Chapitre 34 : The end ?
Après
leur retour parmi nous, de grands changements allaient survenir dans nos vies,
pas tous bons.
Doc.
Hoc avait été réquisitionné pour une mission et ça avait mal tourné. Il avait
refusé d’utiliser son arme, nous savions pertinemment qu’il était contre la
violence mais là il y avait eu des blessés et un homme était mort à cause de
lui.
Ca
avait jeté un froid parmi nous, nous commencions à penser que nous ne pouvions
pas compter sur lui parce qu’entre laisser l’un d’entre nous crever et suivre
ses convictions, il n’aurait eu aucune hésitation. De nombreuses personnes ne
lui parlaient plus, l’évitant franchement.
Quelques
jours plus tard, nous avons appris que pour certains d’entre nous, le
« séjour au Vietnam » allait prendre fin, Ruiz, Dany et moi rentrions
d’ici 2 semaines. Nous avons également appris que le colonel Brewster était de
retour parmi nous.
On
nous a annoncé que nous allions repartir en mission, c’était donc notre
dernière mission. Nous n’allions pas y échapper, c’était trop important ;
nous allions délivrer des soldats Américains d’un camp Viêt-Cong et nous
savions que c’était une grosse opération, ils avaient besoin d’un maximum de
soldat. Ce genre de missions nous motivaient réellement, nous nous sentions alors
vraiment utiles et aucun d’entre nous n’aurait pensé se défiler. Doc. Hoc quant
à lui a appris qu’il ne participerait pas à cette mission ; un toubib
aurait pu être utile, mais lui certainement pas. Nous avions besoin de
quelqu’un capable de défendre sa peau et la notre. Il avait essayé de
convaincre Myron mais ce dernier s’était montré inflexible.
Nous
avons également appris que nous allions retravailler avec Fontaine, ça
promettait d’être mouvementé et ça ne nous rassurait pas vraiment. Travailler
avec ce type était un risque supplémentaire ajouté à cette mission déjà
mouvementée.
L’importance
de la mission était incontestable ; c’est pour cela qu’un type, le
lieutenant Marshall est venu nous parler de ce camp ; de l’infrastructure,
les plans du bâtiment que nous allions devoir attaquer. Il s’en était échappé à
la grâce de Dieu 2 mois auparavant. Il était venu spécialement d’un hôpital de
Saigon où il était soigné pour Than Son Nut la veille.
Nous
l’écoutions durant des heures, assis sous une tente ou par terre. Nous
emmagasinions une tonne d’informations et nous faisions attention car nous
n’avions pas le droit à l’erreur, des vies en dépendaient (en dehors des
nôtres).
LMa
« Voilà, ces hommes auront énormément maigris ; ils feront dans les
65 Kg, parfois moins. Ils sont torturés tous les jours et sont énormément
affaiblis autant physiquement que moralement. Il faudra dans la plupart des cas
les porter. »
Il
s’est tout à coup tue ; il regardait dans le vide, un point au delà du
camp et il semblait paniqué.
CB « Lieutenant ? Ca va ?
Lieutenant ?
LMa
_ …Pardon ?
CB _ Ca va ? Vous voulez qu’on
arrête ?
LMa
_ Non, ça va. »
Ajouté
à ces séances d’information, nous avions également un entraînement spécial.
Nous effectuions le parcours des forces spéciales ; « parcours du
combattant », un poids de 60 Kg sur les épaules. Zigzaguer, passer des
obstacles (poutre, mur) grimper, ramper, nager… C’était épuisant.
La
première fois, arrivée le soir, je me suis littéralement effondrée dans le mon
lit, les jours qui ont suivis, je m’endormais tout aussi rapidement.
Papy
et moi étions à la traîne, nous effectuions les plus mauvais temps de tout le
groupe ; lui n’était plus tout jeune, quant à moi, ma charge était plus
lourde que moi.
Depuis
ces dernière semaines (depuis la disparition de Ruiz et Taylor) j’avais maigri
et je ne m’étais pas remplumée comme disais Ruiz.
Avec
de l’entraînement nous nous étions améliorés mais nos courbatures
n’arrangeaient rien ; et nous étions toujours les 2 derniers. Ce n’était
pas suffisant pour Brewster qui supervisait notre entraînement. Il était
intraitable.
CB
« Wilson ! Vous espérez vous en sortir vivante à cette
allure ? ! On n’est pas au Club Med’ ! Allez, vous repartez pour
un autre tour ! Et vous me ferez 50 pompes !
