Chapitre 31 : Fontaine

 

 

Pendant 2 semaines, Dany resta à la base, il ne partait pas en mission, et allait souvent voir le psy de la base. Il n’était semble t il pas encore prêt à reprendre le combat.

Ruiz avait rencontré une jeune femme, une infirmière d’origine mexicaine, Susanna Lozada.

 

C’était la période de Thanksgiving, juste avant le transfert de Brewster, et il nous prépara un dîner de fête, un dîner d’adieu. L’ambiance était un peu triste, nous tenions à lui, c’était un homme de cœur qui faisait systématiquement passer la vérité et le bien être de ses hommes avant tout.

 

Une semaine plus tard, en mission…

 

SJ    « Purcell, je t’ai dit qu’on gardait nos distances. Qu’est ce que vous avez à me coller ?

DW _ T’es à trois jours de la quille sergent, c’est normal qu’on te bichonne. »

 

Nous savions que Marvin avait finalement pris la décision de rentrer au pays, et de ne pas se réengager.

Au même moment, Johnny était en vol et il se fit tirer dessus. Il perdit le contrôle de son appareil et partit en vrille. Un de ses stabilisateurs devaient être endommagés. Il le récupéra seulement au dernier moment et faillit s’écraser sur la piste du camp ; il réussit cependant à se poser sans trop de casse. Il sortit furax de son engin et courut jusqu’à la limite du camp et se mit à tirer dans les arbres.

 

Plus tard en rentrant de mission…

 

DW « Si un 108 GI est tenu en échec par un malheureux tireur embusqué…

DP   _ …C’est l’aiguille dans la meule de foin.

SJ    _ C’est peut être un traînard… Les autres sont peut être déjà partis pour Tan Son Nhut…

DW _ En tout cas, c’est plus ton problème.

DP  _ Mais oui Jhonson, t’as fait ton temps plus 4 mois de rallonge. Quel effet ça fait de rentrer de sa dernière mission ?

SJ    _ On en reparlera dans 3 jours ; il me reste exactement 72 heures, 38 minutes et 20 secondes à tirer.

AR  _ Oui mais comme on crapahute depuis 3 jours, on va sûrement rester ici jusqu’à ton départ.

DW _ Ton seul souci maintenant c’est de ne pas louper ton hélico.

AR  _ Tu rentres au pays, c’est génial. »

 

Plus tard dans la journée, alors que Marvin allait pour se doucher et se raser, il vit Ruiz et Dany se pointer sous la douche pour le surveiller. Un snipper s’amuser à nous tirer dessus depuis quelques temps.

 

SJ   « Qu’est ce que vous faites ?

AR _ On te surveille, ne t’inquiète pas, fait comme si on était pas là.

SJ   _ C’est gentil mais je n’ai pas besoin de garde du corps.

AR _ Oui mais si c’était nous, tu ferais pareil.

SJ _ D’accord, je vous vois venir tous les 2, mais jusqu’à présent je m’en suis très bien sorti sans votre protection ; quand une méthode marche, pourquoi en changer ?

AR _ Tu ne comprends pas sergent, pour nous c’est comme si tu étais une Cadillac ou une Rolls ; quand on a une belle caisse, on roule quand même pas sans assurance.

DP _ Et nous on est ton assurance.

SJ  _ C’est gentil mais tant que je suis sur mes 2 jambes, je me passe très bien de vos services. »

 

La discussion paraissait close. Marvin se rasait devant un miroir accroché à un pilier quand le snipper tira ; la balle se logea en plein milieu de ce même miroir.

 

AR « A ta place, je réfléchirais à deux fois. »

 

Lorsque Johnny s’était fait tirer dessus, son copilote a été touché, il est décédé. Il n’y avait aucune piste valable sur le snipper.

De son côté, Johnson commençait à préparer son retour et il nous paya à tous un verre au bar de la base.

 

SJ    « C’est ma tournée.

MT _ Il joue déjà les grands seigneurs ; ça se voit qu’il va rentrer à l’université.

DW _ On trinque à ta dernière mission.

SJ    _ Et moi je trinque à vous.

