Chapitre 26 :Camp Barnett

 

 

En début d’après-midi, la section avait été transférée au camp Barnett.

 

MT « Bienvenu au camp Barnett.

DP  _ C’est exactement comme Than Son Nut, aucune différence.

AR _ Je crois qu’il y a une différence, on a tous bénéficié d’une promotion.

SJ   _ Allons un peu voir où on crèche dans cette auberge.

DP _ Qu’est ce que ça veut dire SOG ?

AR _ Il paraît que c’est des sections d’observation et de gestion.

MT _ Oui, il y a un pote qui m’a dit que c’était des sections spéciales de renseignements. C’est la CIA, d’ailleurs quand t’as vu la tronche des mecs d’ici, t’a tout compris !

AR _ Ouai mais tu n’a pas vu l’entraînement spécial qu’ils ont reçu.

SJ   _ Le responsable c’est le colonel Carl Brewster. Il a eu tellement de blessures en Corée qu’il se trimballe avec au moins 1 Kg de médailles à la parade.

MT _ Il n’ y a pas qu’à la parade, je l’ai vu avec la croix de guerre, l’étoile d’argent et de bronze, un vrai camelot.

DP  _ Je ne voudrais pas vous vexer mais si c’est vraiment une unité d’élite, je me demande bien ce qu’on fait là nous. »

 

Le sergent avait désormais droit à certains égards, une chambre pour lui seul. Doc. Hoc était avec lui.

 

SA « Entrez…Tiens Hockenberry.

DH _ Sergent Anderson... On vous refuse rien vous autre les sergents. Vous pensez cultiver des champignons mexicains avec des stores pareils !

SA  _ Hockenberry, le colonel Brewster a besoin d’un infirmier dans sa prochaine mission…

DH _ Oh non, pas moi sergent! Il paraît qu’il est complètement barge ! Il pourrait faire atterrir un hélico dans une zone à hauts risques pour rigoler un coup !

SA  _ D’après ce que le lieutenant m’a dit, vous ne risquez pas grand chose, à une condition, de ne pas faire dans votre froc. »

 

Myron était dans sa chambre avec Johnny.

 

LM «  Ce Brewster a la réputation d’un sacré fils de pute. Il a fait West Point, la campagne de Corée et puis entraînement dans les forces spéciales à 40 ans. Y a des types 2 fois plus jeunes qui ne survivent pas à ces trucs là. Je ne sais pas ce que t’en penses mais ça risque d’être passionnant… Je t’ai dit qu’il avait été prisonnier de guerre plus de 2 ans en Corée ? Ecoute Goldman, si tu ne veux pas parler, t’a qu’à le dire

LG  _ Mc Key, est ce que tu n’as vraiment rien d’autre à faire ? Tiens par exemple classer ta collection de disques !

LM _ D’accord, je croyais que tu aurais peut être besoin de parler ! Bon dieu écoute Goldman…En fait, celui qui a besoin de parler c’est moi.

LG  _ Mc Key ! Alex est morte ! Y a pas qu’elle ! J’ai perdu des hommes et tu sais, on s’habitue à tout ! »

 

Johnny a frappé Myron. Ce dernier n’a pas bougé.

 

LM  _ Ca s’est pour Déborah ! Et putain, Alex n’était pas un de tes gars ! Tu ne vas pas me dire que c’est facile ! »

 

Johnny l’a a nouveau frappé. Cette fois encore Myron s’est relevé sans broncher.

 

LM «  Je faisais ça uniquement pour Alex, mais à partir de maintenant, c’est fini.

LG  _ J’ai rendez-vous avec le colonel Brewster, à mon retour je ne veux pas te voir ici. »

 

Il était froid, personne n’arrivait à réellement savoir ce qu’il pensait.

De mon côté, j’étais de retour. Lorsque j’ai posé le pied à Saigon, tout est revenu, comme une vague. Cette odeur et cette sensation oppressante ont reprit le dessus.

De loin, j’ai vu Johnny ; il m’a fait un signe et je me suis dirigée vers lui.

 

DW « Salut.

LM _ Salut. Donne moi ton sac… Ca va ?

DW _ Oui, je suis juste fatiguée.

LM _ Bon, on y va. »

 

Nous avons essayé de parler dans la jeep mais ce ne fut pas très concluant. Et finalement, nous sommes vite arrivés à la base et rien n’avait été vraiment dit. Il me raccompagna jusqu’à mon baraquement.

 

DW «  Nous voilà arrivés.

LM _ Oui. En fait, je pensais qu’on allait discuter.

DW _ Moi aussi mais ce n’est pas facile. Je suis impardonnable, je t’ai fait du mal et je m’en excuse. Disons que j’ai eu l’occasion de réfléchir à nous, à notre relation et je me suis aperçu que c’était bancal et qu’il manquait quelque chose.

