Chapitre deux: Evite moi si tu peux

 

 

Ian Tsé San et moi ne nous sommes plus vus jusqu’à mon anniversaire qui avait lieu 5 jours plus tard. J’ai réussi à l’éviter lorsqu’il était au dojo, et le reste du temps, c’était plutôt facile. Mis à part mon frère, nous ne fréquentions pas les mêmes personnes. Ces quelques jours m’ont permis de réfléchir à la situation et à ce que j’allais faire.

 

Pour mon anniversaire, une grande fête a été organisée au vieux temple. J’ai passé du temps à tout décorer, à accrocher des lampions, acheter tout ce qu’il fallait, envoyer les invitations…je voulais que tout soit parfait.

J’avais enfin 18 ans, j’étais majeure, finie la gouvernante, fini l’interdiction de sortir en semaine, bonjour la liberté !

De nombreuses personnes étaient présentes, ma famille dont Yoko San, ceux avec qui j’étais en classe, au dojo, à la danse, les étudiants des autres confédérations que je fréquentais et également Ian Tsé San ; c’était le maître d’arme de Liam. Ca coulait de source.

 

J’avais réfléchi à la situation entre nous, je n’avais fais que ça en fait ; j’étais de mauvaise humeur et le reste du temps j’étais euphorique. En un mot, épouvantable.

Après ces heures de réflexion,j’en avais déduit que tout n’était peut être pas fini ; bon, d’accord, il m’avait repoussé mais si je me référais à la façon qu’il m’avait embrassé, ses hésitations…J’étais sûre de moi et j’avais une idée sur la manière de le faire réagir.

 

Ma soirée d’anniversaire a commencé assez doucement, la famille était là, parents, grands parents…c’était bon enfant. Lorsque les « adultes » sont partis, ça a pris un tour différent, intéressant devrais je dire : les gens se sont lâchés.

J’ai passé la première partie de la soirée à discuter avec tout le monde, c’était normal, j’étais l’hôtesse mais j’ai notamment parlé avec Jordan San, notre australien préféré, je le trouvais charmant. Il était arrivé peu de temps auparavant et j’aimais sa curiosité concernant tout ce qui l’entourait. Lorsqu’il a appris que j’avais un surf il a été très enthousiaste et il m’a tout de suite proposé de m’apprendre à en faire, je lui ai dit que dès que nous aurions nos affectations pour cet été, on en reparlerait plus sérieusement.

 

Durant l’été les jeunes de moins de 25 ans arrêtaient leur travail à l’année et étaient répartis dans la confédération en fonction des nécessités. Je ne savais pas encore que cette année là, j’allais me retrouver à Along, dans les rizières.

La population active s’échelonnait entre 16 et 60 ans. Durant cette période, toute personne travaillait une semaine par mois suivant ses compétences. Le reste du temps était consacré à la famille, aux loisirs, au bien de la communauté.

 

Vers les 22h Ian Tsé San est enfin apparu. Il n’était pas seul, il était accompagné d’un garçon. Ils étaient quasiment de la même taille, de carrure identique, lui avait les cheveux plus courts attachés en chignon, charmant…Maintenant ça me revenait en tête, Tso Tien Equinao San ! Le petit frère de Ian Tsé San.

Liam s’est dirigé vers eux. Je lui ai emboîté le pas.

 

L          Ian Tsé San, ça me fait plaisir que tu sois venu.

I           Ca me fait plaisir d’être là. Je n’aurai pas voulu manquer ça. J’ai amené mon petit frère avec moi

L          Tso Tien San, oui bien sûr, je me souviens de lui.

T          Ravi de te revoir Li An’ San, tu es très jolie. Joyeux anniversaire.

L          Merci

 

Il a eu l’air surpris que je me souvienne aussi bien de son petit frère.

 

L          Au fait, Ian Tsé San, tu as dis à mon frère ce qui s’est passé jeudi dernier ?

 

Ian Tsé San m’a regardé, il ne semblait pas très assuré.

 

I           Non.

Li         Qu’est ce qui s’est passé jeudi dernier ?

I           …Rien.

L          Oh mais si, tu le racontes où je le fais…

 

Je voyais qu’il était vraiment très mal à l’aise, il commençait à se dire que j’allais vendre la mèche pour me venger. J’ai attendu histoire de le faire mariner.

 

L          Puisque tu ne dis rien, je vais le faire…il se trouve que j’ai presque battu Ian Tsé San sur le tatami.

Li         Woua ! Tu as vraiment progressé, il faudra que je voie ça.

 

Je l’ai regardé avec une petite lueur dans le regard. Il allait suer, il ne m’échapperait pas. Il avait eu chaud, il a eu l’air de se décontracter. J’ai alors emmené Tso Tien San par le bras.

 

L          Je t’emprunte ton frère. A plus tard.

 

C’est là que j’ai entendu mon cher frère et ça m’a fait sourire.

 

Li         Imagine si on les mariait ces deux là !

 

Je n’ai pas entendu la réponse de Ian Tsé San.

 

La soirée s’est parfaitement déroulée, nous avons tous énormément rigolé et j’ai vraiment bien sympathisé avec Tso Tien San. En fait nous ne nous sommes pas quittés. J’ai bu quelques verres et j’étais euphorique. J’ai passé une très bonne soirée.

