Chapitre premier: Rencontre percutante

 

 

?          Li An’ Shaka San! Revenez ici ! Où allez vous ? Ne courrez pas !

Je n’écoutais pas Hiro Shunto San, je me précipitais pour voir Liam. Je ne l’avais pas vu depuis 4 longues années. Je n’avais pas pu lui parler en début d’après-midi lors de son arrivée à la maison car j’avais une leçon d’histoire et dans ½ heures il aurait un entretien avec les conseillers. J’avais donc exactement 23 minutes pour le voir, je devais me dépêcher.

Je m’étais rapidement glissé hors de la classe, je traversais la cour, pour sortir du lycée en courant, les gens me regardaient en se demandant ce qui pouvait bien se passer.

Je traversais la rue à toute allure, lorsque j’arrivais devant chez moi je bifurquais sur la droite, j’empruntais le long chemin de la tortue pour finalement entrer dans la maison des sages.

Je me suis arrêtée quelques secondes pour reprendre mon souffle et pour réfléchir ; où pouvait il être ? C’est là que je me suis aperçue que tout était silencieux mais si l’on tendait l’oreille, on pouvait entendre des chuchotements.

Je suis repartie, je savais où il était. Je filais dans les couloirs en courant ; les personnes que je rencontrais s’écartaient vivement de mon chemin. Mon ao dai mauve pastelle volait autour de moi. J’avais enlevé mes geta pour aller plus vite, je les tenais dans les mains et je filais à toute allure.

Après mon cours d’histoire, je m’étais éclipsée. En fait, Hiro Shunto San avait à peine eu le temps de nous donner les indications pour le devoir à rendre pour la leçon suivante : « si vous deviez expliquer pourquoi notre monde est tel qu’il est ».

Ces cours me paraissaient inutiles, j’avais l’impression de connaître l’histoire mondiale par cœur. On me la rabâchait depuis mon enfance ; comme à tous les élèves des écoles de la confédération d’ailleurs.

L’histoire anté-cataclysmique était connue, enseignée depuis les petites classes mais ça semblait si loin de nous, de notre mode de vie… Un peu moins de 200 pays répartis sur le globe avec leurs particularités, leurs langues, leurs systèmes politiques, leurs religions…

Bref, la chose que j’avais retenue c’est qu’ils avaient été incapables de s’entendre, guerres, famines, conflits, c’était sans fin…le terrorisme s’était largement développé dès la seconde moitié du XXIème siècle pour prendre une ampleur insoupçonnée.

Les pays arabes s’étaient ligués en une fédération internationale pour promouvoir la vraie religion chiite en opposition aux valeurs occidentales et à l’influence grandissante des pays occidentaux, les Etats-Unis à leur tête. Leur arme, le terrorisme.

Et puis il y avait eu La journée du 3 octobre 2314, tout avait sauté, enfin si l’on peu dire.

Ca a commencé lorsque la fédération arabe a mené une action de grande envergure, une attaque massive sur toutes les capitales des pays occidentaux. Ils désiraient mener une action de force pour affaiblir le démon que représentait le mode de vie occidental et ainsi montrer la solidité de l’implantation du mouvement. Ils avaient tissé leur toile pour être présent partout. Lorsque tout a éclaté, c’était trop tard.

En représailles, les pays arabes ont tous étés bombardés dans le but d’abattre les chefs de ce mouvement international. Des bombes d’une nouvelle génération, jusque là jamais utilisées avaient été lancées et puis il y a eu la riposte....Personne ne s’y attendait, eux aussi étaient prêts.

Tout d’abord il y a eu des bombes à micro onde. C’était à la base un système inventé au XXème siècle pour entre autre cuire les aliments. Ca avait été utilisé de la même façon ; les molécules du corps commençaient à s’agiter pour bouger de plus en plus vite, faisant augmenter la température, tuant les personnes dans d’atroces souffrances. Accessoirement le micro onde avait l’air d’être un appareil génial pour cuisiner et surtout très pratique permettant un gain considérable de temps mais désormais on ne pouvait en trouver que dans des musées.

Donc, les bombes à micro onde avaient décimé une grande partie de la population et puis des bombes E électromagnétiques avaient ensuite été lancées, grillant tous les composant électroniques à la surface du globe. Personne ne s’attendait à ce que ça aille si loin et surtout que les conséquences soient si graves. Les appareils de l’époque fonctionnant tous à partir de composants électroniques et donc plus rien ne marchait. Les satellites sont tombés, les avions aussi. Les bateaux se sont perdus, des millions de personnes sont mortes dans des accidents impliquant les machines, voitures, trains…Pour faire simple, nous en étions revenus en quelque sorte à « l’âge de pierre ».

Ajouté à cela une transformation due aux cataclysmes réguliers et de plus en plus violents, voilà le résultat.

En effet, la période anté-cataclismique était une époque où l’argent était roi, au mépris des écosystèmes. Malgré les tentatives de préservation de la nature, l’industrie s’était renforcée, la température avait pris 1°C tous les 10 ans, ce qui avait entraîné des catastrophes naturelles. Les calottes polaires avaient fondues : le niveau des mers avait augmenté de 2 mètres entre le XXè et XXIVè siècle.