Allez ! ! »
Je
suis repartie en serrant les dents.
A
la nuit tombée, Brewster aimait se balader seul dans le camp, nous le voyions
de temps en temps lorsque nous rentrions nous coucher. Ce soir là, il rencontra
Marshall regardant les étoiles.
CB « Bonsoir, vous non plus vous n’arrivez
pas à dormir ?
LMa
_ Non, je préfère rester dehors, sentir le vent sur mon visage. »
Il
sentit le regard de Brewster.
LMa
« Vous voyez, il y a pas mal de temps déjà que pour me sortir du pétrin,
il a fallu que je fasse le mort. Ils étaient tous morts, toute ma section et
j’ai du me cacher sous les cadavres. Il ne fallait pas bouger, même quand ils
nous fouillaient, qu’ils m’ont enlevé mon alliance. J’ai cru que ce Viet allait
sentir mon pouls, mais non, j’ai eu de la chance. J’avais du mal à respirer, je
suffoquais, j’avais l’impression de respirer la mort ; je m’en souviens
encore et elle ne m’a pas quitté. Je suis claustrophobe depuis.
CB _ La vie ne tient qu’à un fil quelque
fois. »
Le
lendemain matin, les réunions et entraînements continuaient. Marshall
continuait à nous expliquait comment ça allait être. Il commença à nous
détailler l’intérieur des bâtiments.
LMa
« Ce qu’il faut chercher en premier c’est la salle de torture, ça ne sera
pas difficile à la trouver, elle est verte… pour pas que le sang se voit. Il y
a un système d’électrochoc au centre du plafond. Les cellules sont à gauche,
dans le même bâtiment. »
Ce
jour là, c’était notre dernier jour avant la mission ; notre dernier
entraînement.
Fontaine
était très excité, sûr de lui, arrogant, égal à lui même.
En
plus, pour couronner le tout, nous avons appris qu’une journaliste allait nous
accompagner. C’était une idée complètement folle, qui avait bien pu décider un
truc pareil ? Elle venait mais elle n’aurait pas le droit de descendre de
l’appareil. Encore heureux !
Son
but à elle, s’était le Pulitzer, et elle semblait prête à tout pour ça. Les
mecs lui avaient un peu tourné autour, mais nous étions tous préoccupés par
cette mission et personne n’avait réellement la tête à ça.
Le
jour J, nous sommes partis à 16 heures. Marshall était à côté de la piste
d’envol ; il tenait à tous nous serrer la main.
LMa
« Allez y, ils comptent sur vous, et moi aussi. Bonne chance à
tous. »
Nous
nous sommes envolés ; le trajet a été silencieux. Nous finissions de nous
préparer, nous nous maquillions pour nous camoufler.
La
tension dans l’hélico était palpable.
Nous
avons atterris à proximité du fameux camp ; nous sommes tous descendus, la
journaliste nous a regardé descendre en nous mitraillant tous avec son appareil,
elle n’avait pas arrêté durant le trajet déjà. Ils sont repartis. Peu après,
elle dit au pilotes qu’elle avait une envie pressente et qu’il fallait
absolument qu’ils atterrissent. Ils ont cédé. C’était une ruse, elle est
partie.
L’équipage
l’a attendue, elle n’est pas revenue. Ils ont finalement décollé sans elle, ils
ne pouvaient pas tout compromettre à cause d’elle. Elle était partie en courant
à peine avait elle posé le pied à terre, évitant les pièges par une chance
incroyable.
De
notre côté, nous avions investis le camp ; nous nous sommes déployés par
équipes. C’était une super opération, nous étions 4 sections.
Nous
nous étions introduits dans les bâtiments et il n’y avait personne. Nous avons
ouvert toutes les cellules, elles étaient toutes vides.
DF « Putain, j’étais sûr de mes
renseignements !
CB
_ Il faut décrocher ! C’est un piège ! ! »
Ce
camp vide n’était pas pour nous rassurer, nous nous étions aperçu que quelque
chose clochait. Le groupe du colonel, composé de Dany, William et Fontaine
sortait de l’aile du bâtiment quand une grenade explosa à leurs pieds. Ils se
sont aplatis au sol, mais la déflagration les avait atteint de plein fouet.
CB
« Purcell ! Gryner ! Ca va ?
DP _ Oui.
WG
_ Oui, allez y, j’arrive.
CB _ Ok.
