Chapitre 20: M L King

 

 

Ce jour là, nous devions rencontrer une autre section. Nous étions à 400 mètres à l’est du point de rendez-vous et les autres à 800 mètres à l’ouest.

Ce n'était pas évident, a pparemment, Sherman Douglas, le lieutenant de l’autre section, s’était engueulé avec un de ses hommes. L’ambiance de ce groupe était tendue, voir mauvaise.

Au point de rendez-vous, nous avons seulement trouvé un feu éteint du matin et quelques traces. J'ai vu Anderson discuter avec l'autre sergent, Hart Binions, ils étaient apparemment potes.

Nous avons continué tous ensemble, peu après, nous sommes tombés sur un groupe de Viets. Nous leur avons tendu une embuscade, ils étaient encerclés, ça aurait dû être simple mais ce n'est jamais simple. Les Viets ne voulaient pas se laisser prendre en vie, l’un d’entre eux lança une grenade et le sergent Binions s’y jeta dessus pour nous sauver. Ca atténua la déflagration, le tuant sur le coup.

Plus tard dans la journée, Myron et Alex discutaient dans un bar.

 

AD  « Je ne peux pas rester, on se verra demain.

LG  _ Avec la chance que j’ai, demain je serai mort.

SA  _ Excusez-moi, Mademoiselle Devlyn.

AD _ Sauvés par le sergent !

SA _ Lieutenant, on m’a demandé de ramener le corps du sergent Hart Binions aux Etats-Unis.

LG _ Vous pouvez y aller, on n’aura pas de mission ces jours-ci. »

 

Pendant ce temps, Marcus et Marvin regardaient la télé dans la salle de détente.

 

TV  «  Je vous répète la nouvelle, Martin Luther King Jr a été assassiné à Memphis Tennessee le 4 avril 1968.

SJ   _ On est fichu !

MT _ Tu crois que je ne le sais pas ? !

SJ   _ Je ne sais pas ce que je ferai au 1er blanc que je verrai. »

 

Je suis entrée à ce moment, j’ai tapé sur l’épaule de Marvin ; il s’est retourné brusquement, ça m’a surpris.

Il m’a alors empoigné par le col de ma chemise et m’a plaqué contre le mur. A ce moment là, il m’a fait peur, j’ai cru qu’il allait me frapper. Il m’a regardé d’une façon puis il m’a lâché et il est sorti. C’est la première fois que j’ai eu peur d’un de mes potes. Marcus n’avait rien dit durant toute la scène ; il l’a suivi dehors.

 

DW « Marcus qu’est ce qui se passe ?Qu'est ce qu'il a? »

 

Il ne m’a pas répondu, et c’est là que j’ai entendu l’annonce faite à la télé.

Il y a eu d’énormes tensions à la base durant cette période, tout le monde restait avec des personnes de sa « race », c’était assez dur à vivre parce qu’en fin de compte notre section était un groupe multiracial. Il y avait des tensions même au sein de notre groupe ; Marcus et Marvin restaient de leur côté, ils ne connaissaient même pas certain des types avec qui ils traînaient mais parce qu’il était préférable de rester entre personne de la même couleur, c’était comme ça.

Ridicule ! Dany et moi faisions pareil de notre côté, pendant cette période Johnny a passé un peu plus de temps avec mes copains (du moins ceux que je fréquentais encore) et moi.

Ruiz était un peu seul, un portoricain c’est ni blanc ni noir.

Il n’était pas question de se mélanger, ça aurait pu être dangereux, nous avons subi cette période, du moins c’est mon ressenti. Je n’aime pas cette époque, mes potes me manquaient.

 

Ca reflétait parfaitement ce qui se passait au pays, son état d’esprit, et la pression n’arrêtait pas de monter.

Le pasteur King représentait l’espoir pour toutes les personnes de couleur, sa mort laissait à penser que tous ses rêves ne pourraient se réaliser et qu’ils ne pourraient pas espérer un avenir meilleur.

Le 5 avril, le sergent arriva aux Etats-Unis pour aller directement en taxi chez les Binions. Il était attendu par madame Binionds qu'il n'avait jamais rencontré.

 

SA  « Bonjour, vous êtes Selma ?

CiS _ Oui.

SA _ Je suis Zeke Anderson ; je vous présente toutes mes condoléances. »

 

Elle n’avait pas l’air de comprendre ce que ce blanc venait faire ici. Elle avait choisi le sergent Anderson pour ramener le corps de son mari mais elle ne l’avait jamais rencontré, elle n’avait jamais réfléchi à la couleur de sa peau ; elle et son mari n’y avaient jamais fait allusion, et c’est normal, on ne dit pas « chéri j’ai un ami, au fait, il est blanc »

 

SA  « Vous m’avez choisi pour ramener le corps de votre époux.

