Chapitre 33 : Pertes acceptables

 

 

Pendant une semaine environ, nous avons fait du repérage en vue d’une super mission.

Jhonson ne parlait pas beaucoup mais il nous manquait énormément, il faisait parti de l’équipe du début, notre section, cette équipe qui était devenue notre 2ème famille.

Nous avions eu des nouveaux dans la section, ce n’était pas facile mais il fallait faire avec. Nous nous étions en quelque sorte ressoudés les uns aux autres.

Les missions continuaient. Nous sommes repartis avec Fontaine.

 

SA « On a repéré leurs armes, on fait sauter le tout et on revient. »

 

C’était le premier jour d’une série de mission et dès le début ça merda.

On fit exploser la 1ère réserve d’arme et au moment de la détonation les différents groupes ont compris qu’il fallait décrocher. Tous ont courus vers l’hélico.

 

SA « On décroche ! Purcell ! Fontaine ! Gryner ! »

 

Pendant ce temps plus loin, ça chauffait, les Viets étaient partout et ils nous tiraient dessus.

 

MT « Ruiz ! Wosnaik ! Capwell !

AR _ Wosnaik est blessé, j’y retourne !

MT _ J’arrive ! Capwell est mort ! »

 

Les balles fusaient de tous les côtés.

 

AR « Grouille Wosnaik une balle dans les fesses ce n’est pas la mort ! Allez, avance ! »

 

Pendant ce temps, dans l’hélico, nous attendions les derniers en ripostant face aux tirs ennemis.

 

DF   « Bon, on y va ! On balance toute la sauce ? !

LM  _ J’attends encore un peu.

DF   _ On va pas risquer la vie de tout le monde pour 4 mecs qui sont sûrement déjà mort !

DW _ 2 secondes ! »

 

J’avais presque dis ça en suppliant. Les tirs s’étaient intensifiés quand ils ont vu qu’on ne partait pas tout de suite.

 

LM « Je ne peux plus attendre ! »

 

Nous avons décollé, quand j’ai vu le sol s’éloigner, ça a été épouvantable, on les abandonnait.

Ils sont arrivés peu de temps après qu’on soit partis et nous n’étions plus là. Les tirs les ont contraint à s’enfuir.

 

AR  « Ils nous ont laissé Taylor ! Ils nous ont laissé !

MT _ De toute façon on ne peut pas rester là ! Allez, on dégage ! »

 

Ils se sont rapidement éloignés et après s’être enfin trouvé un coin un peu à l’abri pour la nuit, ils ont fait l’inventaire de leur sac. Ils ne savaient pas combien de temps ils allaient rester dans la forêt et même s’ils avaient encore quelques trucs ils n’allaient pas aller loin : 9 chargeurs, 2 fumigènes, 3 briquets, 2 paquets de clopes, 1 anti-moustique, 2 litres d’eau potable, 4 boites de conserve, 2 paquets de gâteaux et des comprimés pour l’eau. Leur situation à tous les 3 n’était pas enviable, ils ne pouvaient pas faire de feu pour ne pas être repérés et il ne faisait pas chaud la nuit.

 

Lorsque nous sommes rentrés, je suis allée directement me coucher, nous n’allions pas repartir et j’étais complètement abattue, je ne voulais pas avoir à parler. Je pensais seulement au lendemain, au fait qu’on allait partir les chercher.

La mission du lendemain n’a rien donné et ça me minait.

 

4 jours plus tard, nous n’avions toujours pas réussi à les retrouver. Le moral n’était vraiment pas bon.

Ce jour là, Dany et moi rentrions dans notre baraquement et là, j’entrais dans une colère noire. Des nouveaux prenaient la place de nos disparus. Doc. essaya bien de me calmer mais rien n’y fit. Les 3 bleus ne savaient pas quoi faire, ils restaient là avec leur paquetage à leurs pieds, quant au 4ème, il finissait de s’installer comme si de rien n’était.

 

Sc’  « Salut, je m’appelle Scarlet mais les amis m’appellent Papy.

DW _ Vire tes affaires de là Scarlet, c’est le lit de Ruiz !

Sc’  _ La guerre ne s’arrête pas parce qu’un mec est parti.