WG
_ Quelle poisse !... Attendez ! Colonel ? Dany ?... Je ne
vois plus rien, où êtes vous ? »
Au
même moment, la journaliste était aux alentours du camp. Elle s’allongea dans
un buisson, l’œil dans l’objectif pour observer les environs. Ce fut juste à
temps pour voir passer un convoi. 3 Viets entouraient 2 GIs. Ils couraient, les
mains attachées dans le dos. C’était apparemment une partie des soldats qu’on
aurait du délivrer.
Elle
les mitrailla avec son objectif et revient vers nous en courant. Elle avait eu
ce qu’elle voulait.
Entre
temps, nous avions rappelé les hélicos, ils s’étaient posés à l’intérieur même
du camp et nous attendions les retardataires.
Nous
étions dans la merde. Ruiz, Dany, Marcus et moi attendions dans l’appareil de
Johnny lorsque je vis arriver Gryner ; il titubait. Il faisait n’importe
quoi, il était à découvert et allait se prendre une balle. J’ai sauté de
l’appareil, j’ai couru vers lui et je me suis jetée sur lui.
DW
« William ! Merde ! Qu’est ce que tu fais ? !
WG
_ Dèb, je n’y vois plus rien, je suis aveugle !
DW
_ T’inquiète, on va y arriver. Appuie toi sur moi. »
Les
autres nous observaient, ils nous couvraient. Nous nous sommes redressés, il
était appuyé sur moi et avançait, accroché à moi ; nous nous suivions.
Nous
avons eu de la chance et il se trouve que nous avons été les derniers.
Les
hélicos se sont envolés, il ne restait plus personne.
Nous
commencions à nous élever lorsque nous avons aperçu la journaliste plus loin
hors du camp, elle courait dans notre direction en agitant les bras. Elle devait
espérer qu’on la voit et qu’on ne la laisse pas ici.
Nous
nous sommes posés, elle arriva vers nous en courant, elle souriait et tenait
son appareil serré dans sa main droite. C’est là qu’elle sauta sur une mine et
s’écroula.
Le
sergent sauta de l’hélico et alla la chercher. Il la ramena et nous nous sommes
envolés ; il ne restait plus que notre appareil dans la zone.
La
journaliste était allongée entre nous, nous ne pouvions pas grand chose pour
elle, elle avait le corps ensanglanté et juste avant de mourir elle nous tendit
son appareil photo.
Nous
avions repris de l’altitude mais les Viets prirent notre hélico pour cibles et
les balles se mirent à fuser et…
LM
« Je suis touché ! »
Je
n’ai rien trouvé à dire, je suis restée sans voie, il y avait trop de… C’est là
que je l’ai entendu.
LM « Dèb, tu vas prendre ma place.
DW
_ Quoi ? ! Je ne sais pas piloter.
LM _ Je n’y arrive plus, tu l’as déjà fait et le
co te guidera. »
Je
me suis mise à sa place. J’étais crispée, j’avais l’impression d’avoir une charge
énorme sur les épaules, j’avais leurs vies entre mes mains.
William
souffrait le martyr, ses yeux le brûlaient et les compresses ne le soulageaient
pas ; le colonel était également blessé.
J’étais
fatiguée, ça avait été un véritable fiasco.
Nous
sommes finalement rentrés. Lorsque je me suis posées, ce fut un vrai
soulagement, je suais à grosses gouttes et je me mis à trembler.
Arrivés
là-bas, les blessés ont été transportés à l’hôpital.
J’ai
accompagné Johnny, il a tout de suite été transporté en salle d’opération. Ca a
duré 3 heures, 3 heures à attendre, j’étais encore en tenue de combat, le
visage barbouillé de peinture de camouflage et je n’ai même pas pu le voir.
J’ai juste su que ça s’était bien passé.
Je
me suis réveillée en pleine nuit, j’avais fait un cauchemar. Je me suis alors
levée, j’ai du me faufiler pour arriver à voir Johnny. Il dormait. Je me suis
assise sur une chaise et j’ai passé la nuit à le regarder dormir, il avait
l’air si calme ; et là j’ai su que plus rien ne serait jamais comme avant.
C’était fini, un pan de ma vie allait finir.
Je
suis retournée me coucher aux alentours de 6 heures du matin.
Vers
les 10 heures, deux hélicos sont revenus ; ils avaient récupéré 2 sections
qui s’étaient faite presque entièrement massacrées lors d’une expédition à haut
risque.
