Chapitre 25 : Au revoir
3
semaines après cette aventure, nous avons eu un nouveau doc dans la section. Il
s’appelait Hockenberry, c’était un hypie qui n’avait pas du tout les mêmes
idées que nous et ça posait quelques problèmes dans la section et dans le
baraquement ; et je peux dire avec du recul qu’il était vraiment chiant.
Il était grand, blond, moustachu, avec des lunettes rondes. Ca lui donnait un
petit côté rêveur.
Myron
était toujours à l’hosto, je n’étais pas allée le voir, car je ne savais pas trop
comment réagir.
Le
sergent était sorti de l’hôpital, il allait souvent voir Myron, il le
maintenait au courant sur ce qui se passait dans la section, à la base.
SA « C’est la 3ème attaque en 5
jours mon lieutenant.
LG
_ Et la 4ème bicyclette piégée en huit jours. Une nouvelle
offensive ?
SA _ Sûrement. Ca va votre jambe ?
LG
_ Oui, ils disent que je devrais rester encore une semaine.
SA
_ Et bien restez encore une semaine, la guerre attendra, elle pourra se passer
de vous encore une semaine.
LG
_ Peut être qu’elle devra se passer de moi pour toujours. J’ai bien réfléchi,
je pense que je vais accepter ce poste à l’arrière dans les renseignements
jusqu’à la fin de mon engagement.
SA
_ Très bonne décision, vous avez déjà largement donné.
LG
_ Ouai.
AD
_ Bonjour, je peux entrer ?
SA _ Oui, on avait fini de parler. Au revoir
lieutenant, Mademoiselle Devlyn.
AD
_ Dis donc, il n’a pas l’air content notre sergent.
LG
_ Oui, je venais de lui dire que j’allais accepter ce poste aux renseignements.
AD
_ C’est vrai ! Je suis contente.
LG
_ Dis, c’est quoi ça ?...
AD
_ Quoi, quoi…c’est une surprise.
LG _ J’adore les cadeaux.
AD
_ Doucement avec le paquet.
LG
_ Une canne !
AD
_ Oui, pour que tu guérisses plus vite… Tu sais, il y a plusieurs jours que je
voulais te dire ça…
LG _ Si tu me dis que t’aime Mc Key, je vous
tabase tous les 2 à coup de canne ! (Un peu gonflé le type !)
AD
_ Non mais je dois quitter le front moi aussi, on m’envoie à Paris. C’est
là-bas que se font les débats pour la conférence de la paix.
LG
_ … Génial, j’ai toujours rêvé de boire un verre dans un bistrot parisien…
Quand est ce que tu pars ?
AD
_ Après demain.
LG
_ Depuis quand tu le sais ?
AD
_ Un mois, écoute ; je voulais simplement m’assurer que tu te rétablisses
bien. On a encore ce soir et demain soir.
LG
_ Ce n’est pas vrai, plus que 2 soirs. »
Une
infirmière entra pour faire une piqûre à Myron, elle vira Alex sans ménagement
et ça le mit en colère. Alex finit par sortir pour tomber surJohnny.
AD « Levé tôt ou couché tard ?
LM
_ Garde ton humour pour tes potins après la guerre. Comment va Goldman ?
AD
_ Il est entre les mains expertes de Pringston.
LM
_ En effet… Tu l’as prévenu de ton départ ?
AD
_ Juste à l’instant… Il va accepter le poste dans les renseignements.
LM
_ Il a pas dû vraiment apprécier. J’ne te comprends pas, tu l’as bassiné pour
ce poste à l’arrière pendant des semaines et quand il accepte enfin, tu pars.
AD
_ Il n’a pas accepté rien que pour moi.
LM
_ Non, bien sûr. »
Depuis
quelques jours j’étais malade, tout le temps barbouillé, et ce matin comme les
autres matins, je me ruais aux toilettes.
J’appréciais
la discrétion des sanitaires privés de Johnny (égard dû à son grade d’officier)
Je
commençais à me poser des questions, j’espérais même avoir chopé un virus.
Dans
notre baraquement, il y avait des problèmes d’ordre relationnels.
DP « Et ! Oh ! La bleusaille,
moins fort, on s’entend plus !
DH
_ Vous n’allez pas me dire que vous n’aimez pas Hendrix !
AR
_ Si, j’adore mais je ne voudrais pas devenir sourd trop vite.
