Ce jour là, nous devions
rencontrer une autre section. Nous étions à 400 mètres à l’est du point de
rendez-vous et les autres à 800 mètres à l’ouest.
Ce n'était pas évident,
a pparemment, Sherman Douglas, le lieutenant
de l’autre section, s’était engueulé avec un de ses hommes. L’ambiance de
ce groupe était tendue, voir mauvaise.
Au point de rendez-vous,
nous avons seulement trouvé un feu éteint du matin et quelques traces.
Nous avons continué tous
ensemble, peu après, nous sommes tombés sur un groupe de Viets. Nous leur
avons tendu une embuscade, ils étaient encerclés, ça aurait dû être simple
mais ce n'est jamais simple. Les Viets ne voulaient pas se laisser prendre
en vie, l’un d’entre eux lança une grenade et le sergent Binions s’y jeta
dessus pour nous sauver. Ca atténua la déflagration, le tuant sur le coup.
Plus tard dans la journée,
Myron et Alex discutaient dans un bar.
AD « Je ne peux pas rester, on se verra demain.
LG _ Avec la chance que j’ai, demain je serai
mort.
SA _ Excusez-moi, Mademoiselle Devlyn.
AD _ Sauvés par le
sergent !
SA _ Lieutenant, on m’a
demandé de ramener le corps du sergent Hart Binions aux Etats-Unis.
LG _ Vous pouvez y aller,
on n’aura pas de mission ces jours-ci. »
Pendant ce temps, Marcus
et Marvin regardaient la télé dans la salle de détente.
TV « Je vous répète la nouvelle, Martin Luther
King Jr a été assassiné à Memphis Tennessee le 4
avril 1968.
SJ _ On est fichu !
MT _ Tu crois que je ne le
sais pas ? !
SJ _ Je ne sais pas ce que je ferai au 1er
blanc que je verrai. »
Je suis entrée à ce moment,
j’ai tapé sur l’épaule de Marvin ; il s’est retourné brusquement, ça
m’a surpris.
Il m’a alors empoigné par
le col de ma chemise et m’a plaqué contre le mur. A ce moment là, il m’a fait
peur, j’ai cru qu’il allait me frapper. Il m’a regardé d’une façon puis il
m’a lâché et il est sorti. C’est la première fois que j’ai eu peur d’un de
mes potes.
DW « Marcus qu’est
ce qui se passe ?Qu'est ce qu'il a? »
Il ne m’a pas répondu, et
c’est là que j’ai entendu l’annonce faite à la télé.
Il y a eu d’énormes
tensions à la base durant cette période, tout le monde restait avec des
personnes de sa « race », c’était assez dur à vivre parce qu’en fin
de compte notre section était un groupe multiracial. Il y avait des tensions
même au sein de notre groupe ; Marcus et Marvin restaient de leur côté,
ils ne connaissaient même pas certain des types avec qui ils traînaient mais
parce qu’il était préférable de rester entre personne de la même couleur,
c’était comme ça.
Ridicule ! Dany et moi
faisions pareil de notre côté, pendant cette période Johnny a passé un peu plus
de temps avec mes copains (du moins ceux que je fréquentais encore) et moi.
Ruiz était un peu seul, un
portoricain c’est ni blanc ni noir.
Il n’était pas question
de se mélanger, ça aurait pu être dangereux, nous avons subi cette période,
du moins c’est mon ressenti. Je n’aime pas cette époque, mes potes me manquaient.
Ca reflétait parfaitement
ce qui se passait au pays, son état d’esprit, et la pression n’arrêtait pas
de monter.
Le pasteur King représentait
l’espoir pour toutes les personnes de couleur, sa mort laissait à penser que
tous ses rêves ne pourraient se réaliser et qu’ils ne pourraient pas espérer un
avenir meilleur.
Le 5 avril, le sergent arriva
aux Etats-Unis pour aller directement en taxi chez les Binions. Il était attendu
par madame Binionds qu'il n'avait jamais rencontré.
SA « Bonjour, vous êtes Selma ?
CiS _ Oui.
SA _ Je suis Zeke Anderson ;
je vous présente toutes mes condoléances. »
Elle n’avait pas l’air de
comprendre ce que ce blanc venait faire ici. Elle avait choisi le sergent
Anderson pour ramener le corps de son mari mais elle ne l’avait jamais rencontré,
elle n’avait jamais réfléchi à la couleur de sa peau ; elle et son mari
n’y avaient jamais fait allusion, et c’est normal, on ne dit pas « chéri
j’ai un ami, au fait, il est blanc »
SA « Vous m’avez choisi pour ramener le corps
de votre époux.