DH  _ Qu’est ce que tu comptes entreprendre comme études ?

SJ    _ Je ne sais pas, peut être science politique…

MT  _ Pff !

DW _ Oui, pourquoi pas.

DP   _ Mesdames et messieurs, voici le président Marvin Jhonson qui vous parle.

SJ    _ Mais non, arrête ; j’ai mes petites ambitions comme tout le monde, c’est tout. De là à être président… Je veux surtout avoir de l’instruction et une bonne situation… et militer. Un peu d’intégration, faire des permanences, répondre au téléphone, rester fidèle à Martin Luther King quoi !

MT  _ Tu crois que t’arriveras à changer le système en répondant au téléphone ?

SJ    _ Il faut commencer par de petites choses ; mais qu’est ce que t’as ?

MT  _ C’est rien, ça va.

SJ    _ Moi je pense que plus j’aurai d’éducation plus je pourrais faire changer les choses.

MT  _ Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas si simple. Tu te figures que la partie est gagnée parce que les Blancs t’ont filé des galons ? Ici tu défends leurs intérêts, au pays tu cireras leurs pompes !

SJ   _ Moi j’essaie au moins de faire quelque chose de ma vie au lieu de rester planqué dans l’armée comme d’autres !

MT  _ Qui est planqué ? !

SJ    _ Toi ! Tout le monde sait que si t’avais quelque chose à faire de ta vie tu n’aurais pas rempilé !

MT  _ T’es gentil, tu ne me touches pas !

DW _ Arrêtez tous les deux !

MT  _ En tout cas, je ne me fais pas d’illusion moi !

SJ    _ Allez, dégage !

MT  _ Qu’est ce que tu vas devenir Jhonson, tu peux me le dire ? ! Tu crois qu’ils n’attendent que toi ? »

 

On les a séparés et j’ai emmené Marcus un peu plus loin, il avait besoin d’espace.

 

SJ   « Il a la rage ce mec, c’est pas vrai !

DH _ Oui, il dit n’importe quoi. »

 

A partir de là, Marvin commença à faire des cauchemars la nuit. Ca revenait sans cesse.

Il se voyait traversant une rivière en courant et se faisant abattre d’une balle dans le dos. Il voyait se refermer le poncho dans lequel il y avait son corps.

Cette nuit là, il se réveilla en sursaut et se mit à cogiter.

 

SJ  « Peu importe ce que dit Taylor, tu ne t’en tireras pas. Il ne tire pas au hasard l’autre dans la jungle, il t’auras, ici ou dehors, 3 jours, tu t’en tireras pas Jhonson. »

 

Le lendemain, très tôt. Fontaine, la trentaine, le crâne rasé, grand et sec, agent de la CIA, était dans un hélico et interrogeait 2 prisonniers.

 

DF  « J’te demande une fois encore où est Lu Bihn ? ! A quoi il ressemble ? Je sais que tu le connais, je parie que vous bouffez ensemble plusieurs fois par semaines ! Peut être même que vous partagez la même femme ! »

 

Les 2 Viets étaient complètement paniqués, Fontaine leur faisait peur, il était complètement cinglé. Il suspendit le premier par les pieds dans le vide ; et comme il ne répondait pas, il le lâcha.

Le 2ème était tellement effrayé qu’il dit qu’il connaissait Lu Bihn.

Plus tard dans la journée, Myron était au briefing avec Fontaine et le général Higgins.

 

LG « Il est vraiment dangereux ce Lu Bihn ?

GH _ Il n’est pas entraîné, il est seul et d’un point de vu tactique, il n’a aucune influence sur le terrain ; mais d’un point de vue stratégique, c’est catastrophique.

LG  _ Comment ça ?

DF _ Il est en train de saper tout le projet de planification progressive de la province de Ben Haî. C’est un idéologue, il a déjà agit dans 28 villages.

LG  _ Quelles sont ses méthodes ?

DF  _ Du charisme et une très grande brutalité.

GH _ Les villages ayants de amis Viêt-Congs essaient d’endoctriner les autres.

LG  _ Et s’ils ne veulent pas ?