 

Durant les 3 semaines qui ont suivies mon anniversaire, j’ai très souvent vu Tso Tien San. On s’entendait bien et puis il était vraiment charmant ; je voyais bien que je lui plaisais et puis, pour être sincère, il me plaisait aussi. S’il n’avait pas été le frère de Ian Tsé je lui aurais sauté dessus il y a belle lurette.

Il venait me chercher à la sortie des cours et nous passions énormément de temps sur le tatami. Je m’entraînais avec lui et quelque fois également avec Ian Tsé San.

Nous nous entendions vraiment bien et tout le monde s’en apercevait, Ian Tsé San le premier.

Cela ne m’empêchait pas de régulièrement chercher Ian Tsé San, notamment durant nos affrontements au karaté. Je n’avais pas abandonné, je n’étais pas prête à m’avouer vaincue.

 

Ce jour là, après à peine 2 minutes de combat, Ian Tsé San réussit à me bloquer dos à terre, nos nez se touchaient presque. Je le regardais droit dans les yeux et j’eu une soudaine inspiration, je soufflais sur ses lèvres et lui murmurais.

 

L          Alors Ian Tsé San, tu aurais envie de faire quoi là maintenant ?

 

Il m’a regardé, très surpris, mal à l’aise, il s’est déconcentré et c’est là que j’ai profité d’une faille. J’ai réussi à me défaire de son emprise et je lui ai glissé entre les mains pour me retrouver sur son dos. Il était coincé face au tatami mes bras sous ses aisselles, je lui maintenais la tête en extension. Mes jambes l’empêchaient de bouger, il était comme ligoté.

 

L          Abandonne Ian Tsé San, tu ne m’échapperas pas.

I           Maté !

L          Tu vois, je t’ai eu, encore.

 

Je lui avais soufflé ces quelques mots dans le creux de l’oreille et puis je lui embrassé la tempe. Je me suis relevée et je me suis tournée vers Tso Tien en souriant. Il était assis un peu plus loin sur un banc, il n’avait pas vu ce que je venais de faire.

 

L          Je l’ai eu !

T          J’ai vu ça !

 

J’ai couru dans sa direction, je sautais dans tous les sens. Je me suis tournée vers Ian Tsé San, il s’était relevé et nous regardait.

Après ça, Tso Tien et moi sommes rentrés, Ian Tsé San est parti de son côté. Ce soir là Tso Tien mangeait à la maison, encore. Cette semaine là papa et maman travaillaient. C’était donc à moi de préparer à manger et Tso Tien m’a aidé. Si Liam avait été là, c’est lui qui m’aurait aidé mais comme ce n’était pas le cas…

 

T          Alors chef, qu’est ce que tu nous fait à manger ce soir ?

L          Ce soir, c’est léger : Pho et potiron au mirin.

T          Ok, c’est parti !

L          Je sors les ingrédients.

 

Nous avons cuisiné ensemble. Il éminçait pendant que je mélangeais les ingrédients. J’aimais cuisiner mais ce que je préférais c’était les odeurs qui flottaient dans la cuisine, gingembre, mirin, dashi

Ce soir là c’est Liam qui a présidé au culte des ancêtres, « le shinto » pour la prospérité de la confédération et pour la nourriture présente sur notre table.

Nous avons passés le repas ainsi que la soirée à discuter. J’aimais la façon dont Tso Tien racontait les histoires, l’Histoire avec un grand H. J’aimais ces soirées, tous assis dans des chauffeuses, éclairés à la bougie, chauffés au poêle à bois. Il allait se spécialiser dans le métier de conteur, j’en étais sûre, ou peut être de poète, ses haïku étaient vraiment très bons.

 

Tso Tien et moi, nous nous voyions tous les jours et c’est comme cela qu’il m’a demandé si j’avais un cavalier pour le bal des débutantes qui allait avoir lieu le 26 mars. Et oui, j’allais être introduite dans le monde !

Depuis quasiment un mois, les clans de la ville s’activaient pour que tout soit prêt, afin que les jeunes filles dans leur dix neuvième années soient introduites dans le monde. J’ai bien entendu eu le droit (et l’obligation) de prendre quelques cours de maintien, histoire que je ne fasse pas de bourde.

Maman était surexcitées, toutes les jeunes filles devaient se faire confectionner une robe blanche et maman avait bien entendu un avis sur la question mais j’ai tenu bon pour avoir ce que je voulais. Lorsque j’étais petite, je m’extasiais devant les reconstitutions des robes d’antan et je voulais que ça y ressemble. Je serai peut être la seul à ne pas avoir une robe traditionnelle mais je m’en fichais.

Les hommes et femmes présents à la soirée quant à eux portaient obligatoirement des vêtements de couleur vive.

L’introduction dans le monde entraînait un changement dans ma vie. A partir de la semaine suivante, j’aurais d’autres activités, en plus de celles que je pratiquais déjà, plus en rapport avec mon nouveau statut d’adulte maintenant reconnu. Je devrais apprendre l’art des geishas et également suivre une formation militaire.

 

Ce soir là, je portais une fabuleuse robe blanche, je ressemblais un peu à ces anciennes poupées pour enfant avec leurs grandes et belles robes…c’est ça, j’avais une robe de poupée barbie.

Mes cheveux étaient relevés, des mèches dépassant de mon chignon banane auquel j’avais accroché des fleurs.