Ce
matin là, Papy s’était levé de bonne heure ; il avait également mal dormi,
un pressentiment ? Peut être.
Myron
était venu lui annoncer la mort de son fils en début de matinée.
Je
déambulais dans le camp lorsque j’ai vu le fameux hélico arriver. Nous avions
tous appris que les 2 sections de cette mission avaient été quasiment décimées.
Je ne fus pas la seule à me retrouver malgré moi à la zone d’envol, je ne sais
pas pourquoi, pour déjouer le sort, voir ce à quoi nous avions échappé ?
Je ne sais pas.
C’est
là que, de loin j’ai vu Papy. Il s’était approché des corps à l’intérieur de
l’hélico, il a parlé à un des types qui déchargeaient, je n’ai pas compris,
j’étais trop loin et d’un coup je l’ai vu se saisir d’un poncho. Là tout est
devenu clair. Il le transportait comme quand Steven était petit et qu’il allait
le mettre au lit ; il regrettait de ne pas l’avoir fait assez souvent,
d’être parti et de ne pas avoir été là, de ne pas l’avoir vu grandir et
maintenant c’était trop tard.
Papy
était encore là après tous ces combats, il s’en était toujours sorti depuis
plus de 20 ans, dans toutes les guerres. Alors pourquoi son fils n’avait il pas
réussi à s’en sortir ? C’était trop injuste. Il a traversé tout le camp
comme ça, tout le monde le regardait, tout le monde savait.
Lorsqu’il
l’a posé sur une table froide de la morgue il a enfin pleuré.
Des
parents ne devraient jamais voir leurs enfants partir avant eux, c’est contre
nature. On a ensuite vu Papy aller dans un bar pour s’enivrer.
Myron
est allé rendre visite au colonel Brewster à l’hôpital, ce dernier l’avait fait
demander. Il voulait avoir des nouvelles des blessés.
Brewster
s’était pris une balle dans le ventre et des éclats de grenade dans la jambe.
CB
« Et comment va le lieutenant Mc Key ?
LG
_ Il y a pire mais il va être évacué sur Tokyo. La reporter est décédé durant
le trajet de retour ; Gryner est aveugle. Beaucoup de perte pour rien.
CB
_ Oui, beaucoup trop de perte. »
J’attendais
Myron dehors, je désirais savoir ce qu’il en était, et également lui dire au
revoir, passer un peu de temps avec lui.
DW
« Myron, t’as une minute ?
LG _ Pour toi, toujours.
DW
_ Que va t il se passer pour Johnny et William ?
LG _ Mc Key part cet après midi pour Tokyo,
quant à Gryner, il va être rapatrié aux Etats-Unis. N’oublie pas que toi aussi
tu pars ce soir… Tu vas me manquer.
DW
_ Toi aussi. »
Myron
avait fait développer la pellicule de la journaliste et il vint nous montrer
les clichés ; nous étions tous au bar.
Elle
voulait son prix Pulitzer plus que tout et elle l’a obtenu, à titre posthume
pour sa dernière photo. On y voyait un prisonnier américain qui courrait, les
mains attachées dans le dos, encadré par 2 Viets. Il s’était retourné au moment
où elle avait pris la photo et on pouvait clairement voir son visage.
C’était
un des hommes que nous aurions dû délivrer, un jeune de mon âge. Myron a fait
passer les photos, nous les avons tous regardées, elles étaient bonnes, très
bonnes même, on pouvait sentir sur nos visages toute la tension qu’il y avait à
ce moment.
Lorsque
j’ai vu cette fameuses photo j’ai changé de tête et Ruiz l’a vu.
AR « Qu’est ce que t’a ?
DW
_ C’est Samuel.
AR _ Qui ?
DW
_ Lieutenant, vous ne vous souvenez pas ? Samuel et Hans. Nous les avons
rencontré dans ce village lorsque nous étions prisonniers. Nous avions
rapidement échangé quelques mots. Ils y sont toujours. »
J’avais
une petite boule dans la gorge, c’est là que je me suis rendue compte que nous
aurions pu être à leur place. Ca m’a marqué.
5
ans plus tard, il a été rendu à la vie civile, Samuel a fait parti des chanceux
qui sont rentrés. Hans quant à lui était mort en captivité, certains y sont
encore aujourd’hui.