DF  _ Ils exposent quelques têtes sur la place du village, c’est une technique qui a toujours fait ses preuves. La CIA a sollicité notre aide pour tenter de le capturer.

LG  _ Et comment identifier ce Lu Bihn ?

DF  _ Le sergent Fontaine en a une description très détaillée.

LG  _ Vous avez une photo ?

DF  _ J’ai tout dans ma tête. »

 

Il était tard lorsque j’ai rejoint Johnny dans sa chambre. Il était assis sur son lit, il ne disait rien. Je me suis assise à côté de lui, et toujours sans un mot, je l’ai pris dans mes bras. Il était tellement obnubilé par cette histoire, ça le bouffait, il ne pensait qu’à ça.

 

LM  « T’as vu, il a eu mon co.

DW _ Oui, j’ai appris. Heureusement, tu n’as rien eu. Arrête de réfléchir, réagit. »

 

Lorsqu’on le regardait et qu’on l’entendait parler, on pouvait le prendre pour quelqu’un de fort, invincible, arrogant, mais moi je savais qu’il ne l’était pas tant que ça ; c’était une image qu’il donnait.

Je l’ai senti remuer cette nuit là, il a très mal dormi.

 

Au petit matin, il est allé s’entraîner au champ de tir. Il y a rencontré Fontaine.

 

LM « Etonnant…

DF  _ Pas mal.

LM _ John Mc Key.

DF  _ Je sais qui vous êtes. Diuc Fontaine.

LM _ Moi aussi, tous les pilotes d’hélicoptères vous connaissent.

DF  _ Vous avez passé un sale quart d’heure hier.

LM _ Oui, j’ai perdu mon co.

DF  _ Vous avez pu repérer le tireur ?

LM _ Non, c’est pratiquement impossible, il est trop mobile.

DF  _ Essayez de savoir quelles sortes de munitions il utilise : piégez quelques munitions et répartissez les un peu partout. Des munitions gratuites, ça ne se refuse pas. Quand il voudra les utiliser, on le ramènera à la petite cuillère.

LM _ Ca tient debout.

DF _ Avec moi, ça tient toujours debout. Je ne dors presque jamais, c’est malsain, sinon ça se finit entre 4 planches. Je suis trop jeune et je suis claustrophobe. Bonne chance ! »

 

Johnny avait décidé d’agir ; il se planta sur une sorte de mirador, un ponton d’où il observait les alentours avec des jumelles. J’avais croisé Myron, il le cherchait, je lui indiquais donc où le trouver.

 

LG  « Mc Key, qu’est ce que tu fais là ? Je croyais que tu devais aller à Saigon ?

LM _ Je n’irai pas tant que ce fumier essaiera d’abattre mon hélico.

LG  _ On dirait que tu en fais une affaire personnelle.

LM _ Et comment qu’j’en fais une affaire personnelle ! Il a descendu mon co. Je veux gagner la guerre moi Goldman ! Et si l’état major renonce, je veux au moins sauver ma peau. Ras le bol à la fin de servir de cible à un salopard ! J’en ai marre qu’il transforme mon hélico en corbillard ! Ras le bol d’avoir peur à chaque fois que je prends les commandes !

LG  _ Enfin en gros t’en a marre quoi ! »

 

Myron s’est hissé sur la plate-forme et il y est resté debout en regardant les environs.

 

LM « Baisse toi !

LG  _ Tu sais avec qui on part demain ? Diuc Fontaine. Il a déjà balancé des prisonniers de ton hélico ?

LM _ Pas encore.

LG  _ Comment ça pas encore ? On a l’impression que c’est l’une de tes idoles !

LM _ Quand il se bat lui, c’est toujours pour gagner. C’est pas un tiède lui !

LG  _ Il ne s’embarrasse pas de considérations humanitaires, c’est le moins qu’on puisse dire !

LM _ Il n’est pas sujet à des états d’âme.

LG  _ Tu ne trouves pas que c’est tout de même excessif ?

LM _ Ce n’est pas nous qui sommes excessif, c’est la situation. »

 

Le sniper a tiré à 20 cm de Johnny, et ça l’a mis hors de lui, il voulait lui faire la peau.

