Chapitre trois: A la guerre...

 

 

Les jeunes de la confédération étaient tous rentrés de leur travail d’été depuis 2 semaines lorsque la nouvelle est tombé.

Depuis que nous étions rentrés d’Along, il y avait des rumeurs qui circulaient mais on préférait ne pas trop les croire tant que ce n’était pas officiel, tant que ce n’était pas annoncé par le conseil. Elles étaient quand même suffisamment insistantes pour que l’ambiance soit quelque peu différente à Hanoi, et même partout ailleurs dans la confédération d’ailleurs.

 

Ce jeudi là, nous étions tous présent à l’assemblée, dans l’auditorium de la maison des sages. La première fois que j’étais entrée dans cette grande salle, j’avais été impressionnée.

Au fond de la grande salle de réunion, il trônait un petit temple dédié aux ancêtres, à ceux qui avaient crée Hanoi des milliers d’années auparavant. Les murs étaient laqués bordeaux, des écritures sacrées avaient été reproduites et cela créait une ambiance très solennelle. Contrairement à d’autres pièces, il y avait peu de fenêtres, cette salle était très sombre, comme un boumker ; on aurait dit qu’ils voulaient donner un côté dramatiquement important au lieu où les décisions étaient prises.

Ce jour là il y avait comme une tension palpable, comme si nous savions qu’en sortant de cette séance plus rien ne serait comme avant. Nous attendions que tout le monde soit arrivé.

Je ne sais pourquoi, ce jour là nous étions en avance. Nous nous sommes assis ensemble. Tous les membres de la famille Shaka était côte à côte, comme si nous savions que nous allions avoir besoin de nous soutenir.

Lorsque le président de l’assemblée Tchwan San est entré, il semblait tendu.

Il s’est avancé, l’assemblée qui n’avait cessé de murmurer, de chuchoter tout en l’attendant s’est tout à coup tue. Il a jeté un regard vers ses conseillers puis il a commencé.

 

T          Voilà, aujourd’hui j’ai reçu un message de la cité interdite. Depuis quelques semaines déjà, des problèmes ont lieu au Nord, près de la frontière. Jusqu’à présent, c’était des actes isolés mais il semble qu’en fait ce soit une organisation de plus en plus active.

?          Quels étaient ces actes ?

T          Attaques de villages, embuscades, enlèvements, vols de bétails…

?          Quelle est cette organisation ?

T          Nous ne savons pas encore, une sorte de front révolutionnaire…

 

Les gens commençaient à s’agiter, il y avait un brouhaha pas possible. Le respect habituel s’était envolé, plus personne n’écoutait, tout le monde s’éparpillait dans des conjectures.

 

T          Je vous en prie, pour le moment rien ne sert de s’alarmer. Nous sommes ici pour une réunion informative. Les éléments en notre possession sont encore peu nombreux.

 

Il s’est tourné vers le grand scribe, ils ont acquiescé et la réunion a continué. C’est là que j’ai décroché. J’ai balayé la pièce du regard me demandant ce qui nous attendait.

Je n’écoutais plus, je ne me souvenais pas qu’il y ait jamais eu de conflit, les conflits s’était l’Histoire, dans les livres, rien à voir avec la réalité et ça me déstabilisa. J’étais face à une autre réalité, quelque chose que je ne connaissais pas et que je ne tenais pas spécialement à connaître.

Les questions ont commencées à se bousculer dans ma tête…Un front révolutionnaire, qu’est ce que c’était ? Tout était parfait, notre société était parfaite, pourquoi changer quelque chose de parfait ? Ce n’était pas logique et puis d’où venait il ? Le monde que je connaissais allait il disparaître ? Quelles décisions allaient être prises, quelles décisions j’allais prendre ?

Les gens se regardaient en se demandant ce qui allait se passer, tout le monde avait l’air complètement perdu. Je suis restée silencieuse, n’étant pas sûr de ce que ça impliquait réellement. A la fin de cette cession, toute la famille est rentrée.

 

Les semaines qui ont suivis ont vu le nombre d’assemblées augmenter. Les informations nous provenant de la Cité Interdite n’étaient pas très rassurantes. L’ambiance était électrique au sein de la fédération, les gens semblaient nettement plus stressés et moi je passais encore plus de temps au dojo histoire de me calmer. Je me mis également activement au Taï Shi mais ça ne m’aidait pas vraiment. Taper sur quelque chose était nettement plus efficace dans mon cas qu’apprendre à canaliser mon énergie et ma respiration.

 

Des décisions ont du être prises, la première fut le retour des étudiants qui étaient à l’étranger. Pu Yi est donc rentré. Notre famille était à nouveau réunie mais vu les circonstances…enfin nous étions quand même ravis d’être à nouveau tous les 6.

C’était quand même bizarre, ça faisait 4 ans que nous ne nous étions pas retrouvés tous les 6 et au début même si nous étions contents, ça n’a pas été facile ; comme pour Liam lorsqu’il est rentré d’ailleurs. Nous devions nous réhabituer à vivre ensemble. Il avait également pris ses propres habitudes et…bref, elles n’étaient plus comme les nôtres, normal.

Les étudiants étrangers sont donc également rentrés dans leur confédération. J’ai vu Jordan partir et j’avoue que ça m’a un peu chagriné. J’ai eu un coup de blues. Nous étions ensemble depuis quasiment 5 mois et je tenais beaucoup à lui même si ça n’avait aucun rapport avec les sentiments que je ressentais pour Ian Tsé. J’ai pleuré lorsque j’ai vu son train s’éloigner.

Par la suite, nous avons gardé contact mais nos lettres se sont faites de plus en plus rares jusqu’à ce qu’un jour il ne réponde pas. Je ne l’ai jamais revu.

 

Nous avions voté une intervention armée, il n’y avait pas eu la guerre depuis 7 siècles…

L’art de la guerre avait été codifié, minutieusement conservé dans un « manuel », mais il n’avait jamais été utilisé, jusqu’à présent. Il était d’ailleurs plus conservé pour sa valeur historique que pratique.

Des responsables avaient commencé à l’étudier et avec l’aide de certains maîtres d’arme, il y eu une mise à jour des techniques de combats, ils ont également actualisé les règles à suivre, la discipline, les chaînes de commandement. Il y a eu plusieurs réunions avec les présidents d’autres confédérations. Il était hors de question que l’enseignement militaire et les techniques de combats ne soient pas uniformisés.

Le service militaire était mixte, je partirais donc comme mes frères dans le cas ou je sois appelée.

Un rassemblement a eu lieu en Israël pour réunir toutes les confédérations. Les décisions devant être prises à l’unanimité, il fut décidé d’une action armée en février 3019.

 

Au début du mois de décembre, nous avons complètement arrêtés tout ce qui n’était pas entraînement militaire. Nous travaillions et nous nous entraînions, rien d’autre. Les cours de geisha étaient de l’histoire ancienne, tant mieux !

Toute personne, hommes, femmes entre 18 et 40 ans subissait un entraînement intensif car toutes ces personnes sans exception seraient envoyées sur le front pour une durée de 6 mois. Après maintes discussions et extrapolations, il avait été décidé que c’était le maximum que pouvait endurer un soldat sans permission. Au bout de 6 mois, on rentrait chez nous. On pouvait également rempiler après une période de repos de 4 mois. Les maîtres d’arme de moins de 35 ans étaient automatiquement réengagés. Ca je ne le savais pas encore, je l’apprendrais bien plus tard.

Tout ça s’était la théorie, la question qu’on se posait tous c’était de savoir si ça durerait aussi longtemps.

Une première vague allait être envoyée, j’en faisais partie ainsi que de nombreuses personnes que je connaissais. Il y a eu un tirage au sort par clan, par quartier, Wu San, N’Guyen Van San, Tso Tien et Ian Tsé, Pu Yi, Liam, moi et bien d’autres. Une deuxième fournée seraient ensuite envoyés et ainsi de suite jusqu’à ce que le conflit prenne fin. En fait, on a vidé les confédérations des populations jeunes.