Le seul semblant de stabilité, d’entente, résidait dans des organisations internationales complètement inefficaces qui donnaient aux gens de l’époque bonne conscience.

Les 7 siècles qui avaient suivis le 3 octobre 2314 étaient appelés post-cataclysmique. Les effets de la bombe E avaient perduré environ 500 ans, durant cette période, l’humanité n’avait pas pu faire de progrès et avait finalement développé un mode de vie différent.

Nous n’utilisions plus les matériels informatiques, les technologies de pointe à base de microprocesseurs. Le niveau technologique était désormais coincé aux environs des années 20 de la première moitié du XXème siècle.

Les différentes confédérations avaient ensuite décidé d’un commun accord lors de la Conférence de Madrid en 2378 que le développement atteint à cette époque était en fin de compte suffisant et que la société dans laquelle nous vivions n’avait plus besoin d’amélioration. La décision de la Conférence de Madrid avait été confirmée en 2912, après la fin des effets de la bombe E. Plus personne n’avait contesté la décision.

Ainsi toute recherche était donc immédiatement arrêtée, sous peine de mort. En fait c’était plutôt une déportation à vie dans l’ancienne Russie. Ces contrées se sont peu à peu vidées de leur population à cause de conditions de vie trop dures. En fait après le réchauffement de la planète, nous étions entré dans un petit âge glacière et ce territoire était nettement moins vivable que sous certaines latitudes plus basses.

Il n’y avait plus rien là-bas, un désert de glace, ça ressemblait à peu près aux anciens goulags, les gardes en moins. Tous ceux qui étaient déportés étaient tatoués au cou et cela rendait leur retour impossible. Ils restaient là bas et personne n’entendait jamais plus parler d’eux. On ne savait rien sur ce qui se passait là-bas.

Ce système fonctionnait car la peur d’une autre « fin du monde » était encore très présente.

Les 30 premières années suivant ce jour fatidique avaient été plutôt chaotiques. Les foules se sont acharnées sur les musulmans, ils ont été systématiquement massacrés et personne n’a alors rien fait pour empêcher cela. Ils avaient besoins d’un bouc émissaire, ils l’ont trouvé. Les terres de la fédération arabe ont été rasées, ce n’était plus qu’un désert dont la radioactivité était dangereusement élevée.

Finalement, aujourd’hui c’est comme si cette religion semblait avoir disparue de la surface du globe. Je ne crois pas qu’il existe encore des musulmans et s’il en existe, je n’en ai jamais rencontré. Cette religion, tout comme la technologie appartenait à l’Histoire.

Beaucoup de personnes étaient mortes des suites de maladies, de violences, de manque de nourriture, ensuite, un semblant d’organisation avait commencé à se mettre en place mais il avait encore fallu 2 décennies pour que cela aboutisse à quelque chose d’un peu cohérent.

Tout avait du être reconstruit. 10% de la population avait survécu, soit 2 milliards de personnes.

Le bilan était que nous vivions dans un autre monde où tout était nettement plus lent qu’auparavant.

Politiquement il a été décidé d’une harmonisation afin de mettre tout le monde sur un pied d’égalité.

Les organisations nationales avaient étés refondues en 5 confédérations, suivant les 5 anciens continents, la culture de chaque confédération était un subtil mélange des anciens pays dont elle était formée :

L’Anoaki tout d’abord, qui comprend tout se qui se trouve entre l’ancienne île du Japon et le continent indien. La capitale est à Hanoi, là où je vis. On y parle le mandarin.

L’Australie et toutes les îles dans un rayon de 2000 km forment le Bushtar avec pour capitale Canberra. On y parle anglais.

L’Afrique avec la péninsule arabique forment la confédération du Shwanti et bizarrement, à cause du retard qu’elle avait par rapport aux autres continents avant le black out, elle s’en était plutôt bien sortie. Sa capitale est Nairobi. On y parle également anglais.

L’Eurton va de l’ancienne Angleterre à la Pologne et de la Norvège à la Grèce avec pour capitale Bern. La langue officielle est le français

Enfin, le Batoa, qui englobe tout le continent Américain. Sa capitale est Mexico. La langue officielle est l’espagnol.

C’est là que j’ai pris conscience que je n’étais jamais sortie de l’Anoaki, je n’avais jamais visité d’autres confédérations. Je le savais mais ça m’a frappé comme une claque en plein visage. Je n’étais jamais allée très loin, en fait lorsque je partais c’était pour les travaux d’été.

Lorsque j’ai émergé de mes pensées, je me suis aperçue que j’étais presque arrivée, j’étais devant le petit salon, je ralentis mais j’étais en tabi, je glissais et je manquais de tomber. Je me rattrapais inextrémis. Je mis ma paire de socque de bois, je lissais mon ao dai et j’arrangeais quelques mèches rebelles histoire d’avoir l’air à peu près présentable. Je poussais la lourde porte en bois et j’entrais.

Les nombreuses fenêtres donnaient une grande luminosité à la pièce.

Il y avait un certain nombre de personnes présentes, en fait tous les jeunes d’Hanoi qui étaient partis à l’étranger et qui revenaient après 4 ans d’absence.