DP _ Peut être que si tu avais un Franck
Sinatra…
MT
_ … Ou une bonne musique de nègre…
DH
_ Génial, je suis tombé sur des philistins.
AR
_ Je suis pas Philistin mais Portoricain.
DP _ C’est la nouvelle mode aux
Etats-Unis ?
MT
_ T’as vu ce collier ?... Tout le monde en a ou juste les tantouses ?
DH
_ Depuis combien de temps vous êtes là les gars ? Vous ne savez pas ce qui
se passe au pays ?
AR
_ Si, ce qu’on sait c’est qu’il y a certains étudiants qui prennent la défense
de l’ennemi.
DH
_ Oui mais en réalité, ce qu’ils veulent c’est arrêter la guerre.
DP _ C’est peut être parce que ces pédales de
communistes brûlent le drapeau américain.
DH
_ Il vaut mieux défiler dans les rues que massacrer de pauvres gosses
vietnamiens ! »
Dany
s’est levé pour taper sur Hockenberry car il se sentait directement mis en
cause mais Ruiz l’a retenu.
AR
« Calme toi Dany !
DP
_ Je vais lui casser la gueule !
MT
_ Non, c’est moi qui vais me le faire !
DH
_ Je n’ai pas envie de me battre.
MT
_ Mais moi, oui ! »
Taylor
a entraîné Hockenberry dehors. Le sergent est arrivé à ce moment là et les a
séparé.
SA « Arrêtez ! Arrêtez tous les
2 ! Qu’est ce que c’est que ce travail ?!
MT
_ C’est ce bleu qui a besoin qu’on le remette à sa place sergent.
DH
_ Simple divergence d’opinion.
SA _ Bon, ça va. Vous n’avez qu’à réserver votre
énergie pour les Viets. Rentrez dans vos baraquements. Attends toi, comment tu
t’appelles ?
DH
_ Hockenberry, Francis Timothy.
SA _ Bon, et bien, je dis pas que c’est ta faute
mais je tiens pas à ce qu’on marche sur les pieds de mes gars, c’est
compris ? Je tiens à te donner un conseil. Tu devrais nettoyer ton arme et
te couper la moustache.
DH
_ Je n’en ai pas besoin, il est dit dans la description de mon poste que je ne
suis pas obligé de porter une arme.
SA _ En quoi consiste ton poste ?
DH
_ Je suis infirmier.
SA _ Ben nous voilà bien ! »
De
mon côté, je n’avais pas bougé de la chambre, je commençais à sérieusement
angoisser. Je suis allée voir un toubib qui m’a confirmé mes craintes.
Au
dispensaire, Alex retourna voir Myron. Elle l’installa dans un fauteuil roulant
et le conduisit jusqu’à une salle d’opération. Elle l’avait transformé pour la
circonstance en garçonnière.
AD
« J’ai une surprise pour toi, ferme les yeux. J’espère que ça va te
plaire car ça m’a coûté 2 repas au restaurant. Maintenant, ouvre les
yeux. »
Il
y avait un lit contre le mur, une table dressée et des chandelles, ainsi qu’un
poster de la tour Eiffel accroché au mur.
LG « Qu’est ce que c’est que ça ?
AD
_ Hier tu m’as dit que tu aurais aimé m’inviter dans un bistrot parisien, alors
voilà.
LG _ C’est super…
AD
_ Quand à moi, mon grand rêve a toujours été de faire l’amour dans une mansarde
avec une vue sur la tour Eiffel.
LG _ Dis donc, tu n’oserais pas profiter d’un
handicapé tout de même !
AD
_ J’ai bien peur que si, c’est un vice de famille.
LG _ Je vais être obligé de me laisser faire
alors. »
Un
peu plus tard, Alex a ramené Myron jusqu’à sa chambre. Je l’ai vu de loin
lorsqu’elle sortait du dispensaire.
DW
« Salut. Je peux te parler ?... Je ne dérange pas au moins ?
LG _ Tu ne me déranges jamais. Entre. C’est que
je suis surpris de te voir, c’est tout.
DW
_ C’est vrai, je ne suis pas venue te voir et je crois que je ne serais jamais
venue te voir si je n’avais pas quelque chose d’important à te dire.
LG _ Qu’est ce qu’il y a ?
DW
_ Je… je suis enceinte.
LG _ Quoi ?... Mc Key est au courant ?
