Chapitre 35 : Et après ?
Lorsque
nous nous sommes retrouvés dans la rue, je me suis sentie complètement perdue,
je ne connaissais pas Los Angeles, je ne savais pas quoi faire. Ce fut un
moment très déroutant et je suis contente de ne pas avoir été seule à ce moment
là ; je ne sais pas ce que j’aurais fait si Ruiz et Dany n’avaient pas été
là.
Nous
avons pris une chambre dans un hôtel et nous nous sommes un peu reposé. Et puis
j’ai téléphoné à Johnny au Japon. Il avait l’air d’aller, du moins c’est ce qu’il
voulait que je pense et j’avais envie de le croire.
Ce
soir là nous sommes sortis, nous avons mangé en ville ; c’était comme se
réhabituer à la vie civile et c’était plus facile de le faire à 3. Ca nous a
permis de nous changer les idées, de voir du monde.
Nous
n’étions content d’être de retour mais toutes nos conversations tournaient
autour du Vietnam. Nous n’en étions pas encore rentrés.
Nous
nous sommes couchés tard ; nous avions finalement fini la nuit à l’hôtel en
buvant quelques bières et en parlant de nos projets.
Le
lendemain nous nous sommes séparés à la gare routière ; Dany est parti de
son côté ; Ruiz et moi sommes partis du notre. Le trajet en bus a duré
quelques jours, ce fut long mais ça ne me dérangeait pas, je n’étais pas
pressée ; j’avais peur de rentrer.
Se
séparer de Ruiz a été une autre étape. Il était mon meilleur ami.
Arrivée
devant l’immeuble où logeaient mes parents à New York, je l’ai regardé un
certain temps, j’ai respiré profondément et je suis entrée. C’est ma mère qui a
ouvert la porte d’entrée, elle a criée, ne s’attendant pas à me voir avant de
me serrer dans ses bras.
J’étais
contente d’être là, en vie mais je ne ressentais pas toute cette joie, c’était
une situation difficile. Elle parlait beaucoup, posant des questions et ça
m’abrutissait ; je suis finalement allée m’allonger prétextant la fatigue
et elle l’a compris.
Quand
mon frère est arrivé, il s’est précipité vers moi et m’a pris dans ses bras, me
soulevant de terre. Il avait presque 18 ans, une carrure de footballeur et
quasiment 2 tête de plus que moi.
DW
« C’est ding ce que t’a changé. Regarde toi, j’ai quitté un petit garçon
et je retrouve un homme.
BW
_ T’exagère toujours.
DW_
Tu m’as manqué.
Je
lui écrivais très régulièrement, je l’appelait très souvent mais l’avoir avec
moi c’était tellement mieux… Et puis il
y a eu papa. Sa fille était enfin à la maison.
Nous
avons passé la soirée ensemble avant que Bryan et ne réapparaisse qu’au levé du
jour. Ca n’a pas été du goût de mes parents.
J’ai
enfin pu appeler Johnny, je n’avais pas pu l’appeler durant quasiment une
semaine et j’avais besoin d’entendre sa voix et des nouvelles fraîches. J’ai
cru que je n’arriverai pas à avoir la communication mais finalement…
LM « Allô ?
DW _ Johnny ? C’est moi. Comment ça va ?
LM _ Dèb, tu m’as manqué…Y a mieux, j’ai mal,
je me sens seul sans toi. Tu me manques.
DW
_ Tu me manques aussi, mais je sais que dans deux semaines on sera ensemble.
LM _ Ouai. Je pensais pas qu’une semaine sans
entendre ta voix serait si long. On n’a jamais vraiment été séparé.
DW
_ Je sais.
LM
_ Je suppose que tu es de retour chez tes parents. Ca s’est bien passé ?
DW
_ Oui mais... C’est mitigé. Je suis complètement en décalage.
LM _ Si j’étais avec toi je pourrais te
remonter le moral.
DW
_ Ah oui, et comment ? Raconte moi…
LM _ D’abord je te ferais rigoler avec mes
blagues et puis je m’occuperais personnellement de ton cas. Si jamais ça ne te
suffit pas, je te regarderais avec mon regard qui te fait fondre et…Merde,
l’infirmière ; je dois te laisser. Je t’aime.
DW
_ Je t’aime aussi. »
En
raccrochant, je souriais. Ca faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie un
peu plus légère, bien.
Le
lendemain, je me suis réveillée tôt, j’avais fait un cauchemar ; nous y
étions tous restés, tous morts dans la dernière mission, on s’était fait
abattre un par un ; je les avais tous vu se faire tirer dessus et l’hélico
avait été descendu au moment de repartir. J’étais en sueur et il n’était que 6
heures du matin. Je décidais de rester encore au lit mais je n’ai pas réussi à
me rendormir. J’ai entendu mon frère rentrer.
Il
était environ 7 heures et il s’était déjà fait engueuler par papa. Je l’ai
attrapé quand il passait devant ma chambre.
DW
« Bryan, ça va ?
BW
_ D’après toi ?
DW
_ Tu entres ? Tu m’aideras à défaire mon sac ? Allez, s’il te
plait… »
Il
est entré dans ma chambre et j’ai fermé la porte derrière lui.
BW
« Fais voir ton sac.
DW
_ Tu sais bien que je ne t’ai pas demandé de venir pour mon sac.
BW
_ T’es la dernière personne que j’aurais cru capable de faire un sermon après
tout ce que t’a fait.
DW
_ Oui mais moi je ne me faisais jamais prendre et puis tu sais, j’ai changé.
J’ai pris du plomb dans la cervelle comme on dit.
BW
_ T’a pas tant changé que ça, je suis sûr que t’es toujours la même.
DW
_ Là n’est pas la question ; où étais tu ? Les parents se sont
inquiétés, qu’est ce qui se passe ?
BW
_ Rien, j’ai juste envie de m’amuser, de sortir.
Je
n’allais pas lui faire un sermon, j’étais passée par là et puis c’était pas ma
place.
BW
_ T’as pas bonne mine
DW_
Je suis fatiguée c’est tout.
BW
_ Tu devrais dormir alors.
DW_
Je sais mais…
BW
_ …Tu fais dors mal ? Des cauchemars ?
DW_
…Quelque fois
BW
_ …J’ai une question, mais…
DW
_ Ben vas-y, qu’est ce que tu attends ? Tu ne vas pas te gêner avec moi
maintenant. Je t’écoute.
BW
_ Le Vietnam, c’est comment ? »
Je
ne lui avais jamais parlé de ce qui se passait réellement, de ce qu’était réellement
ma vie…Je me suis assise sur mon lit, j’ai soupiré et…
DW
« Le Vietnam…c’est indéfinissable. Je ne sais pas, c’est différent,
comment dire…il n’y a pas le même rythme, pas les mêmes valeurs, la même vie.