Je le vis au centre de la pièce, il était quasiment le plus grand, en kimono de soie bleu nuit, il avait le crâne presque rasé. Il me tournait le dos ; je le reconnus au premier coup d’œil. Attirés par le bruit de mes pas, le bruit du bois claquant sur le sol, les personnes présentes se retournèrent. Je me retrouvais tout à coup être le point de mir de toute une salle.

Un certains nombre me regardaient d’un œil critique (principalement les vieilles biques !), mes cheveux étaient quelque peu en bataille et mon ao dai n’était pas aussi ajusté qu’il aurait du l’être. Il se tournait à son tour, il hésita quelques secondes et lorsqu’il me reconnut, je vis un large sourire se former sur son visage.

Il avait laissé une petite fille de presque 14 ans, il retrouvait une jeune fille quasiment majeure.

J’ai fait les quelques pas qui me séparaient de lui et je me suis jetée dans ses bras, ne prêtant aucune attention aux convenances. Il me serra dans ses bras. Il n’avait pas changé, il souriait toujours autant et sa cicatrice sur le front lui donnait à présent un air un peu plus sérieux. C’est moi qui lui avait fait ça, un jour où on se battait, je devais avoir 6 ans, il en avait 10 et je m’amusais avec son Bokken, je lui avais donné un coup qu’il n’avait pas contré, ne l’ayant pas vu arriver. Il avait saigné et je m’étais alors mise à pleurer. Finalement c’est lui qui avait du me réconforter. Il ne m’en a jamais tenu rigueur.

 

Li         Lili? C’est bien toi?

L          Liam, comme tu m’as manqué !

Li         Attends que je te regarde…Tu es une vraie jeune femme.

 

Enfin quelqu’un qui remarquait que je n’étais plus une gamine. Forcément, la dernière fois qu’il m’avait vu, je faisais 20 cm de moins, j’étais plate comme une limande et je portais toujours les cheveux attachés par une queue de cheval. J’avais désormais droit de porter la coiffure des jeunes femmes : macarons tressés sur les côtés avec les cheveux longs dans le dos. Je pouvais me maquiller ce qui faisait ressortir mais yeux, immenses et magnifiques selon mon père.

J’aurais voulu qu’il me raconte en détails tout ce qu’il avait vu durant ces 4 ans car ses lettres n’étaient pas assez riches de détails à mon goût mais on ne nous en a pas laissé le temps.

J’allais le harceler de questions lorsque Yoko San se fit entendre. Elle m’avait certainement aperçue lorsque j’étais passée devant la maison. Zut, je n’y avais pas pensé !

 

Y         Liam San, je suis heureuse de te revoir. Li An’ Shaka San, suivez moi, ce n’est pas une façon de se tenir pour une jeune fille! Votre frère a bien d’autres choses à faire. Vous pourrez lui parler ce soir.

 

Elle m’avait vouvoyé, avait même utilisé mon nom de famille en entier, elle semblait apparemment fâchée et je n’avais pas intérêt à lui désobéir. Yoko San était un tout petit bout de femme qui pouvait paraître revêche au premier abord mais qui avait un cœur d’or.

Elle était toute plissée et se tenait droite comme la justice. Elle nous adorait mais si jamais on faisait des bêtises, mieux valait s’attendre à des représailles.

C’est lorsque je suis sortie de la pièce que je me suis dit que je n’avais pas vu Ian Tsé Equinao San avec Liam. Je me demandais où il pouvait bien être, est ce qu’il avait changé...

Lorsqu’elle m’a raccompagné jusqu’à ma chambre, j’ai fouillé dans ma boite à secret au fond de mon coffre et j’ai retrouvé mon médaillon. Je l’ai ouvert, il y avait une photo de Liam d’un côté et de l’autre, une de Ian Tsé San.

J’étais amoureuse de lui depuis qu’il était le maître d’armes de Liam. Il avait 8 ans de plus que moi et j’étais tout le temps dans leurs pattes à tous les 2 mais il avait toujours été très gentil avec moi ; il me laissait m’entraîner avec eux et parfois juste avec lui.

 

Y         Li An’ San, arrêtez de rêvasser, vous avez cours dans ½ heure au dojo.

L          Oui…

 

Elle m’attrapait brusquement et commençait à défaire mon corset. J’en avais marre, je n’étais plus une petite fille, j’avais 17 ans ! Je me calmai en me disant que d’ici 8 jours je serais majeur, et donc fini la gouvernante, j’aurais plus de liberté. Il suffisait juste d’attendre. Toutes les jeunes filles avaient une gouvernante entre 12 et 18 ans et j’en aurais bientôt fini.

 

Y         Allons, arrêtez de gigoter une minute !

L          Oui…

Y         Et arrêtez de ronchonner !

 

En un tour de main, je me retrouvais en sous-vêtements. J’enfilais une tenue plus adéquate pour me rendre au dojo.

Je sortis en courant, j’enfourchais mon vélo et je pédalais jusqu’au dojo. Je ne voulais pas prendre de rickshaw, je n’avais pas le temps et je préférais me débrouiller toute seule, être indépendante.

Les autos avaient été bannies, les moyens de locomotions sur terre sur des petites distances avaient été réduits aux vélos et chevaux. Les seuls reliquats de civilisations étaient représentés par l’électricité dans les lieux publics, les locomotives à vapeur et les bateaux.