Taylor et Jhonson ne se parlaient toujours pas.

 

DH « Et Jhonson ! Attend écoute, selon une estimation du comité d’hygiène, il te reste 8 repas à prendre, soit : 2 petits déjeuners continentaux, désolé mais vraiment désolé ; 3 déjeuners ordinaires, et 3 dîners, ensuite tu te casses.

SA _ Ecoutez les gars, on part en mission demain ; le lieutenant Goldman a reçu des ordres. Jhonson, je peux te parler ?... J’ai de bonnes nouvelles, tu restes à la base.

SJ   _ Quoi ? !

SA  _ Oui, le lieutenant t’a arrangé le coup, tu restes à la base pour organiser ton départ… Jhonson ? Ne fais pas cette tête, c’est censé être une bonne nouvelle.

SJ   _ Je sais sergent mais ce n’est pas juste.

SA  _ Jhonson, tu vas arrêter de dire des conneries !

SJ   _ Je sais sergent, mais j’ai toujours été de toutes les missions, je ne vois pas pourquoi je manquerai celle là.

SA _ Qu’est ce que tu racontes ? ! De toute façon, il faudra qu’ils s’habituent à ton absence alors autant qu’on commence aujourd’hui.

SJ   _ Je ne dois pas commencer à changer mes habitudes sinon je serai rapatrié dans un sac poubelle. Il faut que je fasse comme j’ai toujours fait.

SA  _ N’importe quoi !

SJ   _ Non sergent ! Non, ce n’est pas des conneries.

SA  _ Bon, comme tu veux. »

 

Marvin avait l’air paniqué.

Cette nuit là, il a fait le même cauchemar. Je revenais de chez Johnny quand je l’ai entendu crier.

 

DW « Jhonson, Marvin, calme toi, ce n’est rien.

SJ    _ Dèb, tu te rappelles Freeman ? Il était réglé comme une horloge. Il n’avait plus que 5 jours à tirer et il n’a pas fait la dernière mission. Il était tranquillement en train de bouquiner sur son lit et il s’est pris une balle en pleine poire. Faut pas changer d’habitude, c’est prouvé, ça porte malheur.

DW _ Ecoute Marvin, écoute moi, on a tous manqué une mission un jour, ce n’est pas important.

SJ    _ Je suis sérieux, il ne faut pas que je change d’habitude, ça me portera la poisse.

DW _ Tu feras comme tu voudras, arrête de t’angoisser, dors un peu maintenant.

SJ   _ Il faut que je continue jusqu’au bout ; ça serait trop con. Je ne veux pas mourir si près du but. Seigneur protège moi. »

 

Marvin a mal dormi cette nuit là.

Le lendemain, ce n’était pas la joie. Marvin était flippé et Marcus cherchait des crosses à tout le monde.

Ruiz était en train de lire une lettre de Susanna lorsque Marcus la lui piqua.

 

AR « Rend moi ça.

MT _ T’a qu’à déserter pour aller la retrouver.

DP  _ Taylor c’est quoi ton problème ?

MT _ Rien, on dirait que c’est la 1ère poule qu’il connaît.

AR  _ Cette nana n’est pas une poule !

DP  _ C’est toi qui a un sérieux problème.

SJ   _ Ca suffit.

MT _ De quoi tu te mêles toi ? !

SJ   _ C’est toi qui te mêle de ce qui ne te regarde pas alors met la en veilleuse !

SA  _ Ca suffit vous deux ! On va dans une région particulièrement dangereuse ; on va crapahuter pour capturer Lu Bihn et en plus on y va avec Diuc Fontaine. Ca promet d’être mouvementé alors vous arrêtez vos conneries tous les deux ! »

 

Avant d’embarquer, Marvin s’est aperçu que sa montre s’était arrêtée, il a pris ça pour un mauvais présage.

Nous allions partir et je vis que Johnny était très stressé, le sniper l’attendait.

 

LM « Ah, je parie que ça te démange ! »

 

On décollait, il a donné un coup sur le siclic pour que l’hélico change brusquement de direction. Ca nous a tous secoués. Ca le mettait hors de lui d’avoir peur et il ressentait ça comme une faiblesse ; il n’aimait pas se sentir en position d’infériorité.