Je m’étais maquillée pour faire ressortir des yeux et mes lèvres. J’étais plutôt contente de ce que je voyais dans le miroir.

Lorsque papa et Lian m’ont vu sortir de ma chambre, enfin prête, j’ai cru qu’ils allaient se décrocher la mâchoire. Ils ne m’avaient jamais vu aussi jolie d’après eux, c’est vrai que je ressemblais généralement plus à un garçon manqué avec les cheveux en bataille qu’à une lady. Lorsque Tso Tien est arrivés, lui d’habitude si loquace est resté muet et j’ai rougi de plaisir. Il m’a offert une magnifique boutonnière rose (aucune imagination, elle devait être rose, symbole d’une certaine innocence, tu parles !)

 

Liam et maman sont partis à la soirée un peu avant, il ne restait plus que papa, Tso Tien et moi.

Lang restait à la maison, elle ne venait pas car elle n’était pas majeure et qu’elle n’avait pas encore été introduite dans le monde.

Papa Tso Tien San et moi sommes donc partis un peu plus tard dans la soirée, aux alentours de 21 heures. Lorsque nous sommes arrivés, Tso Tien m’a embrassé sur la joue puis il est allé s’installer avec les autres cavaliers. Papa était heureusement à mes côtés lors de la présentation car j’étais très nerveuse.

Nous, les débutantes, étions toutes alignées, prêtes à être introduite, à entrer dans la salle de réception. Lorsque j’ai été annoncée, papa et moi nous nous sommes avancés jusqu’à l’entrée de la salle de bal.

 

?          Mademoiselle Li An’ Shaka San fille de Monsieur Tao Luo Shaka San et Mej Lin Shaka San.

 

Je regardais l’assistance et la salle, c’était magique, tout avait été décoré, les murs étaient drapés de blanc. Je n’avais jamais vu un décor pareil, c’était la première fois que j’assistais à un bal des débutantes et tout semblait si parfait, féerique…Des fleurs blanches avaient été disposées un peu partout sur les nappes, par terre, sur les murs...

Les personnes présentes étaient tournées vers moi et même si je les connaissais toutes, pour certaines seulement de vue, je trouvais ça un peu intimidant. Il y eu un murmure à la vue de ma robe, le style « occidental » n’était pas courant dans ces soirées mais apparemment apprécié quand même.

J’ai balayé la salle du regard, j’ai vu Liam et maman à notre table, elle semblait si heureuse. Ian Tsé San était à une autre table, entouré de sa famille, je crois qu’il a été bluffé. Quant à Tso Tien San, il était debout sur la droite et il semblait très fier d’être mon cavalier et j’avoue que c’était agréable que mon statut de femme soit enfin reconnu. Il s’est avancé, a fait une révérence et a pris mon bras. Papa m’a laissé et nous sommes allés nous aligner en attendant que la présentation soit finie. Mon carnet de bal était plein. La première danse était une valse que je devais danser avec mon cavalier. Le protocole ne disait rien de plus et par la suite, Liam et Tso Tien se sont relayé pour me faire danser toute la soirée.

J’ai tout de même gardé une danse pour Ian Tsé San, au cas ou. Je n’étais pas encore prête à abandonner, je voulais encore espérer.

Je ne savais pas s’il m’inviterait, j’ai d’ailleurs pensé pendant un moment qu’il ne le ferait pas mais j’ai eu tort.

La soirée était déjà bien avancée, nous en étions presque au dessert, j’étais à ma table lorsque Ian Tsé San s’est approché de nous. Touts les personnes présentes à la table avaient tourné la tête vers lui.

Il semblait peu sûr de lui mais je ne sais pas si d’autres personnes s’en sont aperçues.

 

I           Tso Tien, pourrais je inviter ta cavalière à danser ?

T          Bien sûr.

I           Li An’ San, m’accorderais tu cette danse ?

 

J’étais un peu surprise, agréablement surprise et pour rien au monde je n’aurais refusé son invitation. Je le regardais, troublée, il m’avait appelé Li An’ San, pas Lili San mais Li An’ San… et c’est là que je me suis aperçue que je n’avais toujours rien dit. J’ai alors précipitamment répondu

 

L          Bien sûr.

 

Il m’a pris la main pour m’aider à me lever puis il m’a entraîné vers la piste de danse sans me lâcher, certaines personnes nous regardaient mais moi je ne voyais que lui. Je lui serrais la main et pour rien au monde je n’aurais eu envie de la lâcher.

Lorsque nous avons commencé à valser tout le reste avait disparu, nous nous regardions en silence, à une distance respectable l’un de l’autre.

 

I           …Tu es particulièrement belle ce soir.

L          Juste ce soir ?

 

Il n’a rien ajouté, il m’a regardé et il m’a souri. Il savait que je le cherchais. Je lui ai rendu son sourire. Nous n’avons échangé aucune autre parole, nous avons seulement continué à danser en silence. Il m’a un peu plus rapproché de lui et je me suis laissée faire, tellement heureuse de profiter de ce moment. J’avais l’impression de sentir son cœur taper dans sa poitrine. Je me serais collée à lui si j’avais pu mais je ne pouvais pas.