CiS _ Ah oui ! Entrez. »
Le même jour, au Vietnam.
Alex faisait un reportage
sur l’ambiance du camp. Elle apprit qu’il y avait un bar dans lequel les soldats
noirs se réunissaient, et elle eut la mauvaise idée de s’y rendre afin de
poser des questions pour avoir leurs opinions, leur ressenti. En dehors du
camp, il y avait de nombreux bar qui pratiquaient une ségrégation (Blancs
interdits ; Noirs interdits) ; il y avait seulement au camp où l’on
était sur de tous rentrer.
AD « Salut les gars.
1Gi _ Ah, la voilà !
AD _ Je voudrais vos impressions.
1Gi _ Cassez-vous !
AD _ Je n’écris que la vérité, demandez à Taylor
et Jhonson, ils savent comment je travaille.
1Gi _ On s’en fou. Envoyez-nous des reporters
noirs ! …Ah ! C’est vrai qu’il n’y en a pas des masses !
MT _ Je m’en occupe.
AD _ Je ne voulais provoquer personne.
MT _ Je sais mais vous devriez partir. »
Au même moment, aux Etats-Unis.
Selma et le sergent discutaient dans le salon.
CiS « Vous savez,
parfois je me souviens quand il revenait vers minuit pour qu’on ait des petits
surplus grâce aux heures supplémentaires. »
Le journal TV interrompit
leur conversation. La mort du pasteur King était la nouvelle qui tournait
en boucle depuis la veille. Ben, le frère de Hart écoutait le tête à tête
dans l’encadrement de la porte.
SA « Je vous présente également toutes mes
condoléances pour le pasteur King.
CiB _ On vous fait apprendre ces conneries par
cœur ? !
CiS _ Ben, s’il te plait !
SA _ Si vous voulez, je n’assisterai pas à la
cérémonie.
CiS _ Vous y assisterez, vous étiez son ami. »
Au Vietnam.
En fin de journée, les officiers
eurent une réunion spéciale ; les problèmes dus à la mort de King devenaient
trop importants. Il fallait y remédier, et ils décidèrent qu’une mission de
« réconciliation » serait la meilleure des solutions pour nous re-souder.
Nous devions être prêt à 7
heures le lendemain.
Moi je vaquais à mes occupations,
seule quand je suis tombé sur Marvin.
SJ « Dèb ? Qu’est ce que tu fais ?
DW_ Je me prépare pour demain. »
J’ai posé mon sac sur le
sol.
DW « Tu me laisseras
pas tomber, n’est ce pas ?
SJ _ Je n’en ai jamais eu l’intention.
DW_ Demain on pourra
compter l’un sur l’autre ?
SJ _ Tu vois, c’est une chose qui ne changera
jamais. »
Ca m’a rendu le sourire,
je n’aimais pas me poser des questions sur la confiance que je devais avoir
ou non en eux. Il m’aida à porter mes affaires jusqu’au baraquement.
De son côté, Myron alla
parler au lieutenant Sherman (les 2 sections partiraient ensemble), ce dernier
ne semblait pas prendre tellement à cœur la mort du pasteur King, du moins
il ne tenait pas à le montrer. Il avait une énorme pression sur les épaules,
dû au fait qu’il était noir et qu’il y avait peu d’officiers de couleur, il
avait d’autant moins le droit à l’erreur. Il était dur avec ses hommes particulièrement
ceux de couleur. Peut être tenait-il à les endurcir, à mieux les préparer.
Myron et Sherman
discutaient tout en rentrant dans la chambre de Sherman, quand ils découvrirent
une goupille sur son lit. Ce qui voulait dire « Lève le pied si tu veux
pas qu’on te flingue »
Ca choqua Myron mais Sherman
ne sembla pas s’inquiéter outre mesure, il ne voulait rien changer à ses habitudes ;
il ne fit aucun rapport sur cet incident à ses supérieurs.
Aux Etats-Unis, le 6 avril.
Anderson et Ben Binions
étaient prêt à partir pour les obsèques. Ils étaient sur le pas de la porte
à attendre Selma.
Ben détestait tout ce que
le sergent représentait, c’est à dire la société blanche, vivant grâce et
sur la mort des noirs, et dans ce cas présent, grâce à la mort de son frère.
