Chapitre 23 : Camille
Nous
étions en mission, sur le retour et nous avions fait un prisonnier. Nous avons
fait une pause, nous étions à l’orée d’un village.
AR « Lieutenant, il avait un autre uniforme
dans son sac et ce mec avait une arme neuve.
DP _ Tu vas arrêter de me regarder ! (Au
Viet)
LG _ De nouvelles recrues.
SJ _ Il y a des traces des sandales.
DW
_ Et des traces d’un engin anti-aérien.
LG _ Le village est calme.
SA _ Plus que calme, on dirait un village fantôme….enfin
il n’y a personne. »
Nous
l’avons tous regardé, nous étions surpris. Il avait quelque fois un humour
assez déstabilisant. Nous avons progressé dans le village, le drapeau sud-vietnamien
était encore accroché, il trônait en plein milieu. Ca prouvait qu’il y avait
eu une récente activité dans le village.
GiB
« Le drapeau est pour moi.
DW
_ A ta place, je n’y toucherai pas, ce foutu drapeau est sûrement piégé.
LG _ On pourrait peut être interroger notre prisonnier ?
Je crois que vous parlez vietnamien sergent… »
Le
sergent imita l’accent asiatique.
SA « Vachement bien chef !
LG _ Brooks, amenez nous le prisonnier, on va l’interroger. »
Le
Viet se leva, courut vers le drapeau et le tira. Tout explosa. Le prisonnier
et Brooks furent tués.
Rentrés
à la base, Myron alla parler au commandant. Il était sûr qu’un grand
rassemblement se préparait mais le commandant Darling pensait que Myron
s’imaginait des choses qui n’avaient pas lieux d’être. Pensant que nous étions
surmené, il nous donna quelques jours de repos.
Le
lendemain, le sergent en profita pour aller voir l’administration car il avait
des problèmes, son ex-femme ne recevait plus sa pension alimentaire depuis
3 mois.
Le
jour suivant, le sergent se présenta donc mais avec la bureaucratie, c’est long
et compliqué ; il devait aller chercher un mot de son supérieur et ensuite
seulement revenir.
Le
sergent sortit du bureau, il était furax, quelqu’un courut après lui.
GiS
« Sergent Anderson ! 1ère classe Sweet, je peux vous
aider avec votre histoire de chèque.
SA _ Je ne t’ai rien demandé.
GiS
_ Mais c’est dégueulasse qu’ils vous emmerdent comme ça.
SA _ Pourquoi tu veux m’aider ? Qu’est ce
que t’as à y gagner ?
GiS
_ Je ne suis pas venu au Vietnam pour être derrière une machine à écrire, j’ai
envie de me battre. Si j’arrange votre histoire de chèque, vous me prendrez
dans votre section ?
SA _ Quoi ? Qu’est ce que tu dis ? Je
n’ai pas bien compris, tu veux quitter ton boulot de bureaucrate ?
GiS
_ Oui, le sergent Hart n’arrête pas de me promettre qu’il va me transférer mais
je peux toujours courir ! Je serai parachuté sur une machine à écrire
jusqu’à la fin de mon service, sauf si un membre d’une unité combattante
soutient ma demande.
SA _ Bon, maintenant tu vas arrêter de déconner,
le combat c’est sérieux !
GiS
_ Je suis partant.
SA _ Oui, mais tu n’as pas les compétences.
GiS
_ J’ai été classé dans les meilleurs tireurs avec toutes les armes à force X.
Donnez moi une chance. On se voit au champ de tir, disons à 16 heure,
d’accord ?
SA _ D’accord.
GiS
_ Merci. Bye. »
Il
est parti en courant, un sourire aux lèvres. De son côté, Alex avait été convoquée
dans le bureau de Patterson.
LP « Je crois que vous connaissez bien le
lieutenant Mc Key ?
AD
_ Oui, on peut appeler ça comme ça.
LP _ Vous devriez lui faire parler avant qu’il
ne fasse l’objet d’une enquête officielle.
AD
_ Pourquoi ferait-il l’objet d’une enquête officielle ?
LP _ Il a accès au magasin de l’armée et on
retrouve trop d’objets américains sur le marché noir à Saigon. J’ai entendu
dire que son appartement rue Tudo lui avait coûté une véritable petite fortune.