Je sentais sa main droite posée à plat dans mon dos. Je sentais son souffle sur ma tempe, c’était magique. J’ai fermé les yeux, je humais son odeur. Le temps semblait être suspendu. Lorsque la musique s’est finalement arrêtée, il s’est écarté de moi, m’a remercié et m’a baisé la main. Il m’a ensuite ramenée jusqu’à ma table. Ca m’a laissé rêveuse, j’aurais tellement aimé prolonger ce moment.

 

La soirée a continué de manière tout aussi agréable. Tso Tien m’a fait danser une bonne partie de la soirée et je me suis bien amusée.

Peu avant de partir, je suis allée prendre l’air sur le balcon, seule. Ian Tsé San m’y a rejoint.

Je ne sais pas s’il m’avait vu, si c’était un signe du destin mais il était avec moi.

 

I           Li An’, ça va ?

L          Oui. La soirée est parfaite… Qu’est ce que tu fais ici avec moi ?

I           Rien. Je prends l’air.

 

Je l’ai regardé et j’ai vu qu’il semblait mal à l’aise, ce n’était peut être pas la seule raison.

 

L          Qu’est ce que tu fais là, vraiment…

I           Je ne sais pas Li An’.

 

Je me suis alors tournée complètement vers lui. Toutes ses incertitudes me confortaient dans mes certitudes. Une bouffée d’espoir m’a envahie.

Je me suis approchée de lui, il n’a pas bougé. Il me regardait fixement.

Je l’ai alors embrassé doucement et il a répondu à mon baisé. Il semblait s’être enfin décidé, j’ai senti ses mains se poser sur mes hanches. J’allais approfondir ce baisé lorsque nous avons entendu du bruit, quelqu’un venait.

C’est là que nous avons entendu Tso Tien.

 

T          Li An’, je te retrouve… Qu’est ce que tu fais là toute seule ?

L          Je…Rien. Je profite de la vue.

 

Je m’étais retournée, j’étais seule. Ian Tsé San s’était éclipsé avant que son frère ne le voie. Tso Tien San a alors enlevé sa veste.

 

T          Tu vas attraper froid. Prend ma veste.

 

J’étais ailleurs, je repensais à ce baiser. Il m’a mis sa veste sur les épaules et tout en arrangeant le col, il s’est alors penché vers moi et m’a doucement embrassé. Je ne m’y attendais pas mais je lui ai rendu son baiser, je ne l’ai pas repoussé, encore chamboulée par Ian Tsé San. J’ai trouvé ça très agréable et emportée par ce qui venait de se passer, j’ai continué.

Lorsque Tso Tien a mis fin à ce baiser, j’ai vu dans un coin de la terrasse Ian Tsé San.

Il avait vu toute la scène. Il n’a rien dit. Il avait un regard qui m’a fait me sentir coupable si petite et minable... J’ai baissé les yeux.

Tso Tien m’a entraîné à l’intérieur et il m’a ensuite raccompagné à la maison. Lorsque je me suis couchée, je n’étais pas très bien : la culpabilité. Tout avait été parfait, tout aurait pu être différent. Et puis j’ai pensé à la façon dont tout s’était déroulé et je crois que je ne me serais pas laissée embrassée par Tso Tien si Ian Tsé San avait assumé son geste, s’il était resté à mes côtés sur ce balcon… Il ne l’a pas fait alors il n’y avait aucune raison pour que je me sente coupable. Je n’allais pas repousser tous les garçons en attendant qu’il se décide ; le fait que Tso Tien soit son frère compliquait un peu les choses mais c’était exactement pareil. Tso Tien me plaisait, je lui plaisais, c’était simple.

Après en être arrivée à cette conclusion, je me suis endormie.

 

Cette soirée marquait officiellement le début de notre relation à Tso Tien et moi. Nous nous voyions, souvent, très souvent. En fait, tout autant qu’avant, il était tout le temps à la maison. Je n’allais jamais chez lui, du moins chez ses parents. Les jeunes s’installaient à partir du moment où ils se mariaient et si j’avais été chez lui, ça serait revenu à dire que notre relation était sérieuse et que nous étions quasiment fiancés.

Rien n’avait changé, une grande complicité nous unissait lui et moi mais ce n’était pas de l’amour, c’était autre chose ; en fait, je croyais que c’était simple, cette nuit là après le bal je m’étais dit que Tso Tien était un garçon comme un autre mais ce n’était pas le cas. Ian Tsé était toujours là dans ma tête, comme une ombre ; il ne s’est jamais rien passé de vraiment sérieux entre Tso Tien et moi bien que tout le monde le pensait. Il n’avait jamais dormi à la maison, officiellement du moins même s’il a quelque fois fait le mur pour me retrouver dans ma chambre.

J’aurais été incapable de coucher avec lui, nous en avions envie et plus d’une fois ça a été limite mais ça ne me semblait pas naturel et puis je voulais plus que tout au monde son frère. Si j’avais fait ça, j’étais sûre qu’il ne pourrait jamais rien se passer avec Ian Tsé San

C’est comme ça que nous avons pris conscience que notre relation était une grande amitié seulement ça. C’est la raison pour laquelle nous avons tout arrêté d’un commun accord fin mai. Je ne sais pas si il a jamais compris que tout ce temps j’aimais Ian Tsé San, en tout cas il ne m’en a jamais parlé.

 

Par la suite nous avons continué à nous fréquenter mais nettement moins souvent, c’était devenu une relation purement platonique et amicale.