CiS _ Ah oui ! Entrez. »

 

Le même jour, au Vietnam.

Alex faisait un reportage sur l’ambiance du camp. Elle apprit qu’il y avait un bar dans lequel les soldats noirs se réunissaient, et elle eut la mauvaise idée de s’y rendre afin de poser des questions pour avoir leurs opinions, leur ressenti. En dehors du camp, il y avait de nombreux bar qui pratiquaient une ségrégation (Blancs interdits ; Noirs interdits) ; il y avait seulement au camp où l’on était sur de tous rentrer.

AD  «  Salut les gars.

1Gi  _ Ah, la voilà !

AD  _ Je voudrais vos impressions.

1Gi  _ Cassez-vous !

AD  _ Je n’écris que la vérité, demandez à Taylor et Jhonson, ils savent comment je travaille.

1Gi  _ On s’en fou. Envoyez-nous des reporters noirs ! …Ah ! C’est vrai qu’il n’y en a pas des masses !

MT  _ Je m’en occupe.

AD  _ Je ne voulais provoquer personne.

MT  _ Je sais mais vous devriez partir. »

 

Au même moment, aux Etats-Unis. Selma et le sergent discutaient dans le salon.

 

CiS  « Vous savez, parfois je me souviens quand il revenait vers minuit pour qu’on ait des petits surplus grâce aux heures supplémentaires. »

 

Le journal TV interrompit leur conversation. La mort du pasteur King était la nouvelle qui tournait en boucle depuis la veille. Ben, le frère de Hart écoutait le tête à tête dans l’encadrement de la porte.

 

SA  « Je vous présente également toutes mes condoléances pour le pasteur King.

CiB _ On vous fait apprendre ces conneries par cœur ? !

CiS _ Ben, s’il te plait !

SA  _ Si vous voulez, je n’assisterai pas à la cérémonie.

CiS _ Vous y assisterez, vous étiez son ami. »

 

Au Vietnam.

En fin de journée, les officiers eurent une réunion spéciale ; les problèmes dus à la mort de King devenaient trop importants. Il fallait y remédier, et ils décidèrent qu’une mission de « réconciliation » serait la meilleure des solutions pour nous re-souder.

Nous devions être prêt à 7 heures le lendemain.

Moi je vaquais à mes occupations, seule quand je suis tombé sur Marvin.

 

SJ   «  Dèb ? Qu’est ce que tu fais ?

DW_ Je me prépare pour demain. »

 

J’ai posé mon sac sur le sol.

DW « Tu me laisseras pas tomber, n’est ce pas ?

SJ   _ Je n’en ai jamais eu l’intention.

DW_ Demain on pourra compter l’un sur l’autre ?

SJ   _ Tu vois, c’est une chose qui ne changera jamais. »

 

Ca m’a rendu le sourire, je n’aimais pas me poser des questions sur la confiance que je devais avoir ou non en eux. Il m’aida à porter mes affaires jusqu’au baraquement.

 

De son côté, Myron alla parler au lieutenant Sherman (les 2 sections partiraient ensemble), ce dernier ne semblait pas prendre tellement à cœur la mort du pasteur King, du moins il ne tenait pas à le montrer. Il avait une énorme pression sur les épaules, dû au fait qu’il était noir et qu’il y avait peu d’officiers de couleur, il avait d’autant moins le droit à l’erreur. Il était dur avec ses hommes particulièrement ceux de couleur. Peut être tenait-il à les endurcir, à mieux les préparer.

Myron et Sherman discutaient tout en rentrant dans la chambre de Sherman, quand ils découvrirent une goupille sur son lit. Ce qui voulait dire « Lève le pied si tu veux pas qu’on te flingue »

Ca choqua Myron mais Sherman ne sembla pas s’inquiéter outre mesure, il ne voulait rien changer à ses habitudes ; il ne fit aucun rapport sur cet incident à ses supérieurs.

 

Aux Etats-Unis, le 6 avril.

Anderson et Ben Binions étaient prêt à partir pour les obsèques. Ils étaient sur le pas de la porte à attendre Selma.

Ben détestait tout ce que le sergent représentait, c’est à dire la société blanche, vivant grâce et sur la mort des noirs, et dans ce cas présent, grâce à la mort de son frère.

