, ils m’aidaient de plus en plus dans mon organisation. J’en étais à 7 mois ; bientôt 8 et j’étais grosse comme une baudruche, une vraie vache. Il me restait 2 mois à tenir.

 

Le 28 novembre 1971, une date mémorable ! Je ne m’étais pas senti bien durant toute la matinée ; je sortais de cours, il devait être 11 heures et c’est alors que je ressentie de violentes douleurs. Je me précipitais aux toilettes et c’est là que je perdis les eaux. J’étais paniquée, ça arrivait trop tôt, bien trop tôt. Je remercie le ciel de ne pas avoir été seule à ce moment là.

 

DW « Kelly ça y est ! Le bébé arrive !

KG  _ Quoi ? !

DW _ Il faut que j’aille à l’hôpital !

KG  _ Ok. Je vais chercher David pour qu’il ramène la voiture.

DW _ Attend ! Tiens mon calepin ; appelle Myron et reviens vite je t’en pris ! »

 

J’étais accrochée aux lavabos et je me tenais le ventre, j’avais mal et j’avais très peur, c’était trop tôt. Kelly revint avec David après un temps qui me sembla durer une éternité. Ils me soutenaient tous les 2 pour aller jusqu’à la voiture. J’avais très peur de mettre mon bébé au monde dans la voiture, sans docteur, que ça se passe mal, que je perde la bébé, que je meure durant l’accouchement, qu’on ait un accident de voiture. J’étais angoissée. Myron arriva en plein travail, il avait tout lâché pour venir. Il était si anxieux que les infirmières le prirent pour le papa. Plus tard, Kelly m’a dit qu’il tournait en rond dans la salle d’attente en se rongeant les ongles.

C’est lui qui a pu venir ensuite. Quand je l’ai vu entrer, ça me fit énormément plaisir ; c’était bizarre que ça soit lui le premier à venir et à voir mon bébé. Pendant cette attente, il avait appelé chez moi et lorsque je fus seule j’appelais Madame Mc Key.

J’avais eu un garçon que je prénommais Jeremy (c’était le 2ème prénom de Johnny) Il faisait 2,5 Kg ; il n’était pas bien gros, c’était un prématuré, il avait 1 mois d’avance. Il passa la semaine qui suivit dans une couveuse.

Myron vint me voir tous les jours ; Francis et Joany vinrent également me voir ainsi que David et Kelly.

 

Lorsque je suis retournée chez moi, j’étais complètement déboussolée, je n’avais aucune expérience des bébés. Myron m’acheta un livre sur le sujet que je dévorais littéralement. Je jonglais entre Jeremy et les cours que Kelly m’apportait très régulièrement. La vie de jeune maman n’était pas de tout repos ; je pouponnais du matin au soir, je n’avais pas beaucoup de temps pour moi et je fis mon baby blues. On me donnait des conseils (maman, madame Mc Key, Joany…) mais c’est là que je ressentis le vide crée par Johnny ; c’est lui qui aurait du être là à mes côtés. Je lui en voulais de nous avoir laissé.

Heureusement, Myron était là, on passait du temps tous les 3 à se baladait, il venait souvent, on aurait pu croire que nous formions une famille mais ce n’était pas le cas. A ce moment là, je ne réfléchissais pas à ça, je pensais seulement à Jeremy. Il était devenu tout mon univers.

Mes parents et Bryan sont venus pour les fêtes de fin d’année, pour pas que je reste seule. Bryan prenait son rôle de tonton très au sérieux et je trouvais ça très mignon. Ruiz me téléphonais également souvent.

Je travaillais mes cours mais pendant que ma famille était là, je me laissais également vivre. J’avais besoin qu’on s’occupe de moi et maman savait si bien le faire. Je ne sortais pas, je ne voulais pas laisser Jeremy. Bryan se fichait de moi en disant que j’étais une vraie mère poule et qu’il fallait que je le laisse respirer.

Nous fûmes gâtés tous les 2 pour Noël. Bryan m’offrit un album remplit de photos de son court séjour à Los Angeles. Madame Mc Key vint également, là encore Jeremy fut gâté.

 

Durant cette courte période je me suis aperçue que j’étais bien enfin et la dernière fois remontait à si longtemps. Myron était allé rejoindre son père pour les fêtes. La rentré ramena tout, le stresse, la vie de fou. Joany me proposa de garder Jeremy ce qui me permit de reprendre les cours. Je voyais souvent Myron après la naissance de Jeremy car j’étais à la maison, mais là je n’avais plus de temps, je passais mon temps à courir, à courir après le temps qui passait trop vite.

Entre les cours, mon travail, Jeremy, j’avais plus de temps et on ne faisait plus que se téléphoner Myron et moi.

Je passais mes 24 ans avec mes parents et Madame Mc Key ; ce fut très familial.