Pendant un moment je n’ai plus vu ni Tso Tien ni Ian Tsé San, j’étais accaparé par mes nouvelles activités. Mon temps était désormais très limité et au début j’ai eu du mal à tout gérer tout en me gardant du temps pour moi.

L’emploi du temps des étudiants étaient complètement chamboulé en dernière année. J’avais cours tous les matins sans exception, une semaine par mois j’avais ma formation militaire l’après-midi. Le reste du mois était réparti de cette façon : une autre semaine était consacrée à mon travail et le reste du temps était réparti entre le sport et mes leçons pour devenir une geisha.

 

J’ai commencé les cours de maintien pour devenir une jeune femme accomplie et apprendre les secrets des geishas. J’étais une maiko, une apprentie geisha.

Je n’aimais pas particulièrement ça, j’avais quelques difficultés à assimiler leur art et je n’aimais pas l’esprit de compétition que ça éveillait chez certaines camarades. « Poignarder » une fille histoire d’avoir le premier rôle dans une représentation, ce n’était vraiment pas dans mon tempérament.

Je n’ai jamais été très féminine, au grand damne de ma mère et il fallait une telle délicatesse et une telle maîtrise notamment lors de la cérémonie du thé…

Il fallait apprendre plein de choses qui ne m’étaient pas du tout naturelles ; le maintien, l’art de distraire un homme en jouant du shamisen et en chantant.

Le plus dur résidait dans le maquillage, j’avais horreur de ça, j’avais l’impression de ne rien pouvoir faire sans m’en mettre de partout, d’être empotée. Dès que je me maquillais, j’étais soudainement prise d’une envie de me gratter le visage.

Il y avait d’abord la crème de couleur blanche à se mettre sur le visage et le cou, les bâtonnets de pigment pour les ombres, le far à joue et le rouge sur les lèvres. Les bâtonnets de paulownia pour les sourcils, la cire et tellement d’autres choses…Quelle horreur !

Ce que j’aimais par contre c’était les kimonos que nous portions, certains étaient de vraies œuvres d’arts. Les peintres sur soie étaient de vrais artistes. Le jour où j’ai eu mon premier cours, maman m’a sorti ses kimonos de geisha, ils étaient magnifiques et c’était la première fois que l’on avait le droit de les voir, en dehors de papa bien sûr. J’aimais particulièrement l’encolure très échancré au niveau de la nuque ; une fois maquillée cette zone était un avant goût de tout l’érotisme de la femme asiatique et moi je trouvais ça très sensuel.

 

La formation militaire que je venais de commencer était pour moi un réel plaisir, on s’entraînait grâce à des exercices physiques plus poussés. Si j’avais pu, j’aurais passé mes journées à faire du sport. Pour tout ce qui concernais les exercices physiques, j’étais nettement plus douée, le sport s’était vraiment mon truc. J’ai toujours été très sportive et j’appréciais particulièrement affronter des adversaires en combat singulier.

L’ambiance du dojo était quelque chose que j’aimais car il y régnait toujours une odeur spéciale et les bruits paraissent différents.

En plus des arts martiaux dans lesquels on peut dire que j’excellais, je devais également m’entraîner à la pratique du sabre, du tir à l’arc et des armes à feu. Pour cette dernière catégorie, j’étais une novice comme tout le monde. Je trouvais que ça amenait une autre dimension, il fallait être rapide et précis mais ce n’était pas pareil, pas le même rapport à l’adversaire.

On nous a également appris à tirer en mouvement, avec des cibles mouvantes ou non.

J’adorais lancer mon cheval au triple galop tout en visant une cible avec des flèches ou avec un fusil. J’étais d’ailleurs très douée au tir même si au début j’ai eu du mal avec le bruit des coups de feu. Plus d’une fois j’ai sursauté au son du tir ce qui a eu pour conséquence de me faire invariablement manquer ma cible.

Par la suite, j’ai réussi à retrouver la concentration nécessaire et identique lors des combats singuliers.

L’ambiance entre nous était excellente car les garçons s’entraînaient avec nous et je préférais avoir affaire avec eux, ils étaient moins maniérés à mon goût, on pouvait se donner à fond dans les exercices, pas de chichi, pas de rapport de séduction, seulement donner le meilleur de soi.

C’est ainsi que l’année scolaire s’est rapidement terminée et les « vacances » sont arrivées.

 

J’ai été envoyé à Along au début du mois de juillet car les paysans d’un village flottant (on appelait comme ça les villages situés au cœur de des nombreuses îles de la baie) avait besoin de main d’œuvre dans ses rizières.

Je n’y ai pas été envoyée toute seule, il y avait également N’Guyen Van San, Wou San et Jordan San. Liam quant à lui ne travaillait pas très loin d’Hanoi et Tso Tien San avait été envoyé au Japon. Ian Tsé ayant dépassé les 25 ans, il est resté à Hanoi où il a continué comme d’habitude. Lang quant à elle a été placée à Hanoi pour ce premier emploi d’été.

 

Notre petite troupe était logée dans 2 baraquements avec d’autres jeunes venant de la confédération. J’étais avec Wou San et les garçons étaient ensemble.