Un pays tout en contraste. C’est laid à cause de cette guerre, j’ai vu tant de
copains crever. Je regrette seulement de ne pas avoir vu toutes ses beauté,
voir ce que ça a été avant la guerre. Les gens crèvent de faim, on ne peut pas
le décrire, il faut y être allé, l’avoir vu. »
J’avais
une boule dans la gorge, j’avais envie de pleurer. J’étais heureuse qu’il n’y
ait pas été. On a commencé à défaire mon sac ; c’est là que Bryan est
tombé sur la photo de Myron et moi.
BW
« Alors c’est lui le fameux Johnny.
DW
_ Non, lui c’est Myron, mon lieutenant. Tiens, voilà une photo de Johnny.
BW
_ Et, lequel est…l’officiel ?
DW _ C’est Johnny, John Mc
Key.
BW
_ Ta dernière lettre nous annonçait ton retour, et eux deux?
DW
_ Myron est encore là-bas, Johnny quant à lui est à Tokyo ; il a été
blessé lors de la dernière mission.
BW
_ C’est grave ?
DW
_ …Non mais…je ne sais pas. Il a été blessé à la jambe et…
BW
_ …Ne t’inquiète pas. »
Mes
peurs, mes angoisses sont sortis d’un coup et j’ai éclaté en sanglot. Il
s’était assis à côté de moi et m’avait pris par les épaules.
BW « Ca ira, vous vivrez heureux, vous
aurez beaucoup d’enfants…Pourquoi tu fais cette tête ?
DW
_ Des enfants…un bébé…je ne sais plus…Telle que tu me vois, je devrais faire 10
Kg de plus et accoucher dans 2 mois.
BW
_ Quoi ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit ?
DW
_ Tu voulais que je te l’écrive ? Et ben moi pas.
BW
_ Je suis désolée, ce n’est pas ce que je voulais dire. Ca n’a pas du être
facile.
DW
_ C’était notre bébé à Myron et à moi. Johnny l’a très mal pris, je l’ai
énormément blessé mais il a su me pardonner. »
Nous
sommes restés silencieux.
DW
« Je n’avais pas le choix, je n’étais pas prête, je ne suis pas prête, ce
n’était pas le bon moment.
BW
_ Tu n’as pas à te justifier. »
Il
m’a prit dans ses bras. C’était la 1ère fois que j’en parlais ;
bien sûr, Ruiz et les autres devaient s’en douter mais ils n’y avaient jamais
fait mention.
Lorsque
Bryan m’a laissé seule, je me suis recouchée et j’ai réfléchi en regardant le
plafond.
Nous
avons pris le repas de midi tous les 4, en famille. Ca faisait longtemps que
nous ne nous étions pas tous retrouvés ensemble pour prendre un repas et
c’était agréable ; ça nous ramena au bon vieux temps.
Après
le repas, je désirais sortir, voir du monde, me balader dans New York et c’est
là que je me suis aperçu que je n’avais personne à appeler. Un des filles les plus
populaires du lycée qui n’avait personne à appeler, ça en aurait fait rire plus
d’un.
Je
me suis dirigée vers le musé Guggenheim, c’était mon préféré et ce depuis une
visite scolaire. Le vieux gardien Victor m’a reconnu ; nous avons un peu
discuté. 3 heures plus tard, j’en sortais.
Je
n’avais qu’une envie, voir Ruiz, lui parler. J’ai alors pris la direction du
Bronx. Lorsque j’ai frappé chez lui, une femme d’âge mûr m’a ouvert ; ça
devait être sa mère.
MR «! Quien es?
DW _ Hola, busco Ruiz,
Alberto. Me llamo Deborah Wilson.
MR
_ Esta el café de enfrente.
DW _ Muchas Gracias. Asta luego. »
J’ai
traversé la rue et je suis entrée dans le bar ; tout le monde s’est
retourné, je n’étais pas une habituée ni du bar, encore moins du quartier.
Ruiz
était en grande conversation avec un type, il me tournait le dos. Je
l’observais, je ne savais pas si je devais y aller et je me sentais très bête.
Lorsqu’il s’est enfin retourné et qu’il m’a vu, il a planté son copain.
AR
« Qu’est ce que tu fais là ?
DW
_ Je ne sais pas.
AR _ Toi ça ne va pas. Ok, attends moi. »
Les
nanas du bar me regardaient bizarrement ; l’air de dire, qu’est ce qu’elle
veut à nos mecs ?
Nous
sommes partis et nous nous sommes installés dans un parc ; nous étions
tranquilles (comme dans la réserve d’arme)
AR « Allez, maintenant dis moi ce qui ne
va pas.
DW
_ Rien, enfin j’ai l’impression que rien ne va.
AR _ Raconte moi.
DW
_ Je ne sais pas, le retour est moyen ; ils sont si contents et moi j’ai
l’impression d’être vide. Je n’ai plus de marques
AR _ T’a changé, on ne peut pas ressortir
indemne d’une guerre.
DW
_ Je sais mais, je croyais…Je ne sais pas ce que je croyais ; et puis je
n’ai plus l’habitude d’être seul, de…, Johnny me manque.
AR _ Je sais, et t’es venu, t’a bien fait.
Allez viens, je vais te faire visiter le coin. »
Nous
avons passé la journée ensemble et puis le moment de se quitter est arrivé.
DW
_ Je vais y aller. Je dois préparer mon déménagement.
AR _ Los Angeles, tu vas être loin.
DW
_ Oui mais ne t’inquiètes pas, on ne se perdra pas.
AR _ Je le sais. »
Ce
soir là, j’ai discuté avec ma mère. Je leur ai annoncé que je déménageais pour
Los Angeles. Bizarrement ils n’ont rien dit. Ma mère m’a simplement dis que ça
faisait déjà plus de 4 ans que je n’habitais plus à la maison.
J’ai
passé le reste de la semaine à organiser mon déménagement ; je n’avais
qu’une certitude à ce moment, c’est que je voulais être avec Johnny.
Bryan
est venu avec moi pour Los Angeles. Nous avons loué un camion de déménagement
et nous avons pris la route. Je ne voulais pas faire le trajet toute seule et
mes parents avaient tenu à se que je l’emmène histoire qu’il s’éloigne un peu.
Le
trajet se passa très bien, se fut long mais nous avons pu discuter ;
renouer. J’appelais Johnny tous les jours et j’avais l’impression qu’il allait
mieux, même si je savais qu’il commençait à prendre conscience que tout ne
serait plus comme avant. Pourrait il piloter après ? On n’en savait encore
rien.
C’est
moi qui suis allée le chercher à l’aéroport de Los Angeles 2 jours après notre
arrivée, je devais attendre dans le hall. J’étais tendue, je me demandais
comment il allait être. C’est là que je l’ai vu arriver, il était debout, bien
sûr il avait une canne mais il était debout ; pas de fauteuil roulant.
Quand je l’ai vu, je me suis tout à coup sentie revivre. Ca allait aller, je le
savais. Je me suis jetée dans ses bras, je le dévorais ; il m’avait tant
manqué, c’était la première fois que nous étions séparés depuis que nous nous
connaissions et ça avait été dur. J’avais eu envie de le rejoindre au Japon
mais je m’étais raisonnée. Quand il m’a pris dans ses bras, je me suis blottie
tout contre lui ; j’ai apprécié ce moment, je retrouvais enfin son odeur.