Là-bas je retrouvais entre autre N’Guyen Van San, Chou Li Pin San, Sou-Ki Yin San, les jumelles Tchi Kan Wan San et Wa Tché Wan San.

On se dirigeait tous vers les vestiaires en discutant. J’ouvrais mon casier et je me changeais pour revêtir la tenue de Ken Do.

Lorsque nous sommes sortis, nous nous sommes tous retrouvés sur le tatami et nous avons commencé par nous échauffer ; les garçons étaient déjà là. Nous avons fait quelques tours en courant puis j’ai commencé les étirements. Je pliais les jambes, je m’accroupie et tendis ma jambe droite. Je descendais un peu plus vers le sol, tirant sur les adducteurs. Je fis pareils pour la jambe gauche. Je me relevais et commençais à tirer sur mes bras et enfin la tête.

Maître Ho fit son entrée, il venait du bureau ; nous nous alignions immédiatement sur 3 rangées. Il avançait en boitant, appuyé sur son bâton. Nous avons commencé les Cho Men, pour nous entraîner à attaquer au niveau de la tête.

Maître Ho nous rabâchait sans cesse de « bien relâcher lorsque le Bokken était par dessus nos têtes afin de se protéger au niveau du dos ». Nous nous sommes ensuite entraîné à attaquer à différents niveaux : genoux, taille et finalement tête.

Nous avons enfin fait le Kendo No Kata.

Le dojo était empli de nos cris. Nous étions alignés sur plusieurs rangées, nous suivions les mouvements de Maître Ho. Il avait une énergie et une agilité inouïe pour quelqu’un qui avait besoin d’une canne pour se déplacer. Tous nos gestes étaient parfaitement synchronisés, les Shinaïs s’élevaient et fendaient l’air en même temps. Nous formions un seul et même corps.

Une fois nos Kata finis, nous nous sommes assis sur nos talons, les Bokken posés devant nous. Nous avons fait quelques exercices de respiration et après ces exercices, il nous a ensuite dispatché 2 par 2 pour le Ji Geiko (combat d’entraînement libre)

 

Mh       Kamae to ! Hajimé !

 

Chacun avait son partenaire ; mon combat commença, j’étais face à N’Guyen Van San. Comme toujours nous nous affrontions car nous étions les meilleurs de notre groupe.

N’Guyen San était en Gedan No Kamaé (garde basse) et moi en Chudan No Kamaé(garde moyenne).

J’attaquais en premier, je levais mon Shinaï, prête à le frapper sur le bras gauche mais il para mon coup. Une série de frappes s’en suivis, l’échange était de plus en plus rapide et aucun de nous ne lâchait prise. Je réussis quand même à marquer un point en l’atteignant à l’estomac mais le combat était difficile, nous étions de force égale. N’Guyen San essaya de me frapper au niveau des jambes mais je sus éviter son coup en sautant par dessus son Shinaï. Ca m’énervait et je poussais mon Kiai pour me donner du courage.

 

Mh       Mia San, recentre toi !

 

Je me calmais et me concentrais. Le combat continua jusqu’à ce que le maître l’arrête 2 minutes plus tard.

 

Mh       Hakiwaké !

 

Nous nous alignions tous devant lui, attendant ce qu’il allait dire, notre Men (masque) à la main.

 

Mh       A la douche !

 

Nous nous dirigions lentement vers les vestiaires tout en discutant. Je me retournais et je vis un homme à l’entrée, je ne voyais pas bien son visage car il était à contre jour mais il était très grand. Maître Ho se dirigeait lentement vers lui. C’est là que je l’entendis.

 

Mh       Ian Tsé Equinao San!

 

Je me retournais tout en enlevant mon Tenugui. J’étais en sueur, les joues rouges et je le regardais encore lorsque j’entrai dans le vestiaire.

Il n’avait pas changé, les cheveux toujours aussi longs, peut être même plus et bien entendu attachés. Je ne l’avais pas bien vu mais j’étais sûr qu’il était encore plus beau qu’avant.

Il était en kimono noir ; je me souvins qu’avant de partir il était déjà toujours en kimono d’entraînement. Déjà à l’époque il passait tout son temps au dojo.

Je suis doucement rentrée en vélo. C’est là que j’ai vu Wou San devant la maison ; elle m’attendait. Je la regardais, elle avait l’air surexcitée, et elle souriait. C’est vrai qu’elle souriait tout le temps, ses yeux avaient une petite lueur qui lui donnait un air canaille. C’était la seule fille qui soit plus grande que moi, sinon toutes les autres filles étaient plus petites.

Lorsqu’elle s’est approchée de moi, j’ai su qu’elle préparait quelque chose.

 

L          Wou ! Qu’est ce que tu fais ici ?

W        J’ai une nouvelle, ce soir il y a une fête dans l’ancien temple.

L          Comme ça ?

W        Pour le retour des diplômés. Je crois qu’il y aura également ton frère, depuis le temps que tu nous parles de lui, on va enfin le rencontrer.

L          Tout ceux qui sont rentrés aujourd’hui y seront ?

W        Ouai, on va être près de 100. Il faut que tu viennes, on a décidé de danser avec les filles du groupe.

L          Je n’aurais pas le droit de venir ce soir.