CiB « C’est bizarre, c’est toujours les mêmes qui
meurent ! Toujours les noirs ! Pourquoi ce n’est pas un blanc qui
s’est jeté sur la grenade ?
SA _ Hart ne raisonnait pas comme ça. Pour lui
tout le monde avait les mêmes chances ; il a sauvé la vie de blancs et
de noirs sans faire de distinction. »
Au Vietnam.
Nous étions en mission,
Alex nous accompagnait. Nous avancions sur une piste quand nous avons été
contactés par radio. L’hélico venait nous reprendre dans une zone à découvert
et personne n’était très chaud pour y aller, Myron le premier.
LG « C’est une région à découvert.
GI _ Pas question que je risque ma peau.
SJ _ On a l’impression qu’ils ne sont pas là,
mais ils vont nous tirer comme des lapins.
DW_ Ils sont toujours là.
LG _ Je peux vous parler lieutenant ? …Je
n’enverrai pas mes hommes là-bas, même si je le voulais, et ce n’est pas le
cas.
LS _ Alors tu désobéis à un ordre ? …Je
vous préviens, dans 2 minutes je veux que tout le monde me suive !
DW_ Et si on refuse ?
LS _ Ce sera la cour martiale. »
2 minutes plus tard. Nous
n’étions pas rassurés du tout.
LG « Fais pas ça.
AD _ T’est sûr de ce que tu
fais ?
LG _ Mais vas-y, suis-le !
AD _ Non !
LG _ De toute façon, je n’emmènerai pas mes hommes
là-bas. »
C’est à ce moment là que
l’ordre précédent a été annulé par radio ; le lieu de rendez-vous avait
été changé.
MT « Rendez-vous au fort.
LG _ Peut être que je serai votre compagnon de
cellule.
LS _ De toute façon, je vais en faire par à nos
supérieurs. »
Plus tard dans la soirée,
Myron et Alex raccompagnaient Sherman à sa chambre, et quand il ouvrit la
porte, une grenade tomba à ses pieds. Myron eut juste le temps de se jeter
sur Alex et Sherman afin de les pousser un peu plus loin avant que la grenade
explose, ne blessant personne.
LS « Ils voulaient ma peau !
AD _ Je n’aurais jamais
pensé ça.
LS _ Mais bon dieu ! Qu’est ce que j’ai pu
faire ? !
LG _ Calme-toi.
LS _ C’est vrai, je n’ai fait que mon devoir, et
voilà qu’on veut me descendre ! »
Aux Etats-Unis.
Son sermon fini, le pasteur
laissa la parole au meilleur ami de Hart, Anderson
C’était le seul blanc de
l’assistance. Il parla de Hart, de l’amitié qui les liait, bien plus forte
que tous les préjugés ; il fit également mention du pasteur King, de
sa façon de penser qui était proche de celle de Hart.
Par ces quelques mots, il sut réconcilier l’assistance avec le monde alentour.
Le sergent remit enfin un
drapeau à Selma, maigre récompense.
Au Vietnam, le 7 avril.
Il y eut une réunion des
officiers pour parler de la situation et de ce qui était arrivé au lieutenant
Sherman. Ce dernier décida de laisser tomber l’affaire, il pensait que ça
ne servirait à rien et que ça aurait seulement pour conséquence d’envenimer
les choses.
Ses supérieurs n’étaient
pas du tout de cet avis, il fallait d’après eux, faire une enquête, ils pensaient
que Sherman avait été influencé par Myron.
LG « Tu sais, t’es un marrant, on veut te
descendre et tu parais soulagé.
LS _ T’as jamais eu envie de perfection ?
LG _ Tu rigoles ! Mon
père était général, alors… »
Ils arrivèrent comme ça
jusqu’au terrain de basket, nous étions tous autour, à attendre, à discuter
sans oser se mélanger. Sherman a pris le ballon et a commencé à faire 2 /
3 paniers avec Myron. Ils voulaient nous faire voir que nous pouvions de nouveau
être ensemble, comme avant. C’était un peu simpliste comme méthode mais bon ;
nous les regardions et c’est là que Sherman a voulu nous faire participer.
LS « Tu viens jouer ?
GI _ Pas de corvée aujourd’hui mon
lieutenant ?
LS _ Tu ne serais pas obsédé par le travail par
hasard ? !
GI _ Non. Allez Jhonson ?
SJ _ Tu viens Taylor ? Tiens Dèb.
DW_ Allez Taylor, …Marcus.
SJ _ Allez-y mon lieutenant !
MT _ Viens Dany. »