Je
l’ai vite ramené au motel, Bryan nous attendait et j’étais un peu anxieuse.
Ajouté à cela le fait que nous devions trouver un appartement…
A
la 1ère poignée de main, le courant passa tout de suite entre Bryan
et Johnny, il n’y avait aucune gêne entre eux ; je crois que ce qui les a
rapproché c’est qu’ils pouvaient être aussi gamin l’un que l’autre en fin de
compte.
C’était
la 1ère visite de Bryan sur la côte Ouest et nous avons donc passé
du temps à visiter la ville « Hollywood Boulevard, Malibu… » après
que nous ayons trouvé notre appartement. Une chambre, un salon, une cuisine,
une salle de bain. Nous n’avions pas besoin de beaucoup plus.
Après
avoir trouvé notre appartement nous en avons bien profité, c’était génial, nous
avons fait plein de photos, c’était comme si nous étions en vacance, nous
profitions du temps présent, carpe diem.
Trois
jours après avoir enfin emménagé, nous repartions, il fallait ramener le camion
et donc retour à New York.
Nous
avons pris la route 66 et hop ! C’est une période que j’apprécie particulièrement,
ça me faisait penser au livre de Kerouac. C’est là que je me suis aperçu que
plus nous approchions de New York et plus Johnny était nerveux, il me posait
beaucoup de question sur mes parents, pour mieux les connaître et éviter de
faire des impairs. Je ne comprenais pas pourquoi il était si nerveux.
J’avais
beaucoup parlé de Johnny à ma mère au téléphone ou dans mes lettres et elle
était très impatiente. D’entré de jeu, elle me glissa à l’oreille qu’elle le
trouvait charmant ; en fait il lui avait tapé dans l’œil. Pour mon père,
je m’attendais à ce qu’il ait plus de réserve, mais non. Ce qui mit Johnny mal
à l’aise c’est qu’en fin de compte, papa se souvenait parfaitement de lui.
C’est là que je me suis aperçu qu’ils n’étaient pas si différents l’un de
l’autre. Nous sommes restés une petite semaine avant de repartir en train.
Durant
ce court séjour, je l’ai traîné jusqu’à « mon musée », ça faisait
bizarre de dire ça. Mon musée. Je l’appelais ainsi depuis que j’y étais allée
en 6ème. J’en ai également profité pour aller voir Ruiz ;
c’était le moment où jamais. Bizarrement, ils avaient un peu gardé les mêmes
rapports qu’au Vietnam.
Lorsque
nous sommes finalement rentés à Los Angeles ; j’ai eu une surprise. Johnny
avait pensé à mon anniversaire et il nous organisa une soirée en amoureux. Il
m’avait envoyé acheter un truc et quand je suis revenue ; il avait
transformé l’appartement. Il avait mis des bougies partout, une musique de fond
notre chanson « Sittin of the dock of the bay » et il avait cuisiné.
Ca me rappela le « repas surprise » qu’il m’avait cuisiné à Saigon.
Je ne comprenais pas comment il pouvait être si romantique et paraître pour le
reste du monde si différent. 22 ans, j’avais 22 ans en 1969. Il y a 2 ans, je
partais pour le Vietnam. Je n’aurais jamais cru que ça changerait autant ma
vie.
Je
reçus des lettres dont une de Myron ; il ne m’avait pas oublié et ça me
fit plaisir.
Madame
Mc Key nous téléphonait également très souvent ; elle voulait nous voir,
me voir. On accepta finalement après qu’on eu enfin trouvé une voiture à
acheter. Là encore, le trajet ne fut pas de tout repos. Cette fois-ci c’était à
moi d’être sur des charbons ardents, et si je ne leur plaisais pas ? Mais
toutes mes craintes furent balayées par la surprise de Johnny. Nous étions dans
la petite ville de Topeka dans le Kansas, nous prenions un repas quand il est
tout à coup parti. Il m’a laissé en plan. Je n’ai pas compris, je me disais
qu’il allait aux toilettes mais non, il est sorti. Il a traversé la rue pour
rentrer dans un magasin. Je regardais par la fenêtre ce qu’il faisait. Il est
ensuite revenu avec un air triomphant et quelque chose dans une main.
Je
ne savais pas ce qu’il trafiquait jusqu’à ce qu’il s’agenouille devant moi. La
salle entière s’était tue ; je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas
où me mettre je crois que j’étais cramoisie. Il m’a alors pris la main. Je
buvais ses paroles, j’attendais la question, je m’entends encore lui répondre
OUI. Simplement. C’est là qu’il m’a passé une bague au doigt ; une en toc
avec une pierre magique, une pour les petites filles. On m’a toujours dit que
ça ne marchait pas, n’empêche que ce jour là, elle était bleue. Il m’a ensuite
dit qu’il m’en achèterait une vrai mais moi je m’en foutais, je l’avais lui, je
ne voulais qu’une chose, c’est qu’il m’embrasse.
Nous
avons ensuite repris la route pour l’Indiana.
Les
quelques jours que nous avons passés chez sa mère furent très agréables. Je
leur fis bonne impression comme on dit. J’ai rencontré son frère Eddy et sa
belle sœur Sara ; ainsi que leurs enfants Bobby et Mary. Ce furent les 1ères
personnes à qui l’ont annonça que nous allions nous marier. Madame Mc Key en
eut les larmes aux yeux ; c’était une femme adorable. Avant de partir,
elle me prit à part, et elle me dit que j’étais faites pour son Johnny, ça
m’émut beaucoup. Je lui dis que dès que nous serions un peu plus organisés,
elle serait la bienvenue chez nous.
Elle
avait été fantastique, elle me donnait des conseils, elle était très gentille,
une vraie mère poule. J’étais jeune et elle voulait me transmettre son
expérience.
Après
ça, tout a changé.
Il
était temps de prendre notre vie en main, on ne pouvait pas vivre dans un rêve
toute notre vie. Il fallait se mettre en quête de notre avenir.
J’avais
des envies très différentes, la police m’attirait, l’enseignement également.
Dans le 2ème cas, il faudrait que je reprenne mes études et l’année
était déjà bien entamée donc le destin se chargeait de choisir pour moi. Il n’y
avait pas de logique derrière tout ça.
Plusieurs
cessions par an étaient organisées pour rentrer dans la police et ma licence en
droit me permettait de m’y inscrire en tant qu’officier. C’est ce que je fis.
J’avais recommencé à m’entraîner, je courais tous les matins.
Je
dus passer des tests, physiques, psychologiques et de connaissance ainsi qu’une
visite médicale. Tout se passa bien. Il y avait peu de femme et comme nous
étions divisés en petits groupes, je me suis retrouvée la seule du mien. Je
crois que le plus drôle fut le moment où nous avons commencé le maniement des
armes. Tous en avaient une, moi pas. Ils se marraient jusqu’à ce qu’ils
s’aperçoivent que je tirais mieux qu’eux. Ca leur a fermé leur clapé et moi ça
m’a fait plaisir, on peut dire que je souriais intérieurement.