Le sniper n’a pas tiré ; peut être n’était il pas là.

Une fois arrivés, nous avons fait des groupes de 2 et il se trouve que Marvin et Marcus étaient ensemble. Ce n’était pas très joyeux. Ils marchaient en silence et ils commencèrent à se disputer.

 

SJ   « Taylor, c’est par là.

MT _ C’est par ici Jhonson.

SJ   _ C’est moi qui commande et on passe par là.

MT _ Moi je passe par ici, sergent ! Tu vas me dénoncer ? »

 

Taylor s’est coincé le pied, Jhonson essayait de le dégager quand ils se sont aperçus qu’ils étaient tenus en joue par une demie douzaine de Viets. Ils les ont attrapés, malmenés et emmenés dans un village.

Ils ont été conduits jusqu’à une cahute, où ils ont été couchés face contre terre, torse nus et les mains attachées dans le dos. Ils étaient dans ce qui devait servir d’atelier pour un hypothétique maréchal ferrant ; il y avait un foyer juste devant eux ce qui n’était pas bon signe.

 

MT « Ce n’est pas un tendre ce type. Jhonson, je regrette tu sais.

SJ   _ Ce n’est pas ta faute.

MT _ Si. Si je ne t’avais pas cherché des crosses, on n’en serait pas là. »

 

Le lieutenant Viet commença à gueuler et à taper sur Marcus ; Jhonson se mit à crier pour qu’il arrête. Les Viets se marraient car dès qu’ils en tapaient un, l’autre se mettait à crier.

 

MT « Jhonson, ils veulent sûrement qu’on arrête de parler, à moins qu’il fasse ça pour essuyer ses sandales. »

 

Un peu plus loin, nous nous étions tous retrouvés ; les groupes s’étaient réunis et il ne manquait plus que Marcus et Marvin. Nous commencions à nous poser des questions.

 

LG  « Où sont Jhonson et Taylor ? Ils étaient juste devant.

SA  _ Ils ne vont pas tarder ; on a repéré un camp viet pas très loin, on pense qu’ils ne sont pas très nombreux. »

 

Dans le village, l’interrogatoire commença pour Marcus et Taylor.

 

Vt  « Quel est ton nom ?

SJ  _ Sergent Marvin Jhonson, matricule 2862.

Vt  _ Qu’est ce que vous faites ici ?

SJ  _ Sergent Marvin Jhonson, matricule 28… »

 

Le Viet a frappé Marcus.

 

Vt « Qu’est ce que vous faites ici ?

SJ  _ Sergent Marvin Jhonson, matricule 28… »

 

Le Viet a à nouveau frappé Marcus.

 

Vt  " Que faisiez vous par ici ? Vous n’avez pas l’uniforme des troupes régulières sergent Marvin Jhonson ! Cet uniforme est celui des unités des forces d’élites. Dîtes moi ce que vous venez faire par ici.

SJ  _ Sergent Marvin Jhonson, matricule 2862. »

 

Le Viet a éteint sa clope sur le bras de Marcus. Il n’avait toujours pas crié.

 

Vt « Ton frère est fort mais nous verrons jusqu’à quel point. Ses souffrances dépendront de toi. »

 

Pendant ce temps, nous avions bougé, nous étions à la limite du village. Fontaine voulait tuer Lu Bihn malgré nos ordres.

Le sergent balayait le village du regard avec ses jumelles quand il a vu Marcus et Marvin.

Fontaine voulait attaquer le village sur le champ en ne tenant aucun compte ni de Marcus ni de Marvin.

 

LG  « Fontaine, il y a 2 de mes hommes là-bas.

DF  _ Ce n’est pas mon problème.

SA  _ Je crois que si. »

 

Le sergent lui pointait son M16 sur la nuque.

 

DF  « Très bien, comme vous voulez, mais s’il m’échappe ! »

 

Les Viets avaient conduit les mecs jusqu’au bord d’une rivière.

 

Vt  « Combien d’hommes avez vous ? Où sont ils ?