AD
_ Qu’est ce que vous insinuez ? Johnny est débrouillard, mais ce n’est pas
un escroc ; quant à vendre des biens publics aux Vietnamiens, ce n’est pas
son genre.
LP _ Quand on a les moyens de se payer un appartement
avec la solde d’un lieutenant, on doit savoir qui arroser. Vous pourriez peut
être lui dire de me mettre sur la piste. »
Quelqu’un
a alors frappé à la porte.
LP « Entrez, bonjour. Je vous remercie,
vous pouvez disposer.
AD
_ Johnny va être enchanté que vous le preniez pour un escroc. Bon, au revoir.
Salut Taylor.
MT
_ 1ère classe Taylor, à vos ordres lieutenant. Mademoiselle Devlyn.
LP _ Repos Taylor. J’ai demandé à vous voir car
j’ai pensé que vous pourriez m’aider pour mon enquête.
MT
_ Ce n’est pas vraiment ma spécialité.
LP _ Je vous ai choisi car on m’a dit que vous
étiez toujours au courant de tout ici. C’est vrai ?
MT
_ Si vous croyez que j’ai fait quelque chose de mal, dîtes le moi.
LP _ Il y a pas mal de gens qui se sucrent au
passage à l’armée.
MT
_ Chacun a sa petite combine à l’arrière ; mais à part les quelques mecs
qui échangent des billets de banque au marché noir ; c’est tout. Je ne
connais personne.
LP
_ Je peux compter sur vous, si vous avez quelques renseignements ? Vous
savez où me trouver. Vous pourriez faire ça ?
MT
_ Si je peux venir vous voir ? Ca sera avec plaisir. Je pourrais venir
même si j’avais rien à vous dire. Lieutenant, le moment est mal choisi mais…Je
me sens drôlement attiré par vous et…
LP _ Taylor…Heu…
MT
_ Personne ne m’a jamais inspiré de sentiments aussi profonds. Je sais que vous
êtes un officier mais j’aimerai qu’on se revoie.
LP _ Je crois que vous devriez sortir.
MT
_Oui lieutenant, …je …au revoir. »
Pendant
ce temps, au champ de tir, Sweet faisait ses preuves et nous assistions à
la démonstration.
LG « C’est plutôt pas mal pour un scribouillard.
GiS
_ Merci mon lieutenant.
SA _ Maintenant à plat ventre.
DW
_ Tu te débrouilles comme un chef.
AR _ Passe ce soir au bar, je te présenterai.
GiS _ Merci, alors, qu’est ce que vous en
dîtes ?
SA _ J’en dis que tu sais te servir d’une arme.
GiS _ Et je sais comment vous en sortir avec votre
chèque… »
Au
même moment, Taylor et Jhonson étaient en ville. Ils suivaient le lieutenant
Patterson. Marcus voulait la protéger.
SJ « Tu cherches les ennuies mec, lâche
là, c’est un officier.
MT
_ Je m’en fou.
SJ _ Tu vas pas me dire que t’es
amoureux ; ils t’ont envoyés trop souvent au front mon frère.
MT
_ Quand je le vois, je ne sais plus où je suis. »
Elle
avait un crayon à la main et notait la référence des articles des étales provenant
du magasin de l’armée. Elle enquêtait sur la fraude et la vente d’objets,
provenant du magasin de l’armée. C’est là qu’un détaillant est sorti de son
magasin, il était en colère. Il lui prit le poignet ; il avait un couteau
dans l’autre main.
Vt « Casse toi !
LP _ Ce sont des produits de l’armée.
Vt _ Casse toi ! J’ai payé, c’est mon business ! »
Taylor
se précipita sur lui et lui fit tomber son couteau.
SJ « On doit se tirer, les flics arrivent.
LP
_ Je vous remercie. »
Ils
sont partis tous les 3. Taylor voulait être seul avec le lieutenant Patterson,
Camille ; et il le fit comprendre à Marvin en tapant discrètement sur
l’épaule.
SJ « J’ai un rencard, salut.
MT
_ Salut mon frère.
LP _ Ce pays, c’est la corruption à l’état
pure.
MT
_ Il a permit qu’on soit réunis.
LP _ Arrêtez, vous savez bien qu’on n’a pas le
droit d’être ensemble.