Après
la formation de 4 mois, nous avons été affecté dans une brigade. Je me souviens
lorsque j’ai revêtu mon uniforme pour la 1ère fois. Johnny m’a pris
en photo. Il était fier de moi ; il m’avait soutenu tout le long et
c’était très important pour moi. On m’a affecté un équipier : Francis, il
avait une 15aine d’années de plus que moi et de l’expérience ; ce qui
n’empêcha pas notre entente d’être quasiment immédiate.
Johnny
de son côté cherchait un job en tant que pilote. Il avait postulé dans divers
endroits mais peu de monde avait confiance dans un pilote revenant du Vietnam.
Un type lui expliqua qu’une fois son entreprise avait engagé un type comme
Johnny et que lors d’une simple sortie ce gars avait cru revenir sous les
bombes. Il avait perdu pied et avait failli se crasher.
Il
trouva quand même une place, dans une station de radio ; il pilotait et
faisait le point sur la situation autoroutière. Rapidement il n’en puis plus.
Je voyais bien qu’il n’y prenait aucun plaisir.
Rad « Alors John ? La situation ?
LM
_ Et bien, sur l’A19 il y a un bouchon d’1 Km dû à un accident. Excepté ça, pas
de problème, la situation est fluide.
Rad _ Merci John. Et maintenant de la musique rien que pour vous, les 4
Tops avec « Reach out I’ll be there »
Cette
chanson ramena Johnny en arrière. Il se revoyait avant la dernière mission,
volant en raz motte au dessus d’un briefing, la musique à fond pour ensuite se
faire engueuler par Brewster.
LM
« Willy, ça ne va pas, je ne peux plus continuer.
Rad
_ Qu’est ce qu’il y a ? Y a un problème ?
LM
_ Je ne peux pas piloter comme ça. C’est comme demander à un pilote d’essai de
conduire un camion…Il me faut piloter à fond, à ras les pâquerettes. J’ai
besoin d’adrénaline.
Rad
_ Ok ; si t’es sûr de toi, passe prendre ton chèque ce soir. »
La
suite s’est enchaînée, Johnny a fait une demande pour réintégrer l’armée comme
instructeur. Il a beaucoup travaillé sa mobilité et il n’avait plus besoin de
canne. Ce fut accepté. Nous avons déménagé pour une base ; encore. Johnny
était ravi, il volait sur les mêmes appareils qu’au Vietnam et aimait dire à
ses élèves de ne pas faire tout ce que lui même adorait faire. Une bonne partie
des hommes qu’il formait, voulaient partir pour le Vietnam et connaître le
grand frisson. Ils étaient sûr d’eux, un peu comme Johnny au début. Ils se
prenaient pour des tombeurs et les filles aux alentours ne les auraient pas
contredits, elles voulaient toutes se taper exclusivement des pilotes.
L’armée
est une grande famille et j’ai du m’adapter. Je ne ressemblais pas aux sages
épouses de militaires, nous n’étions même pas mariés. Beaucoup de femmes ne
travaillaient pas, ne vivaient que pour leur petit mari et leurs enfants alors
que moi je travaillais, de plus, je faisais un boulot d’homme. Ce ne fut pas
évident, d’autant qu’il m’apprenait à piloter. Nous sortions beaucoup.
J’essayais de faire un effort, plus pour lui que pour moi d’ailleurs mais bon.
J’assistais à leurs fêtes de fin de formation mais c’était tout.
Ma
vie me convenait parfaitement, j’avais l’impression de tenir mon destin entre
mes mains, de tout contrôler. J’étais comblée, très occupée, j’avais mon
travail, mon p’tit mari, mon mariage à préparer. Nous avions enfin choisi une
date : le 1er septembre 1971. Ca nous laissait environ un an
pour tout organiser nous pensions que c’était suffisant. Du moins je
l’espérais.
J’étais
bien, aux anges, je souriais tout le temps, même si j’avais l’impression d’être
tout le temps débordée. J’entretenais une grande correspondance avec de
nombreuses personnes, Ruiz travaillait dans le bâtiment, Marvin prenait des
cours à l’université, Taylor était rentré depuis quelques semaines mais je ne
savais pas réellement ce qu’il faisait, William enfin : il était rentré un
mois après moi. Il avait appris qu’il serait définitivement aveugle. Il n’avait
pas prévenu ses parents. A la descente du bus il les avait attendu assis sur un
banc. En entendant son nom, il s’est levé a tourné la tête dans la direction
d’où venait le bruit. Son père comprit tout de suite et sa mère éclata en
sanglot. Il mit du temps à s’adapter et il fit plus d’une chute mais il était
chez lui. Il n’avait pas besoin de ses yeux pour connaître le moindre pouce de
terrain de la ferme et il a fini par retrouver ses marques. Nous nous
téléphonions une fois par mois et c’est lors d’un de ces coups de fil qu’il
m’annonça qu’il avait rencontré une fille. Il semblait accro.
Myron
était toujours là-bas, il me donnait des nouvelles du sergent, de Doc. Hoc, il
en avait encore pour un an.
Dany
enfin travaillait dans une mine, je ne sais pas s’il allait vraiment bien.
Au
mois de janvier je posais une demie journée de congé ; je voulais
accueillir Myron à son retour. Il me l’avait annoncé dans sa dernière lettre et
il me semblait normal d’aller le chercher. J’étais anxieuse, excité et lorsque
j’ai vu ces types descendre de l’avion mon regard s’est mis à scruter tous ces
visages un par un. Et puis je l’ai vu. Ce fut un gros soulagement, il était de
retour et en un seul morceau. Je me suis jetée dans ses bras, c’est là que les
types autour se sont mis à siffler. Ils croyaient que j’étais la tendre et
compréhensive petite amie qui avait patiemment attendu son héros à la maison.
J’étais ravie de le retrouver mais ça m’a fait bizarre de nous retrouver tous
les 3 à la maison. Quand ils se sont retrouvés face à face, je les ai regardé
tous les 2, c’était étrange comme sentiment. Il est resté dormir une nuit,
j’avais préparé le canapé et nous avons insisté pour qu’il reste. Le lendemain
je lui ai fait voir comme je pilotais, j’étais très fier de moi, Johnny
également. Je l’ai ensuite amené à la gare ; il a pris la direction du New
Jersey, il allait retrouver son père.
Après
ça, la vie a continuée, je ne voyais plus trop de monde, nous n’avions plus de
temps et ils étaient loin. J’essayais de leur téléphoner régulièrement ;
Bryan était revenu dans le droit chemin. Papa et maman demandaient souvent
qu’on aille les voir mais il fallait du temps et de l’argent. Maman était très
impatiente en ce qui concerne le mariage ; lorsque nous leur avons
annoncé, ils ont tout d’abord cru que j’étais enceinte, mais non.
