<BGSOUND SRC="evangeline.mid" LOOP=INFINITE>
Parfois elle r�dait dans les cimeti�res laissant errer son regard sur les croix
La touchante odyss�e
                                    d
'vang�line
AU LONG DU MISSISSIPI
   On est au mois de mai. L�-bas, sur le grand fleuve, pass� le confluent de l'Ohio, par o� elle �tait venue, en aval aussi de l'embouchure du Wabashi, vogue une barque pesamment charg�e que dirigent des bateliers Acadiens.

    
C'est une bande d'exil�s.  On e�t dit le radeau d'une nation naufrag�e dont les d�bris, longtemps �parpill�s sur le rivage, ont enfin trouv� l� un refuge.  Unis par les liens d'une m�me foi et d'une commune infortune, guid�s par la m�me esp�rance, ils vont, par le grand fleuve jusqu'aux riantes prairies des Op�lousas.  Guid�s sur de vagues rumeurs, ils sont partis � la recherche d'un parent, d'un proche ou d'un ami chass� comme eux des rives acadiennes et transplant�, dit-on dans cette fertile contr�e.

    
vang�line est parmi eux et son guide, le P�re F�licien, l'accompagne.

    
L'immensit� des eaux, la beaut� des rives, les courants et contre-courants qui imitent le va et vient de la mar�e, leur retracent l'image de la patrie jamais perdue.

    
Les jours succ�dent aux jours et le fleuve imp�tueux continue � rouler ses ondes sous des horizons infinis, tant�t d�couvrant � leurs yeux des rivages de sable comme on en voyait au Bassin des Mines, tant�t montrant des plaines d�sertes bord�es de for�ts.  Nuit apr�s nuit, ils campent sur la rive, � la lueur des feux comme en cette nuit funestre, la derni�re qu'il pass�rent dans leur ch�re Acadie, � l'embouchure de la Gaspareau.

    
Et le matin venu, ils confient de nouveau leur esquif aux caprices du courant.  Tant�t ils glissent doucement sur des ondes tranquilles, tant�t, mettant toute la force de leurs rames, ils sautent des rapides �cumants pour contourner ensuite des il�ts enchanteurs ombrag�s de contonniers au panache de pourpre.

    
Parfois ils s'�garent au milieu de larges lagunes dont le sable argent� miroite au soleil et que peuplent d'immenses troupeaux de p�licans au plumage plus blanc que la neige; �tonn�s, ils consid�rent ces oiseaux �tranges qui, au milieu de cris indescriptibles, vont et viennent, en qu�te d'une proie.

    
De temps en temps, le paysage s'�largissait et la for�t s'ouvrait pour laisser para�tre, au milieu de jardins luxuriants, tout parfum�s des arbres de Chine, la maison d'un planteur avec autour, les cabanes plus humbles de ses esclaves et des toits pointus de ses colombiers.

    
Ainsi les exil�s connurent-ils qu'ils approchaient de cette r�gion fortun�e o� r�gne un perp�tuel �t�, cette C�te Dor�e o� parmi les bosquets d'orangers et de citronniers, le fleuve serpente en courbes harmonieuses, s'attarde et semble ne vouloir reprendre qu'� regret son cours vers le sud.
On e�t dit le radeau d'une nation naufrag�e.
    Eux aussi d�vi�rent de leur course; profitant de la lenteur des eaux, ils abandonn�rent le grand fleuve pour entrer dans le bayou Plaquemine et bient�t se perdirent dans un labyrinthe de lagunes dont les eaux paresseuses s'infiltraient dans toutes les directions.

    
Mais voil� que s'ouvrit devant eux une r�gion t�n�breuse pleine d'effroi.  Au-dessus de leurs t�tes, des treillis de cypr�s entrem�laient leurs arches pleines d'ombre et balan�aient dans l'air leurs �cheveaux de mousse semblables � ces banni�res que l'on suspend aux vo�tes des cath�drales.

   
Un silence de mort r�gnait partout, interrompu seulement par le cri des h�rons au moment o� ils regagnaient leurs perchoirs accoutum�s ou par le hibou qui, de son rire satanique, saluait le lever de la lune.

   
Inconscient de cet accueil, l'astre des nuits montait dans le ciel, r�pandant sa lueur mystique comme une douceur sur les choses et les enveloppant tour � tour d'ombre et de lumi�re.  Mais c'est en vain que ses rayons auraient voulu percer la vo�te �paisse des cypr�s; ils n'arrivaient qu'� s'infiltrer �a et l�, par quelques �chancrures comme � travers les fentes d'une ruine.  Et c'est ce qui donnait au paysage cet aspect �trange et fun�bre, v�ritable pays de r�ve, monde irr�el dont l'esprit recevait une sensation de stupeur et comme le pr�sage d'un malheur invisible et imminent.

    
Et pourtant, le coeur d'�vang�line �tait dans la joie.  Une image de lumi�re flottait devant les yeux de son esprit; son Gabriel �tait pass� lui aussi sous ces vo�tes t�n�breuses; et maintenant, il l'attendait l�-bas, dans la riante prairie des Op�lousas; chaque coup d'aviron le rapprochait d'elle.

    
Bien qu'il fit d�j� nuit, la barque continuait sa course.  De temps � autre, l'un des rameurs assis � la proue se levait et soufflait dans un cor; c'�tait un avertissement aux bateliers qui d'aventure, auraient pu voguer � leur rencontre sur ces flots obscurs et inconnus.

    
Le son retentisait en cascades sauvages sous la sombre vo�te, mais aucune autre voix ne r�pondait; les eaux demeuraient solitaires et seules les banni�res de mousse s'agitaient au souffle de la nuit.

    
vvang�line s'�tait endormie et de m�me le P�re F�licien ainsi que plusieurs autres, fatigu�s de la longue course; mais les bateliers qui avaient h�te de sortir de ces cavernes sombres continu�rent � ramer jusqu'au jour, tant�t plongeant leurs avirons silencieux, tant�t, pour se tenir �veill�s, chantant quelque barcarole famili�re aux rives de l'Acadie.

    
De temps � autre, un vol feutr� coupait le silence; quelque oiseau �veill� par le bruit des rames, s'enfuyait au-devant de la barque, cherchant un asile qu'il s'imaginait plus s�r; parfois m�me un sn rauque, un soufle puissant montait des flots, annon�ant la pr�sence d'un alligator d�rang� dans son sommeil; la carapace rugueuse glissait au fil de l'eau, laissant un sillon rectiligne.

   
Ils ram�rent ainsi, sans rel�che, toute la nuit; mais vers le matin, ils commenc�rent � sentir des bouff�es d'air pur et bient�t ils �taient sortis de ce royaume des ombres.  Devant eux s'�tendait l'immensit� de la lumi�re, la fra�cheur du jour, le soleil et la surface �tincelante de l'Atchafalaya aux rivages enchanteurs, tout charg�s de l'ar�me des magnolias.

  
Sur l'eau m�me, des myriades de n�nuphars et de lotus d'une beaut� resplendissante, donnaient l'illusion d'un apis enchant� sur lequel la brise se grisait de parfums.

  
D'innombrables ilots bois�s, bord�s de buissons d'�glantiers invitaient au repos.  Les rameurs s'arr�t�rent donc et, ayant choisi une anse tranquille, ils amarr�rent leur barque sous les grosses branches des saules de Wachita.

   
Alors, s'�tant dispers�s sur le gazon, ils ne tard�rent pas � s'endormir.
Cliquez sur la fleur pour la suite de l'Odyss�e d'�vang�line
.
.
Hosted by www.Geocities.ws

1