DH  _ Allez, viens Dèb, Dany, Gryner. »

 

J’étais furieuse, cette façon qu’il avait de diminuer l’importance de leur disparition.

 

Doc. nous a entraîné dehors, c’est là qu’on est tombé sur le sergent.

 

DP  « Sergent, qu’est ce qui se passe ?

SA  _ Comment ça va ?

DW _ Vous vous trouvez marrant ? C’est quoi ces nouveaux ? Ce Scarlet ? ! Il prend la place de Ruiz !

SA  _ Prenez exemple sur lui, il a 45 ans, a fait la campagne de Corée, 39/45, alors un peu de respect ! »

 

Au même moment, en forêt, Ruiz inspectait pour la nième fois la plaie de Wosnaik ; c’est Ruiz qui jouait les toubibs.

 

MT  « Alors toubib ?

AR   _ Ca ne s’infecte pas, c’est bien.

GiW _ J’te fais confiance.

MT  _ Normalement, si je me repère bien, il devrait y avoir une rivière plus au sud à 3 km. »

 

Une heure plus tard, ils étaient au bord de la fameuse rivière. Ils n’avaient plus rien à manger alors ils décidèrent de pêcher.

 

GiW « Je vais plus en aval pour me faire pardonner de vous ralentir.

AR   _Pour moi, se sera saumon sur canapé avec mayonnaise.

GiW _ Oui ben je vais voir ce que je peux faire.

 

Après un petit moment, ils entendirent Wosnaik crier.

 

GiW « Ruiz, Taylor ! J’ai un serpent sur le bras !

AR   _ On arrive ! Ne bouge surtout pas !

GiW _ Il m’a mordu ! »

 

Ils avaient lâché ce qu’ils étaient en train de faire, et se sont précipité vers les cris. Quand ils sont arrivés, Wosnaik était allongé dans l’eau, seule sa tête n’était pas encore sous l’eau. Il n’y avait plus trace du serpent.

Ruiz a attrapé Wosnaik, il le tenait dans ses bras tandis que Taylor tentait de lui faire un garrot.

 

GiW « Ruiz, ne me laisse pas mourir…J’ai froid, …J’ai froid…

MT  _ C’est fini. »

 

A la base, ce n’était pas la joie, on ne buvait presque plus, au cas ou il y aurait eu une alerte, mais plus les jours passaient et moins on avait de chance de les retrouver. La tension était palpable.

 

DP  « Qu’est ce que tu fais ?

WG _ J’apprends l’espagnol.

DP   _ Et tu crois que ça va te servir ici ?

WG _ On s’occupe comme on peut.

DH  _ Arrêtez tous les 2 ! »

 

Le lendemain nous partions en mission et nous avons appris qu’un photographe allait nous accompagner et ça n’enchantait pas le sergent.

Ce jour là, le sergent allait accueillir de nouvelles recrues et le photographe était là et observait la scène. Il avait l’air d’un baba « peace and love ».

 

Ph  « Attention, voilà le grand chef !

SA _ Non, je ne suis que soldat. Je peux ?

Ph  _ Mais oui, allez y, envoyez les à l’abattoir.

SA _ Fermez là !

Ph  _ J’ai l’impression que vous ne m’aimez pas beaucoup.

SA _ En fait, vous êtes un fouteur de merde.

Ph  _ Non, je suis photographe.

SA _ Parfois ça veut dire la même chose. Bon, Styger, Gordon, Castillo, Armenty, Stryker, suivez moi. »

 

Des hommes de notre baraquement avaient été transférés et ceux là commencèrent à s’installer.

Castillo et Stryker avaient leur lit à côté de Dany ; Gordon était à côté de Scarlet Styger était à côté de William Gryner quant à Armenty, il était à côté de moi.

 

Gic « Salut, je m’appelle Castillo mais on m’appelle « Le prêtre » car j’en étais un.

DP  _ Moi c’est Purcell, qu’est ce que tu fais là ? T’as perdu ta foi ou ta virginité ?

Gic  _ Les deux.

DW _ Et toi ! Qu’est ce que tu fais ?

Gig  _ Je déplace un truc pour avoir de la place.

DW _ Laisse ça où s’est.

Gig  _ Mais c’est quoi au juste ?

DW _ C’est une sorte de calendrier.

Gig  _ Mais il a 2 semaines de retard ce calendrier.