Avant de repartir, Madame Mc Key me dit que ce n’était pas bon à mon âge et avec un bébé à charge de rester seule ; qu’elle comprendrait si je venais à me trouver quelqu’un. Ca me fit quelque peu réfléchir.

Peu de temps après, Myron m’apprit lors d’une de nos conversations téléphoniques qu’il avait rencontré quelqu’un depuis quelques semaines déjà et qu’apparemment ça se passait très bien. Elle s’appelait Sandra.

Ca avait l’air d’être relativement sérieux. Lorsque je raccrochais, ça me fit un choc, je n’en revenais pas, je ne pensais pas que ça me ferait ça d’apprendre une telle nouvelle ; j’avais les larmes aux yeux et une boule dans la gorge. C’était trop tard.

Je savais que je tenais à lui, que je l’aimais, je l’ai toujours su et maintenant que je prenais un peu de temps pour réfléchir à moi, à mes sentiments, je me rendais compte qu’il me manquait, il me manquait tellement mais c’était trop tard. J’aimais repenser à la période après la naissance de Jeremy où l’on passait tout notre temps ensemble. Je me suis finalement dis que je n’avais pas à intervenir alors je ne fis rien ; d’ailleurs qu’aurais je fais ?

2 mois passèrent et puis un jeudi soir, lors d’une déprime plus forte que les autres je craquais et je lui déballais tout. J’appelais chez lui pour tomber sur son répondeur.

 

DW « Myron ? Répond…Alors tu n’es pas là. J’ai besoin de toi. Tu m’avais dit que la prochaine fois tu ne me laisserais pas partir. Me laisse pas cette fois ci, je t’en pris, me laisse pas, je t’aime. »

 

Ce soir là, comme les autres soirs, j’ai couché Jeremy, je l’ai regardé s’endormir ; mon petit lardon. Je suis ensuite allée dans à la salle de bain, je me suis regardée sous toutes les coutures ; j’étais pas mal, j’avais perdu tous mes kilos, je n’avais pas de vergetures, le sein toujours ferme, j’avais besoin de me rassurer. La dernière fois qu’il m’avait vue nue, je n’avais pas eu de bébé et puis je me suis regardé de plus près ; une épilation s’imposait.

Après une bonne heure dans la salle de bain, je suis ensuite allée m’asseoir sur le pallier pour l’attendre. Il était 22h30.

J’étais dans le noir, le temps me parut durer une éternité mais j’étais prête à l’attendre toute la nuit, toute la vie. J’avais très peur qu’il ne vienne pas. C’est vrai que ça faisait déjà un moment que nous 2 c’était censé être fini ; de quel droit je me permettais d’interférer dans sa vie, de croire qu’il allait accourir ? C’était un peu prétentieux de ma part mais j’espérais quand même.

Sur les coups de 2 heures, j’entendis un crissement de pneu, un claquement de portière, quelqu’un montait les marches 4 à 4. Je me suis relevée. C’était lui.

 

LG   « …Dèb

DW _ …J’avais tellement peur que tu ne viennes pas. Que ça soit fini, que…tu ne m’aimes plus.

LG  _ Impossible. »

 

Je me suis jetée dans ses bras et il m’a embrassé. Ce premier baisé avait fait s’envoler toutes mes craintes, mes peurs, mes doutes. Il savait comment me rassurer, comme toujours. Il m’a serré dans ses bras et nous sommes ensuite rentrés. J’étais heureuse, mon cœur faisait des bons dans ma poitrine, j’étais euphorique.

Lorsqu’il m’a allongé sur le lit et qu’il s’est couché sur moi, c’était comme si nos corps ne s’étaient jamais quittés, cette sensation familière était toujours présente.

Je n’ai pas réussi à m’endormir cette nuit là, j’avais trop peur qu’en me réveillant je découvre que ce n’était qu’un rêve. Jeremy m’a tiré du lit il était 6 heures et demi. Je lui ai donné un biberon et je l’ai changé puis je l’ai mis dans son parc pour qu’il joue.

J’ai ensuite préparé le petit déjeuner, je voulais que lorsque Myron se réveille tout soit parfait. J’étais heureuse et la dernière fois ça remontait à si longtemps…

La veille il était sorti avec Sandra et était rentré avec elle après un restaurant. Il avait écouté son répondeur en rentrant; Sandra était là lorsqu’il a entendu mon message. Il n’a rien eu besoin de lui dire. Elle est partie sans un mot. Au fond d’elle même elle le savait déjà. Ce soir là, elle avait comprit ce que c’était ; tout ce qui le retenait d’être pleinement avec elle. C’était moi ; moi qui l’avait toujours inconsciemment ou pas empêché de réussir une relation amoureuse. Il n’a pas cherché à la retenir.

Il a écouté le message plusieurs fois pour être sûr que c’était bien réel et puis…il était venu.

 

 

A suivre                                                                                              Retour

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