DW
_ Non, il n’a rien à voir là dedans…c’est toi.
LG _ …Moi ?
DW
_ Oui, toi.
LG _ Tu attends mon bébé ?
DW
_ Attend, je ne veux pas que tu t’emballes, que tu commences à en parler comme
une personne sinon ça va être trop dur. Même si tu dois me détester après, je
peux pas, je veux pas le garder…je ne suis pas prête, ce n’est pas le bon
moment…je voulais juste que tu le saches.
LG _ Déborah…
DW
_ Non.
LG
_ Arrête, viens là. Si c’est ce que tu veux alors je vais m’occuper de tout, je
te laisserai jamais tomber. J’apprécie que tu sois venue m’en parler. Je ne
t’en veux pas, et même si je le voulais, je ne pourrais pas. »
Il
me serra contre lui pendant quelques minutes. Je suis ensuite partie, il
m’avait enlevé une partie du poids que j’avais sur les épaules ; ce
n’était pas ce que j’attendais de lui mais il l’avait fait.
Myron
m'avait fait part de sa décision de changer d’affectation, ça m’avait fait
bizarre. Nous avions un nouveau lieutenant pour le remplacer, Escobar. Sa
première tâche fut de remettre au sergent ses nouveaux galons, il était
désormais sergent de première classe.
Escobar
ressemblait beaucoup à Myron à ses débuts, il ne fallait pas le contredire, il
croyait tout savoir et tout le monde lui devait une obéissance totale, bref il
était lourd à supporter.
Ce
jour-là, Alex était en ville, elle avait rendez-vous avec son Indic.
VtI
« Mademoiselle ?...
AD
_ Qu’est ce que vous avez ?
VtI _ Ca coûte cher.
AD
_ D’accord mais vous pourriez me dire ce que c’est, ainsi je vous dirais le
prix que j’estime que ça coûte.
VtI
_ Je dois vous conduire à un réseau de tunnels près de Saigon ; c’est
là-bas qu’on a préparé l’offensive du Têt. On vous présentera un des chefs qui
y a participé.
AD
_ Pourquoi moi ?
VtI _ Vous écrivez la vérité.
AD
_ Arrêtez, ce n’est pas parce que je suis une femme que l’on peut me faire
avaler les couleuvres. Je ne veux pas être un instrument de propagande ni pour
les Vietnamiens, ni pour les Viêt-Congs.
VtI _ Non, vous direz la vérité.
AD
_ C’est vous qui me guiderez ?
VtI _ Oui, c’est très dangereux et ça coûte cher.
AD
_ C’est vous qui me coûtez beaucoup d’argent. Je peux emmener quelqu’un ?
VtI _ Non, seulement vous, je vous
contacterai. »
A
la base, Hockenberry s’accrocha de nouveau avec quelqu’un, cette fois-ci, ce
fut avec le lieutenant Escobar. Le sergent est venu à sa rescousse.
SA « Dis donc, pendant ta formation,
t’aurais pas connu le major Seymour ?
DH
_ La belle Jennifer et son programme psychiatrique ? Vous pensez que j’ai
besoin d’un psy ?
SA _ On en a tous besoin, non ? »
Après
son tour en ville, Alex est retournée voir Myron. Elle devait lui parler.
AD
« Myron, je peux pas venir ce soir.
LG _ Quoi ?... C’est le dernier soir.
AD
_ Pas exactement. On a reporté mon départ, on se verra demain.
LG _ Alors tu peux reporter ton voyage pour ton
boulot mais pas pour moi ! Salut !
AD
_ Myron, reviens ! »
Il
est sorti furieux du dispensaire, et il se déplaçait plutôt rapidement avec sa
canne.
Myron
était perturbé, il s’inquiétait pour moi, il s’était renseigné et avait tout
organisé. Il ne voulait pas qu’un plus de traverser cette épreuve je doive tout
organiser. Il se faisait également du souci pour la section et puis il y avait
Alex.
Au
même moment, Alex se rendait à son fameux rendez-vous. Elle était dans une
voiture avec son indic, les yeux bandés et se dirigeaient vers l’extérieur de
Saigon. Elle fut conduite vers une zone pour finalement être dirigée vers des tunnels.
Elle commença son travail d'investigation, posant de nombreuses questions, ne ménageant pas son interlocuteur, le chef Viêt-Cong.