Johnny
avait prévu quelque chose pour mon anniversaire ; c’est là que je me suis
aperçu qu’une année était déjà passée. Le temps passait vite, trop vite. Je
suis tombée de haut, je croyais que nous faisions un petit voyage romantique
tous les 2 car il m’avait ramené à Topeka. Là il avait prévu une chambre dans
un motel, je me suis changée, mise sur mon trente et un et il m’a traîné
jusqu’à une salle des fête. Il m’avait bandé les yeux et lorsqu’il me l’a
enlevé, surprise ! Je n’en revenais pas, il y avait tout le monde :
mes parents et Bryan, la famille de Johnny, Ruiz et Susanna, Marvin et
Eléonore, Marcus, Dany et Sandra, William et Lily, Myron et Cynthia (une
infirmière, comme quoi il y a des choses qui ne changent pas), Baker, Horn,
Francis, Joany et leurs enfants, ma copine Diane, des collègues de Johnny et
des collègues à moi. Ce fut magnifique, le meilleur anniversaire et la plus
mémorable cuite.
Le
retour fut dur.
Quelques
temps plus tard je ressentis quelques changements ; j’étais barbouillée,
je reconnus les fameux malaises matinaux pour les avoir déjà connus. Ca avait
dû arriver au moment de mon anniversaire ; j’avais du oublier ma pilule.
Mon
gynéco me confirma mes soupçons par téléphone un mardi matin. J’étais si
excitée, et si impatiente qu’il fallait que je le dise à quelqu’un, ce fut
Francis. J’étais heureuse ; ce n’était pas prévu mais je savais que Johnny
le prendrait bien. Je m’imaginais déjà en train de lui annoncer le soir autour
d’un repas mais tout ne devais pas se passer comme ça.
Pol
« Officier Wilson, un appel pour vous. Ca semble urgent. »
J’ai
trouvé ça bizarre mais rien n’aurait pu m’enlever ma bonne humeur.
DW
« Wilson à l’appareil ?
CR _ Mademoiselle Wilson, commandant Rupert à
l’appareil. »
Je
ne faisais pas le lien, je ne comprenais pas.
DW
« Oui ? Excusez moi, je ne comprends pas.
CR _ Je vous appelle car il y a eu un accident
à la base impliquant le lieutenant Mc Key. »
J’avais
comprit mais je ne voulais pas entendre la suite, j’avais peur de demander.
DW
« Comment ça un accident ?
CR _ Le lieutenant Mc Key s’est crashé sur…
DW
_ Où est il ?
CR _ A l’hôpital militaire. »
J’ai
violemment raccroché, je ne pensais qu’à Johnny et je tremblais. Je ne me
rendais pas compte que je criais au téléphone. Tous mes collègues s’étaient
arrêtés de travailler, ils attendaient en écoutant. Il régnait un silence de
mort. Francis s’est approché, j’étais en larme. Il a posé une main sur mon
épaule. C’est lui qui m’a accompagné ; je n’étais pas en état de conduire,
ni de faire quoi que ce soit. Nous avons traversé toute la ville avec le
gyrophare.
Quand
nous sommes arrivés, je suis rentrée comme une furie ; j’ai bousculé tous
ceux qui étaient sur mon chemin. Le commandant Rupert parlait devant la porte
avec un médecin, je ne me suis pas arrêtée, je suis entrée.
Lorsque
je l’ai vu, j’ai eu un haut le cœur ; il était brûlé au 3ème
degré sur plus de 80% du corps. Il avait les 2 jambes brisées ainsi que
quelques côtes de cassées. Il avait du mal à respirer ; on ne
reconnaissait que ses yeux bleus.
DW
« Johnny »
Il
a tourné la tête.
LM
« …Dèb »
Je
n’avais qu’une envie c’était de pleurer mais j’ai pris sur moi.
DW
« Ne dis rien, t’as encore voulu faire le malin. De toute façon, je te
préviens que l’hélico pour toi c’est fini ; je t’interdis de
reprendre. »
Il
a secoué la tête l’air de dire que tout était fini et ça m’a fait paniquer.
DW
« Je t’interdis d’abandonner ! Tu n’as pas le droit ! »
Je
commençais à pleurer puis je me suis reprise ; j’ai essuyé mes larmes d’un
revers de la manche et je me suis forcée à sourire.
DW
« De toute façon, tu ne peux pas abandonner parce que d’ici environ 7 mois
on sera 3. »
Il
a souri, il s’est mis à pleurer ; je voyais que ça lui faisait mal, ça
devait le brûler, la peau devait tirer et je ne pouvais rien pour lui. J’ai lu
de la peine dans ses yeux parce qu’il savait qu’il ne serait pas là pour
m’aider à élever notre enfant.
LM
« Je ne vous laisserai pas… Je t’aime tellement.
DW
_ Je t’aime aussi. »
Ils
l’ont ensuite mis sous respirateur, on ne pouvait plus se parler mais je ne le
quittais pas des yeux. Il est mort ½ heures plus tard. Ils ont tenté de le
réanimer mais rien n’y a fait. Je voyais son corps animé seulement par les
soubresauts lorsqu’ils le choquaient. Les docteurs et infirmières m’ont poussé
pendant qu’ils essayaient de le ramener. Je pleurais, je criais pour qu’on me
laisse auprès de lui mais Francis me maintenait par la taille.
Une
infirmière me donna un léger sédatif ; calmée par cette drogue je me
laissais glisser le long du mur où je continuais à pleurer en silence.
Je
ne comprenais pas, c’était un excellent pilote ; il s’était fait descendre
une fois au Vietnam mais il s’en était sorti. Je ne comprenais pas, ça n’aurait
pas dû arriver, il aurait dû s’en sortir, il ne pouvait plus rien nous arriver,
nous n’étions plus au Vietnam, la guerre était finie pour nous. Je ne
comprenais pas, c’était censé être un des plus beaux jours de notre vie,
j’aurai dû lui annoncer la naissance de notre bébé ce soir là.
Je
ne comprenais pas, je ne comprenais plus.
Je
voyais les gens passer autour de nous et ils avaient l’air de me regarder avec tant
de pitié, et moi je n’en voulais pas de leur pitié.
Lorsque
je suis sortie de ma léthargie…
DW
« Il faut que j’appelle Madame Mc Key.
Fra _ Tu devrais peut être le faire plus tard et
te reposer ; si tu veux je le fais à ta place.
DW
_ Non, il faut que je le fasse. »
Je
m’y suis reprise à 3 fois pour composer son numéro ; ça a été très dur.
Lorsque je lui ai dit, ma voix tremblait ; nous avons toutes les 2 pleuré
au téléphone. Je lui ai dit que je la rappellerais pour les obsèques.
J’ai
ensuite appelé chez moi, je voulais parler à maman mais elle n’était pas là. Je
ne me voyais pas raccrocher comme ça alors j’ai laissé un message, irréel.
DW
« Maman c’est Déborah, je vous appelle parce qu’il y a eu un accident.
Johnny est décédé, j’aurais voulu parler à quelqu’un mais… »
J’ai
raccroché, je crois que j’aurais été incapable d’ajouter quelque chose.