LM _ T’es dure.

DW _ Non, réaliste ; ça n’aurait pas pu continué très longtemps.

LM _ T’as peut être raison… Alors voilà, c’est dit.

DW _ Oui.

LM _ Bon, je te laisse. J’ai une mission. Prend soin de toi.

DW _ Et toi fais attention. »

 

Je me suis assise sur mon lit. Taylor et Ruiz entrèrent au moment ou Johnny sortait.

 

MT «  Alors, t’es partie sans nous ?

DW _ Oui, je ne vais pas m’occuper de vous toute ma vie.

AR  _ Ca va ?

DW _ Oui mais je suis crevée, je vais me coucher. »

 

Ils sont sortis. Je me suis recroquevillé sur mon lit, et j’ai essayé de m’endormir. Devant les autres je ne laissais rien voir mais lorsque j’étais seule, mon cafard me reprenait. Je me posais beaucoup de questions, peut on être tout à fait sûr des choix et des décisions qu’on prend ? J’en étais de moins en moins sûr.

Pendant ce temps, Myron et le sergent attendaient devant la porte du colonel.

 

SA «  Lieutenant, j’ai 3 semaines de permission, je me suis dis que je pourrais les prendre… Mon lieutenant, vous m’écoutez ?

LG _ C’est vous que ça regarde.

SA _ En fait, c’est plus compliqué que ça ; ma petite Cathy a grandi sans jamais voir son père et elle va avoir 6 ans.

LG _ Si vous voulez mon approbation, vous l’avez, rentrez chez vous, revoyez votre fille.

SA _ Oui mais je me disais que ce n’était peut être pas le moment idéal.

LG _ Vous vous en faites pour les hommes, il ne faut pas ; j’ai pris des décisions, il n’est plus question que je parte, je me charge des hommes.

SA _ Ce qui m’inquiète moi mon lieutenant, c’est de savoir qui va se charger de vous. »

 

Dans le bureau du colonel ça gueulait.

 

Gal « Je vous ordonne de placer hors limite les bordels de la rue Pasteur.

CB _ Impossible mon général.

Gal _ Vous voulez dire que vous refusez ?

CB _ Quand mes hommes sont en mission et qu’ils peuvent y rester, je ne tiens absolument pas à ce qu’ils pensent à autre chose ; comme à l’éventualité d’être tué.

Gal _ En 18 mois de Corée, jamais je n’ai pensé que je risquais y rester ; j’étais un bon soldat et il n’y avait qu’une chose qui me préoccupais ; remporter la victoire. Ce dont vos hommes ont besoin c’est de discipline ! Et comme il est clair que celle-ci ne leur vient pas de leur commandant, alors elle leur viendra de leur quartier général !

CB  _ Si nous voulons gagner cette guerre mon général, commençons par les traiter comme des hommes et non comme des machines ! Ils ne peuvent pas être des militaires 24h/24 ! Ils risquent leur vie chaque jour, un tel engagement mérite une récompense je crois et je ne priverai jamais mes hommes de la moindre liberté !

Gal _ Vous voyez ceci ; cet uniforme fait de nous des hommes qui obéissent aux ordres alors je vous ordonne personnellement de mettre ces bordels hors limite pour vos hommes et immédiatement ! Est ce que c’est clair ? !

CB _ Oui mon général. »

 

Le général est sorti, Myron et le sergent sont entrés à leur tour.

 

CB « Lieutenant Goldman, sergent Anderson, veuillez entrer…J’ai lu vos dossiers messieurs et tout ce que l’armée sait de vous je le sais aussi à présent. Cependant je suis de l’avis de Georges Patton, un dossier ne nous dit pas comment un homme réagit. Que savez vous de l’opération SOG lieutenant ?

LG _ Je sais que le SOG est une force non conventionnelle ; chargée de missions classées top secrets dans tout l’Asie du Sud Est. Section d’observation et de gestion ce n’est qu’un titre de couverture en fait c’est se qu’on nous a dit.

CB _ Je vois que les nouvelles vont vite, c’est rassurant. 2000 Américains ont été assignés au SOG ; principalement des forces spéciales plus 8000 soldats indigènes triés sur le volet.

SA  _ Excellente compagnie.

CB  _ Ce n’est plus le cas sergent. L’état major vient de m’avertir que nous sommes à court de personnel spécialement entraîné ; il n’en reste plus de disponible. Alors on m’a envoyé votre unité.

LG  _ Si je comprends bien, nous on est disponible.

CB  _ Votre unité va devoir faire ses preuves lieutenant.

LG  _ Sauf votre respect mon colonel, mes hommes ont déjà fait leurs preuves.