DH  _ Ecoutez, il faut que vous le sachiez, Ruiz et Taylor sont nos copains et ils ont disparus depuis 2 semaines, alors quand vous en parlez, soyez sympa, faites attention. »

 

Gordon a raccroché le calendrier au mur.

Sur ce, le sergent est entré, il voulait voir si nous étions prêt et comment se débrouillaient les nouveaux.

 

SA  « Les gars, soyez en 10 minutes au bas de l’hélico.

GiA _ Et, vous…

SA  _ Oui ?

GiA _ Tenez, voici 100$ pour que je ne parte pas en mission.

SA  _ Tu vas me ranger ça tout de suite ! Tu n’as pas le droit d’avoir de l’argent américain, on peut t’emprisonner pour moins que ça.

DP  _ Et, Styger, tu ne vas pas porter toutes ces munitions ?

GiS _ Pourquoi pas ?

DP  _ Tu fais comme tu veux mais quand tu auras 30 Km dans les jambes…

GiS _ Et, Armenty, tu voudrais pas prendre des munitions ? »

 

Il s’est enlevé les recharges de munitions qu’il avait autour du cou.

 

WG « Et, toi, tu as un briquet ?

GiS _ Non.

WG _ Des clopes, de l’insecticide ou de l’alcool alors ?

GiS _Non, pourquoi ?

WG _ Les bestioles grouillent de partout, sans parler des sangsues que tu chopes même hors de l’eau et qui te sucent jusqu’à ce que tu sois sec. »

 

10 minutes plus tard, nous étions tous au bas de l’hélico, fins prêts à partir. Myron nous donna les quelques instructions de base. Nous nous sommes répartis dans les 2 hélicos ; le sergent se trouvait à l’intérieur du même hélico que le photographe et l’ambiance était électrique entre eux.

 

Au même moment, Ruiz et Taylor était dans une mauvaise situation. Ca s’aggravait pour eux.

 

MT « Allez, Ruiz, avance.

AR  _ Non, j’en ai marre, j’ai envie de rester ici.

MT _ D’après la carte, il devrait y avoir une rivière pas loin, on devrait y aller. »

 

Taylor a réussi à faire bouger Ruiz. Arrivés sur les lieux, ils se sont installés dans le lit de la rivière asséchée. Ruiz avait très faim et…

 

MT « Je comprends pas comment tu peux avaler ça, des bestioles, c’est dégueulasse !

AR  _ Quand tu auras vraiment faim, on en reparlera. »

 

Nous étions arrivés sur le lieu de largage ; et nous nous sommes aperçus que les hélicos ne pouvaient pas se poser. Nous avons donc du sauter des appareils. Une fois que nous avons tous été à terre…

 

DH « On t’a dit de sauter de l’hélico à 2 mètres, pas à 5.

SA  _ Alors ?

DH _ Il ne peut pas marcher, il a la jambe cassée.

SA  _ Bon, lieutenant, il faut appeler un hélico pour en ramener un. Armenty, t’a vraiment eu de la chance mais fais moi confiance, on se reverra. »

 

Le photographe commença à photographier tout et tout le temps. Il y avait un cliquetis incessant.

Une dizaine de kilomètres plus tard, il y eut un autre accident. William menait la colonne, il était suivi de près par Styger, et va savoir pourquoi, il dévia du chemin initial de même pas un mètre et… Sa jambe gauche s’enfonça dans un trou obstrué par une grille rouillée, soigneusement cachée par de la végétation.

Le fer rouillé pénétra ses chairs et il se mit à hurler tellement fort que nous avons du lui mettre un chiffon dans la bouche.

A partir de ce moment là, il y eut une vraie hécatombe ; les nouveaux n’étaient pas rassurés, ils étaient stressés par l’environnement, la situation et ça les faisait d’autant plus commettre des faux pas.

Nous avons continué, plus tard, Castillo marchait tranquillement lorsque le fil de son walkman s’attrapa dans une branche. Il essaya de décrocher le fil, se tourna d’un quart vers la gauche et ça déclancha un piège. Une plaque en bambou de 2 mètres sur 1 garnit d’une dizaine de pieux se redressa rapidement et il s’empala dessus. Il est mort sur le coup, la bouche et les yeux grands ouverts. Ce fut un choc.