Le
lundi 20 juin à 11 heures du matin, on l’enterrait au cimetière militaire de Los Angeles et ils étaient tous là. Ma
mère était là depuis vendredi et elle s’occupait de tout à la maison pendant
que je passais mon temps à traîner en jogging. Madame Mc Key est arrivée la
veille, les autres sont tous venus lundi très tôt.
Durant
l’office je serrais la main de Madame Mc Key et c’est à elle qu’ils remirent le
drapeau, je n’étais rien, juste sa fiancée, je n’eus droit à rien.
C’est
Myron qui prononça l’éloge funèbre, Johnny l’avait fait pour lui lors du décès
d’Alex et là il le faisait pour moi maintenant. Le pire furent les coups de
feu, j’en avais tellement entendu mais ceux là, c’était différent ; chaque
tir me fit sursauter.
Après
l’enterrement, tout le monde vint à la maison ; ma mère s’activait pour
servir les personnes présentes. Je ne sais pas comment Madame Mc Key faisait
pour paraître si digne, moi j’avais l’air en décomposition.
En
plus de nos amis, je crois que toute la base a dû défiler sous mon toit
(certains étaient si hypocrites, ils ne nous aimaient pas, ils désapprouvaient
notre mode de vie et ils étaient là, quant aux autres, je savais qu’une enquête
était en cours pour savoir ce qui c’était passé) J’ai cru que ça n’en finirait
jamais. J’ai été reconnaissante que certains se soient déplacés de loin mais
j’attendais qu’une chose, c’est qu’ils partent. Ils sont finalement quasiment
tous partis en fin d’après midi.
Madame
Mc Key a tenu à partir ce jour là. Je lui ai dis que j’étais enceinte et
qu’elle serait bientôt grand-mère et surtout que je tenais à ce qu’elle ait un
rôle dans sa vie.
Seuls
ma mère et Myron sont restés un peu plus longtemps. Ma mère rangeait la maison
tout en discutant avec Myron. Elle s’entendait bien avec lui. Je m’étais
éclipsée pour être seule, me passer un peu d’eau sur le visage. Je suis entrée
dans la salle de bain, j’ai poussé le verrou et d’un coup le silence m’a
envahi. J’étais appuyée contre la porte, « profitant de cet instant »
Je me suis approchée du lavabo, je me suis passé de l’eau sur le visage et je
me suis séchée. Et c’est là, en me redressant que j’ai aperçu mon reflet dans
le miroir. J’y ai vu tout ce que j’avais perdu, tout ce que j’aurais dû avoir.
J’y avais droit et ça me mis dans une rage folle. D’un geste, je balayais
l’étagère et je jetais contre le mur tout ce qui me tombait sous la main. J’ai
fini par casser le miroir avec mon poing. Je ne supportais plus de le voir, de
me voir. Myron est entré à ce moment là. Il m’a attrapé le poignet, ça m’a
stoppé net. J’avais la main en sang et je ne sentais rien. Je ne l’avais pas
entendu taper à la porte, encore moins la défoncer. Il n’a rien dit, m’a passé
la main sous l’eau et l’a entouré dans une serviette éponge en guise de
pansement.
DW
« Myron, j’y avais droit, je voulais juste être heureuse »
Ma
mère était dans l’encadrement de la porte, elle me regardait, impuissante, les
larmes aux yeux. Myron m’a alors pris dans ses bras tout en me caressant les
cheveux.
LG « Ca va aller.
DW
_ J’avais presque réussi, c’était presque parfait. »
Myron
est parti vers les 20 heures.
DW
« Je te remercie d’être restée un peu plus.
LG _ Il n’y a pas de quoi. Tu sais que tu n’as
qu’à m’appeler et j’accours.
DW
_ Myron, je suis enceinte.
LG _ …Qu’est ce que tu vas faire ?
DW
_ Je vais le garder.
LG _ Alors félicitation.
DW
_ Je lui ai dit avant qu’il ne meure ; si tu avais pu voir sa joie… Pars
avant que je te demande de rester.
LG _ Je t’appelle demain. »
Je
l’ai regardé partir ; j’ai pensé que je ne voulais pas perdre le bébé de
Johnny comme j’avais perdu le sien. Quelque part je m’en voulais « d’avoir
perdu l’enfant » de l’homme que j’aimais.
Ma
mère a résisté encore quelques jours avant que mon attitude ne la mette
dehors ; je savais qu’elle ne m’en voulait pas
Lorsque
je lui dis que j’étais enceinte, elle ne comprit pas que je veuille élever un
enfant toute seule, du moins elle ne comprit pas tout de suite puis toute sa
sensibilité fit le reste. C’était tout ce qui me restait de lui.
Je
ne suis pas restée longtemps à rien faire. J’ai dû déménager (je n’avais pas le
choix, je ne faisais plus parti de la grande famille qu’est l’armée) J’ai
rapidement trouvé un appartement, près de la plage, au 1er étage,
géographiquement toujours à Los Angeles mais plus proche de San Francisco et
donc de Myron. Il avait déménagé un peu avant le décès de Johnny. J’avais
besoin de lui, de son soutien.
Je
voyais souvent Myron, c’est lui qui m’aida à déménager avec Francis et Joany.
Ce fut une belle journée même s’il fallait que je prenne sur moi pour ne pas
pleurer. Une partie des membres de la base sont passé pour me dire au revoir
Lorsque
j’ai fait un dernier tour avant de fermer la porte d’entrée, je me suis mise à
pleurer ; j’avais tellement de souvenir dans cette maison. Ca avait été
notre 1ère et dernière maison.
Emménager
dans mon nouveau chez moi a été pire ; Myron m’a aidé à ranger. C’est là
que je suis tombée sur une petite boite qui contenait pleins de choses dont des
photos. L’une d’entre elles me laissa perplexe. Nous étions Alex, Myron, Johnny
et moi assis dans un bar, nous rigolions et je n’avais aucun souvenir de ce
moment. Je retrouvais également ma bague magique, la pierre était noire.
Lorsque
ça a été fini, que j’ai refermé la porte derrière lui et que je me suis
retrouvée seule, j’ai eu le sentiment d’être perdue, ça faisait 20 jours que je
l’avais enterré.
Je
ne me retrouvais pas sans rien, Johnny m’avait tout laissé dans un testament et
il avait souscrit une assurance vie de 20 000$. Cela me permit de changer
mes vues ; j’allais reprendre mes études à la rentrée prochaine. En
attendant je décidais de demander ma mutation au central, je ne voulais plus
prendre aucun risque, Francis le comprit très bien. Le bébé passait désormais
avant tout.
L’été
était là, Myron était toujours présent pour moi et mon cafard. Le 25 août, je
quittais mon travail ; j’eus droit à un pot de départ. Tout le monde a été
très sympa, ils m’ont même offert des cadeaux à l’intention du bébé.
Le
1er septembre je me retrouvais sur les bancs de la fac pour entamer
des études d’Histoire. Ayant déjà 2 licences (une en droit et une en lettre
moderne) que j’avais passé simultanément ; je ne voulais pas recommencer
en 1ère année ; mais faire un master…Ca ne m’inspirait pas
trop. Je décidais donc de faire une licence d’Histoire d’abord.