MT
_ Ecoutez, demain je serai à l’hôtel Paradis, demain après-midi. Je vous
attendrai. On fera ce que vous voudrez, si vous voulez seulement parler…
LP _ Je ne peux pas.
MT
_ Je vais bientôt retourner sur le front et peut être que je ne reviendrai
pas ; alors à demain. »
Il
l’a laissé et il est parti.
Alex
était venue me voir dans la journée pour me raconter son entretien avec
Patterson ; je remerciais dieu que Patterson ne soit pas au courant de
notre liaison à Johnny et moi.
Ce
soir là, nous étions au bar, Sweet était avec nous, mais Taylor non.
Nous
discutions tranquillement lorsqu’un mec a commencé à insulter Sweet ;
il le traitait de planqué, de sale bureaucrate. Ca mit Sweet en rogne et une
bagarre éclata. Sweet avait largement le dessus et il mit le type KO. Il le
laissa HS, dehors sur les marches du bar. Ca permit de montrer que Sweet n’était
pas un planqué, qu’il savait se défendre et à partir de là les gens allaient
le respecter.
Le
lendemain matin, en revenant de mission, Johnny me rapporta quelques trucs.
LM « Voilà tes deux bouteilles de champoing.
Embrasse moi.
DW
_ Mais oui mon chéri.
LM
_ Tu donneras ça aussi à Alex.
DW
_ Dis, le lieutenant Patterson s’intéresse énormément à toi.
LM
_ Ah oui ?
DW
_ Oui, elle pense que tu es un escroc. Elle est très intriguée par ton
appartement.
LM
_ Je suis la personne la plus mal comprise. Je débarque au Vietnam innocent
comme un nouveau-né et parce que je suis débrouillard et que j’ai des combines,
tout le monde me prend pour Al Capone.
DW
_ Innocent comme un nouveau-né ? C’est ça oui ! Bon, comment tu vas
redresser ta réputation ?
LM
_ Justement, demain je compte réceptionner un colis. Tu viendras avec moi, tu
verras quel havre de sérénité je suis.
DW
_ Mais bien sûr, un havre de sérénité, tu parles ! »
Avec
du recul, nous avions de la chance Johnny et moi ; personne ne nous embêtait
ou ne disait rien. Il était officier et moi simple soldat, c’était interdit.
Il
semblait que beaucoup de monde nous couvrait. Alex aussi, je me demandais si
c’était par amitié ou plutôt pour éviter des tentations de la part de Myron. Je
ne savais pas si elle avait compris.
Le
sergent Anderson retourna voir Hart.
SH « Alors, vous l’avez le mot de votre supérieur ?
SA _ Je ne viens pas pour mon chèque. Je viens
pour Sweet, il voudrait se battre et d’après moi, il sait se servir d’une arme.
SH
_ Je ne voudrai pas vous vexer, mais d’après moi, il ne faut pas être Einstein
pour savoir se servir d’une arme.
SA _ Ecoutez, ça me fait plaisir de l’avoir et
lui c’est ce qu’il veut.
SH _ C’est ce que moi je fais qui compte !
Sweet, je n’aime pas tellement qu’on magouille derrière mon dos.
GiS
_ Quand je vous l’ai demandé en face, je n’ai jamais réussi à me faire
transférer et pourtant je crois que je le mérite.
SH _ Mais il faut te le dire dans quelle
langue ?! J’ai besoin de toi derrière cette machine !
GiS
_ La seule chose que je suis prêt à taper sur cette machine, c’est une petite
histoire à propos de vous et du sergent chef Boyle. J’expliquerai comment et
pourquoi on détermine les affectations dans ce camp ; et ensuite je
l’apporterai au lieutenant Patterson parce qu’à mon avis, elle trouvera ça
vachement intéressant.
SH _ D’accord Sweet, je vais te soigner aux
petits oignons.
GiS
_ Soit j’obtiens un transfert, soit je déballe toute l’affaire.
SH _ Parfait, parfait, comme tu veux. Si tu veux
te faire tuer, c’est ton problème ; d’accord mais si jamais, si jamais
tu veux me couler, tu le regretteras. »
Le
sergent Hart était furieux. Sweet et Anderson sont sortis, ce dernier était
très intrigué par cet échange verbal.
SA « Sweet, qu’est ce que c’est que cette
histoire ?