Le photographe était toujours là, à l’affût de la bonne photo et moi ça me tapait sur les nerfs. Ce « clic » était la seule chose que j’entendais, toujours et tout le temps mais il fallait continuer malgré tout. Il nous énervait tous et je sentais la tension monter.

Nous avons fait une pause un peu plus tard, nous en avions besoin ; le photographe tenta de discuter mais il comprit vite qu’il valait mieux m’éviter.

Nous sommes repartis, nous n’avions jusque là rencontré aucun Viets, jusque là. Nous avancions sur un chemin, entouré par des sortes de haies naturelles, et nous nous sommes fait attaquer. Nous étions au beau milieu d’une embuscade et ce fut une vraie boucherie. Nous avons eu 3 morts. Un 4ème type était allongé par terre, il agonisait la bouche ouverte. Il essayait de respirait mais à chaque bouffée, l’air lui échappait, il avait le thorax perforait et il s’étouffa rapidement. Le photographe était toujours là, il tournait autour de ce type en photographiant toute la scène ; il faisait des gros plans et c’était insupportable. Il ne voulait pas le laisser mourir en paix alors je lui ai arraché son appareil des mains et je l’ai jeté. Ca l’a surpris ; il ne s’était aperçu de rien, Lorsqu’il avait l’œil dans son objectif, tout ce qui l’entourait n’existait plus. Il a poussé un cri de réprobation et je lui ai mis un pain.

Je me suis éloignée, je n’en pouvais plus ; les mecs me regardaient et Myron m’a rattrapé.

 

LG  « Arrête !

DW _ J’ai envie de le tuer ! Il n’a pas le droit !

LG  _ Si, justement, il a le droit !

DW _ Ce n’est pas juste ! Pourquoi ! Pourquoi ils ne sont pas là ? ! Ce n’est pas possible qu’ils aient disparus, qu’on ne les trouve pas !

LG  _ C’est la guerre !

DW _ Non ! »

 

Nous nous étions engueulé à voie basse et le ton était monté ; il me gifla pour que je me calme ; ça marcha.

 

LG  « Ecoute moi, c’est comme ça, on n’y peut rien, c’est la guerre, des amis meurent, disparaissent et ce n’est pas juste. Pour le moment tu te calmes. On en reparlera plus tard, on doit y aller. »

 

Nous sommes donc repartis et nous avons atteint le sommet d’une colline.

Arrivés là, William s’arrêta tout à coup ; Gordon le suivait de prêt et il lui est rentré dedans.

Le sergent était à l’arrière de la colonne et il la remonta en courant. Arrivé la bas, il ordonna à tout le monde de venir.

J’étais à la fin de la colonne et je ne voyais pas ce qu’il y avait mais il y avait une odeur assez désagréable, elle prenait de plus en plus d’ampleur au fur et à mesure que j’avançais et nous savions ce que ça présageait.

Là ce fut un choc, il y avait un GI allongé par terre en plein soleil, ses membres maintenus par des cordes, il était attaché en croix. Il était en état de décomposition avancé, torse nu, et d’un coup on a vu des asticots sortir de son torse.

C’était dégoûtant, ça sentait la mort et avec la chaleur c’était étouffant.

 

SA « Voilà ce que vous fera l’ennemi chaque fois que vous lui en laisserez l’occasion."

 

Nous étions tous en cercle, silencieux, certains sont allés vomir dans un coin. Le reporter était tellement choqué qu’il ne bronchait pas, il tripotait seulement son appareil nerveusement.

 

SA « Alors, vous ne prenez pas de photos ?

Ph  _ Si, si.

SA _ Vous voulez un article, du vrai, alors allez-y ! »

 

La mission s’est finit sans autre incident. Nous avons réussi à rentrer sans plus de mort.

 

Deux jours plus tard, nous rentrions de mission, nous volions au dessus au dessus d’une zone à découvert lorsque le pilote a repéré un fumigène de détresse.

Johnny fit une manœuvre pour atterrir ; il n’y avait apparemment pas de Viet. Nous nous trompions, les Viets ont attaqués ; c’est à ce moment là que 2 GIs sont sortis de la forêt, ils ont couru dans notre direction jusqu’à un énorme trou dans le sol. Ils étaient à moins de 100 mètres de nous, pris en sandwich entre 2 feux. Nous nous étions mis à tirer et ils savaient que nous étions leur seule chance et ce n’était pas facile.