 

CiB «  C’est bizarre, c’est toujours les mêmes qui meurent ! Toujours les noirs ! Pourquoi ce n’est pas un blanc qui s’est jeté sur la grenade ?

SA  _ Hart ne raisonnait pas comme ça. Pour lui tout le monde avait les mêmes chances ; il a sauvé la vie de blancs et de noirs sans faire de distinction. »

 

Au Vietnam.

Nous étions en mission, Alex nous accompagnait. Nous avancions sur une piste quand nous avons été contactés par radio. L’hélico venait nous reprendre dans une zone à découvert et personne n’était très chaud pour y aller, Myron le premier.

 

LG  « C’est une région à découvert.

GI  _ Pas question que je risque ma peau.

SJ   _ On a l’impression qu’ils ne sont pas là, mais ils vont nous tirer comme des lapins.

DW_ Ils sont toujours là.

LG  _ Je peux vous parler lieutenant ? …Je n’enverrai pas mes hommes là-bas, même si je le voulais, et ce n’est pas le cas.

LS  _ Alors tu désobéis à un ordre ? …Je vous préviens, dans 2 minutes je veux que tout le monde me suive !

DW_ Et si on refuse ?

LS  _ Ce sera la cour martiale. »

 

2 minutes plus tard. Nous n’étions pas rassurés du tout.

 

LG  « Fais pas ça.

AD _ T’est sûr de ce que tu fais ?

LG  _ Mais vas-y, suis-le !

AD _ Non !

LG  _ De toute façon, je n’emmènerai pas mes hommes là-bas. »

 

C’est à ce moment là que l’ordre précédent a été annulé par radio ; le lieu de rendez-vous avait été changé.

MT  « Rendez-vous au fort.

LG  _ Peut être que je serai votre compagnon de cellule.

LS  _ De toute façon, je vais en faire par à nos supérieurs. »

 

Plus tard dans la soirée, Myron et Alex raccompagnaient Sherman à sa chambre, et quand il ouvrit la porte, une grenade tomba à ses pieds. Myron eut juste le temps de se jeter sur Alex et Sherman afin de les pousser un peu plus loin avant que la grenade explose, ne blessant personne.

 

LS  «  Ils voulaient ma peau !

AD _ Je n’aurais jamais pensé ça.

LS  _ Mais bon dieu ! Qu’est ce que j’ai pu faire ? !

LG _ Calme-toi.

LS  _ C’est vrai, je n’ai fait que mon devoir, et voilà qu’on veut me descendre ! »

 

Aux Etats-Unis.

Son sermon fini, le pasteur laissa la parole au meilleur ami de Hart, Anderson

C’était le seul blanc de l’assistance. Il parla de Hart, de l’amitié qui les liait, bien plus forte que tous les préjugés ; il fit également mention du pasteur King, de sa façon de penser qui était proche de celle de Hart.

Par ces quelques mots, il sut réconcilier l’assistance avec le monde alentour.

Le sergent remit enfin un drapeau à Selma, maigre récompense.

 

Au Vietnam, le 7 avril.

Il y eut une réunion des officiers pour parler de la situation et de ce qui était arrivé au lieutenant Sherman. Ce dernier décida de laisser tomber l’affaire, il pensait que ça ne servirait à rien et que ça aurait seulement pour conséquence d’envenimer les choses.

Ses supérieurs n’étaient pas du tout de cet avis, il fallait d’après eux, faire une enquête, ils pensaient que Sherman avait été influencé par Myron.

 

LG  « Tu sais, t’es un marrant, on veut te descendre et tu parais soulagé.

LS  _ T’as jamais eu envie de perfection ?

LG _ Tu rigoles ! Mon père était général, alors… »

 

Ils arrivèrent comme ça jusqu’au terrain de basket, nous étions tous autour, à attendre, à discuter sans oser se mélanger. Sherman a pris le ballon et a commencé à faire 2 / 3 paniers avec Myron. Ils voulaient nous faire voir que nous pouvions de nouveau être ensemble, comme avant. C’était un peu simpliste comme méthode mais bon ; nous les regardions et c’est là que Sherman a voulu nous faire participer.

 

LS  « Tu viens jouer ?

GI  _ Pas de corvée aujourd’hui mon lieutenant ?

LS  _ Tu ne serais pas obsédé par le travail par hasard ? !

GI  _ Non. Allez Jhonson ?

SJ   _ Tu viens Taylor ? Tiens Dèb.

DW_ Allez Taylor, …Marcus.

SJ   _ Allez-y mon lieutenant !

MT _ Viens Dany. »

 

 

A suivre                                                                                              Retour

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