 

Nous avons passé les fêtes en famille et même si nous étions content de nous retrouver enfin tous ensemble, nous savions que ce pourrait être les dernières.

Maman m’a prise à part un jour pendant les fêtes, me demandant d’aller voir mamassan. Lorsque j’y suis allée, elle m’a directement conduit dans sa pièce, celle dans laquelle nous n’avions pas le droit de mettre les pieds. Lorsqu’elle a ouvert la porte, une odeur lourde m’a enveloppée. On pouvait à peine passer entre les meubles, les étagères, les herbes qui pendaient au plafond et les différents objets qui s’étaient accumulés.

Tous les soirs elle me transmettait le savoir familial en ce qui concerne les plantes, comment faire une décoction. Les propriétés des feuilles d’arnica contre les coups, l’extrême toxicité de la belladone utile pour paralyser les terminaisons nerveuses, le ginko contre l’asthme, la menthe contre la nausée, l’huile de tamanu contre les infections et les inflammations, la rhubarbe contre les poussées dentaires douloureuses, le bleuet des champs contre les gênes oculaires et les irritations, l’aneth pour son effet antispasmodique, l’eucalyptus pour dégager les voies respiratoires et tellement d’autres plantes encore…

Je prenais des notes dans un calepin, je faisais des dessins pour ne pas oublier à quoi ressemblaient toutes ces plantes. Je faisais très attention, me disant que peut être un jour ça pourrait être utile.

 

On nous a réunis dans la salle du conseil une semaine avant de partir, nous avions une réunion pour nous informer des règles à suivre, de la chaîne de commandement, des rapports entre soldat et du fait qu’il était préférable que la fraternisation soit évitée. Cela n’était pas interdit mais fortement déconseillé. On a d’ailleurs soupçonné qu’ils donnent du bromure aux hommes. Quant aux filles, on nous a toute donné une tisane contraceptive à avaler tous les matins. Ce ne fut pas un grand changement pour moi, je la prenais depuis un certain temps déjà.

 

Nous sommes partis pour le front juste avant le nouvel an chinois, le Têt.

Les au revoirs ont été déchirants. Je n’étais jamais partie et même si j’avais l’esprit aventureux, j’avais une petite boule au font de la gorge. Nous nous sommes dit au revoir à la gare. Lang gigotait, maman était en larme, papa était très ému mais il a essayé de ne pas le montrer. Nous étions alignés tous les 3 devant eux.

 

Pp        Liam, tu es l’aîné, je te charge de prendre soin d’eux.

Li         Oui Pa

Pp        Lili, je te connais ma puce, fait attention à toi et écoute tes frères.

L          Oui Pa

Pp        Quant à toi Pu Yi, je te fais confiance, fais comme d’habitude.

P          Oui Pa’.

 

On les a embrassé et on est monté dans le train.

Notre wagon était en fait un dortoir avec une dizaine de lits superposés, comme tous les autres d’ailleurs. Nous étions regroupés par famille puis par clan. Accolé à chaque compartiment, un wagon à bestiaux pour transporter les chevaux. C’était à nous de nous en occuper, c’était sécurisant pour les animaux et ça permettait que le temps passe un peu moins lentement.

Ian Tsé et Tso Tien étaient dans le wagon à côté du notre. On se rendait visite, mais je n’y allais jamais sans Liam ou Pi Yi. Pas question de me retrouver seule avec l’un d’eux. En fait je ne leur ai pas spécialement parlé, je ne savais pas quoi dire, les relations avec un ex petit ami ne sont pas forcément faciles à gérer et je n’avais pas parlé à Ian Tsé San depuis un certain temps, depuis cet été en fait. Je crois que je lui en voulais toujours de ce qu’il avait osé me dire dans la crique aux Crabes.

Je passais le plus clair de mon temps perdue dans mes pensées, je lisais, je réfléchissais beaucoup et je dois dire que ce n’était pas spécialement joyeux.

 

Nous nous sommes tout de même réunis pour le Têt, nous l’avons fêté ensemble ; ça a permit de se détendre, de penser à autre chose, du moins d’essayer. Cette fête était très importante pour nous, elle était un peu la synthèse de toutes les fêtes religieuses occidentales.

Maman nous avait préparé des mets que nous avions soigneusement conservés. Cette soirée a été agréable mais c’est la première fois que je ne m’amusais pas pour une fête de Nouvel An. Juste avant minuit nous avions une cérémonie abrégée à cause des circonstances, nous n’avions pas tous les présents que nous aurions dû remettre à l’esprit.

Cette cérémonie permettait de prendre congé de l’esprit de l’année lunaire qui venait de s’écouler et elle marquait la bienvenue à l’esprit nouveau.

Nous n’avons fait aucun jeu, les esprits ancestraux n’ont donc pas pu participer.

L’humeur n’était pas spécialement joyeuse, nous ne pourrions pas visiter nos familles, et nous pensions tous à ce qui allait suivre, l’épreuve du feu. Nous n’allions pas au combat la fleur au fusil, la guerre ne faisait pas parti de notre civilisation ni de notre culture et c’était d’autant plus effrayant.

Le lendemain du Têt, je suis tombée sur Ian Tsé ; j’étais dans le box de Black, il était là pour Jinko. Il venait apparemment de finir, nous n’avions échangé aucune parole jusqu’à présent, du moins lorsque nous étions seul. Dès qu’il y avait quelqu’un, nous avions l’air de 2 personnes tout à fait civilisées.

Il allait sortir quand je l’ai vu s’arrêter, il était dans l’encadrement de la porte.

 

I           Je suis désolé pour ce que je t’ai dis. J’étais en colère, je ne le pensais pas ; ça n’excuse rien mais sache que je suis désolé.

 

Il est sorti. Je suis resté muette. Il me faisait des excuses des mois plus tard, c’était étrange.

A partir de là, les choses se sont un peu détendues entre nous, nous faisions l’effort de parler même lorsque nous étions seulement tous les 2.

Le voyage a duré 5 jours, le cinquième jour nous sommes arrivés en gare de Darkhan, enfin, c’était insupportable tellement je m’ennuyais.

Nous avons tous été conduits dans un camp 2 kilomètres au Nord.

Les chefs de familles, chefs de clan étaient tous allés au briefing dès notre arrivée.

Nous savions que la confrontation aurait lieu le lendemain matin, c’est ce que disait la rumeur puis toutes les troupes se retrouveraient après l’affrontement, plus au Nord en fin de semaine. Je ne savais pas où exactement, Liam le savait, c’était l’important.

 

J’ai passé une très mauvaise nuit, je n’ai cessé de me tourner et de me retourner. Vers les 4 heures je me suis levée. De toute façon à 7 heures nous devions être prêt sur le champ de bataille. Je suis allée me promener, j’avais besoin de me détendre alors j’ai marché dans le camp. Je l’ai doucement vu s’éveiller, lorsque j’ai vu des gens qui commençaient à sortir des tentes, je suis retournée sous la notre. Je suis entrée, j’étais seule. Ils avaient apparemment déjà pris un petit déjeuner, ils m’avaient laissé quelque chose à grignoter mais je n’avais pas faim, j’étais un peu nouée.

Je me suis dirigée vers mes affaires, Liam ou Pu Yi aurait du être présent pour m’aider mais ils n’étaient pas là. La tente était vide, mon armure était là devant moi, elle m’attendait.

J’allais devoir m’habiller toute seule, revêtir l’armure avant le combat. J’avais l’impression que ce moment était d’une grande importance, chargée d’un symbole que je n’avais pas encore compris mais je le sentais tout de même, c’était bien présent dans ma poitrine.