Les Viets ont tout à coup utilisé le lance-roquette et nous avons vu cette roquette filer sur nous. Heureusement, le « Hot Dog » avait ses portes coulissantes ouvertes et ça nous traversa.

Pendant un court moment, j’observais ces 2 hommes et c’est là que je reconnu Ruiz et Taylor. J’avais crié leurs noms et tout le monde comprit.

 

MT « On va plus pouvoir tenir longtemps…

AR  _ J’n’ai plus de munition. »

 

C’est comme si j’étais avec eux, j’avais tout compris. Ca me paniqua.

 

DW « Ils ne ripostent même plus ! Ils n’ont plus de munition ! Il faut faire quelque chose ! Ils ne pourront pas s’en sortir, les Viets sont trop nombreux !

LM  _ Je sais…Mais on doit y aller sinon on va y rester ! »

 

Quand ils ont vu que nous décollions, ils ont tenté une percée, c’était suicidaire. Nous les avons vu courir avec une meute de Viets à leurs basques.

Johnny essaya de les protéger, il volait à ras du sol et se mit entre eux et les Viets ; ça les aida un peu mais nous ne pouvions pas atterrir pour les récupérer.

Nous tirions tous avec toute la rage que nous contenions.

La dernière fois que je les ai vus, ils s’enfonçaient dans la forêt ; j’ai su qu’il n’y avait plus d’espoir. J’assistais, incapable de réagir à la mort de mes amis.

Quand nous les avons perdu de vue, un lourd silence s’est abattu sur l’hélico.

Mon esprit s’est alors fermé au monde extérieur, j’entendais tout ce qui se disait mais j’avais l’impression que c’était irréel.

Cette fois, je m’effondrais, j’ai comme qui dirait, disjoncté, je n’étais plus la même. C’était si dur à supporter. Je ne parlais presque plus, je ne mangeais plus beaucoup, j’avais l’impression que le film de ma vie avait déraillé.

Nous avions déjà perdu des hommes, mais là c’était différent, c’était mes amis, mes meilleurs amis, ma famille ; et puis la manière dont ça s’était passée… Johnny essayait bien de me faire réagir mais rien n’y fit.

Il demanda même de l’aide à Myron mais je l’envoyais promener. Il voulait carrément m’envoyer quelques jours au dispensaire (j’avais déjà perdu 5 Kg) et ça me mettait hors de moi.

 

Un jour il réussi quand même à me coincer.

 

LG   « Déborah, je peux te parler ?

DW _ Excuse moi mais j’ai des choses à faire et…

LG  _ C’est un ordre.

DW _ Oui lieutenant Goldman ! »

 

Ca me fit bizarre, à peine avais je dis ça que je le regrettais. Et il me regarda d’une façon… Avec ces quelques mots, c’est comme si j’avais balayé nos liens pour n’en rester qu’au lieutenant et à son soldat. J’ai lu de la peine, de l’incompréhension dans ses yeux.

 

LG  « Tu ne peux pas rester comme ça Déborah ! Il faut faire quelque chose.

DW _ C’est vrai que leur disparition a été un choc mais…Tout va bien. »

 

Il me prit par les épaules et me regarda droit dans les yeux.

 

LG   « Tout va bien ? Mais tu t’entends ?

DW _ Qu’est ce que tu veux que je te dise ? !

LG  _ Mais dis moi ce que tu ressens, n’importe quoi ! Parle moi !

DW _ Alors tu veux entendre que j’ai mal ? Que je n’aurais jamais cru que je les laisserais là-bas ! Qu’on les a laissé tombé ! Que j’ai perdu ma famille ! Que …je ne sais pas…que j’ai envie de hurler ! De mourir par moment ? ! »

 

J’avais la rage au ventre et elle s’est tout de suite calmée lorsque j’ai vu son regard.

 

LG   « Je veux que tu me parle.

DW _ Je suis fatiguée, je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas comment faire pour que tout redevienne comme avant. »

 

Myron m’a pris dans ses bras.

 

LG   « Je vais t’aider, on va y arriver.

DW _ Ta présence me fait du bien…Je n’ai pas envie de parler.