W        Il faut que tu viennes. Débrouille toi, 9 heures 30.

 

Je pensais à Ian Tsé San, tous ceux qui étaient rentrés y seraient, il y serait…

Wou est partie et je suis rentrée. Papa, maman et Lang étaient déjà à la maison ; ils étaient tous autour de Liam dans le patio. La maison avait une forme carrée, un couloir en faisait le tour et était également ouvert sur le patio. Celui-ci pouvait être couvert ou pas selon le temps. J’aimais notre maison, tout en bois, de plein pied, ouverte sur l’extérieur ; je la trouvais fonctionnelle et très agréable à vivre.

Yoko San était apparemment déjà rentrée chez elle. J’observais tout le monde, ça me faisait plaisir qu’il soit revenu, j’ai toujours été très proche de Liam, il était mon confident, je lui ressemblais d’ailleurs énormément. Lang par contre n’était pas du tout comme nous, elle était le portrait craché de maman, fine, délicate, fragile. Maman la surnommait ma petite fleur. Mon surnom était nettement moins…disons que ma propension à bouger et à sauter partout avait nettement pesé dans la balance.

Nous étions presque tous là, il manquait seulement Pu Yi, il était parti tout comme Liam 2 ans auparavant. Toute personne de plus de 18 ans pouvait partir 4 ans à l’étranger pour parfaire son éducation et observer le fonctionnement des autres confédérations, si elle le désirait.

Notre mode de gouvernement était un subtil mélange de démocratie, de gouvernement à tendance communiste avec une pincée de système type phalanstère.

Tout le monde participait à la vie politique à partir de 18 ans. A partir de cet âge, la présence aux assemblées était obligatoire. Chaque village, chaque clan avait une assemblée qui siégeait en moyenne 2 fois par mois, les décisions qui étaient prises et la résolution des problèmes remontaient systématiquement jusqu’à l’assemblée de la province et puis en dernier lieu au grand conseil de la Citée interdite.

Enfin, des représentants de chaque confédération se retrouvaient 1 fois par an pour une assemblée extraordinaire afin de s’ajuster les unes aux autres. Cette année elle avait eu lieu à Bern.

Donc pour en revenir à notre soirée, Liam nous a raconté quelques anecdotes sur son voyage, il était enchanté, il avait vu tellement de choses, c’était dur de se les imaginer. Bien sûr il y avait les photos mais ce n’était pas pareil. Les déserts, les hautes montagnes et tellement d’autres choses…des personnes différentes, des constructions différentes de chez nous. Il nous a ensuite offert des cadeaux. Chacun d’entre nous a eu 4 cadeaux, un provenant de chaque confédération.

J’ai eu droit à une statuette, un surf, un chapeau et un attrape rêve.

On est ensuite passé à table. Liam sortait, il allait à une petite soirée au vieux temple, tiens donc ! Nous avons donc mangé un peu plus tôt. J’aurai également aimé sortir mais je savais que je n’avais pas le droit car nous étions en semaine. Je réfléchissais donc à un plan. Elle était marrante Wou ! Je n’avais pas encore 18 ans contrairement à elle, je ne pouvais pas sortir comme je voulais.

En plein milieu du repas je me suis éclipsée prétextant une indisposition. J’avais mal à la tête et mal au ventre. Rien de moins. Et surtout je n’avais pas très faim, je préférais ne pas manger et directement aller me coucher. N’étant pas du genre à jouer la comédie, ils n’ont pas douté de moi.

J’ai préparé mon sac, il était 20h45, j’avais 45 minutes avant que le spectacle commence.

10 minutes pour y aller en vélo, j’aurais largement assez de temps pour me préparer.

Je me suis habillée et je me suis couchée. Je savais que maman ne tarderait pas à venir pour voir comment j’allais.

Quelques minutes plus tard, je l’entendis dans le couloir. Elle ouvrit doucement la porte. Elle faisait tout doucement, c’était une femme très discrète. Elle était toute mince et on ne la voyait jamais, elle passait telle une ombre mais quand ça éclatait, il vallait mieux pas être dans le coin.

 

Mm      Lili, ma grenouille, tu vas bien ?

L          Ca va mais je préfère rester couchée. Je suis fatiguée et je vais dormir.

Mm      D’accord, je t’ai apporté un plateau au cas ou. Je le pose sur ta table de nuit. Dors bien.

L          Bonne nuit maman.

 

J’ai attendu encore quelques minutes puis j’ai attrapé mon sac et je suis sortie par la fenêtre. Il était 21h05. J’ai longé le mur, j’aurais pu traverser le jardin mais la lune éclairait parfaitement et je ne voulais pas qu’on me voit. Arrivée au fond du jardin j’ai escaladé le mur et j’ai sauté.

J’ai sorti mon vélo de derrière les fourrés et j’ai filé jusqu’au vieux temple. On pouvait le voir de loin, des lampions avaient été disposés partout.

Lorsque je suis arrivée, toutes les filles étaient déjà là. Je suis entrée par la porte de derrière pour arriver directement dans les vestiaires.

Je me suis rapidement changée. Une fois prête, il restait le safran à se passer sur les bras et les jambes. Ca allait prendre un peu de temps mais heureusement nous en avions fait un baume plus facile à appliquer.

