Chapitre 21: Rosela
Alex déambulait dans la
base, elle était à la recherche d’un nouveau sujet d’article ; elle
retournait à son bureau quand une vietnamienne vint l’accoster. Elle était
petite et se tenait courbée, comme pour prendre le moins de place possible,
pour pas que quelqu’un la remarque.
Cette jeune femme entraîna
Alex à l’écart, et lui demanda de lui acheter des médicaments grâce à une
carte de rationnement appartenant à un GI.
Le soldat vint parler à
Alex.
AD « Pourquoi est
ce qu’elle a peur ?
GI _ Elles ont droit à des médicaments que si elles
sont très gentilles. »
Il lui dit ça avec un petit
sourire qui en disait long sur cette pratique, ça écoeura Alex, elle trouvait
ça dégueulasse.
Il était également interdit
pour un civil d’acheter des médicaments avec une carte militaire et là,
Alex se dit qu'elle avait peut être trouvé quelque chose.
Elle alla en parler à
Myron, après lui avoir tout raconté, il lui dit qu’il pensait qu’il n’y avait
rien de sensationnel dans cette histoire ; pour lui, ça devait être une
femme de ménage qui avait dû trouver cette carte. Elle avait voulu en profiter
et c’est tout.
Alex lui demanda quand même
de se renseigner sur le propriétaire de la carte, un dénommé Jackson. Au cas
ou, elle était consciencieuse.
Elle avait un nouveau rédacteur,
elle était la seule femme, et elle devait faire ses preuves, mesure illégale
et discriminatoire mais courante dans le métier. Elle avait une grosse pression
sur les épaules.
Peu après, notre section
est partie en mission pour essayer de retrouver le sergent Jackson.
Un mec des forces
spéciales, Rosela ainsi que son chien nous
accompagnaient.
Le clebs était spécialement entraîné pour dépister les Viets ; durant la mission, il se mit à grogner lorsque Taylor passa un peu trop prêt de lui.
MT « Et, fais gaffe avec ton cabot, mets
lui une muselière.
GiR _ Ne l’approchez pas de trop prêt.
AR _ Il y a une piste là-bas.
SA _ Si le sergent Jackson campait ici, il
devait avoir une bonne raison.
LG _ Rosela et Taylor,
allez jeter un coup d’œil. »
Ils sont allés jeter un
coup d’œil, et ils ont commencé à échanger quelques mots.
MT « Dis donc, il
est vachement nerveux ton chien.
GiR _ Ca fait 6 mois qu’on traque des Viets blessées, la
dernière fois il a trouvé un obus de 400 kg ; 4 mecs y sont restés. Alors,
s’il a l’air un peu énervé, il ne faut pas lui en vouloir. »
Le chien et Rosela étaient inséparables, ils étaient non-stop ensemble
et nous pouvions sentir quelque chose de spécial entre eux.
Et c'est là qu'un
gamin est tout à coup sorti d’un buisson juste devant nous.
Vtg « Ne tirez pas !
SA _ Ne tirez pas !
Vtg _ C’est John Wayne.
LG _ Wilson, venez là, fouillez le gamin.
DW _ Viens là, enlève ton
chapeau. »
J’étais à genou derrière
lui, il me tournait le dos.
Je commençais à le fouiller,
je le palpais et je lui demandai de soulever son chapeau, il n’y avait rien
dessous ; j’ai ensuite soulevé son t-shirt, et j’y ai découvert des brûlures.
DW « C’est des brûlures
au napalm.
Vtg _ Vous êtes des
copains du sergent Jackson ? »
Personne ne répondait, nous
observions tous son dos, il devait souffrir mais il ne disait rien. Il sentit
notre regard sur lui et c’est là qu’il nous dit que c’était des avions américains,
c’était des F4 qui avaient fait ça.
LG « Qu’est ce que tu sais sur le sergent
Jackson ?
Vtg _ Il campait
par là, à 100 mètres, et son premier adjoint c’est moi. Je vais vous emmener.
SA _ C’est bon, on connaît.
Vtg _ Les Viêt-Congs,
c’est comme les Indiens, on les chassait comme ça. »
Il s’est recourbé, et a
commencé à avancer très lentement, il était à l’affût de la moindre petite
chose. Il avançait comme avancerait un indien dans les films.
LG « Le sergent Jackson avait de drôle d’adjoint,
qu’est ce que vous en pensez sergent ?
SA _ Moi je pense aux Indiens. »
Il regardait le gamin partir.
AR « Est ce qu’on le suit lieutenant ?
LG _ Oui, mais faîtes gaffe.
SA _ On y va. »
A la base, Alex exposait
à son nouveau rédacteur le sujet de son nouvel article. (La femme et la carte)
C’était un homme d’une 50taine d’année, bedonnant. Sa chemise lui collait
à la peau, il faisait négligé, de grosses auréoles tachaient sa chemise et
il avait toujours une cigarette dans la bouche. Une odeur désagréable de transpiration
et de fumée l’entourait systématiquement. Il était écœurant.