Je me suis déshabillée, j’étais en sous vêtement. J’ai enfilé l’hakama puis j’ai revêtu le premier kimono, celui en soie. J’ai commencé à croiser les 2 pants.

C’est là que Ian Tsé est entré, déjà en armure ; il ne portait pas de mempo. Il s’est tout à coup arrêté. Il me regardait en silence. Je n’ai pas levé les yeux vers lui mais je savais que c’était lui.

Mes mains tremblaient et je n’arrivais pas à maintenir les pants de mon kimono complètement croisés. J’ai un peu plus baissé la tête, j’avais envie de pleurer.

Ian Tsé s’est approché de moi ; il m’a pris les mains et il me les a serré. Mon kimono s’est alors ouvert ; il me regardait dans les yeux et seulement dans les yeux, à aucun moment il n’a baissé le regard.

 

I           Respire. Je vais t’aider à t’habiller.

 

Je n’ai rien dit. Il s’est placé derrière moi, je sentais son cœur taper dans mon dos, il a pris mes mains ; Nous faisions les mouvements ensemble. Il a attrapé les pans de mon kimono, a rabattu le premier pant, puis le deuxième. Je sentais ses bras m’entourer puis il m’a mis le deuxième kimono sur les épaules. Il était nettement plus lourd, plus épais.

Il s’est mis devant moi, il a arrangé mon col, je sentais ses doigts m’effleurer le cou. Je le regardais mais lui non.

Après m’avoir passé la ceinture autour de ma taille, il a attrapé mon Do et ma cote de maille et il me les a enfilé. Il a fini par les protections des jambes.

Il m’a ensuite regardé, il me souriait.

 

I           Voilà.

L          Merci… Je suis prête.

I           …Non, pas tout à fait.

 

Je l’ai regardé en me demandant de quoi il parlait. Il a repoussé les mèches que j’avais devant les yeux. Il a sorti une lanière de cuir de je ne sais où et a repoussé mes cheveux. Je sentais ses mains sur ma tête, je crois qu’il les a laissé un peu plus qu’il n’était nécessaire. Il m’a ensuite attachés les cheveux en une queue basse. Il m’a regardé dans les yeux puis il a pris mon visage entre ses mains et m’a embrassé le front.

 

I           Voilà, maintenant tu es vraiment prête.

 

Nous nous regardions lorsque Liam et Pu Yi sont entrés suivis de Tso Tien.

Nous étions prêts tous les 5. Rien n’a été dit, la tension était palpable. Nous nous sommes séparés devant la tente. Chacun allait rejoindre son clan en silence. Nous avons enfourché les chevaux et nous sommes partis de notre côté. Ian Tsé et Tso Tien sont partis du leur. Nous nous sommes dirigés vers le champ de bataille. Nous étions très nombreux, de loin on pouvait observer une foule compacte se diriger vers un même lieu.

La cavalerie était importante et elle s’est placée en première ligne.

 

Le signal de rassemblement avait été donné, toutes les troupes étaient alignées. Les cavaliers étaient devant, les chevaux devaient sentir ce qui allait se passer car on n’arrivait pas à les faire tenir en place. Il nous fallait les retenir sans cesse.

Il était 9 heures, nous étions sur le champ de bataille, une plaine à perte de vu. J’étais entre Pu Yi et Liam. Nous étions réunis par clan, près à charger l’ennemi. On pouvait les voir en face de nous, de là où on était ils paraissaient si petits…

 

Li         On ne se sépare sous aucun prétexte c’est compris ?

P/L      Oui.

Li         On reste ensemble, il faut toujours avoir un œil sur les autres.

 

C’est là que nous avons vu Ian Tsé et Tso Tien venir vers nous à cheval. On allait se battre cote à cote. Tso Tien m’a souri, ça m’a rassuré. Ian Tsé m’a regardé d’une façon…on aurait dit qu’il était là pour avoir un œil sur moi.

 

Il allait d’abord y avoir la cavalerie, armée principalement de sabres puis l’infanterie suivrait à pied. Il a fallut encore attendre un certain temps avant que toutes les troupes soient en place ; l’infanterie se faisait attendre et cela faisait encore grimper mon angoisse. Mes mains tremblaient, j’avais chaud sous l’armure, on dit que le stress est un bon élément pour se booster, il n’empêche que j’aurais aimé être un peu moins stressée.

 

Finalement tout semblait se mettre enfin en place, c’est lorsque les prêtres sont venus bénir les troupes que le silence s’est tout à coup abattu sur nous. J’ai fermé les yeux, j’ai serré mon médaillon et j’ai murmuré « protégez moi ainsi que ce que j’aime »

 

La charge a été sonnée, nous avons lancé les chevaux et j’ai senti une brusque montée d’adrénaline. On prenait de la vitesse jusqu’à ce que nous soyons au triple galop. Je sentais les muscles de Black bouger sous moi, il prenait littéralement vie. Il y avait un bruit épouvantable, le bruit des sabots qui faisaient trembler le sol, les cris des hommes, le vent qui soufflait…J’ai sorti mon sabre de son fourreau et j’ai émis mon Kiai, j’avais besoin de me donner du courage. Mes genoux étaient serrés contre les flans de Black pour éviter de trembler. Mes frères étaient à mes côtés et j’avais très peur, ma bouche était toute sèche et je voyais l’autre charge se rapprocher. Je ne voulais pas avancer mais ils étaient de plus en plus proches, d’ici pas longtemps, je pourrais voir leurs yeux…

 

Lorsque les 2 charges se sont retrouvées, il y a eu un fracas épouvantable. Les épées, les coups de fusil.

Je fendais la foule sabre à la main, j’avançais inlassablement. Je donnais des coups, évitait les leurs, j’étais concentrée sur l’adversaire ; je n’ai pas fait attention au fait qu’il n’y avait plus Liam et Pu Yi à mes côtés. Au bout d’un moment, je ne sais pas combien, peut être une minute, peut être une heure, j’ai eu l’impression que nous étions moins nombreux, l’ennemi semblait se raréfier.

J’avais quasiment traversé tout le champ de bataille, j’étais au bas d’un monticule, quelques corps à terre. J’arrêtais mon cheval, l’adrénaline était redescendue, je regardais autour de moi, j’étais seule. J’ai essayé de reprendre ma respiration, je ne savais pas où étaient les autres, je ne savais pas où aller. J’avais chaud, je sentais mes vêtements me coller à la peau ; j’ai eu peur. Il fallait que je les retrouve.

 

Je me préparais à faire virer mon cheval sur ma gauche pour retrouver le champ de bataille lorsque ce type est apparu de nul part juste devant moi, j’ai retenu mon cheval pour l’éviter ; il s’est cabré et je suis tombée à la renverse sur le dos. Ma tête a tapé sur une pierre et je suis restée une fraction de seconde par terre, un peu assommée.

Je relevais la tête, ce géant blond avait déjà mis pied à terre et il se dirigeait vers moi d’un pas décidé.

J’ai observé mon entourage, il n’y avait vraiment personne mis à part lui et moi. Black s’était enfui. Mon fusil était par terre, plus loin…je me relevais et brandis mon Choken.

Il attaqua tout de suite, ses coups étaient violant et je sentais les tremblements dans mon bras à chacun de ses coups, il voulait apparemment me désarmer, certainement pour pouvoir me décapiter ensuite.

J’émis mon Kiai ; et puis je me repris, il fallait que je me recentre, les paroles de mon maître résonnaient encore dans ma tête. Il était fort et je devais compenser ça par une plus grande rapidité. L’esprit Zen, ne pas penser, faire le vide et retrouver les sensations d’un débutant. Y aller à l’instinct tout en ayant la pratique d’une personne confirmée. Réfléchir c’était forcément mourir, ne pas réfléchir.