Qu’est
ce que la vie pouvait être ironique, nous aurions dû nous marier ce jour
là !
J’avais
quelques années de plus que ces jeunes mais j’avais surtout pas la même
maturité ; je n’étais pas là pour m’amuser, je n’avais plus le temps pour
ça.
Le
1er jour fut horrible, j’étais perdue, déjà bien ronde, j’avais une
sale mine, en fait je faisais peur à voir, j’étais déprimée. Je ne ressemblais
pas à ces femmes enceintes épanouies et souriantes.
Je
n’avais plus de boulot et je devais en trouver un rapidement ; je ne
désirais pas vivre sur mes économie. Mes parents m’avaient bien proposé leur
aide mais je tenais à nous assumer tous les 2. Je me suis inscrite pour donner
des cours de langue (français - ma mère étaient française- ; espagnol et
allemand) et le soir je travaillais dans un restaurant ; j’ai fini par n’y
travailler que le week-end car je ne tenais pas le rythme. M. Carpelli était
très gentil et il fut très compréhensif avec moi.
Je
n’en pouvais plus, j’étais très fatiguée, j’avais l’impression que ça
empirait ; ma vie était infernale mais je me disais tous les jours que ça
ne pouvait que s’arranger.
A
la fac, ce n’était pas non plus le Pérou. Je ne parlais à personne, c’était du
style chacun pour soi.
Un
jour pourtant ; je m’aperçus que j’avais oublié une bonne partie du
cours ; j’avais eu du mal à me concentrer. J’abordais une fille, Kelly, jolie
blonde, un peu tête en l’air, elle traînait toujours avec un type, apparemment
son meilleur ami.
DW
« Excuse moi, je m’appelle Déborah ; j’aimerai savoir si tu pourrais
me prêter ton cours, j’en ai loupé une partie.
KG
_ Oui, bien sûr. Moi c’est Kelly. Il n’y a pas de problème pour le cours.
Dav_
Kelly, salut, présente moi donc cette demoiselle… »
Je
me suis retournée et il m’a reconnu moi et mon ventre.
Dav
« Pardon, je n’aurais pas du.
DW
_ Je suis enceinte, ne fais pas cette tête, ce n’est pas contagieux.
KG _ Excuse le, il est bête quelque fois.
Déborah, voici David.
DW
_ Je te rends les cours demain.
KG _ Ok, il n’y a pas de problème. »
A
partir de là, Kelly et moi avons commencé à devenir copine. Les mecs ne
m’approchaient pas ; pour moi c’étaient des bébés et ils croyaient tous
que j’étais une femme mariée.
Un
jour où nous étions à la cafétéria, David arriva un peu excité.
Dav
« Salut les filles.
KG _ Salut, alors tu t’assoies avec nous ?
Dav
_ Non, je n’ai pas le temps ; il faut que je trouve quelqu’un pour
m’expliquer mon cours de droit.
DW
_ Attend. Si tu veux, je peux essayer de te donner un coup de main. J’ai une
licence de droit ; d’accord ça remonte à quelques années mais…Je peux
toujours essayer. Tu peux venir chez moi vers les 19 heures. On mange et après
on bosse.
Dav
_ Ton mari ne va rien dire ? »
C’est
à ce moment là que je me suis aperçu que j’avais toujours ma bague. Je l’ai
fait tourné autour de mon doigt en la regardant.
DW
« Il n’y a pas de mari.
Dav
_ Ok. Bon, si ça ne te dérange pas. Donne moi ton adresse… Merci…A tout à
l’heure. »
Il
arriva pile à l’heure ; il n’avait apparemment eu aucun mal à trouver.
J’avais préparé une rapide collation. On discuta un peu. Pendant que je faisais
la vaisselle, il regarda un peu l’appartement. Il posa quelques questions sur
tous ces types en treillis et plus particulièrement sur ce pilote. Je ne me
sentais pas à l’aise pour parler de ma vie. On travailla bien ; je n’avais
pas tout perdu de mes connaissances et mon expérience dans la police était un
atout.
Kelly,
David et moi passions beaucoup de temps ensemble ; en plus de Myron, ils
m’aidaient de plus en plus dans mon organisation. J’en étais à 7 mois ;
bientôt 8 et j’étais grosse comme une baudruche, une vraie vache. Il me restait
2 mois à tenir.
Le
28 novembre 1971, une date mémorable ! Je ne m’étais pas senti bien durant
toute la matinée ; je sortais de cours, il devait être 11 heures et c’est
alors que je ressentie de violentes douleurs. Je me précipitais aux toilettes
et c’est là que je perdis les eaux. J’étais paniquée, ça arrivait trop tôt,
bien trop tôt. Je remercie le ciel de ne pas avoir été seule à ce moment là.
DW
« Kelly ça y est ! Le bébé arrive !
KG _ Quoi ? !
DW
_ Il faut que j’aille à l’hôpital !
KG _ Ok. Je vais chercher David pour qu’il
ramène la voiture.
DW
_ Attend ! Tiens mon calepin ; appelle Myron et reviens vite je t’en
pris ! »
J’étais
accrochée aux lavabos et je me tenais le ventre, j’avais mal et j’avais très
peur, c’était trop tôt. Kelly revint avec David après un temps qui me sembla
durer une éternité. Ils me soutenaient tous les 2 pour aller jusqu’à la
voiture. J’avais très peur de mettre mon bébé au monde dans la voiture, sans
docteur, que ça se passe mal, que je perde la bébé, que je meure durant
l’accouchement, qu’on ait un accident de voiture. J’étais angoissée. Myron
arriva en plein travail, il avait tout lâché pour venir. Il était si anxieux
que les infirmières le prirent pour le papa. Plus tard, Kelly m’a dit qu’il
tournait en rond dans la salle d’attente en se rongeant les ongles.
C’est
lui qui a pu venir ensuite. Quand je l’ai vu entrer, ça me fit énormément
plaisir ; c’était bizarre que ça soit lui le premier à venir et à voir mon
bébé. Pendant cette attente, il avait appelé chez moi et lorsque je fus seule
j’appelais Madame Mc Key.
J’avais
eu un garçon que je prénommais Jeremy (c’était le 2ème prénom de
Johnny) Il faisait 2,5 Kg ; il n’était pas bien gros, c’était un
prématuré, il avait 1 mois d’avance. Il passa la semaine qui suivit dans une
couveuse.
Myron
vint me voir tous les jours ; Francis et Joany vinrent également me voir
ainsi que David et Kelly.
Lorsque
je suis retournée chez moi, j’étais complètement déboussolée, je n’avais aucune
expérience des bébés. Myron m’acheta un livre sur le sujet que je dévorais
littéralement. Je jonglais entre Jeremy et les cours que Kelly m’apportait très
régulièrement. La vie de jeune maman n’était pas de tout repos ; je
pouponnais du matin au soir, je n’avais pas beaucoup de temps pour moi et je
fis mon baby blues. On me donnait des conseils (maman, madame Mc Key, Joany…)
mais c’est là que je ressentis le vide crée par Johnny ; c’est lui qui
aurait du être là à mes côtés. Je lui en voulais de nous avoir laissé.