Durant
le temps qui me restait, je fis le paquetage de Johnny et le mien. Il avait
déjà vendu son appartement rue Tudo et toutes ses affaires étaient dans sa
chambre. Il y en avait de partout. Je me mis donc au travail, il fallait tout
empaqueter, Myron nous enverrait le reste un peu plus tard.
Quand
j’eu fini, j’allais voir Johnny, je ne voulais pas le laisser partir sans le
voir avant.
Avant
de refermer la porte, je jetais un dernier coup d’œil à sa chambre, je trouvais
ça déprimant.
LM
« Dès que je serai à Tokyo, je t’appelle à Los Angeles.
DW
_ Oui, je sais, ne t’inquiète pas, ça va aller.
LM _ Je sais mais…
Inf _ Il va falloir y aller.
LM _ Je t’aime Dèb.
DW
_ Moi aussi. »
Je
l’ai embrassé et il a été emmené sur une civière. Myron était également venu
lui dire au revoir. Nous l’avons accompagné jusqu’à l’hélico. Je voulais passer
un peu de temps avec lui avant de partir, je lui ai donc proposé d’aller se
balader en ville. J’ai fait quelques achats, et il m’a aidé à choisir quelques
cadeaux pour ma famille.
Nous
rentrions lorsque nous sommes passés devant un photographe, je l’ai entraîné à
l’intérieur. Je voulais une photo de nous 2 parce que je voulais garder quelque
chose de nous, de lui. En quittant le Vietnam, je savais qu’il n’existerait
alors plus rien de nous, tout serait effacé, ce ne serait plus que du passé et
j’avais besoin de quelque chose pour être sûre que ça avait existé autre part
que dans ma mémoire.
Il
fut surpris, j’avais un peu peur de sa réaction mais il ne dit rien, du moins
sur le moment. Nous nous sommes installés devant l’objectif, il était derrière
moi, il m’enserrait, ses bras entourant ma taille, mes mains sur les siennes,
son menton posé sur mon épaule droite. Je sentais son sourire.
Nous
devions revenir une heure plus tard pour récupérer le cliché. Nous sortions quand
Myron est à nouveau rentré dans le magasin, me laissant seul sur le trottoir.
Il est revenu quelques minutes plus tard et je ne savais pas pourquoi il était
à nouveau rentré.
Nous
avons continué à nous balader ; nous sommes venus récupérer « la
photo » juste avant de rentrer. Là, le sourire qu’il avait eu toute la
journée s’est effacé.
LG « Pourquoi avoir voulu faire ça ?
DW
_ Je ne sais pas… Peut être parce que…Depuis que je suis ici, j’ai toujours eu
besoin de toi, moi sans toi, pour moi ça ne veut rien dire.
LG _ Dèb…
DW
_ Attend. Je voulais te dire quelque chose d’important dont il faut que tu te
souviennes et je ne veux surtout pas que tu en doutes.
LG _ Dis moi, ça paraît sérieux.
DW
_ Ca l’est. Mais avant tout, promet moi que tu n’y feras pas allusion à part si
j’en parle la première.
LG _ Donc, c’est toi qui tiens toutes les
cartes… Je te le promets, vas y, qu’est ce que c’est ?
DW
_ C’est simple, je t’aime et je t’ai toujours aimé. »
Il
n’a rien dit. Il m’a regardé d’une telle façon… comme si j’avais rouvert une
plaie.
LG « On y va ?
DW
_ Tu ne dis rien ?
LG _ Qu’est ce que tu veux que je te dise ?
DW
_ Je ne sais pas. Je crois que je pensais que tu dirais quelque chose.
LG _ … Je t’aime, tu le sais très bien mais je
me tais et je tiens ma promesse. Qu’est ce que tu attends de moi ? Tu veux
que je te dise de le quitter pour moi ?
DW
_ Non.
LG _ Voilà, tout est dit. Je sais que tu nous
aimes tous les 2, je ne sais pas comment mais c’est vrai. Tu as toujours été
incapable de choisir. »
Ca
me faisait bizarre qu’il me dise ça, entendre sa vérité, et par la bouche de
quelqu’un d’autre.
LG « Avant de te connaître, je ne pensais
pas qu’on puisse aimer 2 personnes à la fois et puis voilà. Je sais que tu
resteras avec lui, c’est mieux comme ça, pour le moment, mon heure n’est pas
encore arrivée, je le sais. En tout cas, tu pourras dire ce que tu veux, tu me
reviendras un jour, je ne sais pas quand ni comment mais je le sais. »
Je
n’ai rien dit. Nous sommes rentrés à la base, nous n’avions échangé aucune
parole durant le trajet.