Il
lui fit visiter les tunnels et essaya de lui faire comprendre ce pour quoi il
se battait. Il ne lui restait plus que ça, il avait perdu sa femme et sa fille,
elles étaient mortes dans les décombres de leur maison après le bombardement
d’Hanoi. Il n’y était pas retourné depuis 2 ans.
Elle
resta près de 2 heures dans les tunnels.
Myron
m’avait apporté les papiers dans une enveloppe. Il avait également obtenue que
je ne parte pas en mission ce jour là.
Lorsque
je lui ai dit que j’allais tout dire à Johnny ; il n’a rien dit. Je n’ai
pas réussi à savoir ce qu’il ressentait à ce moment.
Plus
tard il tomba sur Johnny.
LM
« Tu ne sais pas où est Alex par hasard ?
LG _ Non, je ne suis pas sa nourrice.
LM
_ C’est pourtant ta petite amie, tu sais, vous allez très bien ensemble, vous
êtes fou tous les 2 ! »
Alex était sur le point de sortir des tunnels quand le plafond se mit à leur tomber sur la tête. Nos avions bombardaient le terrain pas très loin mais il y eut plus de peur que de mal.
Elle
fut ensuite ramenée jusqu’à Saigon. Elle rentra tout de suite au camp ;
recouverte de terre, sale, toute décoiffée.
Là,
elle rencontra Myron. Elle lui promit qu’après la rédaction de son article, et
une fois qu’elle serait lavée et coiffée, elle le rejoindrait et serait toute à
lui. Il fut ravi.
Notre
section était partie en mission avec la section Alpha.
LM
« Bienvenu à bord lieutenant. Vous avez de la chance, vous êtes avec les
meilleurs.
LE _ Je n’en doute pas. Allez décollez. »
Au même moment, Myron était dans un bureau, prêt à bosser, il faisait le lien entre les militraires et la presse. un boulot de bureaucrate selon lui, un boulot sans risque. Il écoutait ce type des renseignements le briefer, lui expliquer ce qu'il pouvait dire ou pas.
LG « La route est ouverte ? Il paraît
qu’hier un de nos convois a été attaqué
GiR
_ Hier s’était hier. Je ne vous demande pas de raconter des histoires à la
presse. Il vous suffit seulement de démentir. »
Il
le présenta ensuite à une assemblée pour une conférence de presse.
AD
« Pourquoi avoir dit que cet événement était erroné ? Je connais un
article sur les mémoires d’un capitaine…
GiR
_ S’il vous plait, je sais qu’il y a eu des plaintes de votre part à propos de
notre conférence de presse et bien soyez sûr que ça va changer. »
Toute
la salle a éclaté de rire.
GiR
« Oui, et le symbole de ce changement c’est notre nouvel attaché de
presse ; un homme que vous connaissez tous depuis qu’il a sauvé un groupe
de civils, un héro entre désormais dans la légende : le lieutenant Myron
Goldman.
Pre1
_ Lieutenant…
Pre2
_ Lieutenant Goldman, est ce que vous allez informer le public sur la réalité
de la guerre ou bien allez vous dire ce que l’état major vous dit de nous
dire ?
Pre3
_ Que pensez vous des opération envers les étudiants ?
LG _ Je ne crois pas que je sois vraiment
qualifié pour répondre à une telle question ; les décisions de ce genre
sont prises à l’échelon au dessus. »
Au
même moment dans la brousse. La section progressait quand ils se firent
accrocher au moment où ils traversaient une rivière.
LE
« Sergent…
SA
_ Déployez vous, c’est un guet-apens ; Purcell, Jackson ; chacun
sur un flan. »
Ils
se firent attaquer ; le lieutenant se fit toucher
Lmi
_ Et merde !
AR
_ Lieutenant ! Il faut le tirer de là à tout prix !
DP
_ Vas-y Ruiz ! On te couvre !
AR
_ Attendez, lieutenant, j’arrive ! Voilà.
SA
_ Ramenez le ! Grouille Ruiz ! Grouille !...Halte au feu !
Halte au feu !
AR
_ Il est salement amoché, il faudrait l’évacuer.
MT
_ Je crois qu’on les a eu.
SA _ On ne sait jamais ; ils pourraient
remettre ça. Bon, allez, on décroche ! Taylor, aide le à porter le
lieutenant ! Maintenant ! »
Il
y eut énormément de casse. En voulant riposter avec le « lance
roquettes », il y eut une bavure et ce fut un vrai carnage.