Heureusement,
Myron était là, on passait du temps tous les 3 à se baladait, il venait
souvent, on aurait pu croire que nous formions une famille mais ce n’était pas
le cas. A ce moment là, je ne réfléchissais pas à ça, je pensais seulement à
Jeremy. Il était devenu tout mon univers.
Mes
parents et Bryan sont venus pour les fêtes de fin d’année, pour pas que je
reste seule. Bryan prenait son rôle de tonton très au sérieux et je trouvais ça
très mignon. Ruiz me téléphonais également souvent.
Je
travaillais mes cours mais pendant que ma famille était là, je me laissais
également vivre. J’avais besoin qu’on s’occupe de moi et maman savait si bien
le faire. Je ne sortais pas, je ne voulais pas laisser Jeremy. Bryan se fichait
de moi en disant que j’étais une vraie mère poule et qu’il fallait que je le
laisse respirer.
Nous
fûmes gâtés tous les 2 pour Noël. Bryan m’offrit un album remplit de photos de
son court séjour à Los Angeles. Madame Mc Key vint également, là encore Jeremy
fut gâté.
Durant
cette courte période je me suis aperçue que j’étais bien enfin et la dernière
fois remontait à si longtemps. Myron était allé rejoindre son père pour les
fêtes. La rentré ramena tout, le stresse, la vie de fou. Joany me proposa de
garder Jeremy ce qui me permit de reprendre les cours. Je voyais souvent Myron
après la naissance de Jeremy car j’étais à la maison, mais là je n’avais plus
de temps, je passais mon temps à courir, à courir après le temps qui passait
trop vite.
Entre
les cours, mon travail, Jeremy, j’avais plus de temps et on ne faisait plus que
se téléphoner Myron et moi.
Je
passais mes 24 ans avec mes parents et Madame Mc Key ; ce fut très
familial.
Avant
de repartir, Madame Mc Key me dit que ce n’était pas bon à mon âge et avec un
bébé à charge de rester seule ; qu’elle comprendrait si je venais à me
trouver quelqu’un. Ca me fit quelque peu réfléchir.
Peu
de temps après, Myron m’apprit lors d’une de nos conversations téléphoniques
qu’il avait rencontré quelqu’un depuis quelques semaines déjà et qu’apparemment
ça se passait très bien. Elle s’appelait Sandra.
Ca
avait l’air d’être relativement sérieux. Lorsque je raccrochais, ça me fit un
choc, je n’en revenais pas, je ne pensais pas que ça me ferait ça d’apprendre
une telle nouvelle ; j’avais les larmes aux yeux et une boule dans la
gorge. C’était trop tard.
Je
savais que je tenais à lui, que je l’aimais, je l’ai toujours su et maintenant
que je prenais un peu de temps pour réfléchir à moi, à mes sentiments, je me
rendais compte qu’il me manquait, il me manquait tellement mais c’était trop
tard. J’aimais repenser à la période après la naissance de Jeremy où l’on
passait tout notre temps ensemble. Je me suis finalement dis que je n’avais pas
à intervenir alors je ne fis rien ; d’ailleurs qu’aurais je fais ?
2 mois
passèrent et puis un jeudi soir, lors d’une déprime plus forte que les autres
je craquais et je lui déballais tout. J’appelais chez lui pour tomber sur son
répondeur.
DW
« Myron ? Répond…Alors tu n’es pas là. J’ai besoin de toi. Tu m’avais
dit que la prochaine fois tu ne me laisserais pas partir. Me laisse pas cette
fois ci, je t’en pris, me laisse pas, je t’aime. »
Ce
soir là, comme les autres soirs, j’ai couché Jeremy, je l’ai regardé
s’endormir ; mon petit lardon. Je suis ensuite allée dans à la salle de
bain, je me suis regardée sous toutes les coutures ; j’étais pas mal,
j’avais perdu tous mes kilos, je n’avais pas de vergetures, le sein toujours
ferme, j’avais besoin de me rassurer. La dernière fois qu’il m’avait vue nue,
je n’avais pas eu de bébé et puis je me suis regardé de plus près ; une
épilation s’imposait.
Après
une bonne heure dans la salle de bain, je suis ensuite allée m’asseoir sur le
pallier pour l’attendre. Il était 22h30.
J’étais
dans le noir, le temps me parut durer une éternité mais j’étais prête à
l’attendre toute la nuit, toute la vie. J’avais très peur qu’il ne vienne pas.
C’est vrai que ça faisait déjà un moment que nous 2 c’était censé être
fini ; de quel droit je me permettais d’interférer dans sa vie, de croire
qu’il allait accourir ? C’était un peu prétentieux de ma part mais
j’espérais quand même.
Sur
les coups de 2 heures, j’entendis un crissement de pneu, un claquement de
portière, quelqu’un montait les marches 4 à 4. Je me suis relevée. C’était lui.
LG « …Dèb
DW
_ …J’avais tellement peur que tu ne viennes pas. Que ça soit fini, que…tu ne
m’aimes plus.
LG _ Impossible. »
Je
me suis jetée dans ses bras et il m’a embrassé. Ce premier baisé avait fait
s’envoler toutes mes craintes, mes peurs, mes doutes. Il savait comment me
rassurer, comme toujours. Il m’a serré dans ses bras et nous sommes ensuite
rentrés. J’étais heureuse, mon cœur faisait des bons dans ma poitrine, j’étais
euphorique.
Lorsqu’il
m’a allongé sur le lit et qu’il s’est couché sur moi, c’était comme si nos
corps ne s’étaient jamais quittés, cette sensation familière était toujours
présente.
Je
n’ai pas réussi à m’endormir cette nuit là, j’avais trop peur qu’en me
réveillant je découvre que ce n’était qu’un rêve. Jeremy m’a tiré du lit il
était 6 heures et demi. Je lui ai donné un biberon et je l’ai changé puis je
l’ai mis dans son parc pour qu’il joue.
J’ai
ensuite préparé le petit déjeuner, je voulais que lorsque Myron se réveille
tout soit parfait. J’étais heureuse et la dernière fois ça remontait à si
longtemps…
La
veille il était sorti avec Sandra et était rentré avec elle après un
restaurant. Il avait écouté son répondeur en rentrant; Sandra était là
lorsqu’il a entendu mon message. Il n’a rien eu besoin de lui dire. Elle est
partie sans un mot. Au fond d’elle même elle le savait déjà. Ce soir là, elle
avait comprit ce que c’était ; tout ce qui le retenait d’être pleinement
avec elle. C’était moi ; moi qui l’avait toujours inconsciemment ou pas
empêché de réussir une relation amoureuse. Il n’a pas cherché à la retenir.
Il
a écouté le message plusieurs fois pour être sûr que c’était bien réel et
puis…il était venu.