Nous étions enfin prêtes, le costume traditionnel ajusté, les clochettes aux chevilles et les minis cymbales aux poignets. Mes cheveux étaient relevés et tirés, coincés par les éléments du masque. J’étais contente d’être derrière un masque, personne ne devait me reconnaître sinon je risquais d’en prendre pour mon grade.

Si j’étais là c’était pour les filles, également pour le voir mais je savais très bien qu’il ne fallait pas que je me fasse d’illusion sur ce qui allait se passer ni que je m’attarde après la représentation. Je ne savais pas si Ian Tsé San était présent, je ne savais même pas si Liam était arrivé.

Nous attendions toutes derrière le rideau. Alors que j’observais l’assistance par une ouverture, je l’ai vu, il était juste devant, assis à une table, Ian Tsé San. Je le regardais, je n’arrivais pas à détacher mes yeux de lui. Il était comme dans mon souvenirs, et même mieux. Les filles ont été obligées de me tirer par le bras pour que j’entre en scène. Ca me faisait bizarre, j’allais me retrouver face à lui et ça faisait si longtemps…

Je rentrais en piste avec les autres filles lorsque la musique commença. Nous étions masquées et tous les regards se tournèrent vers nous.

L’histoire du Ramaya Khmer commençait, je relevais les bras et les grelots tintèrent en rythme avec mes pas. Mes mains tourbillonnaient et mes doigts se contorsionnaient à l’envers. Je le regardais. L’histoire continuait, Ramaya avait enlevé la princesse Sita au prince Rama. Mes hanches se balançaient, suivant les sons des instruments de musique. Je le regardais encore. Plus personne ne parlait, c’est là que je relevais les yeux, il était juste devant moi, Ian Tsé San. Il me regardait dans les yeux, il semblait envoûté par la musique, par la danse, par mes mouvements, son regard glissait sur moi ; les grelots tintèrent de plus en plus vite, les corps semblaient entrer dans une sorte de transe, le bruit de nos pas et des cymbales en accord avec les tambours se faisaient de plus en plus fort, l’encens, l’odeur de safran qui s’exhalait de nos peaux, les bougies et les fumées donnaient à la scène un côté irréel jusqu’à ce que le gong final se fasse entendre.

Il y eut un tonnerre d’applaudissements.

Nous nous sommes relevées, il me regardait toujours. Nous étions les yeux dans les yeux.

Je n’avais pas oublié ses yeux très noirs avec de long cils, je n’avais jamais pu le regarder comme ça et surtout aussi longtemps.

J’allais suivre les filles pour me changer et rapidement rentrer avant que quelqu’un remarque que j’étais sortie de la maison lorsqu’il m’a attrapé par le bras.

 

In         Excusez moi mais…Je ne vous ai pas quitté des yeux durant toute la danse, je ne sais pas comment vous vous appelez et…

F          Mia ! Il faut y aller !

In         Mia, tu ne peux pas partir comme ça. Reste…

 

Il m’entraîna un peu à l’écart, il avait l’air un peu mal à l’aise.

 

F          J’aimerai voir ton visage…

L          Je…

 

Je ne savais pas trop quoi dire, je ne m’attendais pas à ça C’est là qu’il releva la partie inférieure de mon masque, il allait voir mon visage me reconnaître, reconnaître la petite Lili San et… Je l’embrassais doucement avant qu’il ne m’enlève complètement le masque. Je me détachais de lui. Il me regardait avec des yeux écarquillés.

 

F          Mia !

L          Oui ! J’arrive !

In         Ne pars pas, on n’a pas eu le temps de parler…Où t’habites…Comment je vais pouvoir te retrouver.

 

Je me retournais vers lui, je souriais, je relevais à nouveau le bas de mon masque et l’embrassais moins chastement. Il me serra dans ses bras et je me laissais complètement allée contre lui. Ses lèvres étaient humides, il avait un goût de saké. J’ai aimé sa façon de m’embrasser, j’avais déjà embrassé un certain nombre de garçon mais lui c’était différent. Passionné, intense, doux mais pas lent…Incroyable, je fondais littéralement. J’avais conscience de tout, sa main gauche dans mes cheveux, sa main droite sur ma hanche.

Quand nous nous sommes enfin séparés…

 

L          Il faut que j’y aille.

In         Ne part pas, reste un peu plus.

L          Je ne peux pas.

In         On va se revoir ?

L          Ne t’inquiète pas Ian Tsé San, on se reverra.

 

Plus de 4 ans que j’étais amoureuse de Ian Tsé San et même si j’en avais rêvé durant toutes ces années, je n’aurais jamais cru que ça arriverait.

Je suis partie en courant, un sourire au lèvres. Je n’ai pas pris le temps de me changer et j’ai enfourché mon vélo. J’ai roulé comme une folle jusqu’à la maison, il ne fallait pas que je me fasse attraper ; ça aurait été trop bête de finir une si bonne soirée en se faisant punir.

Arrivée au pied du mur, je cachai mon vélo dans les fourrés. Je grimpai dans le cerisier, passai par dessus le mur pour ensuite sauter et atterrir sur le gazon. Là, il a simplement fallu longer l’enceinte comme je l’avais fait tout à l’heure, éviter le petit pont de bois qui grinçait et entrer discrètement par ma porte fenêtre.