Les 2 sections étaient éparpillées de part et d’autre de la rivière et il y
avait des blessés partout. Hockenberry s’est avéré avoir l’étoffe d’un héro, courant d’un blessé à l’autre sous le feu de l’ennemi. Le sergent lui hurlait
d’arrêter et de se planquer avant de se prendre une balle mais il ne l’écouta
pas.
Trois
soldats lui doivent la vie.
Durant
le retour, le lieutenant Escobar remercia Ruiz, il lui était très
reconnaissant de l'avoir sauver. Hockenberry, quant à lui, resta muet sous le choc de sa première expérience du feu. Ca avait été très éprouvante. Arrivés à la base,
il vomit dans son casque, mais il avait obtenu la reconnaissance des mecs de la
section.
MT
« T’as assuré Doc. Hoc
DH
_ Quoi ?
AR
_ C’est bien ce que t’as fait. »
C’est
Johnny qui m’a accompagné à l’aéroport. Je sentais bien qu’il n’osait pas me
poser des questions mais je savais qu’il attendait que je lui donne des
explications. L’ambiance était tendue, nous avons enregistré mon sac et nous
avons attendu devant la porte d’embarquement.
LM
« Dèb, dis moi, pourquoi tu vas à Tokyo ? »
Je
ne me sentais pas du tout à l’aise, j’ai tourné la tête, je n’osais plus le
regarder, et c’est maintenant que je culpabilisais !
LM
« Dèb, regarde moi. Tous ces malaises, tu crois que je n’ai rien
vu ? Tu es enceinte, c’est ça ?
DW
_ Oui.
LM
_ Un bébé ; on a toujours pris nos précautions…
DW
_ Rien n’est sûr à 100 %. »
Je
me sentais de moins en moins à l’aise, et il me connaissait suffisamment pour
savoir que je lui mentais. Je crois que j’ai tilté et c’est ce qui lui a mis la
puce à l’oreille.
LM
« Arrête, dis moi seulement la vérité, le bébé…
DW
_ …Myron. Il est de Myron.
LM
_ Mais quand ? Comment ?
DW
_ Lorsque nous étions dans la forêt.
LM
_ Je suis trop con ! Depuis que t’étais revenu ce n’était plus pareil.
Pendant qu’on s’inquiétait vous vous envoyiez en l’air ! Pars, ils ont
annoncé ton vol.
DW
_ Johnny…
LM
_ S’il te plait, tait toi. Appelle moi seulement lorsque tu auras
réfléchi. »
Il
est parti et je m’en voulais tellement, c’est toujours ceux à qui l’on tient le
plus qu’on fait le plus de mal. Je suis montée dans l’avion, je pleurais, je me
sentais minable.
A
l’hôpital de la base, le lieutenant Escobar demanda à voir Ruiz, il lui était
vraiment reconnaissant de lui avoir sauvé la vie. Ruiz aurait fait ça pour
n’importe qui mais Escobar ne l’entendait pas comme ça. Il se sentait très
seul ; il considérait Ruiz comme étant son seul ami. Il allait rentrer aux
Etats-Unis grâce à certaines facilités et il annonça à Ruiz que ce dernier
rentrait également. Il pouvait lui avoir un ordre de retour.
Ruiz
en parla aux autres gars, il n’en revenait pas, il ne savait pas trop quoi
faire, il voulait rentrer mais sa conscience lui disait le contraire. Dany
était écoeuré, il se disait que là encore il y avait des inégalité ; les
fils de riches pouvaient s’en sortir. Les autres cloches eux, restaient au
Vietnam.
Myron
quant à lui allait plutôt bien. Il avait vu Alex et ils avaient convenu d’un
rendez vous plus tard dans la soirée, en ville. Il était quand même furieux
d’avoir été envoyé en pâture à la presse et surtout que ses hommes aient été
confié à un incompétent sans expérience. Il alla demander qu’on le réintègre à
la section mais…
LG
« Mes hommes partent en mission demain et je demande la permission de les
accompagner.
CO
_ Permission refusée ; vous êtes trop précieux.
LG
_ D’après mon expérience, c’est la vie de mes hommes qui est trop précieuse
pour qu’on la confie à un officier inexpérimenté.