Le logement était plutôt spartiate, nous dormions sur des nattes à même le sol, toutes les unes à côté des autres. Nous étions une vingtaine de filles vivants quasiment tout le temps dehors. Nous n’avions pas vraiment d’intimité, notre baraquement était ouvert sur l’espace alentour et heureusement car vu la chaleur ambiante...Si l’on désirait un peu d’intimité, il nous suffisait de baisser les stores.

Les garçons vivaient dans un environnement identique, à côté de nous. A cause de la proximité, nous étions étroitement surveillés. Il n’aurait pas fallu qu’il y ait une trop grande fraternisation entre nous.

Le seul semblant de confort résidait dans les sanitaires en dur un peu plus loin dans le village.

Enfin, nous mangions sous une sorte de grande maison faites en bambou, tout en longueur où ils avaient placés des tables et des bancs.

 

Nous étions venus jusque dans ce village en bateau. En fait c’était comme une île et on ne pouvait y accéder que par une sorte de passage en partie immergé à certaines heures du jour et de la nuit.

On accostait sur une plage de sable fin et un chemin escarpé nous conduisait jusqu’au village.

De là où nous étions on pouvait apercevoir toute la baie d’Along avec ses nombreuses îles brumeuses. L’eau était bleu nuit, elle laissait imaginer la profondeur de cette mer, au contraire, l’eau de notre lagune était turquoise, transparente avec des ombres multicolores là où il y avait des coraux, fabuleux. C’était magique, le paysage de la baie était quelque peu fantomatique aux premières lueurs du jour. J’aurais pu observer ce paysage toute une éternité, c’était d’ailleurs souvent ce que je faisais. J’aimais passer du temps au sommet du massif et regarder le soleil se coucher. Je trouvais ça très reposant. J’ai toujours eu l’impression d’avoir un lien avec la baie d’Along, je ne sais pas pourquoi car personne de notre famille n’y a jamais vécu…bizarre ?

 

Tous les matins nous étions levés à 7 heures 30 et le travail commençait à 9 heures jusqu’à 15 heures. Une pause d’1/2 heures à 11h30 pour manger et nous avions le reste de la journée pour nous.

Nous pouvions faire ce que l’on voulait, farniente, balades, plage… Nous pouvions également nous entraîner au dojo du village, ce que je faisais tous les jours juste avant le repas du soir. Le travail était dur car nous étions courbés tout le temps, les pieds dans l’eau, sous le soleil, seulement protégés par notre Non La. J’ai passé ces vacances en pantalon de lin, remonté jusqu’aux genoux et en chemise. Il faisait chaud et mes vêtements me collaient à la peau.

Ce n’était pas la première fois que je travaillais dans les rizières et je savais que la première semaine était la pire mais il suffisait seulement de se faire à ce nouveau rythme.

 

Je surfais tous les jours après le travail ; Jordan a passé beaucoup de temps à m’apprendre.

Au départ, je m’allongeais sur la planche pour sentir les vagues. Il s’allongeait sur moi, nous avancions grâce à nos mouvements de brasse. Puis il m’a entraîné sur le sable à rapidement me redresser sur ma planche. Au début, j’ai eu du mal à ramer, il faut être musclée et même si j’ai de la force dans les bras, ça n’a pas été facile. Au fil du temps j’ai réussi à tenir debout sur mon surf et au bout de 3 semaines je commençais à bien me débrouiller.

Ce jour là, il faisait vraiment très chaud, ma chemisette me collait à la peau, je sentais les gouttelettes de transpiration descendre le long de mon dos et entre mes seins. J’attendais la fin du travail pour pouvoir mettre mon maillot et aller me rafraîchir dans la lagune. Notre relation à Jordan et moi avait évalué dans un sens qui ne laissait présager qu’une chose.

Je l’avais observé du coin de l’œil toute la journée. Il avait bronzé durant son séjour, et je voyais la sueur perler le long de son torse. Il était musclé et je le trouvais vraiment très sexy. Il ne ressemblait pas aux garçons que je connaissais et j’aimais bien ça. J’aimais surtout ses yeux azurs, j’avais l’impression qu’ils transperçaient tout et tout le monde, particulièrement moi et puis il souriait tout le temps avec un petit air ironique. Charmant, craquant.

 

A peine a t on eu fini que nous nous sommes regardé ; nous n’avions pas besoin de parler, direction la plage.

Nous avions fait quelques longueurs, le soleil tapait mais l’eau était fraîche et agréable. Comme d’habitude nous avons commencé par faire quelques longueurs et puis il a commencé à m’embêter, à me taquiner quand il a vu que je le regardais.

 

J          Tu aimes ce que tu vois ?

L          Quoi ?

J          Fais pas celle qui ne comprend pas, je t’ai vu m’observer toute la journée.

L          Mais…Tu es…

J          Irrésistible, tu peux le dire.

Li         Exaspérant.

 

J’ai commencé à l’asperger et bien entendu son sourire s’est élargi.

 

J          Tu n’as rien à répliquer…Moi aussi je t’observais, tu es vraiment très jolie, surtout quand tu as la tête dans les nuages.

 

Je suis restée muette lorsqu’il m’a dit ça, ne trouvant rien à dire, je l’ai coulé, du moins j’ai essayé et je me suis rapidement retrouvée la tête sous l’eau. Lorsque je suis remontée, je me suis accrochée à lui. On se regardait, ses yeux me fascinaient, je n’avais jamais vu quelqu’un avec des yeux pareils. Ici tout le monde avait les yeux noirs et ses yeux lui donnaient un air exotique. Nous avons soudainement arrêté de rigoler, on ne parlait plus, nous savions ce qui allait se passer ; c’est là qu’a eu lieu notre premier baiser.