Cir « Bon, l’histoire de la femme est tout à fait
secondaire ; par contre, celle de Jackson… Si tu veux des renseignements,
demande à ton lieutenant avec qui tu t’envoies en l’air.
Il me faut du saignant,
c’est clair ?
AD _ Très clair ! »
Elle était furieuse, elle
avait envie de le tuer. De quel droit se mêlait-il de sa vie privée ?
Ce type était odieux, il
avait ramené son histoire avec Myron à une simple histoire de fesse. Il lui
semblait qu’il avait avili son amour pour Myron.
Dans la jungle, le gamin
nous conduisit jusqu’au lieu de bivouac du sergent Jackson.
Il s’arrêta, grimpa dans un
arbre et attrapa un lance-pierre qu’il y avait caché.
C’est à ce moment que Dany
revint en courant.
DP « Lieutenant ! La piste reprend là-bas
et les Viets nous ont tendu une embuscade. »
C’est là que le chien s’est
mis à aboyer.
GiR. « On a de la
compagnie. Couché, ne bouge pas. »
Le clebs a tout de suite
obéit, il a arrêté de grogner, et s’est couché au pied de son maître.
Nous avons attendu que les
Viets s’approchent un peu, c’est là que le gamin a utilisé son lance-pierre
pour tirer sur l’un d’eux ; il en toucha un dans le dos, surpris, le
Viet se retourna. Enfin à découvert, je pus lui tirer dessus mais ce dernier
tira sur le gosse juste avant de s’effondrer.
Nous avions reçu l’ordre
de nous replier, c’est ce que nous avons fait, en emmenant le gamin avec nous.
Arrivés à la base, Alex
attrapa Myron au passage pour lui dire ce qu’il s’était passé.
Elle était à fond sur cette
histoire, elle devait aller chercher des renseignements à Saigon, elle pensait
avoir trouvé où travaillait la vietnamienne qui lui avait montré la
carte ; le coin n’était pas très sûr, et Myron lui dit que Dany et Taylor
l’accompagneraient pour la protéger, au cas ou.
La mission finie, Taylor et
Dany ont invité Rosela à boire un coup en ville. Il
n’a pas eu le temps de répondre que son supérieur intervenait, il n’était pas
commode.
Rosela désirait un poste planqué à l’arrière, comme cuistot
en attendant de retrouver sa femme et son gosse.
Son supérieur faisait jouer
son autorité : si Rosela ne lui posait pas de
problème, et s’il arrivait à lui cuisiner un bœuf bourguignon, alors son
supérieur le recommanderait pour être le cuisinier du général, travail plutôt
planqué pour attendre la fin de son service ; s’il échouait, il resterait
au front jusqu’à sa démobilisation.
Rosela attendait avec impatience le moment où on lui donnerait
l’occasion de faire ses preuves, mais son supérieur le faisait mariner.
DP « On peut faire quelque chose ?
GiR. _ Oui, si je me fais
tuer, écrivez à ma femme.
MT _ Ou là... »
Rosela est parti, plutôt déprimé. Ca a jeté un froid.
Le gamin était gardé à la
base pour interrogatoire. La hiérarchie souhaitait l’interroger pour avoir de plus
amples renseignements, il était la dernière personne à avoir vu le sergent
Jackson.
L’armée travaillait avec
la police Sud-vietnamienne pour découvrir ce que le sergent Jackson était
devenu. Nous avions pour interlocuteur un lieutenant de la police sud-vietnamienne.
Ce dernier était persuadé que le gamin était un Viêt-Cong et qu’il était impliqué
dans la disparition du sergent Jackson.
Ce soir là, Dany et Taylor
accompagnaient Alex en ville, ils allèrent dans un night club.
MT « Ca m’étonnerait
qu’on trouve Jackson ici.
AD _ Tenez, la voilà.
MT _ Attendez, je vais lui parler.
AD _ Non, vous allez lui faire peur.
DP _ Sympa.
AD _ Lamchouchi ?…
C’est quelqu’un qui m’a dit votre nom.
VtL _ Ne m’arrêtez pas.
AD _ Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas de la
police, je veux parler.
VtL _ On ne peut
pas parler ici. »
Elle a entraîné Alex dans
un débarras. Elle lui montra les traces qu’elle avait dans le dos, c’était
du napalm, comme pour le gamin. Elle eut juste le temps de dire à Alex que
3 hommes lui avaient remis la carte de Jackson. Elles furent interrompues
par le gérant qui les vira en les menaçant.
Les mecs s’étaient installés
à une table, ils étaient en train de manger.
MT « En tout cas, ce connard de cuistot a
raison, la cuisine française c’est délicieux.
DP _ Ouai.
AD _ Lâchez moi ! »
Dany s’est levé précipitamment
pour aider Alex ; il assomma la montagne qui s’en prenait à elle et ils
partirent tous les 3 en courant.