LG  _ Alors on ne parlera pas. »

 

La situation s’améliora doucement. Johnny était content que j’aille mieux mais il y avait toujours Myron dans le coin et il n’appréciait pas plus que ça.

Lui et moi étions tellement proches que nos silences arrivaient à être explicite que les mots. Mais finalement chacun trouva sa place naturellement.

Ma relation se détendit quelque peu et j’appris à connaître Scarlet et les autres.

Je me mêlais un peu plus à la vie de la section, nous sortions et un jour où nous étions en ville, nous sommes tombés sur le fils de Scarlet, il s’était engagé et apparemment ils n’avaient pas de très bon rapport tous les deux, Scarlet avait quitté sa famille lorsque son fils était petit, Scarlet avait été de tous les conflits et n’avait pas vu grandir son gamin.

Pour trouver la paix, il aurait fallu qu’on soit sûr du sort de Ruiz et Taylor, et ce n’était pas le cas, nous n’avions pas de corps. Tout rentrerait certainement dans l’ordre mais avec Johnny, il y avait quelques tensions. D’après lui, dès que mes amis avaient dès problèmes, notre couple passait au second plan ; il pensait que la disparition de Ruiz et Taylor m’obsédait. Avec du recul, il avait raison.

Lorsque Myron n’était pas là, je me sentais un peu seule et je le ressentis encore plus lorsqu’un jour j’entrais dans notre baraquement. L’espace d’une seconde je crus nous revoir tous au début. Jhonson, Taylor, Ruiz, Horn, Baker, Dany, Randy et moi. ; mais cette période était définitivement révolue. De nous 8, il ne restait plus que Dany et moi. Jhonson et Horn étaient rentrés, nous n’avions pas de nouvelle de Baker, Randy était mort et Ruiz et Taylor étaient portés disparus.

Quelque fois je me demandais ce qui m’avait pris de m’engager pour le Vietnam ; et puis ça me revenait en mémoire, je ne pouvais pas l’expliquer. D’ailleurs je ne regrettais rien et si c’était à refaire, je le referais, bien que… De toute façon, je n’oublierais pas, comment faire ? Même si j’avais voulu, mes cauchemars me ramenaient à la réalité.

Ils avaient commencés au Vietnam et même s’ils ont presque cessés, quelque fois encore aujourd’hui je me réveille en sueur.

 

Un matin, Myron nous ordonna à Dany, Gryner et moi de « décharger » un hélico. C’était une tache difficile que nous n’apprécions pas.

 

DP   « Lieutenant, on est obligé de faire ça ?

SA   _ Ce sont des soldats Américains.

WG _ Quand faut y aller, faut y aller. »

 

Ils nous regardaient bizarrement mais je n’y ai pas fait attention sur le moment. Nous avons soulevé la bâche et là ! Ce fut un choc, nous nous sommes retrouvés devant Ruiz et Taylor. Ils se sont tout à coup relevés. Nous sommes restés sans voie.

 

MT « Taylor, ça alors !

DP  _ Ruiz ! Taylor ! Ca pour une surprise !

DW _ Vous êtes con d’avoir fait ça ! »

 

Je les ai serré dans mes bras. Ca faisait 27 jours, voilà 27 jours qu’ils avaient disparu. J’avais compté

Nous les avons conduit jusqu’à l’hôpital pour qu’ils fassent un check-up mais moi je ne voulais plus les quitter.

Ils souffraient de mal nutrition et de sous alimentation, mis à part ça, ils allaient très bien.

Je n’avais pas revu Susanna depuis le jour où je lui avais annoncé la disparition de Ruiz. Après les avoir laissés, je suis allée la chercher pour l’avertir du fait qu’il avait été retrouvé et j’ai lu une telle joie sur son visage que j’ai compris à quel point elle tenait à Ruiz. J’en avais douté au début, en effet, quand je lui ai annoncé sa disparition, elle l’avait pris avec une telle froideur, disant qu’elle s’y était préparée, que Ruiz l’avait mis en garde...

En fait, elle essayait seulement de se protéger, de ne pas craquer.

 

Sur 3253 soldat inscrit sur la liste des disparus avant 1973, seuls 34 rentrèrent par leurs propres moyens.

 

 

A suivre                                                                                              Retour

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