Il avait passé ses mains autour de ma taille et j’étais collée à lui. J’étais accrochée à lui, mes bras autour de son cou et je n’avais pas pied. Il était grand, il faisait presque 20 centimètres de plus que moi. Lorsqu’il a mis fin au baiser, il m’a regardé en souriant puis nous sommes sortis de l’eau.

Notre relation a continué tout l’été, c’était sympathique, j’étais bien avec lui, c’était simple malgré parfois quelques problèmes de langue. En fait, il progressait en mandarin et moi en anglais. Nous rigolions beaucoup avec les jeunes du groupe, nous nous entendions tous vraiment bien. C’était génial, je ne pensais quasiment plus à Ian Tsé San.

 

Au début du mois d’Août, Liam et Ian Tsé San sont venus me voir lors d’un week-end un peu plus long. Tout s’est vraiment bien passé, au début du moins. L’ambiance était détendue mais il me semblait que Ian Tsé San était ailleurs, on aurait dit que quelque chose le tracassait et je ne savais pas ce que c’était ni comment le faire parler. Quelque fois je le surprenais à nous observer Jordan et moi alors qu’il croyait que je ne le voyais pas.

 

Ce jour là, tout le monde jouait au ma-jong à l’ombre des arbres. J’avais vu Ian Tsé San se diriger vers l’anse des crabes, je l’y ai rejoint quelques minutes plus tard. A force de réfléchir je croyais savoir ce que c’était, il fallait que ça soit ça. J’ai suivi le chemin, longé la falaise jusqu’à l’anse. Je l’ai vu nager un peu plus loin, il ne m’avait pas vu, pas encore.

Je suis descendue à l’échelle et je me suis assise sur la dernière marche pour le regarder. Je souriais déjà en pensant à ce que ça impliquait s’il s’averrait que j’avais raison. Lorsqu’il m’a aperçue, il a arrêté de nager, il s’est tout de suite mis sur la défensive. Il me regardait dans les yeux.

 

I           Qu’est ce que tu fais là toute seule ?

L          Je viens pour me rafraîchir et puis je ne suis pas seule, tu es là.

I           Qu’est ce que tu veux Li An’ ? Arrête de faire l’enfant, va plutôt faire du surf avec Jordan San.

 

Il était agressif. Je le regardais en souriant, sachant pertinemment que ça l’agaçait. Il mettait Jordan sur le tapis ? Ce pourrait il que ça l’énerve, qu’il soit jaloux ? Je voulais continuer ce petit jeu encore un peu, ça pouvait se révéler intéressant après tout.

 

L          Je ne suis plus une enfant, je suis une femme.

I           Ce n’est pas parce que tu as 18 ans, que tu as été introduite dans la bonne société et que tu portes des macarons tressés que tu es une femme.

 

Je l’ai regardé un peu plus dans les yeux histoire qu’il comprenne bien.

 

L          Je ne suis plus une enfant, je suis une femme Ian Tsé San.

 

Il comprenait là où je voulais en venir. Ca l’a mis mal à l’aise que je m’aventure sur ce terrain là.

 

I           Je vais te laisser.

L          Et si je t’empêche de passer ?

I           Alors je t’attraperais pour te jeter à l’eau un peu plus loin histoire de pouvoir remonter.

 

Je suis descendue de l’échelle pour complètement m’immerger dans l’eau et j’ai défait mon haut de maillot de bain pour lui lancer sur la tête.

 

L          Approche, je t’attends

 

Il a attrapé mon haut de maillot, je l’ai vu hésiter 2 secondes et il a nagé dans ma direction.

Je ne savais plus quoi faire, j’étais beaucoup moins sûre de moi tout à coup ; j’avais beau faire comme si je savais ce que je faisais, ce n’était pas le cas. Je ne pensais pas qu’il ferait ça, là je me suis dit que je ne le connaissais finalement pas tant que je le croyais. Se pourrait il qu’il soit moins sage que je ne pensais ?…Je voulais l’énerver, j’avais réussi et là je ne savais plus quoi faire…

Lorsqu’il n’a plus été qu’à un mètre de moi, il me l’a lancé à la figure.

 

I           Ne joue pas à ce petit jeu là, Lili San.

 

Il m’énervait lorsqu’il m’appelait comme ça et il le savait. J’ai remis mon haut de maillot en le regardant et je n’ai pas bougé. Il s’est alors approché, il s’apprêtait à m’attraper pour me jeter un peu plus loin lorsque je me suis littéralement enroulée autour de lui. Il me regardait dans les yeux, nos nez se touchaient presque, j’étais collée à lui, je sentais sa peau contre la mienne, son souffle sur mes lèvres.

 

L          Je sais à quoi tu penses quand tu me regardes, je sais à quoi tu penses quand tu me regardes comme ça. Je pense à la même chose.

 

C’est là qu’il m’a alors embrassé comme ce soir là au temple. D’un bras il me serrait contre lui et avec sa main libre il me caressait la nuque tout en me tenant fermement contre lui. C’était un peu violent, comme s’il avait contenu tout le désir qu’il avait pour moi depuis ces derniers mois, comme s’il voulait me le faire payer. J’ai cru que c’était gagné jusqu’à ce qu’il me repousse.