GiS
_ Ca vous étonne que des gens comme Hart soient des arnaqueurs de
première ?
SA _ Non, on a l’habitude, c’est vrai mais t’as
quelque chose contre lui ?
GiS
_ Ce mec là touche des pots de vin ! C’est cet enfoiré qui mute les petits
copains du sergent chef Boyle là où Boyle veut.
SA _ C’est pas trop grave ça.
GiS
_ Mais c’est lié au magasin de l’armée et à l’administration des cantines. Ils
se sucrent au passage.
SA _ Alors là, c’est plus grave.
GiS
_ Il y a ½ millions de soldats qui jouent aux machines à sous dans les cantines
et vous croyez que cet argent est reversé à l’armée ? Il y en a pour des
millions…
SA
_ On se calme Sweet, tu devrais raconter tout ça à quelqu’un, sinon tu vas
être considéré comme complice. »
Le
sergent essayait de le convaincre mais rien n’y fit, il ne voulait rien dire,
il était surexcité et ne pensait qu’à se battre.
GiS
« Vous voulez que je rajoute mouchard à la longue liste de mes activités
au Vietnam ? Pas question, je suis transféré et c’est tout ce qui m’intéresse ;
en plus, je crève d’envie d’aller à la baston. »
Camille
avait finalement cédé à la tentation, elle alla rejoindre Marcus au
Paradis. Ils étaient tous les deux assez nerveux et cette chambre n’arrangeait
pas les choses. Il avait acheté une bonne bouteille pour détendre l’atmosphère.
Plus
tard dans la journée, alors qu’ils étaient au lit, Hart et un autre type entrèrent
brusquement dans la chambre. Ils prirent 2, 3 photos plutôt compromettantes
et…
SH « Si vous ne voulez pas que le commandant
Darling et l’état major voient ces photos, ne dévoilez rien de mes combines. »
Ils
sont repartis aussi vite qu’ils avaient débarqué. Marcus se faisait tout plein
de reproches. Il s’en voulait d’avoir, selon lui, bousillé la carrière de
Camille.
On
nous colla finalement une mission pour le lendemain. Depuis la veille, Taylor
n’était pas du tout en forme et ça ne s’arrangea pas durant la mission, il
allait trop vite, il ne faisait pas attention. Un bleu trouva un piège à sa
place, c’était n’importe quoi. En plus, il faillit tirer sur une vache ;
il était complètement ailleurs. Ca nous énervait qu’il agisse comme ça.
AR « T’aurais dû tirer sur cette vache, peut
être qu’elle avait des Viets dans le ventre ! »
Nous
avons essuyé des coups de feu, le mec devant Sweet se fit abattre. Celui-ci
devint livide et muet.
DW
« Sweet, ça va ?... Ca va aller ?
GiS
_ …Mm…ouai. »
Taylor
allait rentrer avec les blessés, c’était plus prudent pour lui et pour nous.
Quand
il arriva à la base, il vit des soldats emmener les affaires de Camille. Elle
était transférée.
Hart
et son acolyte étaient aux arrêts.
Taylor
était convoqué, il aurait 3 mois de corvée, sa paye réduite et 2 semaines de
plus à tirer.
Elle
n’acceptait ni le chantage, ni la corruption. Elle avait tout balancé, quitte à
en subir les conséquences.
De
notre côté, nous avons passé la nuit dans la forêt. Il était environ minuit
lorsque nous avons aperçu des Viets.
GiS
« Oh merde ! Je suis complètement taré d’être venu.
AR
_ T’inquiète pas Sweet. Ca va aller. La première fois que je suis venu, je
voulais casser du Viet avec ma mitrailleuse mais j’ai fait dans mon froc. La
trouille, je l’ai eu tout de suite et je l’ai gardé au ventre ; c’est la
chose la plus intelligente que l’on puisse faire.
GiS
_ D’après toi, qu’est ce que je suis en train de faire ?
AR
_ Y a que comme ça que les gens comprennent. »
Le
lendemain, Dany et moi étions les éclaireurs ; nous avions repéré les
Viets. Ils portaient des caisses qu’ils planquaient sous terre.
SJ « Dany, reviens.
DP _ Ils remplissent la galerie de munitions.
DW
_ De l’autre côté aussi.