Je retrouvais mes habitudes, mes pas, ma souplesse ; je parais ses coups avec plus de force et j’attaquais en finesse. Mon Choken vola, je faillis me faire désarmer mais je réussis à enrouler ma lame autour de son épée pour finalement le désarmer. Je le vis sortir un long couteau, une sorte de Kodachi et pour l’éviter j’enfonçais mon sabre dans son ventre. Il voulut m’attraper le poignet et j’enfonçais un peu plus mon Choken dans son abdomen. Il tomba à genou, il avait attrapé mon sabre, ses 2 mains sur ma lame, elles étaient en sang. Il me regardait avec des yeux ronds et je ne pouvais détacher mon regard de lui. Je tombais également à genoux, mes jambes avaient lâchées. Je le regardais toujours, muette.

C’est là que j’entendis un cheval au galop, il approchait rapidement. Je me tournais vers le bruit. Je reconnu Ian Tsé. Il était venu me chercher. J’ai tout à coup senti un grand soulagement, je n’allais plus être seule.

 

I           Li An’!

 

Je me relevais lentement, récupérais mon sabre, ramassais mon fusil et passais la bandoulière pour avoir le champ libre. Ian Tsé était apparemment poursuivi par d’autres cavaliers. Il ralentit, me tendit la main et je montais derrière lui sur Jinko. J’étais accroché à lui, mon bras droit autour de ses hanches. Sa main était posée sur la mienne et il entrelaça ses doigts aux miens.

Je posais ma tête contre son dos, quelque chose de chaud coulait sur mon visage mais je ne fis rien. Nos 2 corps bougeaient au rythme du cheval. Je me sentais en sécurité mais terriblement fatiguée, vidée. J’ai fermé les yeux. Je ne sais pas combien de temps notre chevauchée a durée, je n’avais plus de notion de rien.

Il a apparemment ralenti, on ne devait plus être poursuivi et il a fait s’arrêter le cheval. J’ai ouvert les yeux. Nous étions arrivés à l’orée d’une forêt. C’était un bon endroit pour pouvoir enfin faire une halte, prendre un peu de repos.

Là il est descendu et il m’a attrapé par la taille.

 

I           Li An’ ! Regarde moi, t’es blessée !

 

Je tenais à peine sur mes jambes. J’étais sous le choc, je venais de tuer un homme de mes propres mains. J’étais recouverte de sang. Il passa ses mains sur mon visage, il m’essuya doucement le visage et m’embrassa les cheveux, il commençait à regarder si je n’avais pas de plaie. Il m’avait déjà enlevé ma cote de maille lorsque nous avons alors vu 3 cavaliers venir dans notre direction.

Ian Tsé a attrapé son fusil, près à faire feu. Je n’ai pas tellement réagi. C’est là que nous avons reconnu Liam, Pu Yi et Tso Tien.

Lorsque Liam a été plus près et qu’il m’a vu, il a quasiment sauté de son cheval pour être à côté de moi.

 

Li         Lili, mon dieu ! T’es blessée !

 

Il m’a passé la main sur la figure, j’avais le visage en sang à cause de mon entaille au front qui continuait de couler.

 

L          Lorsque je suis tombée, ma tête a heurté une pierre, ce n’est rien. A la tête ça saigne beaucoup mais c’est juste une entaille.

 

Il a alors commencé à m’enlever mon Do pour vérifier que je n’étais blessée nul part ailleurs. Il m’a ensuite enlevé mon premier kimono. Il a entre ouvert le deuxième, il me collait à la peau à cause de la sueur.

Tso Tien s’était éloigné pour me laisser un peu d’intimité et je sentais le regard de Ian Tsé posé sur moi, ma nuque me piquait.

Liam tâta mes épaules, mon abdomen.

 

L          Je n’ai rien. Ce n’est pas que mon sang.

 

J’étais recouverte de sang, du sang de cet homme et en me voyant on aurait pu croire que c’était moi qui me vidais de mon sang. Je tenais toujours mon sabre et c’est là que je l’ai regardé, je le fixais comme s’il avait tout à coup pris sa vraie signification.

 

L          On aurait dit que ça s’enfonçait dans du beurre.

 

Liam me regarda plus attentivement puis il regarda mon sabre. Les sabres avaient été modifiés au fil des siècles, ils avaient désormais un côté denté pour que la lame sorte plus difficilement du corps, mieux valait alors l’enfoncer plus profondément encore. De petits bouts de chairs y étaient accrochés. En voyant ça je le lâchais pour aller vomir dans un coin. J’étais à genoux, mes cheveux sur le visage. Je sentis alors Liam derrière moi. Il m’attrapa des mèches de cheveux et me refit une queue basse.

Pu Yi s’approcha, il me tendit une bouteille de saké.

 

P          Rince toi la bouche.

L          Maman t’a glissé une bouteille dans tes affaires ?

P          Tu la connais.

Li         Encore.

L          Non c’est bon.

Li         Bois un coup.

 

J’avalais une rasade de saké qui me brûla le gosier tous en me faisant désinfecter ma plaie au front. J’ai refermé mon kimono, je regardais Pu Yi me soigner la tête. Lorsqu’il a eu fini, je l’ai vu se diriger vers Ian Tsé, je n’avais même pas remarqué que lui aussi était blessé. On lui avait planté un pic dans la cuisse gauche. Apparemment ce n’était pas grave, le muscle n’était pas déchiré, il ne boiterait pas, il serait guéri en un rien de temps.

 

J’étais vidée, je me suis allongée pour me reposer quelques minutes. Lorsque je me suis réveillée il faisait nuit. Je ne sais pas combien de temps j’ai dormi, ils étaient tous les 4 assis en cercle, ils étaient en train de manger. Ils n’avaient pas fait de feu pour ne pas se faire repérer. J’ai regardé autour de moi, j’étais en sueur, je venais de faire un cauchemar. Je revoyais encore ce type avec ses yeux qui me regardaient…

Je me suis levée et je les ai rejoint. Je ne voulais pas être seule.

 

Li         Ca va mieux ?

L          …Oui, j’ai faim.

I           Tien, mange, ça te fera du bien.

 

Je les regardais, personne ne parlait puis on a commencé à réfléchir à la journée du lendemain.

 

I           Il faut rejoindre le gros des troupes et arriver à Angarsk.

Li         Si on s’en tien à ce que je crois être notre position, demain on doit faire 170 km en direction du nord est.

P          Mis à part la bataille d’aujourd’hui, ils se déplacent en petit groupe le long de la frontière, il faudra faire attention.

 

Je suis allée me recoucher peu après. Le même cauchemar m’a réveillé cette nuit là. Je sentais le sabre s’enfoncer, je me voyais l’enfoncer et tout ce sang…

J’ai jeté un regard alentour, Liam et Pu Yi dormaient juste à côté de moi. Tso Tien était allongé un peu plus loin. Ian Tsé n’était plus là. Je me suis levée, je l’ai trouvé à l’orée du bois, il regardait les étoiles.

J’étais derrière lui et je le regardais. Apparemment il avait senti ma présence.

 

I           Tu ne dors pas…encore un cauchemar ?

L          …Oui

I           Me fais plus jamais ça Li An’.

 

Je me suis approchée de lui et je lui ai pris la main. Il a entrelacé ses doigts aux miens. Nous sommes restés comme ça un long moment en silence et puis tout en m’embrassant la main…

 

I           Tu devrais retourner te coucher.

L          Je ne veux pas me rendormir.

I           Demain on va passer du temps en selle, il faut te reposer.

 

On s’est dirigé vers nos duvets. Il m’a lâché la main. Je l’ai regardé s’allonger, il a alors levé les yeux vers moi.

 

I           Tu devrais aller te coucher Li An’

L          J’ai peur de faire un cauchemar…je peux dormir avec toi ? Je veux que tu me tiennes contre toi.

 

Il m’a regardé un peu hésitant puis il a ouvert son duvet et je me suis allongée contre lui. Il a passé son bras droit sous ma nuque et j’ai posé ma tête sur sa poitrine.