SJ  _ Sergent Marvin Jhonson… »

 

Ils ont plongé la tête de Taylor dans l’eau. Et ils ont regardé Marvin.

 

SJ   « Vous allez le noyer !

Vt   _ A toi de sauver ton frère. Combien d’hommes y a t il ?

MT _ Marcus Taylor, 1ère… »

 

Ils ont pris la tête de Marvin et l’ont plongé dans l’eau.

 

MT « Arrêtez ! »

 

Ils ont relevé Marvin et…

 

Vt  « Combien ? !

SJ  _ Sergent Marvin Jhonson… »

 

Ils ont plongé la tête de Marcus dans la rivière. Ils alternaient, jusqu’à ce qu’ils leur plongent la tête à tous les 2 dans la rivière.

Nous observions la scène de loin en espérant qu’ils ne craquent pas, on ne pouvait rien faire.

 

DW « Mon lieutenant…

LG  _ Jamais on ne pourra s’approcher assez près… A moins qu’ils décident de les exécuter ; on va attendre la nuit. »

 

La nuit est doucement arrivée, trop doucement à mon goût.

Ils avaient ramené Marcus et Marvin dans une cahute.

 

SJ    « Il faut tenir le coup mon frère, jusqu’à ce que les copains arrivent.

MT _ On peut rêver.

SJ   _ T’as une meilleure idée ?

MT _ Jhonson, je te demande pardon, toutes ces conneries que je disais, je ne les pensais pas.

SJ   _ Ne dis pas de bêtise, tu n’as pas à t’excuser. Tu peux penser ce que tu veux.

MT _ Oui mais j’ai eu tort.

SJ   _ T’avais le droit Marcus.

MT _ On n’a pas le droit de se moquer des espoirs d’un copain. Je ne sais pas pourquoi, j’étais hors de moi à chaque fois que tu parlais de tes études, de tes projets pour l’avenir. Je ne supportais pas cette idée que tu allais rentrer au pays.

SJ   _ Tu m’aurais manqué toi aussi. »

 

Ils les avaient accrochés par les poignets à une poutre. Le Viet recommença l’interrogatoire. Il prit un fer rougi par les braises.

 

Vt  « L’un de vous 2 va me dire ce que je veux ; l’un de vous 2 va vivre et l’autre mourir. Peut être aimeriez vous savoir ce qui vous attend exactement. D’abord nous allons un peu jouer avec les braises, ensuite je vous arracherai les yeux, lentement. Généralement à ce stade on demande la mort. Je pense que vous êtes assez intelligent pour vous éviter toutes ces souffrances en répondant à mes questions.

MT _ Tu peux toujours aller te faire foutre ! »

 

Le Viet lui passa le fer rouge sur la joue.

Dehors nous nous préparions à attaquer lorsque Fontaine précipita l’opération en déclenchant l’attaque. Il traversa la rivière en courant, il tirait sur tout ce qui bougeait, nous l’avons suivi.

Le Viet sadique se prit une balle, il laissa tomber le fer rouge ce qui mit le feu à la cahute. Marcus et Marvin étaient toujours accrochés et regardaient le feu grossir.

Myron arriva juste à tant, il les détacha.

 

MT « Cette fois j’ai bien cru que j’allais cramer.

LG  _ On décroche ! »

 

Nous nous sommes repliés et nous avons passé la nuit dans la forêt.

Au petit matin, Fontaine s’est aperçu qu’il s’était trompé, ce n’était pas Lu Bihn.

Dans l’hélico, durant le retour, ça faillit saigner.

 

DF « Je vais rester sur le coup et j’aimerai continuer avec vous. Je demanderai à repartir avec votre joyeuse équipe.

LG  _ Il n’en est pas question ! Vous nous avez menti et je vous rappelle que 2 de mes hommes ont failli mourir à cause de vous.

SA  _ Ils ne sont pas prêts d’oublier le quart d’heure qu’ils ont passé grâce à vous.

DF  _ Je me suis trompé, ça peut arriver à tout le monde.

LG  _ Oui mais ça a failli coûter trop cher.

DF  _ Ce type m’a menti.