Lorsqu’il
a arrêté la voiture et que j’en suis descendue, je ne le regardais pas dans les
yeux ; il m’a alors pris la main, je descendais et ma main commençait à
glisser entre ses doigts quand au dernier moment, il m’a attiré dans la voiture
tout contre lui. Ca m’a surpris. Il a alors pris mon visage entre ses mains,
chacune posées de chaque côté de mon visage et il m’a embrassé. Quand nos
lèvres se sont jointes, je le regardais et puis j’ai fermé les yeux pour
profiter pleinement de ce dernier baiser, car je savais que c’était le dernier.
J’ai alors sentie les larmes couler le long de mes joues. C’était fini.
Je
suis ensuite descendue de la voiture et je suis partie sans me retourner.
Je
suis retournée à notre baraquement, nous allions bientôt rentrer. Nous étions
tous ensemble, les mecs de la section, Marcus, Papy Ruiz, Dany et moi. Nous
étions sur le point de sortir, notre paquetage sur le dos quand Marshall est
entré.
Un
silence s’installa tout à coup ; nous n’avions pas réussi, il avait mis
tant d’espoir dans notre intervention.
Il
a alors pris la parole.
LMa
« Ne vous dîtes pas que vous avez raté votre mission car ce n’est pas le
cas. Les prisonniers sauront obligatoirement qu’on a tenté quelque chose, qu’on
ne les a pas oublié et je vous en remercie pour eux. Bonne chance et bon retour. »
Nous
sommes sortis et nous avons rejoint la zone d’envol ; le sergent et Myron
nous y attendaient.
Plus
j’avançais vers l’hélico, plus la boule qui s’était coincée au fond de ma gorge
grossissait. Ces mois passés ici furent une grande expérience. Je leur ai dit
au revoir à tour de rôle, j’ai également fait un signe de la tête à Doc.
Hoc ; il était venu, il regardait la scène de loin.
DW
« Au revoir, Marcus… Papy… sergent. »
J’ai
baissé la voie et j’ai pris Myron dans mes bras. Que je fasse ça n’avait plus
de conséquence et de toute façon je n’y pensais pas.
DW
« Je t’en prie Myron, fais attention à toi.
LG _ T’inquiète, je m’en sortirai, je t’ai dit
que je te retrouverai.
DW
_ Faites tous attention.
Pil _ Il faut y aller !
DW
_ Au revoir. »
Après
les avoir tous embrasés, l’instant d’une seconde je me suis dit « c’est
peut être la dernière fois » puis j’ai chassé cette pensée.
Nous
avons décollé, nous ne les quittions pas des yeux ; quand nous ne les
avons plus vu, le soleil a inondé la plaine ; c’était magnifique.
Nous
nous sommes posés à l’aéroport de Saigon ; et nous avons été conduit
jusqu’à des marabouts où nous avons du attendre de prendre un avion pour Los
Angeles via Hawaï.
Nous
aurions été incapable de dormir, un sentiment mêlé d’excitation, d’angoisse,
d’impatience nous tenaillait alors nous avons passé la nuit à attendre et à
discuter avec les types qui étaient là, discuter de ces quelques mois, discuter
de ce qu’allait être notre vie.
A
11 heures le lendemain nous étions dans l’avion pour rentrer chez nous.
Je
réfléchissais beaucoup, je n’arrêtais pas de réfléchir à ce que j’allais
devenir ; j’avais peur, peur des autres, peur de mes réactions, peur
d’être seule aussi.
Ruiz
sut me réconforter, il serait toujours là pour moi, je le savais.
Arrivés
à l’aéroport, un type de l’armée est venu nous dire que nous ne pouvions pas
sortir, il fallait faire un détour.
Mc
« Dépêchez vous, il y a des manifestants
GI _ Pourquoi sont ils là ?
Mc
_ Ce sont des pacifistes, ils manifestent contre la guerre. »
Ils
nous ont fait faire un détour, nous avons du sortir par derrière.
Nous
avions failli nous faire tuer des centaines de fois et voilà ce qui nous
attendait, nous sortions par la petite porte. Le pays tout entier avait honte
de nous et de ce que nous faisions pour défendre la liberté.
Ce
12 février resterait gravé à jamais dans ma mémoire.
Durant
la guerre du Vietnam, la moitié de tous les objecteurs de conscience déjà en
service furent rendus à la vie civile.