 

L          Tu n’as pas trop mal à la cuisse ?

I           Non, ça va.

L          Tu me dis si je te fais mal.

I           Tu ne me fais pas mal, ne t’inquiètes donc pas. Dors.

 

Je me suis endormie en un rien de temps et je n’ai plus fait de cauchemar cette nuit là.

 

Je me suis réveillée peu avant l’aube. Je sentais la chaleur d’un corps contre mon dos. Je me suis souvenue où j’étais, dans la campagne, par terre, dans les bras de Ian Tsé. Je sentais son souffle dans ma nuque, son bras gauche sur ma hanche. J’ai doucement ouvert les yeux. Liam était déjà debout un peu plus loin. Il ne regardait pas dans notre direction mais il ne pouvait pas ne pas nous avoir vu.

Je me suis dégagée des bras de Ian Tsé et je me suis levée pour rejoindre Liam.

Je m’attendais à ce qu’il fasse une remarque mais il n’a rien dit. Nous avons fait comme s’il n’avait rien vu.

Tout le monde s’est réveillé peu de temps après. Ian Tsé et moi n’avons pas parlé de cette nuit, nous avons agit comme si de rien n’était.

Nous avons mangé un peu de riz pour le petit déjeuner, histoire de nous caller l’estomac et nous avons repris la route. Nous devions atteindre notre destination aujourd’hui au plus tard.

Nous avons longé la forêt aussi longtemps que possible, elle nous offrait une parfaite couverture et en cas d’attaque un moyen rapide de battre en retraite.

Je n’avais plus de cheval, Black avait disparu et je doutais qu’on le retrouve.

Avant de partir nous avons encore étudié notre carte.

 

I           Bon, je propose qu’on continue à longer la forêt tant qu’on peut, on prend la direction du Nord.

L          Et moi je fais comment ?

Li         Tu montes avec Pu Yi

 

Il avait dit ça assez brusquement, je n’ai pas voulu le contredire. Je suis montée en selle derrière Pu Yi.

Nous avons fait une dizaine de kilomètres comme ça jusqu’à ce qu’il ordonne une halte.

 

P          On s’arrête.

I           Qu’est ce qui se passe ?

P          Fait moi voir ta jambe.

I           Ca va très bien.

T          Montre lui ta jambe.

Li         Qu’est ce qui se passe avec Ian Tsé San ?

P          Il a du mal à diriger son cheval, sa cuisse blessée ne l’aide pas vraiment.

Li         Qu’est ce qu’on fait ?

P          Il faut qu’il prenne du repos. Li An’, tu montes avec Ian Tsé San. T’es la plus légère.

 

Pu Yi a regardé la jambe de Ian Tsé, il a changé le bandage.

On ne m’a rien demandé, je me suis retrouvée en selle pour guider le cheval, Ian Tsé derrière moi. Je me suis exécutée n’osant pas regarder Liam.

Nous avons repris la route, avançant encore comme ça sur de nombreux kilomètres. Lorsque nous avons arrêté de longer la forêt nous avons pris la direction Nord, Nord Est. Je me tenais très raide pour ne pas trop toucher Ian Tsé mais dès que je me relâchais, je sentais sa chaleur dans mon dos. Aussitôt je me redressais.

Il ne faisait pas beau ce jour là, il était 11 heures passé, il faisait gris, il n’y avait pas de soleil et tout à coup le vent a commencé à souffler.

Nous étions complètement à découvert, nous avions rallongé notre route mais c’était plus sûr. Le sol était très sec et des bourrasques de vent nous fouettaient le corps. J’ai tout à coup senti Ian Tsé s’agiter derrière moi. J’ai cru qu’il allait tomber lorsqu’il s’est tout à coup agrippé à moi. Ca m’a fat sursauter. Il a continué à gigoter jusqu’à ce que je sente une énorme couverture tomber sur mes épaules. Ca nous entourait tous les 2. Il ne m’avait toujours pas lâché et il a finalement laissé sa main sur ma hanche.

On a continué encore quelque temps puis on s’est arrêté pour se restaurer. En fait, on a juste mangé des galettes de riz, on n’avait pas vraiment le temps de cuisiner une plâtré et avec le vent, ça ne nous donnait pas réellement l’envie de nous attarder plus que ça.

Je suis remontée en selle, Ian Tsé derrière moi. Il nous a à nouveau recouvert par l’épaisse couverture. Les autres avaient fait de même.

Quand mon dos a à nouveau touché Ian Tsé, j’ai senti son bras m’attraper pour me maintenir contre lui. Un peu raide au début, j’ai fini par me caler contre son torse. Il a passé son 2ème bras autour de ma taille lorsqu’il a senti que je m’étai relaxé à son contact. C’est là que je me suis aperçue que j’aurais pu rester ici très longtemps, j’étais bien dans ses bras, son souffle au creux de mon oreille, je me sentais en sécurité.

Nous avons su éviter des bandes armées, le voyage s’est donc passé sans encombre.

 

Lorsqu’on est finalement arrivés après une dizaine d’heures de voyage, il n’y avait plus de place dans les différents dortoirs de la ville d’Angarsk. Les infrastructures mises en place pour accueillir les soldats étaient pleines.

Nous avons donc décidé de prendre des chambres dans une pension histoire de bien dormir au moins 2 nuits, nous n’allions pas dormir dehors cette nuit là. C’était peut être la dernière fois avant longtemps qu’on pourrait dormir sur un futon, autant en profiter.

C’était une charmante petite pension, différents styles se mêlaient, c’était…coquet.

Le premier soir je me suis littéralement ruée vers la salle de bain commune, elle était de style japonais, on se décrassait d’abord assis sur une sorte de tabouret et ce n’est qu’ensuite qu’on pouvait se prélasser dans un bon bain.

J’ai apprécié le fait de me décrasser, de me frotter la peau avec un gant de crin, une pierre ponce, enfin. J’étais recouverte d’une croûte faite de sang, de transpiration et de terre.

C’était dégoûtant, et surtout on sentait mauvais. On ne s’en est pas aperçu tout de suite mais lorsque l’on a été au contact d’autres personnes, là c’est devenu flagrant.

J’ai donc encore plus apprécié le bain qui a suivi, je suis restée une bonne heure dans l’eau. J’étais détendue et les herbes aromatiques me faisaient un bien fou.

Lorsque j’ai retrouvé les garçon dans la salle à manger, eux aussi étaient bien propres et ils sentaient bons. L’ambiance était détendue, l’humeur était bonne.

Nous avons passés une soirée très agréable, nous avons rigolé et nous sommes sortis en ville. Nous avons retrouvés certains de notre clan, du village. Lorsque nous sommes tombés sur Wou San, elle m’a sauté dessus en hurlant mon nom : Mia !

Je n’ai pas vu que Liam a tilté ni que Ian Tsé s’est éloigné un peu gêné.

Nous sommes allés dans quelques bars puis nous sommes rentrés tôt le lendemain. J’étais fatiguée, on aurait dit que tous les soldats de la confédération étaient à Angarsk, c’était fatiguant et l’idée d’un futon qui m’attendais…

 

A peine allongée, la tête posée sur l’omaku, que je tombais dans les bras de Morphée. C’est à ce moment là que j’ai entendu du bruit dans le couloir, une porte qui coulisse. Dans mon demi sommeil, il m’a semblé que quelqu’un était debout devant ma porte puis plus rien. J’ai cru ensuite entendre la porte de Ian Tsé coulisser mais j’étais déjà quasiment endormie.

J’ai fait ma nuit d’une seule traite sans avoir rêvé. C’est Liam qui m’a réveillé le lendemain, il était 9 heures, il m’avait laissé faire la grasse matinée.

J’ai ensuite repensé à ce moment juste avant de m’endormir, à cette personne devant ma porte. C’était certainement un rêve.