LG  _ On en ferait tous autant pour échapper au triste sort que vous leur réservez. »

 

Le sergent Anderson a pris Fontaine par le col et l’a coincé au bord de l’hélico.

 

SA « Et si vous essayiez la chute libre Fontaine, hein ? !

DF _ Oui, allez y, mais je ne crois pas que vous aurez assez de couilles pour le faire.

LG _ Sergent !

SA _ Ouai, ça lui ferait trop plaisir. »

 

En atterrissant à la base, Jhonson s’est jeté par terre pour baiser le sol.

 

Le soir, nous nous sommes réunis pour son fêter son départ et parler.

 

SJ    « Il n’y aura personne pour comprendre s’il n’est pas venu.

TS   _ Ouai.

DW _ Faut arrêter, on devient cynique.

SJ  _ Je n’aurai plus à vous supporter, plus à entendre les ronflements incessants de Purcell, on dirait une locomotive.

DP  _ Quoi ? !

DW _ Plus jamais quand tu porteras ta main à ta poche tu ne trouveras celle de Taylor.

AR  _ Plus d’histoire de Dèb et de ses mecs.

MT _ Tu peux parler, en tout cas, elle ne pleurniche pas parce que la bouffe est mauvaise.

AR  _ Bon, ça va, chacun a ses petites habitudes.

DH  _ En tout cas, tu pourras dire à ta maman que son fiston n’avait que des amis et qu’elle a le droit d’être fier de son petit Marvin.

MT _ Ca mérite qu’on trinque.

TS  _ A la tienne !

MT _ En fait, t’es le meilleur copain que je n’ai jamais eu, je ne sais pas ce qui m’a pris et je m’excuse.

SJ   _ Pourquoi ?

MT _ Parce qu’à cause de moi on a failli y rester. J’espère que tu oublieras.

SJ   _ Oublier quoi ? »

 

Le lendemain, nous avons tous accompagné Marvin jusqu’à son hélico. Nous étions tellement content pour lui, ça changeait des mauvaises nouvelles habituelles.

Nous avons laissé Marvin avec Anderson, ils avaient besoin de se parler.

 

SJ  « Sergent, j’ai peur.

SA _ Peur ? Peur de quoi ? Jhonson, tu viens de passer 2 ans et 4 mois dans ce foutu pays de merde, alors tu vois, il ne te reste plus qu’à monter dans cet hélico et à rentrer chez toi.

SJ  _ Sergent, j’étais un gamin quand je suis arrivé ici il n’y a pas si longtemps que ça ; l’armée j’y étais déjà depuis un bon moment. Un jour on m’a confié une arme et des munitions et puis j’ai été envoyé ici avec l’ordre de tuer. Ce que je veux dire sergent c’est que j’ai pas mal changé et je ne sais pas comment ça va se passer pour moi au pays.

SA _ Il y a une chose sur laquelle tu as raison, tu as changé, c’est vrai, mais en bien. T’es un homme maintenant, je suis fier de toi, ce n’est pas évident de s’en sortir ici, je sais que t’en a vu des vertes et des pas mûres. Mais t’a toujours fait ce qui te semblait juste, conforme à ta morale. Je suis sûr que quoi que tu entreprennes maintenant, ça sera très bien.

SJ  _ Merci sergent.

SA _ Allez, du vent !

SJ  _ Et sergent, je pense à quelque chose, c’est sans doute la dernière fois de ma vie que j’obéis à l’un de vos ordres.

SA _ Jhonson ! Grimpe dans cet hélico et que ça saute ! Tire toi du Vietnam et plus vite que ça !... Jhonson ?

SJ  _ Oui sergent ?

SA _ Ne fait pas le con. »

 

Marvin a grimpé dans l’hélico en souriant.

Le franc-tireur avait observé toute la scène avec sa lunette, il était dans un arbre à la lisière de la forêt. Il n’a pas tiré. A quoi ça aurait servi ? A rien.

 

Le programme Phœnix de la CIA qui a duré 4 ans a estimé à 60000 le nombre d’agents identifiés de l’infrastructure Viêt-cong.

 

A Thanksgiving 1968, 20 Américains perdirent la vie au Vietnam

 

 

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