SA _ Le lieutenant a raison mon colonel ; je n’ai jamais servi avec de meilleurs hommes, entraînement spécial ou non.

CN  _ On verra ça. Bienvenu à bord. »

 

Après 2 heures de somme, j’ai rejoint les gars. Là, une voiture faillit nous écraser.

 

AR  «  J’espère que la bouffe est meilleure

MT  _ Ca ne peut pas être pire.

DP   _ Il paraît qu’ils ont des cuistots vietnamiens.

AR  _ Fait gaffe !

DP  _ Ca va pas non ! Et ! Espèce de malade !

MT _ Qui s’est celui là ! Il se prend pour qui ? !

SJ    _ T’as vu la gueule du type ?

DW _ On aurait dit… Non, c’est pas lui. »

 

Nous nous sommes dirigés vers le garage pour retrouver le type. Ce dernier avait la tête sous le capot d’une jeep.

 

DW «  Tu sais ce que je déteste le plus dans l’armée ? C’est d’être forcé de fréquenter des abrutis de californiens !

MT _ Ouai, au soleil, ils deviennent cons comme des baleines !

DP  _ Ce n’est pas vrai, ils naissent con !

AR  _ Un tas de muscle et un petit pois sous la casquette !

SC   _ Les mecs !

TS   _ Baker !

MT _ … T’es très élégant Baker.

SC   _ Ouai c’est pas mal ; c’est mon nouvel uniforme.

SJ    _ Il paraît que t’es le chauffeur du général?

SC   _ Ouai, c’est un super job, j’ai qu’à fermer les yeux et je m’imagine que je me retrouve sur l’autoroute n° 1.

AR  _ Ouai, on a remarqué que tu conduisais les yeux fermés.

SC  _ Le général c’est un gars vachement sympa ; d’ailleurs on a fréquenté la même école lui et moi. On n’était pas dans la même classe. Enfin bref on a pleins de points communs; il est branché alimentation bio, c’est un fan des Beach Boys. Tu vois le genre ? California girl.

GM _ J’ai trouvé ton problème Baker. Fuite au radiateur

SC  _ D’accord Manks. Donne moi une minute. Je m’étais juré de vous écrire ; enfin vous savez comment c’est.

DW _ Ouai.

SC   _ Alors qu’est ce que vous foutez au camp Barnett ?

DP   _ La compagnie vient d’être transférée au SOG.

SC   _ C’est les forces spéciales pas vrai ? Félicitation. Et le lieutenant et le sergent ça va ?

AR  _ Tu verras par toi même mon pote. C’est l’anniversaire de Purcell demain soir. T’as qu’à venir avec nous.

SC  _ Pour rien au monde je voudrai rater ça ! On a tant de choses à se raconter. »

 

Doc. Hoc avait rencontré le colonel, ce dernier l’avait recruté pour vacciner les prostitués dans les bars. Le but était d’éviter les MST et enrayer la vague de chaude-pisse. Ils étaient dans le 1er bar d’une longue liste prédéfinie

 

Ger « Mes filles sont saines, c’est du 1er choix. Je ne veux pas prendre pour les autres.

CB  _ Les infirmières qui sont là vont vous examiner, l’infirmier va vous faire une piqûre de pénicilline. Allez en route.

DH _ Bonjour.

FVt _ Bonjour. Toi docteur ?

DH _ Oh non, je ne suis qu’un infirmier. Je m’appelle Francis Hockenberry mais mes amis m’appellent Doc. Hoc.

FVt _ Les GIs m’appellent number one.

DH _ Sans blague ! Et bien number one, tu fais demi tour et tu remontes ta jupe…Tu te tournes et tu remontes ta jupe…Bon d’accord… Assieds toi vas y… Je suis toi maintenant. Tu te tournes et tu relèves ta jupe.

FVt _ C’est 7 $ pour moi faire ça. »

 

Toutes les filles rigolaient. Doc. Hoc ne parlait pas un traître mot de vietnamien et il n’avançait pas, il était quelque peu dérouté. Brewster reprit les choses en mains et expliqua à cette fille sur un ton ferme la raison de l’acte. Il parlait vietnamien et ne semblait pas commode.

 

DH « Suivante.

CB  _ Vous allez vous en sortir ?

DH _ Oh oui, c’est un sale boulot, c’est pas évident mais il faut bien que quelqu’un le fasse. »

Le lendemain soir, nous fêtions l’anniversaire de Dany. Il avait 22 ans. Nous étions tous là.

SJ   « Qu’est ce que t’as fait comme vœux ?

DP  _ Je vais pas te le dire sinon il ne se réalisera pas.

MT _ Si t’avais fait le même que moi, t’aurais vu apparaître Marilyn à poil.