SJ _ On a l’impression d’être sur un champ de
mines.
Rad
_ C’est trop gros pour vous, revenez à l’hélico.
LG _ Bon, on lève le camp. On dirait que le
colonel Stringer veut qu’on reste en vie.
SA _ Trop aimable… »
Nous
avons fait demi-tour ; nous n’avons pas pris le même chemin, cette fois-ci
nous avons dû traverser un maré. L’atmosphère était lourde, on pouvait sentir
une odeur d’eau croupie. Il régnait un silence assez inquiétant et les arbres
empêchaient la lumière de bien filtrer, il faisait relativement sombre. Nous
avancions péniblement, et c’est là que nous avons vu de loin un type, un américain,
il était couché à plat ventre sur un tronc, en plein milieu.
Un
gars à nous alla vérifier si ce type était toujours vivant lorsqu’il se fit
abattre. Ca commença à tirer et Sweet se prit une balle dans la jambe.
GiS
« Oh merde !
AR
_ T’inquiète pas, tu vas être rapatrié avec les honneurs et une médaille. »
Ils
étaient partout, nous avons essayé de se replier mais ce n’était pas évident.
Nous avons appelé la base.
A
notre appel, Johnny partit en courant.
AD « Johnny!! Attends, c’est grave!
LM _ Ils sont dedans jusqu’au cou.
AD _ Oh mon dieu !
LM _ T’en fais pas, je vais les sortir de là. »
Nous
nous sommes finalement sortis du bourbier dans lequel nous étions. Nous nous
dirigions vers un point de rendez-vous. Nous avons embarqué sous les tirs ;
j’allais monter lorsque j’ai vu que le sergent et Myron avaient été touchés.
J’ai d’abord aidé le sergent puis je suis retournée pour Myron, j’aurai été
incapable de le laisser ; c’était une chose que je ne pouvais pas envisager.
Ils
avaient tous embarqués, le mitrailleur les empêchait de redescendre.
AR « Dèb !
Mit _ Vous ne bougez pas !
Pil _ On se fait canarder de tous les côtés, on
y va ! 3 ici pigeon voyageur.
Rad
_ Pigeon voyageur, ici 3, j’écoute.
Pil _ J’ai laissé 2 hommes.
Rad
_ Qui reste au sol pigeon voyageur ?
Pil _ 2-6 et 2-3. »
Ce
jour-là, par chance j’étais la radio, ce qui nous a permit de communiquer.
Johnny était parti le premier, son appareil avait été touché et il avait dû
prendre une décision. Il croyait que je me trouvais bien à l’abri, dans l’autre
appareil.
LG « 3 ici Bravo 2-6.
Rad
_ J’écoute 2-6, à vous.
LG _ Nous sommes à Bravo X Ré 330279 demande
d’artillerie, Danger Proche, à vous.
Rad
_ Répétez 2-6.
LG _ Je répète, toute la sauce, Danger Proche,
maintenant !! »
Lorsqu’il
a dit ça, j’ai eu peur, puis il s’est tourné vers moi et m’a souri ;
toute ma peur s’est envolée parce qu’il était avec moi.
Le
risque était présent, j’avais toujours su que je pouvais être tuée mais on n’y
croit jamais ; là j’étais face à une évidence, nous n’avions normalement
aucune chance de nous en sortir. J’allais mourir au Vietnam, au point Bravo X
Ré 330279, un lieu inconnu.
Alex
était dans le poste de radio à la base à côté du transmetteur. Elle attendait
fiévreusement en entendant la voie de Myron.
AD « C’est quoi Danger Proche ?
Rad _ Ils demandent qu’on pilonne leur propre
position.
AD _ C’est pas vrai !
Rad _ El Rouge 3, ici Chien Rouge 3 ; ordre
de tir, à vous. »
Sur
le terrain, nous avons tout à coup entendu les fantômes arriver. Les Viets
étaient partout.
LG « C’est pas mieux de partir dans un grand
feu d’artifice ?
DW
_ Tout le monde s’en foutra. On s’en fait quelques un ?
LG _ Oui. »
Myron
était blessé, je l’ai aidé à se lever et nous avons tiré dans le tas. Nous
pensions que nous étions condamnés mais nous n’allions quand même pas nous
laisser mourir sans nous battre.