 

Durant toute la journée, nous avons traîné, nous nous sommes promené en ville et nous avons attendus. Nous n’avions que ça à faire.

Liam et Ian Tsé ont été à un briefing, eux seul savaient ce qui allait se passer. Liam est ensuite venu nous parler à Pu Yi et moi. Nous étions dans le jardin, il nous a expliquer ce qui allait se passer. Le lendemain soir nous partirions tous les 3 en direction de Krasnoïarsk. Ian Tsé et Tso Tien quant à eux prenaient la direction de Bratsk plus au Nord.

Nous avons décidé tous les 5 de pleinement profiter de ces moments derniers moments.

Nous sommes allés au parc pour nous balader, nous avons rencontré du monde au bar.

 

Je venais de me coucher, et là encore j’ai senti cette présence derrière ma porte. Je pensais avoir rêvé jusqu’à ce que je l’entende se déplacer et ouvrir une porte ; celle de Ian Tsé. Je me suis redressée, j’étais assise, je suis restée quelques secondes comme ça, ne sachant pas quoi faire et puis je me suis levée. Je suis sortie, je me suis dirigée vers la chambre de Ian Tsé à côté de la mienne. J’attendais juste devant, j’hésitais à entrer, j’étais là en pyjama…je ne savais pas quoi faire. J’ai inspiré et j’ai doucement ouvert la porte coulissante. Ian Tsé s’est redressé, il était torse nu. Je sentais ses yeux sur moi. Nous sommes restés quelques secondes comme ça. Il a ouvert ses draps, j’ai fermé la porte et je me suis dirigée vers lui pour m’allonger contre lui. Il s’était redressé sur son coude gauche, il me regardait puis il m’a pris dans ses bras pour doucement m’embrasser. Je laissais mes doigts courir sur sa peau, j’avais attendu ça depuis si longtemps…Il avait basculé sur moi, je sentais tout son poids sur moi et j’aimais ça. J’aimais la façon qu’il avait de m’embrasser. Je l’ai tout à coup repoussé. Il m’a regardé un peu surpris.

 

L          Pourquoi tu n’es pas entré ?

I           Quoi ?

L          Pourquoi tu es resté devant ma porte ?

I           …Je ne sais pas, j’avais…peur…que tu…

L          Peur de quoi ? Que je te repousse après t’avoir…harcelé, pourchassé ?

I           Pourchassé, c’est bien ça.

L          Hé !

 

Je lui ai doucement frappé le bras. Il s’était redressé en rigolant, à genou entre mes jambes.

 

I           Hé doucement.

 

Il s’est penché sur moi et m’a embrassé doucement jusqu’à ce que je passe mes 2 bras autour de son cou, le baisé est alors devenu plus passionné. Il m’a complètement enlacé en me serrant contre lui. J’avais tant envie de lui… Je glissais mes mains dans ses cheveux. J’adorais ses longs cheveux. Sa main gauche est descendue le long de mon cou, de ma poitrine pour se placer au creux de mes reins. Il a agrippé mes hanches un peu plus fermement pour me coller aux siennes.

J’étais quasiment assise sur ses genoux, et je sentais que lui aussi avait envie de moi là maintenant tout de suite.

Je ne pensais à rien, seulement ses baisers le long de ma mâchoire, de mon cou, ma clavicule... Quand il a arrêté je l’ai regardé dans les yeux, je sentais ses mains jouer avec le bas de mon débardeur. Il semblait tout à coup nettement moins sûr de lui. Je l’ai doucement embrassé et je lui ai murmuré « déshabille moi » tout en levant mes bras au dessus de la tête.

Il a fait passer mon débardeur par dessus ma tête, à peine avait il fait ça que je l’embrassais à nouveau. Il mit fin au baiser et commença à redescendre le long de mon cou. Je basculais à l’arrière, m’arc-boutant, la tête en extension pour lui donner un meilleur accès à ma gorge. J’ai glissé par terre en même temps que je sentais sa langue glisser entre mes seins descendre, passer sur mon estomac toujours plus bas.

Le reste de nos vêtements a suivi et trop pris par ce que nous faisions, nous n’avons pas entendu Liam retourner dans sa chambre.

 

Lorsque j’ai ouvert les yeux, je me suis souvenue où j’étais et surtout avec qui. Il me tenait serré contre lui et ça m’a fait sourire. Je me suis calée un peu plus contre lui. J’étais bien, profitant de ce moment. C’est là que j’ai senti son sourire dans mon cou. Il était réveillé.

 

L          Depuis combien de temps tu fais semblant de dormir ?

I           2 secondes. Je me suis réveillé lorsque j’ai senti une certaine tension dans mes bras.

L          Quoi ?

I           Une fraction de seconde avant que tu n’ouvres les yeux tu t’es demandé où tu étais ; ça a suffit pour que ton corps se tende. Moi j’ai senti cette tension.

 

Je m’étais retournée pour lui faire face, je voulais qu’il me dise ça en me regardant dans les yeux. Il se fichait de moi ?

 

I           Je sais ce que tu penses, je ne me fiche pas de toi

L          Et en plus tu lis dans mes pensées.

I           Ce n’est pas très compliqué, tu ne sais pas cacher ce que tu penses et tu n’as jamais su me mentir.

L          Quoi ?

I           Oui, déjà quand tu étais petite, dès que tu disais un mensonge ou qu’une pensée te traversait l’esprit, on pouvait voir ton nez se retrousser.

 

Machinalement je touchais le bout de mon nez et il commença à rigoler. J’allais répliquer lorsque nous avons entendu quelqu’un derrière la porte.

 

« Li      Ian Tsé ? Tu es réveillé ? »

I           …Oui ?

« Li      On se retrouve en bas dans 10 minutes ? »

I           Oui.

« Li      J’ai laissé dormir Li An’ un peu plus longtemps ce matin, j’irai la réveiller après notre petit déjeuner »

I           …Ok.

 

Pendant cet échange j’avais quasiment arrêté de respirer. J’étais blottie contre Ian Tsé, essayant de me cacher au cas ou il se déciderait à entrer. A peine avait il tourné les talons que je me détendis un peu. Je sautais quasiment hors du futon pendant qu’il s’habillait. J’enfilais mon pyjama et je m’apprêtais à sortir lorsqu’il m’a attrapé par le bras.

 

I           Et, pas si vite…

L          Il faut que j’y aille, s’il revient…

I           Attend.

 

Il m’a pris dans ses bras et m’a embrassé. Je me suis détendue à son contact et j’ai commencé à approfondir ce baiser. Je m’étais collée à lui et il me serra encore plus contre lui.

 

I           Je croyais que tu devais partir ?

L         

 

Il ouvrit la porte et regarda à droite puis à gauche pour vérifier que personne n’était dans le couloir. Moi je ne voulais plus le quitter et je me collais un peu plus à lui.

 

L          Je crois que je ne veux pas partir.

I           Il le faut.

L          On a encore 10 minutes

I           Tu es insatiable

L          Ca n’avait pas l’air de te déranger cette nuit…

 

Il me tenait contre lui et m’embrassait le long de la mâchoire en remontant vers mon oreille

 

I           Et qu’est ce que tu dirais si Liam San nous observait ?

 

J’ai fais un bond pour m’écarter de lui mais il me tenait toujours par la taille. Je regardais à droite, puis à gauche, il n’y avait personne.

 

L          Très drôle.

I           Si tu avais pu voir ta tête

L          Comme si tu pouvais m’affirmer que si tu te retrouvais face à mon frère là maintenant, ça ne te refroidirait pas.

I          

L          On est d’accord…Embrasse moi…

 

Je me frottais contre lui, j’avais envie de lui.

 

I           Li An’, s’il te plait…je ne vais pas pouvoir te résister très longtemps.

L          C’est ce que je veux…Dépêche toi, il nous reste 6 minutes.

 

C’est la qu’il m’a attrapé par la taille, m’a soulevé pour m’attirer dans sa chambre et avec sa main libre il a refermé la porte.