DW _ Tu n’arrêtes jamais. »

 

Le sergent Anderson est entré.

 

SA «  Oh, ça par exemple ! Baker !

SC _ Sergent !

SA _ Je commence à comprendre pourquoi on n’a pas encore gagné la guerre ! Comment ça va ?

SC _ Oh, très bien, ça fait un baille dîtes donc !

SA _ Qu’est ce que tu fais ?

SC _ Je fais de la méditation transcendantale maintenant et une fois mon contrat avec l’armée fini, je file en Indes étudier avec le gourou des Beatles.

SA _ Ca a l’air très intéressant

DP _ Viens un peu par ici Baker.

SC  _ Au fait, tiens, devines ce que c’est ? Vas-y, ouvre vite.

DP _ On dirait une énorme bouteille… Waou ! Ah oui, des pilules énergétiques aux protéines pour la musculation…Je sais vraiment pas comment te remercier.

SC  _ Oh c’est rien. Vous allez voir ce que je vous ai amené vous »

 

Nous avons tous éclaté de rire, nous nous attendions à une énorme bouteille d’alcool et là, nous avons forcément été un peu déçus. Sur ce, Myron est entré.

 

LG «  Bon anniversaire Purcell.

DP _ Merci mon lieutenant.

SC  _ Mon lieutenant !

LG _ Bonjour.

SC  _ Mon lieutenant, mais c’est moi ! Vous ne me reconnaissez pas ? J’étais parti depuis 6 mois.

LG _ Oui, content de vous revoir Baker.

SC  _ Je savais qu’il blaguait !

DP  _ Mon lieutenant, qu’est ce que je peux vous offrir ?

LG _ Non, non merci pas ce soir. Ecoutez les gars, je ne voudrais pas gâcher votre petite fête, bon, c’est un anniversaire, mais demain matin il y a le briefing à 8 heures précise. Le sergent Jhonson remplacera le sergent Anderson.

DP  _ Sergent, c’est vraie cette histoire ? Vous partez ?

SA  _ Je vais en perme, au pays. J’ai un peu de congé devant moi, j’en profite.

AR  _ Vous avez décidé de rester là-bas sergent ?

DW _ J’espère que vous allez revenir.

SA  _ Je ne sais pas, je ne peux rien promettre, j’ai besoin de me reposer, réfléchir et de revoir ma fille. Arrêtez maintenant, c’est une fête et il faut continuer à s’amuser, n’est ce pas mon lieutenant ?

LM  _ Exactement, il faut tous s’amuser. »

 

Johnny et moi avions rompu mais nous ne nous évitions pas pour autant. Le sergent et Marvin se sont isolés pour discuter un peu.

 

SA «  Ca m’ennuie que tu ais appris la nouvelle comme ça.

SJ  _ Ca aurait été plus simple si vous me l’aviez dit vous même.

SA _ Ouai je sais, t’a raison. Mais je suis persuadé que tu sauras quoi faire.

SJ  _ Chez moi dans le Mississipi, rien ne m’a préparé à ça.

SA _ Peut être, mais ici on n’est pas dans le Mississipi ; tu n’as qu’à suivre ton instinct Jhonson. C’est ce qui a fait de toi un bon soldat et c’est ce qui fera de toi un bon sergent.

SJ  _ Et c’est tout ?

SA _ Bien sûr, il faut aussi que tu observes les 3 règles d’or : Garde tes fesses, garde tes fesses, garde tes fesses. Ca se passera très bien. »

 

Je suis allée parler à Myron, il était froid, je n’ai pas insisté. On pouvait déjà voir son œil au beurre noir.

Marvin était venu me parler pour me réconforter, il était au courant. Sa façon de me parler d’un enfant qu’on perd m’étonna mais il avait l’air de comprendre. En fait, il me raconta qu’il avait eu une copine, Ling.

Il l’avait rencontré au début de son service ; il avait eut une liaison avec elle et elle était tombée enceinte. Il n’était pas au courant lorsqu’il avait rompu.

Il l’avait appris quelques mois plus tard, elle était sur le point d’accoucher. A ce moment là il a essayé d’entrer en contact avec elle mais son frère n’a pas voulu. Il en avait parlé au docteur Seymour qui lui fut d’un grand secours.

L’enfant était normal, sous-entendu il n’y avait aucune trace des origines de son père, elle allait se marier avec un homme respectable qui avait accepté de l’épouser si l’enfant se révélait « normal ».

Marvin n’a jamais pu voir ni son fils ni Ling.

 

Les Afro-américains représentaient 13 % de des troupes présentes au Vietnam. 28 % étaient au front et seulement 2 % étaient officiers.

 

 

A suivre                                                                                              Retour

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