CO
_ On a besoin d’un héro comme vous pour parler à la presse.
LG
_ Mais je ne suis pas un héro, pas du tout
CO
_ Modeste avec ça ! De toute façon, j’ai besoin de vous comme porte
parole. Est ce que j’ai été suffisamment clair ? Rompez. »
Ruiz
accompagna Escobar jusqu’à l’hélico qui le rapatriait.
LE « Ruiz !
AR
_ Comment ça va mon lieutenant ?
LE _ Je m’en vais ; j’ai reçu l’ordre ce
matin, je prends l’avion à 14 heures pour Honolulu.
AR
_ Très bien, je crois que c’est ce que vous vouliez. Vous allez voir votre
femme.
LE _ Et j’ai tenu parole, j’ai votre ordre de
rapatriement…Vous rentrez au pays.
AR
_ Merci mon lieutenant mais je reste.
LE _ Vous restez ? Mais pourquoi ?
Vous vous rendrez compte de ce que donnerez les autres ici pour être
rapatriés ?
AR
_ Oui, je sais. J’apprécie ce que vous avez fait, je vous assure. Mais je ne
peux pas laisser mes copains comme ça.
LE _ Demandez leurs leur avis, ils vous diront
que vous avez tord.
AR
_ Ouai c’est vrai ; mais je crois que je ne le fais pas seulement pour eux
mon lieutenant mais c’est pour tous les autres qui sont déjà rentrés au pays.
LE _ Vous rigolez ! Dans moins de 2 jours
vous leur rendrez visite chez eux ; imaginez la fête là-bas.
AR
_ Je rendrai visite à des potes mon lieutenant mais je crois que si je me
défilais comme ça, j’aurais vraiment honte de moi.
Pil _ Mon lieutenant, il faut y aller !
AR
_ Dépêche toi, tu vas louper l’avion. »
Alex
se rendait compte que Myron n’était pas dans son élément. Ca l’avait vraiment
touché que ses hommes aillent à l’abattoir sans lui, qu’ils aient été confiés à
un type sans expérience. Elle l’aimait et c’est pour cela qu’elle alla donc
parler au commandant de la base. Elle fit pression pour que Myron soit
réintégré, ensuite elle alla le retrouver.
Alex
et lui s’étaient mis sur leur 31 pour ce rendez-vous. Lui avait fait l’effort
de s’habiller en civil ; chemisette et pantalon. Elle était superbe, en
mini robe blanche, les cheveux relevés…des GIs l’aperçurent et l’accostèrent.
1GI
« Vous venez avec nous mademoiselle ?
2GI
_ Oui, allez.
AD
_ Non, merci, j’ai déjà un rendez-vous. »
Elle
a continué, elle souriait, elle était heureuse, tout allait pour le mieux, elle
allait retrouver l’homme qu’elle aimait. Elle s’est arrêté une dizaine de
mètres plus loin.
LG
« Alex ! »
Elle
s’est retournée, lui a souri et c’est là que le restaurant derrière elle
explosa. Le souffle chaud la projeta à terre. Myron se protégea du souffle.
LG
« Non ! ! »
Elle
était à terre et il se précipita vers elle.
LG
« Alex »
Elle
n’a rien dit, elle est morte dans ses bras en lui souriant. Il la tenait encore
contre lui lorsque la police militaire est arrivée. Il ne voulait pas la leur
donner, il la serrait dans ses bras.
Il
est rentré à la base. Il s’est isolé, assis sur un sac de sable en regardant
dans le vide.
Le
sergent est venu le voir, la nouvelle s'était répandue dans la section..
SA
« Les hommes m’ont demandé de vous dire qu’ils pensaient à vous. »
Il
n’arrêtait pas de se repasser leur histoire, la première fois dans le bar avec
Riviera, lorsqu’elle était allée le chercher en hélico ; dans les airs,
sous terre ou avec un casque dans la jungle, elle ne faisait toujours que ce
qu’elle voulait. Elle était insupportable à toujours poser des questions et
quand elle fumait comme un pompier, trop énervé pour continuer à parler. Il
avait cru la perdre une première fois à Fulham, mais là, il l’avait vraiment
perdus, elle ne reviendrait pas. Il la revoyait juste avant l’explosion,
souriante, il aimait tellement son sourire. Il s’en voulait de ne lui avoir
jamais assez dit qu’il tenait à elle.