Ian Tsé avait juste fermé la porte lorsque quelqu’un passa devant notre chambre. Il avait tout entendu et il se demandait encore ce qui s’était passé. Comment avait il pu ne pas voir à quel point c’était sérieux ?

Ian Tsé m’avait à peine entraîné dans sa chambre que je me retrouvais plaquée contre le mur. Ses baisers se faisaient plus insistant et avant que je n’aie eu le temps de dire quoique ce soit, il avait déjà défait le cordon de mon bas de pyjama qui se retrouva à mes pieds.

Je le regardais un peu surprise et il me dit simplement « 6 minutes » Ca me fit sourire.

Je lui passais la main sur les fesses tout en faisant glisser son bas de pyjama sur ses chevilles. Je sentais ses mains caresser mes hanches, je le sentais contre moi, je le voulais. Il glissa son genou entre mes jambes et je sentais sa main remonter lentement. J’étais excité et il s’en est bien aperçu. Là, en un coup de rein, je l’ai senti glisser en moi. J’ai émis un petit « hah ! » et il s’est tout à coup arrêté.

 

I           J’t’ai fait mal ?

L          Non, au contraire.

 

Je l’ai embrassé pour l’encourager à continuer et c’est ce qu’il a fait. L’étreinte fut rapide et c’est lorsque après j’ai senti une douleur, que je me suis aperçue j’avais une bosse derrière la tête. Il était contre moi, sa tête au creux de mon cou. Je le serais dans mes bras, et il fallait bouger alors que je n’en avais aucune envie. Il s’est écarté de moi, m’a embrassé le nez.

 

I           Il faut y aller

L          Je sais.

 

Nous nous sommes rhabillés, il a vérifié qu’il n’y avait personne et je suis allée me changer dans ma chambre. Je l’ai ensuite rejoint en bas pour le petit déjeuner.

Nous avons rejoint les autres, Tso Tien n’était pas là quand à Liam, il n’a rien dit. Lorsque je suis entrée dans le réfectoire, Ian Tsé était déjà là. Nous nous sommes dit bonjour et tout le monde a fait comme d’habitude. Nous ne voulions pas ébruiter les choses pour le moment du moins.

J’ai pris mon petit déjeuner, en fait, j’ai littéralement dévoré.

Nous avions un briefing à 13h00 mais jusque là nous étions libre.

Je devais absolument aller dans une herboristerie, une pharmacie pour trouver ma tisane contraceptive. A la suite de La journée, des recherches avaient été faites et nous nous soignions tous quasiment que grâce aux plantes, en gélules, en infusion ou autre.

A Hanoi j’utilisais une décoction à base d’algue mais ici j’utilisais des plantes séchées que l’armée nous avait recommandé et je ne voulais pas en manquer.

J’ai avalé mon petit déjeuner et je les ai laissé pour me mettre en quête de ce que je cherchais.

Lorsque je les ai rejoint vers les 11 heures 30, ils étaient dans le jardin derrière la pension. Ils m’attendaient pour aller manger.

Nous sommes ensuite allées au briefing. Les troupes allaient être affectées à 5 bases différentes. Nous partions ce soir à 22 heures. Nous allions voyager à la faveur de la nuit. C’est là que j’ai pris conscience de notre future séparation. Ca m’a démoralisé.

Nous sommes sortis du briefing il était 14h10.

Nous sommes rentrés à la pension pour préparer nos affaires. Après ça chacun a vaqué à ses occupations.

Ian Tsé et moi nous nous sommes éclipsés pour passer du temps ensemble. Je voulais profiter un maximum de lui. Nous avons déambulé dans la ville, main dans la main. C’était différent de chez nous, le style était froid, tout semblait gris mais on n’y faisait pas attention, on penser seulement que c’était agréable d’être ensemble et de ne pas avoir à se cacher.

Nous marchions tranquillement lorsque nous avons entendu un crieur.

 

C « Venez faire des photos de votre amoureux avant qu’il ne parte pour le front ! »

 

Je me suis tout à coup dit que peut être…non, j’avais déjà sa photo dans mon médaillon. J’ai machinalement touché mon cou. Pas besoin. Mais apparemment je n’étais peut être pas aussi convaincu que ça car il m’attrapa en m’entraîna à l’intérieur.

 

L          Qu’est ce que tu fais ?

I           On va faire des photos.

L          Mais pourquoi ? Pas besoin de…Je n’ai pas dit que je…

I           Moi j’en veux une de toi.

 

Je suis restée sans voie. Il avait dit ça mais je sais qu’il savait que je voulais également une photo de nous.

Lorsque nous sommes enfin rentré à la pension, il était quasiment 18 heures. J’ai eu l’agréable surprise de retrouver Black, apparemment des troupes l’avaient récupéré et ramené.

C’est Tso Tien qui l’avait retrouvé aux écuries. Je suis allée le voir dès qu’il m’a appris la nouvelle.

Je l’ai soigné, nourris et je lui ai un peu parlé. Je suis ensuite retournée voir les autres.

Nous avons profité des quelques heures qui nous restaient pour faire un bon repas entre nous.

Lorsque nous nous sommes séparés ce soir là, j’avais une affreuse boule dans la gorge. Je les ai serré dans mes bras tous les 2 et puis juste avant qu’il ne s’éloigne de moi Ian Tsé m’a embrassé. Il m’a surprit mais ça m’a fait sourire. Il s’était enfin décidé.

Nous sommes ensuite chacun partis de notre côté. Nous n’avons rien dit, il n’y avait rien à ajouter. Notre groupe s’est ébranlé. Nous nous sommes enfoncés dans la nuit et rapidement je n’ai plus vu les lumières de la ville.

Je souriais en pensant à ce baiser, si passionné, il était passé par dessus sa peur du regard des autres, de son frère. Et là tout à coup ça m’a sauté au visage, il m’avait embrassé comme s’il n’y avait pas de lendemain, comme si on n’allait jamais se revoir. Une angoisse m’a tout à coup serré la poitrine. J’ai alors passé une main sur ma poche, là où j’avais placé la photo de nous 2. Ca m’a rassuré un court instant.

 

Nous avons mis une semaine pour atteindre Krasnoïarsk. Nous avons subi de nombreuses attaques et même si elles ont été rarement graves, il n’empêche que le trajet a été difficile et pénible.

 

La ville avait apparemment été vidée de ses habitants quelques années auparavant ; lorsque nous sommes arrivés on aurait dit que nous investissions une ville fantôme. Ce n’était pas très joyeux. Nous avons mis du temps à la ratisser et à en faire un endroit sûr pour nous.

Nous avons fait sauté les bâtiments les plus éloignés et nous avons ainsi construit une sorte de muraille entourant la ville. C’était désormais un espace clos, ils ne pouvaient pas nous attaquer et ils n’avaient pas encore eu l’idée de nous assiéger, donc tout allait bien.

Au début le confort était des plus rudimentaire et nous dormions souvent par terre, les uns contre les autres, à même le sol dans les galeries que nous avions construit. Par la suite, même une fois que des baraquements ont étés rénovés, nous dormions encore souvent dans ces galeries, c’était plus proche lorsque nous revenions éreintés d’une mission.

Il n’y avait encore aucun confort, des latrines avaient été creusées dans un coin et l’eau était puisée grâce aux puits que nous avions forés. La création d’une ville demandait du temps.

C’était supportable car nous n’étions pas en plein hiver, je préférais ne pas penser à ce qui se passerait lorsqu’il serait là. J’espérais que d’ici là le minimum serait installé, de toute façon si ce n’était pas le cas, les suivants mourraient de froid.

 

bas la vie a pris un tour nouveau, nos journées étaient rythmées par les opérations militaires, pas de grande bataille, mais de nombreuses expéditions.