Il n’y avait pas de bruit. Je me suis jetée sur mon lit, les bras écartés, je regardais le plafond en souriant. Je suis restée quelques minutes à repenser à cette soirée. Elle allait changer ma vie…et dire que j’avais failli ne pas y aller. On s’était embrassés et il voulait me revoir ! Moi !

Je me suis ensuite démaquillée dans le noir, à la lumière de la pleine lune, j’ai enlevé le reste de safran et je me suis couchée. Je n’arrêtais pas de me repasser cette soirée dans la tête, ses yeux, ce baiser, ce qu’il m’avait dit…Je rêvassais depuis 10 minutes lorsque j’ai entendu du bruit.

 

Li         Lili ? Tu dors ?

L          Non, tu peux entrer.

Li         Ca va mieux depuis tout à l’heure ?

L          Oui, bien mieux.

Li         Je sors, il y a une soirée pour les diplômés…

L          Oui, j’en ai entendu parler…

Li         Bientôt tu seras majeur, ne t’inquiètes pas, tu pourras alors sortir toi aussi.

L          Oui, ça sera bien. Amuse toi bien.

Li         Je passerai le bonjour de ta part à Ian Tsé San.

L          C’est gentil, merci.

Li         Bonne nuit.

 

Il est sorti et c’est là que mon ventre a commencé à grogner. J’avais faim, très faim. J’ai allumé une bougie et j’ai attrapé le plateau. Maman avait eu une excellente idée.

 

Lorsque le réveil a sonné le lendemain, je n’ai pas réagit tout de suite et puis tout à coup, je me suis souvenue, la soirée au vieux temple, Ian Tsé San, le baiser…et là ça m’est revenu en tête, je l’avais appelé par son prénom, je n’étais pas sensée le connaître…Quand est ce que j’allais le revoir ? Est ce que j’allais le revoir ?

Quelqu’un a alors frappé à ma porte.

 

Li         Lili ? Je peux entrer ?

L          Oui. Déjà debout ? Et cette soirée ?

Li         Très bien, j’ai loupé la danse Khmer mais sinon c’était très agréable. Il y avait Ian Tsé San

L          Ah oui ? Il va bien ?

Li         Oui. Toujours amoureuse de lui ?

L          Non ! Qu’est ce que tu racontes ?

Li         Il t’embrasse. On viendra te chercher tous les 2 à ton cours de danse cet après-midi.

 

Il m’embrasse…il ne m’avait pas oublié. Ca serait peut être plus facile après tout.

 

Li         Tu rêves Lili San…Ne te fais d’idées, il a eu le coup de foudre pour une fille hier soir.

 

Lorsqu’il m’a dit ça, je suis restée sans voix ; ça m’a fait un choc. Il avait craqué pour une fille après que je sois partie. Ca m’a déprimé. A moins que…c’était peut être moi la fille...

J’étais perdue.

 

Li         Et, Lili, ce n’est pas grave. Je rigolais, tu sais bien.

L          Oui. Je suis seulement encore un peu endormie. Je dois me préparer et aller en cours.

 

Je l’ai laissé seul dans ma chambre, je me suis préparée, j’ai rapidement avalé mon petit déjeuner et je suis allée en cours en traînant les pieds. Je n’étais pas vraiment bien. Je ne savais pas quoi penser. Toute ma bonne humeur du matin était partie après ma conversation avec Liam. Je réfléchissais à ce que Liam avait dit, à ce que ça impliquait ; en fait j’ai toujours beaucoup trop réfléchis et là ça me pourrissait la vie.

Ce jour là les cours sont passés lentement et ma leçon de danse classique encore plus. Les exercices à la barre étaient d’un ennui ! Je n’étais pas à ce que je faisais, Madame Tsui a du me reprendre plusieurs fois. Je n’étais pas très gracieuse ce jour là, sans blague !

A la fin du cours, je me suis précipitée vers les vestiaires pour les retrouver. J’ai pris ma douche et je suis sortie. Liam m’attendait devant le théâtre, seul. Lorsque je l’ai vu, j’ai ralenti, il n’était pas venu.

J’ai été un peu déçue mais j’ai essayé de ne rien laisser paraître. Apparemment Ian Tsé San avait quelque chose d’autre à faire, plus important, peut être la voir...

Liam et moi sommes rentrés à la maison en discutant.

A peine étais je arrivée que je repartais directement au dojo du quartier. Il fallait que je me défoule. J’ai enfilé un short et un débardeur pour aller taper sur un sac de sable. J’avais besoin de taper sur quelque chose à défaut de quelqu’un. J’étais toute seule au dojo, dans la salle de musculation.

J’ai commencé, coup de poing, fouettés, coup de pieds et ainsi de suite.

 

L          Merde ! Merde !

 

J’ai arrêté, j’avais la tête appuyée contre le sac. Je m’étais calmée, j’étais en colère de m’être mis dans cet état là. Je me suis retournée, Ian Tsé San était juste devant moi, il me regardait.

 

I           Je n’aimerai pas être à la place du sac

 

D’un coup j’ai vu ses yeux s’agrandir. Il m’avait reconnu, oh mon dieu !

 

I           Lili San ?