Le lendemain, Jhonson et
Ruiz étaient partis en mission avec Myron et le sergent. Ils devaient accompagner
un type jusque dans son village, il avait quelqu’un à leur faire voir susceptible
de les aider dans la recherche de Jackson.
A peine arrivés, le type
posa le pied à terre et se prit une balle en pleine tête. Il n’y a pas eu
d’autre coup de feu, le sniper les attendait.
Rapidement, ils découvrirent
un charnier ; les gens du village avaient tous été torturés, mutilés
et jetés dans une fosse commune qu’ils n’avaient même pas pris la peine de
recouvrir de terre.
Rentrés à la base, ils allèrent
interroger le gamin, c’était bizarre. Il y avait des fuites, personne n’était
censé être au courant de cette mission ; il fut alors décidé que le gosse
serait désormais sous bonne garde.
Taylor et moi avions décidé
de donner un coup de main à Rosela ; nous sommes
donc allés en ville à la recherche d’un cuistot pour qu’il fasse un bœuf bourguignon.
On en trouva un qui accepta
pour un prix plutôt conséquent. Il avait donné pour condition que nous devions
en plus de cela fournir la viande.
Ca n’allait pas être du
gâteau, la viande était quasiment une denrée de luxe dans ce pays, et il
faudrait l’acheter au marché noir et nous savions que c’était hors de prix.
Rosela se ferait passer pour le brillant chef qu’il n’était
pas.
Nous avons fait venir le
cuistot à la base, Rosela était au courant et il
était super anxieux.
C’est là que Taylor est
arrivé avec la viande empaquetée dans du journal. Il nous la montra et j’ai
changé de tête.
MT « Fais sortir Rosela,
sinon il va avoir une attaque.
DW _ Viens avec moi Rosela.
GiR. _ Y a un
problème ?
DW _ Mais non, si tu restes, tu vas stresser le
chef, viens. »
Nous sommes sortis, Taylor
est resté avec le chef.
MT « Il va falloir te surpasser grand chef !
VtC _ Mais c’est
du poisson ! Ce n’est pas un chef qu’il vous faut, c’est un magicien ! »
Alex avait de nouveau rendez-vous
en ville avec Lamchouchi. Elle n’avait pas eu le
temps d’en parler à Myron alors Johnny se proposa de l’accompagner, au cas
ou.
Lamchouchi avait rendez-vous avec un des Viets qui lui avait
remis les papiers de Jackson, cette fois–ci il devait lui remettre une
enveloppe à la poste. Ca permettrait d’identifier l’espion.
Un taxi est arrivé, le type
en est sorti, Lamchouchi lui avait dit que ce type
avait sûrement tué Jackson. Jackson avait certainement identifié l’espion sud
vietnamien et c’est pour cela qu’il s’était fait enlever.
Il s’est avéré que le type
en question, c’était le lieutenant sud-vietnamien qui travaillait avec nous.
C’était la raison pour
laquelle il voulait tant faire accuser d’espionnage et de trahison le gosse.
Alex était cachée derrière
un muret, elle prenait des photos de toute la scène lorsque ça a mal tourné.
Le type a empoigné Lamchouchi pour la mettre dans le taxi car elle ne voulait
pas le suivre. Il avait eu vent de la visite d’Alex et il préférait régler
l’affaire. C’est là que Johnny est intervenu.
Il y a eu un échange de
coups de feu, la situation était critique mais ça s’est finalement arrangé.
Lamchouchi s’en est sortie sans une égratignure ; le
lieutenant Viet a été tué, il ne pourrait plus nous dire ce qu’il était advenu
de Jackson.
Johnny ramena Alex à la
base, elle était bouleversée, quelque peu choquée. Il conseilla à Myron de
s’occuper un peu d’elle.
L’histoire de Rosela s’est finalement arrangée. Il fit goûter le
bœuf bourguignon à son supérieur qui fut enchanté de ce qu’il venait de manger.
Il avait l’acte de transfert à côté de son assiette, et il le signa sur le
champ.
Taylor et moi attendions
dehors, le nez collé à la vitre pour voir ce qui se passait à l’intérieur.
VtC « Et les gars, tenez, vous pourrez la revendre,
ça vous fera du blé.
DW _ Merci, salut.
MT _ C’est la laisse du chien !
DW _ Oh merde ! Il a fait du bœuf bourguignon
avec le chien…. »
Nous avions décidé de sortir
le gosse de l’endroit où il était gardé. Nous l’aimions bien, et nous savions
qu’il était en danger. J’étais allée le voir, et je l’avais prévenu qu’à 16h30
il devait demander à son garde la permission d’aller aux toilettes. Là, il
passerait par la fenêtre et Ruiz le récupèrerait pour le conduire au camp
de Saigon d’aide aux victimes civiles. Il y serait plus en sécurité.
A l’heure dite, il a fait
ce qu’on lui a dit.
Nous ne l’avons plus jamais
revu et nous n’avons jamais plus entendu parler de lui.