Nous devions sécuriser la région mais ce n’était pas facile, l’ennemi connaissait le coin par cœur, ils étaient partout et plus d’une fois nous avons été pris dans des embuscades.

Durant 3 mois la vie s’est donc écoulée ainsi.

Ian Tsé m’envoyait des lettres qui me remontaient le moral mais notre environnement était des plus dépriment et ça ne m’aidait pas.

 

Ce jour là le courrier venait d’arriver. Nous avions une lettre des parents ainsi qu’un paquet et ça nous a remonté le moral, il contenait quelques livres, des friandises mais je n’avais toujours pas de nouvelles de Ian Tsé et ça depuis quasiment 1 mois.

Je commençais à angoisser puis je me suis dit que s’il lui était arrivé quelque chose, Tso Tien m’aurait prévenu…et s’ils étaient morts tous les 2…non, je l’aurais su, par ses parents qui l’auraient dit aux miens…

Non, il allait bien, je l’aurais senti s’il lui était arrivé quelque chose, du moins c’est ce que je me plaisais à croire.

 

Le lendemain j’ai été envoyé en mission avec la section de Stephan San pour inspecter les environs immédiats. Il fallait régulièrement inspecter les abords de la ville pour ne pas se laisser surprendre par des attaques surprises. Ce n’était pas la première fois que je partais en mission avec eux et à chaque fois on s’en était bien sortis. J’aimais bien leur compagnie, ils étaient cool et je leur faisais confiance.

Mes frères et moi faisions quelques missions ensemble mais nous étions généralement séparés.

Ce jour là, Liam et Pu Yi étaient également en mission, ils devraient rentrer tard ce même jour. Chaque fois que l’un d’entre nous partait en mission, nous nous étions donné comme principe de prévenir les 2 autres au moment de partir et en revenant.

 

Ce matin là la section de Stephan San et moi étions partis très tôt. Nous n’avons fait aucun prisonnier, l’ennemi semblait avoir un esprit kamikaze et ce n’était pas pour nous rassurer.

Ils ne se laissaient jamais prendre en vie.

Lorsque nous sommes rentrés en milieu d’après-midi, nous nous sommes tous effondrés à même le sol pour dormir.

Je me suis posée dans un tunnel, là où il y avait de la place sans faire réellement attention à qui était à côté de moi.

Je me suis réveillée lorsque j’ai senti le regard d’une personne sur moi. Je clignais les yeux et c’est là que j’ai reconnu cette personne debout devant moi, Ian Tsé.

 

L          Ian Tsé, c’est toi ?

I           Oui, je te cherche depuis un moment, j’ai cru que t’étais en mission mais on m’a dit que tu étais rentrée.

L          T’es là…

I           Je n’arrivais pas à te trouver.

L          Je suis là…

 

Il s’est allongé à côté de moi par terre. Je lui ai fait de la place et il m’a embrassé. Les autres autour de nous dormaient tous mais de toute façon ils avaient disparus à nos yeux.

Je me fichais de tout, tout ce que je savais c’est qu’il était là, contre moi.

Je l’ai embrassé, passant mes mains sur son visage. C’était bien lui. Il était enfin là.

Je me suis accrochée désespérément à lui ; j’avais besoin de le sentir contre moi, de me dire que nous étions tous les 2 vivants.

Rapidement mes mains se sont insinuées sous ses vêtements, il m’avait tellement manqué…J’ai relevé sa chemise pour lui embrasser le torse, puis j’ai commencé à lui défaire son pantalon. Il a fait de même avec le mien.

Il nous a recouvert d’une couverture puis il a doucement descendu mon hakama sur mes chevilles. Nous étions perdus l’un dans l’autre lorsque nous avons entendus quelqu’un arriver. Nous avons alors arrêté de bouger et nous avons fait comme si nous dormions tous les 2, lui faisant barrage de son corps. Lorsqu’il a disparu, il m’a regardé en souriant, je l’ai embrassé. Nous devions être discrets, des gens dormaient à moins d’un mètre de nous.

C’est quand ma tête a frappé le mur que j’ai mis ma main sur la paroi pour prévenir un autre choc ; je sentais son souffle sur ma joue et il étouffait mes gémissements sous ses baisers.

Mes jambes tremblaient et puis au moment où je l’ai senti tressaillir et étouffer un cri en me mordant, je l’ai serré un peu plus dans mes bras ; il m’a ensuite murmuré au creux de l’oreille qu’il m’aimait. J’ai fermé les yeux, je souriais.

Nous sommes restés quelques secondes comme ça puis nous avons rapidement remis nos pantalons. Il s’est installé un peu plus confortablement et nous nous sommes endormis dans les bras l’un de l’autre.

C’est Liam qui nous a réveillé un peu plus tard. Il venait de rentrer, Pu Yi lui aussi ne devait pas tarder.

Nous sommes sortis tous les 3 dehors pour discuter de ce qui s’était passé depuis nos dernières lettres, c’est là que Liam a demandé des nouvelles de Tso Tien. Je me suis alors rendu compte que je ne m’étais pas inquiété de lui, trop absorbée par son retour. Je me suis sentie honteuse même si Ian Tsé ne m’a fait aucune remarque.

Il nous a dit que Tso Tien allait bien, il avait été envoyé à Irkoutz.

 

Il nous restait moins de 2 mois à tirer et Ian Tsé avait été envoyé ici avec d’autres gars de sa section jusqu’à la fin de notre mobilisation. Je suppose donc que certains avaient du être transférés. On ne se connaissait pas tous, nous étions quasiment 1000 si je ne me trompais pas.

Le fait que Ian Tsé soit là, a littéralement changé ma vie, tout me semblait plus facile à supporter, mon moral est remonté en flèche même si le nombre de missions que nous effectuions ne cessait d’augmenter.

Le conflit était loin de se calmer mais dans ses cas là on prend les bonnes choses, même si elles sont petites et on essaye de ne pas penser aux autres. Pour le moment je ne faisais pas de projets, je prenais la vie au jour le jour, on partait en mission et on se retrouvait le soir ensemble, en bonne santé. C’était tout ce dont j’avais besoin.

On avait nos habitudes, on dormait tout le temps ensemble, lorsque l’on se retrouvait le soir, on ne se quittait plus.

 

L’été est arrivé et avec le climat continental, la chaleur a commencé à augmenter. La situation est rapidement devenue insupportable car la ville était dans une vallée encaissée. La température ne descendait jamais à moins de 20°C mais heureusement pour nous, les montagnes alentour nous apportaient un peu de fraîcheur. Je trouvais ce climat moins dur à supporter que la chaleur moite de l’été chez nous, et finalement c’est pour ceux de l’Eurton que ça a été plus dur.

 

Un mois avant que nous soyons démobilisés, une nouvelle fournée de soldats est arrivée afin de profiter de notre expérience avant notre retour, d’autres sont partis.

Ces changements ne furent pas évidents à partir du moment où ces bleus étaient intégrés à nos sections.

La section de Stephan San n’a pas trop été démantelée, on nous a seulement rajouté des nouveaux membres sans trop en enlever au groupe de base.

Je me disais que pour ceux qui arrivaient après, ça serait forcément plus facile de bénéficier de ce que nous avions appris.

 

Après 6 mois de mobilisation, je n’arrivais toujours pas à comprendre l’ennemi, leurs revendications étaient des plus obscures et pour le peu que nous avions appris sur eux, ils étaient bien différents de nous dans leur mode de vie, leur façon de penser.

Nous les surnommions les kamikazes blancs. Il ne voulait sous aucun prétexte se faire prendre et préférait bien souvent mourir plutôt qu’être fait prisonnier alors qu’eux avaient tendance à faire des prisonniers plutôt qu’à tuer. C’était incompréhensible.

 

Le 25 août, nous avons enfin pris le chemin du retour jusqu’à Darkhan où nous avons pris le train. C’était fini, nous rentrions chez nous.

 

 

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