 

Apparemment pas, enfin si mais il n’avait pas reconnu Mia.

 

L          Oui.

I           C’est moi, Ian Tsé San. Tu ne me reconnais pas ?

L          Si bien sûr. Le maître d’arme de mon frère.

I           Tu as bien grandie. Tu es devenue une vraie jeune femme.

 

Il avait une façon de me regarder, je n’en revenais pas. Lui non plus d’ailleurs. Je crois qu’il ne s’attendait pas à ce que la petite Lili San ait tant grandie et surtout qu’elle ressemble à une femme. On se regardait en silence.

 

I           Tu as apparemment besoin de te défouler. Ca te dit un petit combat de karaté comme avant ?

L          Pourquoi pas. Tu sais j’ai bien progressé, tu ne m’auras pas facilement.

I           J’attends de voir ça.

 

Nous sommes allés nous changés pour enfiler nos kimonos.

On s’est retrouvés sur le tatami, 200 m² de tatami pour nous seuls. Nous étions face à face. Nous nous sommes salués et ça a commencé.

Il essayait d’attraper le revers de ma veste mais je le fis lâcher assez facilement. Autrefois il m’aurait attrapé et je me serais retrouvé sur le dos en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Je réussis à parer la majorité de ses coups, il semblait impressionné.

 

I           Tu as raison, tu as bien progressé.

 

Ca me fit sourire ; J’essayais de rester concentrée alors que pleins de choses se bousculaient dans ma tête, il semblait content de moi, de mes progrès, il était en face de moi, il était là, qu’est ce que c’était que cette chose à faire ? Bref, je réfléchissais beaucoup trop.

Et puis là, il m’attrapa, je suis passée par dessus son épaule pour atterrir lourdement sur le dos. Il me coinça au sol. Ca m’énervait de m’être faite avoir par un manque de concentration. Je poussais mon Kiai, le faisant basculer par dessus ma tête pour me trouver assise sur son torse.

 

Mh       Mia !

L          Quoi ?

 

A chaque fois que je m’énervais, je commençais à crier, à émettre un cri qui sonnait un peu comme MIAAAA ! C’est pour cela que maître Ho m’avait donné ce surnom, c’était resté et certains de mes copains me connaissaient seulement sous ce nom.

Je tournais la tête, maître Ho nous observait.

 

Mh       Tu te déconcentres trop facilement Mia.

 

A ce moment là j’entendis Ian Tsé San murmurer mon nom.

 

I           Mia.

 

Je tournais la tête pour m’apercevoir que Ian Tsé San me fixait. J’étais toujours assise sur son torse. Il semblait choqué, perdu, un peu effrayé. Je ne savais pas quoi dire, je me suis prestement relevée.

 

L          Je dois y aller, on m’attend. Au revoir Maître Ho, au revoir Ian Tsé San

 

Je suis partie en courant pour me suis réfugier dans les vestiaires après avoir inventé une excuse. J’avais réussi à ne pas pleurer devant lui mais lorsque je me suis retrouvée seule, les vannes se sont ouvertes. La façon qu’il m’avait regardé…Je me sentais ridicule, je ne pourrais jamais me retrouver face à lui. Et si il en parlait à quelqu’un ? A Liam ? Oh mon dieu !

Je suis allée prendre ma douche en espérant que je me sentirais mieux après. Ce ne fut pas vraiment le cas. En sortant des vestiaires, j’ai regardé partout, il n’était plus là, et je me sentais soulagée, un peu, déçue également.

J’ai enfourché mon vélo et je rentrais tranquillement lorsqu’il est apparu au détour du premier virage. J’ai voulu l’éviter mais il a attrapé le guidon et il a bloqué mon vélo.

 

L          Lâche ça, laisse moi passer !

I           Lili San

L          Non ! Non !

 

Je ne voulais pas qu’il m’appelle comme ça, car si j’étais toujours Lili pour lui rien ne changerait entre nous et ça me mettait en colère. J’ai voulu faire demi tour mais il m’en a empêché, il tenait toujours fermement mon guidon. Il fallait que je m’éloigne de lui alors je suis descendue du vélo prête à le balancer et …

 

L          Ne m’appelle pas comme ça, pas toi, t’as pas le droit !

I           Lil…Li An’ San, attend, reste.

 

Je lui tournais le dos.

 

I           Pourquoi tu ne m’as pas dit que c’était toi ? Pourquoi tu m’as menti?

L          Je ne t’ai pas menti. On m’appelle aussi Mia.

I           Lili. Pardon Li An’…

L          S’il te plait, ne me regarde pas comme ça. Je voudrais que tu me regardes comme tu regardais Mia, je voudrais que tu m’embrasses comme l’autre soir, que tu me touches comme tu touchais Mia.

I           Li An’…Ce n’est pas possible.

 

Je me suis approchée de lui et je l’ai embrassé. Il ne m’a pas vraiment repoussé, je le sentais hésitant. Il hésitait entre me prendre dans ses bras et m’arrêter et c’est à ce moment là que je me suis mise à espérer. Peut être que finalement… Puis il m’a repoussé.

 

I           Non Li An’. Arrête.

L         

 

Je me suis écartée, j’ai ramassé mon vélo et sans rien dire je suis repartie.

 

A suivre                                                          Retour

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