Quelques
heures plus tôt, j’étais dans l’avion, je n’étais pas fier de moi.
Arrivée
à Tokyo je suis directement allée à l’hôtel. Je me suis couchée une fois
arrivée, j’étais tellement lasse.
J’en
ai profité pour réfléchir à ce que j’avais fait, à ce que j’avais cassé. Johnny
n’était pas tellement démonstratif sentimentalement parlant. Tout semblait être
déjà acquis et je m’étais lassée. Une certaine routine s’était installée. Ce
n’était pas une excuse mais ça avait joué.
J’avais
l’impression que rien… je ne sais pas, on rigolait, on faisait l’amour, on ne
se posait jamais de question, des questions importantes. J’avais l’impression
d’être à côté de la plaque.
Je
suis allée me balader en ville et je suis rentrée tôt, je devais être à 7
heures à l’hôpital. J’essayais de ne pas me culpabiliser, je savais que c’était
la bonne solution.
Je
me suis couchée tôt mais de toute façon je n’ai pas bien dormi. Il m’a semblé
avoir rêvé d’Alex, elle me disait quelque chose mais je ne pouvais pas
l’entendre.
Le
lendemain matin, j’ai appelé Johnny, il était 5 heure à Saigon, et je savais
qu’il était déjà debout.
Lorsque
je l’ai eu au téléphone, j’ai hésité et puis je me suis lancée.
DW
« Allo Johnny, c’est moi, Dèb, je reviens tout à l’heure, par l’avion de
17 heure. Je me demandais si tu pourrais venir me chercher. Enfin si ça ne te
dérange pas. Nous pourrions parler…
LM
_ Je serai là. Je voulais également te parler mais tu ne m’avais pas donné ton
numéro… Déborah, il y a eu de la casse.
DW
_ Quoi ? Tu vas bien ?
LM
_ Oui, ne t’inquiètes pas.
DW
_ Et les autres ?
LM
_ Et bien…
DW _ Johnny, s’il te plait!
LM
_ Alex. Alex est morte. On l’enterre ce matin.
DW
_ Mon dieu ! Comment va Myron ?
LM
_ Pas bien.
DW
_ Et toi ?
LM
_ Ca peut aller. Déborah…
DW
_ Oui ?... S’il te plait, ne dis rien à Myron.
LM
_ Non. Rien.
DW
_ A tout à l’heure. Fais attention. »
Après
m’avoir emmenée à l’aéroport, Johnny était rentré à la base, il voulait faire
la peau à Myron. Il l’a cherché dans la base et ne l’a pas trouvé. Il a appris
plus tard qu’Alex était morte, et il n’a finalement rien fait.
Ce
jour là, il y avait beaucoup de monde à l’enterrement. Elle était aimée de
tous.
Il
y avait ses amis et collègues, toute la section, Myron, Johnny, le sergent et
de nombreux vietnamiens, ses indics et tant d’autres personnes…
Le
prêtre a demandé aux gens qui la connaissaient bien de venir parler, dire
quelques mots.
Pte
« Lieutenant Goldman, voulez vous ajouter quelque chose ? »
Myron
s’est levé, il était devant l’assistance et il n’a pas pu prononcer une parole.
Pte « Lieutenant Mc Key, voulez vous dire
quelques mots ?
LM
_ Alex Devlyn était mon amie et elle est morte car il lui restait un article à
écrire et qu’elle tenait à informer les familles aux Etats-Unis sur les
conditions réelles de la guerre. Alex, nous a apporté sa chaleur, sa joie de
vivre, et elle nous a aidé à mieux supporter la vie ici. Déjà tu nous manques,
tu nous manques Alex. »
Je
crois qu’il a toujours eu le béguin pour elle. Ce qui me soulage c’est qu’elle
n’ait jamais su ce qui s’était passé entre Myron et moi même si je crois
qu’elle a toujours été plus consciente que nous de ce qui existait.
A
l’hôpital, il était 8 heures et j’étais dans une pièce, sous anesthésie, elle
n’était pas générale et j’aurais aimé que ça soit le cas. J’y suis restée pas
tout à fait une heure et puis j’ai ensuite été amenée en salle de réveille.
C’était fini, il n’y avait plus rien.
13
médecins américains ont reçu la médaille de l’honneur durant la guerre du
Vietnam. 8 d’entre eux l’ont obtenus à titre posthume.