 

I           Non, je ne peux pas faire ça ! Retourne voir Jordan San !

L          Quoi ?!

 

J’avais failli m’étrangler en entendant ce qu’il venait de me dire. Je n’en revenais pas qu’il me dise ça, qu’il me parle de Jordan à ce moment là, qu’il me renvoie vers lui ! Il m’a jeté plus loin dans l’eau. J’étais sous le choc.

 

L          Qu’est ce qui te prend ? Pourquoi tu me fais ça ?

I           Pourquoi je te fais ça ? C’est toi qui te fais mon frère quand je fais un pas vers toi !

L          Non, tu as fait un pas vers moi parce que ton frère a agis, lui !

 

Il m’a regardé d’une façon…Un peu choqué, un peu dégoûté.

 

I           Ca je ne doute pas qu’il ait agis comme tu dis !

 

Je l’ai giflé.

 

L          C’est ce que tu penses de moi ?! Espèce de…espèce de…qu’est ce que tu crois ? Je n’ai pas couché avec Tso Tien à cause de toi !

I           Li…

L          Ne t’approches plus de moi ! Dégage ! T’as gagné ! Je laisse tomber !

 

J’ai nagé jusqu’à l’échelle et je suis remontée. Je sentais les larmes monter et je ne voulais pas qu’il me voie pleurer. Il est resté dans l’eau sans rien dire, il m’a suivi du regard, je le sentais sur moi mais il n’a pas essayé de me rattraper.

Je suis rentrée au village, j’étais furieuse mais je ne pleurais plus. J’ai cherché Jordan et je l’ai convaincu de venir faire du surf avec moi. Nous n’avons pas surfé longtemps, j’étais en colère et je voulais faire payer Ian Tsé San. J’ai allumé Jordan et nous avons fait l’amour dans un coin tranquille de l’île, un peu abrité. Cette étreinte fut rapide, très agréable et ça m’a permis de ne plus penser à lui pendant ce moment là. Mais ça n’empêchait pas qu’il m’avait fait mal bien plus que je voulais bien me l’avouer.

Lorsque nous sommes revenus au village, on rigolait, il m’avait redonné le sourire, il avait ce don sur moi, pendant un bref moment j’avais réussi à ne plus penser à Ian Tsé San.

Jordan me tenait par la main lorsque nous retournions au village et nous sommes tombé sur Ian Tsé San, je l’ai regardé assez méchamment, il a bien vu que je n’étais pas ravie de le voir. Je crois qu’il a eu envie de dire quelque chose mais il n’a pas osé et il s’est renfermé sur lui.

 

Nos visiteurs sont seulement restés quelques jours et j’ai ignoré Ian Tsé San le reste de son séjour parmi nous, ne prêtant attention qu’à Jordan. Nous étions tout le temps fourrés l’un avec l’autre.

Ils sont repartis et je ne lui ai pas dit au revoir.

J’avais passé beaucoup de temps avec mon frère et j’ai fait en sorte que Jordan et Liam en passe également ensemble, je voulais narguer Ian Tsé San, je voulais lui faire mal.

Je ne sais pas si ça a marché mais je l’ai trouvé encore plus silencieux que d’habitude, presque taciturne. Nous nous étions finalement mutuellement ignoré.

 

Il restait 2 semaines avant que je rentre à Hanoi et je ne comptais certainement pas me laisser pourrir la vie. Je voulais que tout redevienne comme avant cette visite ; pendant ces quelques semaines tout avait été si simple…Ca allait redevenir comme avant, ça devait redevenir comme avant ; j’ai donc tout fait pour. J’ai rigolé, profité de ces « vacances » ne pensant qu’à Jordan. C’était si simple avec lui. Pourquoi ça ne pouvait pas toujours être aussi simple ? Sans prise de tête, juste profiter…

 

Lorsque la fin du mois d’août est arrivée, j’ai été un peu déçue, je ne voulais pas rentrer à Hanoi, retourner vers ma vie.

J’avais réussi à oublier Ian Tsé San, pendant quelques temps du moins, ses grands yeux noirs et ses longs cils ; enfin c’est ce que je croyais mais lorsque je l’ai aperçu au dojo après mon retour, tous les sentiments que j’avais pour lui sont revenus comme une vague. Ils n’avaient pas disparus, en fait ils n’étaient pas si loin, j’avais seulement réussi à les étouffer et pas si bien que ça apparemment.

Dès que Ian Tsé San était dans le coin, il arrivait à chambouler mon monde, à m’embrouiller l’esprit. Mais cette fois ci j’avais décidé que c’était fini. Après tout, il avait eu ce qu’il voulait, il avait gagné, j’avais laissé tombé.

J’étais toujours avec Jordan mais même à certains moments, tout ça me semblait plus sans aucun sens, en fait dès Ian Tsé était dans le coin.

La magie des vacances, l’insouciance était partie, tout ce que je faisais pour essayer de la conserver ni faisait rien.

J’ai tout de même décidé de ne rien faire car je n’étais pas encore prête à me l’avouer et encore moi à lui avouer. Il fallait seulement que je l’évite, c’est ce que j’ai fait.

 

 

A suivre                                                          Retour

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